‹ Quelques poèmesChapitre 13 sur 40 · AMBITION · texte numérisé non relu

AMBITION

Puissé-Je un jour au temple étincelant des Muses Marquer dans la forêt des lumineux piliers Le nom que m'ont transmis les aïeux oubliés Dont mon sang roule encor les passions confuses !

Si le monde me jette un regard irrité, Je me retournerai vers ces lointains ancêtres, Disant : (( Voici l'ardeur et la soif de connaître Que vous me prépariez depuis l'éternité ! »

Ils ne renieront pas la tâche inachevée,

Ils me crieront : « Courage ! à travers leurs tombeaux,

« Porte haut dans tes mains viriles le flambeau

u De l'invincible foi que nous avions rêvée.

« Et dédaigne les cris de cette foule.... Un jour

<( Se lèvera pour toi du fond des jours à luire

<( Où, docile troupeau qu'un beau mot peut conduire,

« Le monde fêtera ta gloire avec amour.

(( Comme des vignerons s'endorment dans leurs vignes c< Nous nous sommes couchés au hasard de nos pas, <( Dans l'ombre et sans un bruit, ce qui n'empêche pas (( Que nous ne te suivions des yeux, te sachant digne ».

0 mes aïeux, dormez dans votre éternité ; Laissez vos fronts pesants sans les charger d'un rêve ; La nature est immense et notre vie est brève Et je n'ai pas assez trouvé la vérité.

Je ne crois qu'une chose et qui n'est pas bien sûre, C'est que ma vie est un hasard dans le hasard, Que le monde est chétif et sombre et qu'un regard N€ fait à ce monceau qu'une infinie blessure.

Ce que vous avez tous cherché, je l'ai cherché, Mais la science est peu quand la vertu se voile Et j'ai pris jusqu'ici comme guide l'étoile De votre bon regard sur mon chevet penché.

Vous qui dormez mais dont la flamme erre en mes veines Ai-je bien fait d'aller dans le temple d'azur Présenter à la Muse un cœur pas assez pur Que le laurier résigne à la molle verveine ?

Mais du moins vous m'avez appris, graves et doux, Qu'il faut grandir, que c'est la beauté souveraine De raidir son bras fort et son âme sereine. Et je ne sais plus rien que cela, voyez-vous !

OJ

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