‹ Quelques poètesChapitre 35 sur 36 · LE BOUQUET PRINTANIER, 1600. — LE JARDIN ET CABINET POÉTIQUE · texte numérisé non relu

LE BOUQUET PRINTANIER, 1600. — LE JARDIN ET CABINET POÉTIQUE

C'est pourtant la langue des dieux que va adopter notre homme pour mieux chanter les simples : l'on peut prévoir l'espèce de contradiction qui mettra aux prises son langage et sa matière, l'un n'étant pas assez précis et l'autre l'étant trop. Il en résultera des longueurs, des à peu près et aussi de la platitude, au milieu de quoi émergera, malgré tout, du pittoresque, une certaine gaillardise d'expression et parfois un peu de douceur poétique.

En 1600, Paut Contant commence à réaliser ce grand projet. Il en aborde la partie la moins malaisée, la célébration de son jardin, et il publie à cette date un poème tout végétal sous le titre poétique de Bouquet printanier, avec une épître dédicatoire où il trace les bornes légitimes de la curiosité : la pièce est adressée à M. du Ligneron- Mauclerc, gentilhomme rochelois probablement. En tête du livret il dessine lui-même une belle planche qu'il fait exécuter à Paris pour 100 livres (700 fr. environ aujourd'hui) : une « jardinière »

de forme antique, portée par des lions, sorte d'artistique « dinanderie » d'où s'élancent toutes les fleurs dont il va parler, en un harmonieux feu d'artifice.

Une nouvelle édition de son poème parait en 1609: l'auteur ajoute alors à son jardin botanique son cabinet d'histoire naturelle, et il change son poétique intitulé en cet autre plus complet : (( Le Jardin et Cabi || net poétique || de Paul || Contant || apoticaire de Poictiers ». Il refait son épître sur la curiosité, donnant de la curiosité « vertueuse et louable » cette remarquable définition : celle qui, « s'exerçant en ce qui est hon- (c neste, est utile à tous, nuisible à nul, et agré- « able à celui qui en use ». Du Ligneron étant mort, il dédie cette fois son œuvre à « Très « haut et très puissant M^^ Maximilian de « Béthune, duc de Sully... grand Maistre et Capi- « taine général de l'artillerie du roy, grand voyer (c et superintendant des finances de France, gou- « verneur et lieutenant général pour sa Majesté en Poictou », et il compose lui-même pour son jardin un beau frontispice à la fois belliqueux et antique, où les armes de Sully, grand maître de Tartillerie, décorent un fronton supporté par deux colonnes corinthiennes, reposant sur une base de trophées et de canons en croix. — Le volume s'ouvre par une vingtaine de pièces liminaires, en vers latins ou français, de ses admirateurs, de ses collègues, de ses amis, Scévole de Sainte-Marthe, les médecins Paschal le Coq,

Citois, médecin du cardinal de Richelieu, Béroalde de Verville, etc..

L'on voit que, par suite de la mort de M. du Ligneron, Contant avait changé de patron poétique et, bien légitimement, semble-t-il, avait substitué au nom du gentilhomme rochelois celui de Sully, en tête de son poème revu et doublé. Cette modification ne put échapper à ses ennemis, et l'un d'eux, d'autant plus acharné qu'il était un ancien ami (ou disciple, ou confrère), décocha contre lui, de Leyde en Hollande, un pamphlet violent, qui eût pu être spirituel s'il avait été plus court. Il est intitulé :

LES MANES DU SIEUR DE LIGNERON-MAUCLERC gentilhomme poitevin

sur la publication de certaine battologie à luy ïi vivant dédiée sous le nom de Bouquet prin- « tanier, et maintenant consacrée à un grand duc « de France sous le titre de Jardin et Cabinet « poétique. »

C'est une mince plaquette in-16, propre à se glisser dans une poche : le malheureux apothicaire y est tour à tour taxé d'ignorance, d'avarice, de paresse, d'ambition, d'abandon de son métier, de supercherie, car s'il y a quelques bons vers dans le poème, ils sont manifestement de Bernier de la Brosse, et non pas de Contant, lequel est, chemin faisant, traité de taupe, de pourceau, de corneille, « d'enroué corbeau », de « pie toute bigarrée », de

bourdon, de grenouille, d'oison, et placé finalement parmi les Pauperes spiritu, le tout dans ce style poissard de l'époque, que les virulentes polémiques de Garasse vont porter à son apogée. Le factum est daté de 1608, l'auteur ayant connu par avance la nouvelle publication que préparait le poète pharmacien.

