AH ! LES PAYSAGES QUE L'ON MEURTRIT
En souvenir du St Barthélémy d'autrefois.
Ah ! les paysages que Ton meurtrit !
Les petits champs autrefois si paisibles Et si riants, loin des cités nuisibles ! Adieu ! maintenant plus rien n'y sourit ! D'atroces et poussiéreuses banlieues Ont poussé comme des chancres rongeurs Là-même où les virginales rougeurs Des aubes, frappaient les fleurettes bleues De stupeur apoplectique, jadis.
Adieu la froufroutante roseraie, Où des roses, blanches d'un blanc de craie, S'endormaient dans les torrides midis !
Et les moulins aux ailes guillerettes Qui mettaient tout en haut du ciel joyeux — 0 fête bucolique de mes yeux ! — Des envols effeuillés de pâquerettes.
Des hommes, mercenaires abêtis,
Ont tracé je ne sais quelle avenue
Et les pics firent la campagne nue,
Le vide, avec d'horribles cliquetis.
Adieu les roseaux, verts d'un vert si tendre !
Et le séculaire micocoulier !
Seul survivra le petit peuplier,
Le pleurnicheur que nul ne veut entendre.
Ils l'ont laissé — car c'était leur devoir
A «ces messieurs, beaux esprits de grand'route
Pour qu'il périsse, lentement sans doute,
Sous le ridicule, de désespoir !
0 doux paysages de ma jeunesse
Qu'absorba la monstrueuse cité !
Que n'ai-je été frappé de cécité
Avant d'avoir connu votre détresse !
Vous êtes les meurtris, les mutilés,
Vous n'êtes plus et vous êtes quand même,
Vous êtes les fantômes que l'on aime
Les revenants aux grands yeux affolés !