QUALITÉS NÉCESSAIRES D'UN GOUVERNEUR
88. Si vous pouvez rencontrer un gouverneur qui se mette en pensée à la place du père l, qui se charge des mêmes soins que lui, et qui, approuvant les méthodes dont je viens de parler, sache les pratiquer dès le déhut, la tâche lui deviendra facile clans la suite ; et vous ne tarderez pas à reconnaître, je crois, que votre fils a fait en peu de temps, pour la science et pour la sagesse, plus de progrès que vous ne l'imaginiez. Mais ne permettez jamais au gouverneur de hattre votre fils, sans votre consentement et en votre absence 2, au moins jusqu'au jour où l'expé-
1. Conférez Rollin : « Les précepteurs tiennent la place des pères et des mères : ils doivent donc en prendre les sentiments, et en avoir la douceur et la tendresse, mais une douceur qui ne dégénère point en mollesse, et une tendresse qui soit réglée par la raison... » (T. IV, p. 669.) Quintilien avait dit la même chose avant Locke et avant Rolliu [h>sl t. oral., IV, 2).
2. Louis XIV ne suivait pas cette règle avec son fils, le grand Dauphin. On sait qu'il avait délégué officiellement le droit de correction au gouverneur «lu prince, le duc de Montausier. Celui-ci, homme dur et hrnsque, usait largement de son droit, en présence de Bossuet qui laissait faire.
l'2;2 QUELQUES PENSEES SUR L'ÉDUCATION.
rience vous aura garanti sa modération et sa prudence. I)e plus, pour qu'il conserve toute son autorité sur son élève, laissez ignorer qu'il n'a pas le pouvoir d'user du fouet, et ayez soin de le traiter vous-même avec le plus grand respect, en obligeant toute votre famille à agir de même f. Ne comptez pas que votre fils respecte son gouverneur, s'il le voit mépriser par vous, ou par sa mère, ou par d'autres personnes. Si vous le jugez digne de votre mépris, c'est que vous aurez fait un mauvais choix. Et pour peu que vous laissiez voir votre mépris, votre fils ne manquera pas d'en faire autant; et, dans ce cas, quel que soit le mérite du précepteur, quelques talents qu'il ait pour réussir dans son emploi, tout cela sera perdu pour votre fils et ne lui sera jamais plus d'aucun profit.
89. De même que l'exemple du père doit enseigner à l'enfant le respect de son gouverneur, de même l'exemple du gouverneur doit engager l'enfant aux actions dont il veut lui inculquer l'habitude 2. Sa conduite ne doit jamais démentir ses préceptes, sans quoi il ne fera que pervertir son élève. Il ne servira de rien que le gouverneur lui adresse des sermons sur le devoir de réprimer ses passions, si lui-même lâche la bride à quelqu'une des siennes. C'est en vain qu'il s'efforcerait de corriger un défaut ou une inconvenance qu'il se permettrait à lui-même. Les mauvais exemples sont plus sûrement suivis que les bonnes maximes. Le gouverneur doit donc protéger avec soin son élève contre l'influence des mauvais exemples, et surtout des plus dangereux de tous, ceux qui viennent des domestiques. Pour éloigner les enfants de leur société, il ne faudra pas d'ailleurs procéder par prohibition, ce qui ne ferait qu'irriter le désir qu'ils ont naturellement de les