‹ Quelques poèmesChapitre 17 sur 40 · C'EST ICI LE JARDIN DU REVE · texte numérisé non relu

C'EST ICI LE JARDIN DU REVE

C'est ici le jardin du rêve, la maison

Sur qui le caln^ie obscur des montagnes s'éploie,

Asile inviolé de tendresse et de joie

D'où se découvre, ardent et grave, l'horizon.

0 songeur, ne va pas plus loin ! Au soleil lourd, Sur le chemin brûlant stridulent les cigales. N'entends-tu pas s'-enfuir dïci, toutes égales, Les heures de la nuit et les heures du jour ?

Rien qui se fane, rien qui tremble, rien qui meure î La vie est suspendue autour de la demeure : Nulle de ses douleurs n'en a franchi le seuil.

Contemple le jardin peuplé de fraîches roses.

Afin que ton cœur sombre, avant d'entrer, dépose

Le fardeau des chagrins et le faix de l'orgueil.

Vallée du Rhône, 1909.

Je souffre, et les mots pour le dire Se dérobent obstinément ; Chaque vers sur ma lèvi^e expire Fantôme imprécis et charmant.

J'écoute, oppressé d'un poème Qui ne veut pas naître aujourd'hui Les douces musiques que j'aime Fuir dans je ne sais quelle nuit.

J'erre au jardin des solitudes, Enclos de murs indéfinis ; Et là-bas, voici que prélude L'hymne des fleurs, le chant des nids.

Musique errante, qui soulève - Mon cœur, et qui vient effleurer Le tumulte amer de mes rêves Si beaux que j'en ai dû pleurer.

Je m'arrête... elle fuit, lointaine... Je n'en saurai rendre l'accent Que plus tard, peut-être sans peine, Mais non telle que je la sens.

Je souffre seul... quelle misère

De traîner le chant surhumain

Qui, moins troublant et moins sincère,

Jaillira sans effort — demain !

Hanté d'un beau visage et de grands yeux ardents, J-e ne puis plus courber mon esprit sur sa tâche. Comme un câble mauvais d'un seul coup se relâche, Il quitte le travail pour un rêve obsédant.

0 songe sans douceur, mais auquel on s'attache Avec une vigueur qui dompte le sommeil, C'est toi qui par bonds fous me jettes au soleil : Je cherche à t'oublier en fuvant comme un lâche.

Tourmenté chaque nuit, je pars chaque matin. Las des plaines, je vais vers ks sommets lointains Boire tant de vent frais et d'immense lumière

Et répondre par tant d'amour aux horizons Qu'ils me purifieront de cet acre poison... La main qui l'a versé me sera toujours chère

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