Celle-ci consistait, en somme, dans le catalogue de ses deux collections que Contant entreprenait de dresser en vers, comme d'autres le font aujourd'hui en prose, plus sagement.

N'oublions pas que la poésie scientifique, à la fin du 18^ et du 19*^ siècle, nous a ménagé des surprises presque égales, bien que maniée alors avec beaucoup plus de talent: ainsi lorsque André Chénier, dans VHermès, prétendait mettre en vers les théories du Contrat social, ou que, en 1888, M. Sully Prudhomme, dans le poème du Bonheur^ entreprenait de noter les parfums précis des dif- ' férentes fleurs ou de rapporter l'Histoire exacte de la Philosophie.

Contant ne s'est évidemment pas dissimulé les spéciales difficultés de sa tâche, et il s'est livré à de louables efforts pour les surmonter. Tout d'abord il a l'ingénieuse idée de faire suivre son poème d'une double Table des Matières des plantes et des curiosités, avec numéros de renvoi au texte, ce qui lui permet de ne point donner à ses descriptions et définitions en vers une précision par trop didactique, les lecteurs pouvant, en cas de doute, se référer à la Table.

Ayant résolu d'ajouter en 1609 son Cabinet d'histoire naturelle à son Jardin, il eut l'habileté de dissimuler, autant que possible, le Cabinet au milieu du Jardin, qui remplit le commencement et la fin de l'ouvrage : heureuse composition qui nous donne, si je puis dire, une couche de fleurs pour commencer, puis une couche d'animaux empaillés, enfin une couche de fleurs pour finir et... pour cacher.

L'auteur débute par une invocation dans le genre épique :

Je chante les beautés de la terre nouvelle, les esmaux printaniers de sa robe plus belle, je chante les vertus des plus mignardes fleurs que l'Aube au teint vermeil enfante de ses pleurs ; je chante un beau jardin qui ne craint la froidure des gelez Aquilons, le temps ni son injure, mais qui tout vert, tout guay, tout riant et tout beau, s'éternise en mes vers en dépit du tombeau.

Il célèbre alors la soixantaine d'arbres et de plantes différentes qui composent son cher jardin. Successivement défilent, dans le mode de l'apostrophe fort aimé du poète, le laurier, le pistachier le platane.

Toi qui te plais le long d'un doux coulant ruisseau,

l'acacia, l'olivier, le laurier-rose,

l'honneur des monts, des prés, des vallons et des bois,

les primevères, messagères du printemps, qu'il salue avec assez de mouvement, les oreilles-d'ours, la violette qui lui inspire une effusion un peu précieuse, à la Ronsard :

Et toi céleste fleur, toute mignardelette^ toy printanière fleur, flairante Viollette, symbole des amours, ah ! je voy que tu veux de l'esmaillé jardin anneler les cheveux, de ta céleste fleur, dont la beauté j'admire, je baise autant de fois que Flore son Zéphire...

le narcisse, la jacinthe dont il mentionne la fable, comme il lui arrive plus d'une fois, d'après Ovide, les tulipes, dont on lui a envoyé quelques échantillons de Hollande.

Ici se dresse, comme centre de la gerbe, la Couronne impériale, où l'auteur veut voir un glorieux symbole de la prospérité d'Henry le Grand. Puis viennent les renoncules, dont le pharmacien possède 36 pieds, les pavots,

tout pleins de dormirs éternels,

l'aloès, l'iris, la fritillaire.

C'est ici qu'il interrompt son catalogue de bo-'; tanique pour passer à son Cabinet d'Histoire na-<| turelle par une invocation pindarique qui nous reporte aux plus beaux jours des enivrements an-J tiques de la jeune Pléiade :

Muses, tost qu'on m'apreste d'un doucereux nectar un hanap Pithyen pour grimper plus dispos au mont Permessien : où glouton je boiray à longs traits et sans peine

des bouillons Ambrosins de la source Hypocrène, pour chanter, à jamais enyvré de votre eau,

les singularitez

que l'on voit aujourd'hui paraistre par merveilles dedans mon cabinet plein de choses nouvelles, que l'Inde, le Péru, que le Nil, que le Nord, ont jette par faveur sur le bigarré bord du Clain, profond ruisseau : où la faveur divine m'a fait en cet endroit favorable Lucine.

