FRAGMENT
O femme ! c'est en vain que le songeur t'accuse.
Le poète écoutant en lui chanter sa muse
Ne sait pas répéter sans le défigurer
Les sons mélodieux de son hymne sacré.
Il est faussaire, il ment, hélas malgré lui-même
Quel que soit ce qu'il hait, quel que soit ce qu'il aime
Dépassé par son cœur, ce chétif apprenti
Sent bien après avoir parlé qu'il a menti.
Et comme un voyageur égaré dans le sable
Cerné de visions toutes insaisissables,
Tend quand même ses bras vers ces objets trompeurs,
Le poète, au milieu des immenses vapeurs
De ses songes qu'il sait impossibles à dire
Ne peut pas échapper à ce cruel délire.
Plein d'ombre, plein de doute, il se roidit en vain
Contre l'appel pressant du mensonge divin.
Il tâtonne, il écrit sa pensée avec rage
Et se regarde avec horreur dans son ouvrage.