‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 96 sur 176 · SECTION XI · texte numérisé non relu

SECTION XI

LES DIFFERENTS TEMPERAMENTS.

100. Lorsque ces principes ont été solidement établis et que vous constatez dans la conduite de l'enfant l'action du sentiment de respect, la première chose à faire, c'est d'étu lier avec attention son tempérament et la nature particulière de son esprit1. Mais quel que soit son tempérament, l'obstination, le mensonge, toutes les actions vicieuses doivent être réprimées dès le début, nous l'avons déjà dit. Loin de laisser ces semences de vices prendre racine, il faut avoir soin de les extirper, aussitôt qu'elles apparaissent, et votre autorité doit s'imposer à l'esprit de l'enfant dès la première lueur de son intelligence, afin qu'elle puisse agir sur lui comme un principe naturel dont il ne se rappelle pas l'origine, et sans qu'il puisse se douter que les choses ont été ou pourraient être autrement. Par là, si le respect qu'il vous doit lui a été inspiré de bonne beure, ce sentiment restera toujours pour lui une

1. Locke est un des premiers qui ait appelé l'attention des pédagogues sur la diversité des tempéraments, au point de vue moral comme au point de vue physique. Tout en maintenant la nécessité d'un certain nombre de règles communes à tous, Locke veut que les méthodes de discipline ou d'enseignement s'adaptent, s'ajustent, en bien des cas, à la nature particulière de l'élève.

chose sacrée, et il lui sera tout aussi difficile de résister à ce sentiment qu'à ses instincts naturels.

101. Si vous avez ainsi établi de très bonne heure votre autorité sur l'enfant, et si, par un usage modéré de cette autorité, vous lui faites bonté de tout ce qui pourrait l'entraîner à des habitudes vicieuses, aussitôt que vous en apercevez le premier germe (car je ne crois pas que vous deviez recourir aux réprimandes, encore moins aux coups, tant que l'obstination incorrigible n'aura pas rendu ces moyens nécessaires), il conviendra de considérer dans quel sens l'incline la fabrique naturelle de son esprit. 11 y a des hommes que la structure immuable de leur tempérament destine à être courageux; d'autres sont timides, d'autres confiants, d'autres modestes, dociles ou au contraire obstinés, curieux ou indifférents, vifs ou lents. Il n'y a pas plus de différences dans la physionomie, dans la forme extérieure des corps, qu'il n'y en a dans la structure et la constitution des esprits. Seulement les traits particuliers du visage et les formes du corps s'accentuent et deviennent plus marqués avec le temps et avec l'âge ; tandis que la physionomie propre de l'esprit est plus aisée à discerner chez les enfants1, alors que l'artifice et la ruse ne leur ont pas encore appris à dissimuler leurs difformités morales et à cacher leurs inclinations vicieuses sous d'hypocrites apparences.

102. Mettez-vous donc de bonne heure à observer le tempérament de votre fils : et cela, lorsqu'il est le plus abandonné à lui-même, dans ses jeux, et quand il se croit hors de votre vue. Recherchez quelles sont ses passions dominantes, ses goûts favoris : s'il est farouche ou doux,

\. Pous compléter la pensée de Locke, il faut ajouter avec Mme Xeckor de Saussure que tout est mobile dans la nature franche et sincère de reniant, que de plus sa mémoire n'est pas encore netlement fixée : « Tout est chez l'enfant si fugitif et si vague qu'une sorte de vertige gagnerait bientôt l'observateur qui voudrait fixer ses traits incertains. » {Éducation progressive, 1. il, ch. 1.)

LES TEMPÉRAMENTS. lôô

hardi ou timide, compatissant ou cruel , ouvert ou réservé, etc. En effet, selon que ses inclinations différeront. vos méthodes devront aussi différer, et votre autorité doit en quelque sorte s'ajuster sur ses inclinations pour agir de différentes manières sur son esprit. Ces tendances natives, es dispositions prédominantes, il ne s'agit pas de les traiter d'après des règles fixes ou de les attaquer de - front, sut loul celles qui sont les plus douces et les plus modelé'.-, et qui dérivent de la peur, d'une sorte de faiblesse d'esprit. On peut cependant les corriger à force d'art et les tourner au bien. Mais, quoi que vous fassiez, soyezen certain, l'esprit penchera toujours du côté vers lequel la nature l'a d'abord incliné1; et si vous observez attentivement le caractère de l'enfant dans les premières actions de la vie, vous serez toujours en état dans la suite de deviner de quel côté penchent ses pensées, quelles sont ses vues, alors même que, devenu grand, un voile plus épais couvrira ses desseins, et qu'il saura, pour les poursuivie, employer une grande diversité de moyens.

1. Locke est ici en pleine contradiction avec les doclrines ordinaires de la philosophie sensualiste, qui n'admet rien d'inné. Il affirme avec netteté que l'enfant apporte avec lui des dispositions invincibles, et au lieu d'admettre la vieille maxime « nourriture passe nature », il déclare que la nature est souvent plus l'orte que l'éducation.

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