Par cette sublime entrée en scène Contant semble chercher à s'étourdir sur l'aridité de sa nouvelle matière, qui a grand besoin, en effet, d'être arrosée du « nectar Pythien » ; après quoi, commençant par « le pleureux Crocodile », il passe en revue, avec des apostrophes parfois assez vives, les 43 curiosités de son cabinet: serpent qui a 13 pieds de longueur, squale, hérisson de mer, esturgeon ou créac, poissons en boule, ou qui ont les yeux au-dessus de la tête (orbis et uranoscopes), espadons, oursin, étoile de mer, tortue de mer, énorme cétacé appelé renard marin, porcépic marin, lézard crété, salamandre, caméléon, hippocampe, grenouille pêcheuse (qu'il appelle pécheresse), cloporte médical, tatou, chauve-souris géante ; — quelques oiseaux : flamant rose, gelinotte des Pyrénées, vautour d'Amérique, manucode ; — quelques objets curieux, qu'il dut acquérir par l'intermédiaire de M. du Mont ou de Monts, gouverneur, depuis 1603, de la Nouvelle- France (1) : un fruit d'Amérique nommé Maracas une pirogue ou « canoé » (2); enfin les monstruo-

(1) Il l'iascrit au nombre de ses donateurs.

(2) Nom anglais du canot.

sites, le musée des horreurs, que l'on baptiserait aujourd'hui tératologie : enfants joints (comme l'on a vu depuis les frères Siamois), agneau n'ayant qu'un œil, pigeon à deux têtes, chien et chat à sept pieds chacun. Telles sont les curiosités, rares et précieuses pour l'époque, qui valaient à notre apothicaire de nombreuses et d'illustres visites, dont il ne manque point de se targuer : des parents d'électeurs de l'Empire, le plus célèbre Poitevin de l'époque, le poète latin Scévole de Sainte-Marthe, le prince de Condé lui-même, père du futur vainqueur de Rocroy et gouverneur du Poitou, à qui il en profite pour dédier ses Œuvres complètes, un an avant sa propre mort, 1628, en reproduisant largement sur un nouveau frontispice les armes fleurdelisées du prince sur un manteau d'hermine.

Faire entrer tout ce pêle-mêle en vers, et en vers poétiques, constituait une entreprise particulièrement malaisée, et nous devons avouer que Contant n'y a que médiocrement réussi. Il n'était guère soutenu que par sa naïve vanité de posséder tant de merveilles .

Le poète qui était réellement en lui dut reprendre avec un vrai soulagement la fin du catalogue de plantes : les fritillaires encore, l'aconit, l'ellébore, dont il conseille à ses ennemis d' « entourner leur teste mal timbrée », le solanum (la pomme ; de terre) qu'il salue prophétiqiiement avec émo- ;j tion et dont l'Américain fait ses délices,

n'ayant pas comme nous le froment au gros grain, blanc dedans, dessus roux.

Une dernière fois il dédie à Sully son jardin, si petit, mais si curieux et digne vraiment du grand ministre, car

ce large Tout N'a rien de plus exquis de l'un à l'autre bout.

...Le présent est petit, mais pourtant, tel qu'il est, toujours verd il florist, toujours un gay printemps luit sur sa verte tresse, et de l'Hyble toujours la liqueur plus espaisse tombe sur l'infini de ses variétés, et le bel œil du jour chemine à ses côtés.

En dépit de ses apostrophes incessantes, de son mouvement un peu agité. Contant eût fait un poème aride et froid, parce que la sécheresse était au fond du sujet même, s'il n'avait pas su, tout comme dans les Commentaires sur Dioscoride, intéresser par des moyens accessoires et comme par des hors-d'œuvre, qui se trouvent être un peu plus attirants pour nous que le principal : nous voulons parler de ses souvenirs de Poitiers et d'Italie, des histoires qu'il raconte et des tableaux qu'il peint, de ses idées générales, de la chaude mention qu'il fait de ses amis et de ses ennemis.

Nul Poitevin n'aima Poitiers d'une amour plus forte et ne goûta mieux ses environs. En bon « escholier », digne successeur de Rabelais et de ses jo^'^eux compagnons, il chante la fontaine de Passelourdin, où souvent il a dansé. Ailleurs, il fait, à propos des fritillaires une agréable évoca-

''v.'ï--I/'X'lIS l'Ciri'KS.

tion des divinités de la fable aux bords du Clain. Dans son enthousiasme il met en comparaison les villes de Poitiers et de Montpellier, et, s'adressant à cette dernière, il s'écrie, presque menaçant :

Voudrais-tu t'offencer, si pour la médecine après Paris et toi Poictiers est la plus digne ?

