‹ Quelques poèmesChapitre 18 sur 40 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

O femme ! c'est en vain que le songeur t'accuse.

Le poète écoutant en lui chanter sa muse

Ne sait pas répéter sans le défigurer

Les sons mélodieux de son hymne sacré.

Il est faussaire, il ment, hélas malgré lui-même

Quel que soit ce qu'il hait, quel que soit ce qu'il aime

Dépassé par son cœur, ce chétif apprenti

Sent bien après avoir parlé qu'il a menti.

Et comme un voyageur égaré dans le sable

Cerné de visions toutes insaisissables,

Tend quand même ses bras vers ces objets trompeurs,

Le poète, au milieu des immenses vapeurs

De ses songes qu'il sait impossibles à dire

Ne peut pas échapper à ce cruel délire.

Plein d'ombre, plein de doute, il se roidit en vain

Contre l'appel pressant du mensonge divin.

Il tâtonne, il écrit sa pensée avec rage

Et se regarde avec horreur dans son ouvrage.

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