Et qui sait si Apollon un jour, aidé par Sully, le grand « Mœcène », ne transportera point son séjour de Montpellier à Poitiers ? L'on a vu de ces retours de la fortune :

Les empires puissants, les grandes monarchies sentirent de son bras les forces ennemies, alors qu'il transporta le grand Assyrien au Médois, le Médois au Sophy Persien, et le Perse au grand roi de la fertile plaine de l'Emathie, et puis à la grandeur Romaine, puis l'empire Romain à l'empire Grégeois, et l'empire des Grecs à celuy des François (1). Bref soubs le ciel voûté il n'y a jour ni heure, an, ni mois, ni saison, qui notre estât asseure, « Car rien n'est asseuré et la fatale mort « prend le grand, le petit, le débile et le fort : (( les royaumes ne sont à la grandeur céleste (( non plus que d'un berger la petite cassette. »

Il rappelle à propos jusqu'aux curiosités qui se sont vues dans la ville de Poitiers, amenées pro-

(1) Malgré soi, l'on pense à Petit- Jean dans les Plaideurs, imitant maladroitement le même lieu commun de l'éloquence judiciaire de l'époque et célébrant

les Etats des Bàbiboniens transférés des Serpens aux Nacédoniens.

(Acte IIT, scène 3.)

bablement par la foire qui y sévissait dès cette époque : une fillette sans bras, qui parlait le flamand, l'italien, le français, l'anglais et l'allemand et qui tissait, filait et cousait avec son pied ; un cul-de-jatte qui, n'ayant « rien qu'un bras et qu'un petit mougnon », sautait sur une table, puis « montait comme un chat »

les rolons assurés d'une bien grande eschelle (1) ;

puis sur son violon

jouait quelque pavane ou quelque milanaise... et, pour le dernier mets, d'une aiguille montrait à coudre et à broder à qui le désirait.

Ici encore les souvenirs de l'Italie luttent avec ceux du Poitou dans les vers du poète : il rapporte qu'il se perdit un jour dans le Dédale de Tivoli, ayant voulu

parfaire sans crainte le tour enserpenté de son vert labyrinthe.

Il salue tout particulièrement l'hippocampe,

que de ses propres mains, un jour, dedans Venise se promenant, il prit tout de son long couché dans le trou vermoulu d'un gondole {sic) caché.

Après avoir fait des perroquets une jolie description, qui annonce assez bien Vert-Vert, il ajoute :

(1) Rolon, mot poitevin encore très virant = barreau d'échelle.

Mes yeux jeunes ont vu mille et mille fois

dedans Rome, au palais d'un Cardinal françois,

un de ces animaux, dont l'affeté langage

artistement appris par un fréquent usage,

rapportait proprement d'un disert Orateur

les doux-graves discours : car d'un propos flatteur,

tantôt il entonnait de Pétrarque la Laure,

et tantôt de sa voix il allumait encore

les feux grégeois éteints ; et tantôt en latin,

il disait quelques vers ; puis quand son avertiu

le prenait, il chantait tantost un Vau-de -Ville,

tantôt une Pavane, or d'une voix pupille

contrefaisait l'enfant, puis en discours divers

il amusait le peuple, or eu prose, or en vers (1).

Les oreilles d'ours, puis les trinitaires, lui rappellent ses traversées de la Savoie, alors qu'il se rendait à Rome par les sentiers abrupts que devait fouler plus tard Jean- Jacques Rousseau. Ces tableaux de nature sont assez pénétrants, et l'on sait à quel point ils sont rares dans notre poésie du 17^ siècle. En voici un d'un étrange sentiment nerveux et moderne, dans une apostrophe à l'oreille d'ours :

Hélas ! combien de fois, passant les monts touffus des costeaux savoyards, et des tertres bossus, des vallons résonnants, ai -je par grand'largesse recueilli le plus beau de ta plaisante tresse, cueilli, non pas cueilli, car en ta quantité diverse, mon esprit était précipité : si que, ne pouvant pas pour la grande distance les pouvoir transporter es lieux de ma naissance, forcené de dépit de voir tant de beautés, et d'estoc et de taille es lieux précipités,

(1) Soit en prose soit en vers. — Avertin, vieux mot désignant

v.w^. fiorle de mouvement de foîie.

je rompais, je brisais, or la jaune, or la blanche, ores la purpurce, et mon estoc qui tranche faisait cîe tous côtés un carnage piteux des plantes qu'aujourd'huy désirent tant mes yeux, et, conduit par ma main, épanchait à merveilles or deçà, or delà ces ursines oreilles.

Notre poète est bien du 16^ siècle par son goût prononcé pour les idées générales, qui l'aident plus d'une fois à reculer les bornes de son si étroit horizon ; nous oyons de curieux développements sur la grâce de la forme ronde dans l'univers, sur la nécessité du commerce par lequel Dieu a beaucoup ajouté à l'agrément de la vie humaine, etc. Le sens religieux de Contant se dévoile lorsqu'il finit par un véritable sermon le chapitre des monstres : ils ne seraient pas, si nous aimions Dieu davantage, Dieu qui, pour tant de bienfaits,

ne veut rien qu'un cœur tout pénitent, qu'un cœur d'obéissance, qu'un cœur humble, un cœur doux plein de sa connaissance,

Enfin le poète trahit encore ici une sensibilité vive, et ses amis comme ses ennemis reviA^ent, dans son Jardin et Cabinet poétique : parmi les fleurs et les animaux empaillés, après la trinitaire, le poète trouve le moyen de célébrer ses huit amis, le parent de la Fontaine, Pidoux,

grand d'esprit, grand de corps, d'honneur et de moyens, (il eût pu ajouter : grand de nez, comme toute la

famille), le Vau, qui n'est plus, — Milon, Paschal Le Coq

qui, volant depuis l'Est jusqu'au Gange, fait entendre à bon droit le bruit de sa louange.

« son cher Citoys », et puis une trinité de jeunes : Rabaut, Rafou, son futur gendre, et Demayré, enfin Robin, à qui il ajoute « son Veyrel », de « Xainctes », l'un et l'autre lui ayant fourni un grand nombre de plantes. Ainsi, comme dans tout catalogue de musée qui se respecte, le nom des donateurs se trouve ici en grosses lettres, mais (et c'est là la différence avec bien des musées), les objets ont été ici nommés et décrits tout d'abord, avant les donateurs.

Dès les premières éditions Contant ne résiste point à parler de ses envieux, il leur donne même une verte leçon à propos de l'oiseau nommé manucode, qui, lui, se montre bon, paraît-il, pour tous ses congénères. Puis, en 1628, l'ellébore lui donne l'occasion de reprendre abondamment ce plaidoyer pro domo, qui n'occupe pas moins de six pages in-folio : c'est que dans l'intervalle a éclaté le mordant pamphlet de Leyde.

L'apothicaire essaie de le réfuter; il le fait longuement à son tour, prenant, ainsi qu'il arrive, son ennemi trop au sérieux. Mais si l'esprit lui fait défaut, il ne manque par moments ni de force ni de verve.

Il s'attache aux deux principaux reproches de ses adversaires : l*' il se mêlerait par sa double

collection de ce qui ne le regarde pas et la poésie lui ferait négliger son mortier ; — 2^ il tirerait de l'argent de ses visiteurs.

Au premier grief il répond que ses collections ne sont que le prolongement de son officine (il avait dit déjà dans l'Epitre dédicatoire qu'il n'avait que la curiosité de son métier) :

. . Mon cabinet n'a rien, ni mon jardin aussi

que cela qui me tient tous les jours en soucy :

les bois, les fruicts, les fleurs, les feuilles, les racines

sont par moy tous les jours mises en médecines,

les gommes et les sucs, les pierres , les métaux,

les conches (1), les poissons, reptiles et oiseaux,

sont ma profession : l'ouvrier en sa boutique

ne doit-il pas avoir tout outil qu'il applique

pour son art, sans aller, quand il en a besoin,

chercher ce qu'il luy faut en un pays bien loin ?

Ma boutique est toujours abondamment garnie

des remèdes qu'il faut pour toute maladie (2).

Sur la délicate question d'argent il affirme que, comme Ferrand Imperator, le fameux apothicaire de Naples, qu'on lui oppose, il ne demande rien pour la visite de sa collection, mais, comme Ferrand, peut-il refuser lorsqu'un visiteur lui envoie une pièce d'histoire naturelle destinée à enrichir son trésor ou même lui laisse une offrande d'argent avec cette attribution ?

En voilà sans doute assez pour donner une idée de cette espèce de curieux Voyage autour de mor.

(1) Les coquillages.

(2) On sait que ouvrier se prononçait alors en 2 syllabes, comme fléau, que l'on rencontrera plus loin, en une seule.

officine, qui, bien que terriblement ingrat et sec en son fond, puisque ce n'est rien qu'un catalogue, a été ingénieusement fécondé par son auteur, qui a réussi à lui donner, somme toute, quelque vie et quelque agrément.

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