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LA BIOGRAPHIE D UN ECRIVAIN EXPLIQUE-T-ELLE EN PARTIE SON ŒUVRE

Que se propose donc la critique littéraire, sinon d'expliquer et de juger les ouvrages de littérature, c'est-à-dire : 1° d'éclairer les idées et les sentiments qu'ils contiennent; 2'^ d'apprécier la part de beauté qu'ils présentent?

(1) Portraits littéraires^ nouvelle édition, t. III, p. 546.

Avant le dix-neuvième siècle, elle se contentait de juger et de confronter chaque œuvre avec les règles esthétiques qui, dogmatiquement, s'imposaient au genre correspondant. Traitant un ouvrage tout comme un bolide qui aurait chu du ciel, elle s'exposait à des lacunes et à des méprises étranges, en ne tenant quasi aucun compte des circonstances qui l'avaient vu naître, des influences qu'il avait subies. Mais, il y a près d'un siècle, la critique littéraire ne se satisfit plus à aussi bon compte : appliquant, elle aussi, la méthode des « sources », elle se proposa le plus souvent de remonter aux sources naturelles de chaque écrit, en un mot d'expliquer avant de juger, ce qui lui permettait de juger, après ce long travail préalable^ beaucoup plus équitablement l'originalité de récrivain : tel un magistrat, en face d'un prévenu, cherche d'abord à sonder la genèse et les mobiles de l'acte et mesure ainsi plus exactement, avant de la traduire dans un arrêt, la responsabilité morale de l'homme. Pour être vrai, il convient de reconnaître que, souvent, la critique du siècle dernier, curieuse de tout, même de ce qui n'offrait pas une grande valeur proprement esthétique, a tendu, par réaction, à s'absorber dans la tâche de Vexplication pour faillir un peu au ministère au. jugement, notamment du jugement moral.

Les sources propres d'une œuvre se trouvent manifestement dans l'époque, les circonstances où elle s'est produite, les empreintes qui ont marqué sur elle, le tour que lui a conféré son auteur, en

un mot elles se peuvent ramener à l'artiste qui l'a créée, avec sa date, sa race, son pays, ses idées et ses sentiments, son tempérament propre. Par exemple, quiconque a ressaisi, dans sa vie familière, le naturel âpre, brusque, sec et simpliste de Malherbe, entêté de clarté et d'ordre religieux et politique, comprend sans peine le caractère de son lyrisme et de sa réforme du Parnasse. — Pour qui sait la naissance en Orient d'André Chénier, le fils de la belle Grecque, et son enfance dans la serre chaude des vallées du Languedoc, s'explique tout uniment comme le jeune poète a pu entrer de plain-pied dans l'antiquité, et, entre autres choses, pour être plus précis, la vivacité dont il rend les impressions de fraîcheur. — Notre illustre contemporain, M. Sully Prudhomme, le philosophe-poète, ne s'éclaire-t-il pas singulièrement avec ses nobles et éternelles incertitudes métaphysiques, si l'on connaît ses attaches avec la brumeuse ville de Lyon, d'où était sa mère, pâle et triste, où les âmes, reployées sur elles-mêmes, ont coutume d'être inquiètes des grands problèmes ; où lui-même, à la vingtième année, connut une sorte de vision religieuse (1) ? Voilà ce qui, dans une large mesure, a commencé, avec des précisions diverses, à être déterminé au 19^ siècle.

(1) L'on trouvera le développement de ces idées dans les études suivantes sur Malherbe, sur André Chénier et sur Sully Prudhomme. C'est l'application de la même méthode à ces différents « cas » qui donne seigle une certaine unité à ce livre.

Villemain, dans ses brillants tableaux, tint compte largement de l'histoire de la société. Mais c'est Sainte-Beuve qui, à notre sens, signala avec le plus de finesse et le plus de tact les sources historiques et surtout personnelles d une œuvre d'art littéraire. Sans théorie tapageuse, cherchant avec son bon sens avisé à appliquer son idée neuve, après maints tâtonnements, que M. G. Michaut nous a si bien déduits (1), il a donné l'inimitable galerie des Lundis, où il n'a point substitué, comme on l'a dit^ l'étude des écrivains à celle des œuvres, mais accompagné l'une par l'autre : nous avons analysé, en commençant, la savante marche littéraire par échelons biographiques^ qui est proprement sa manière.

En inaugurant cette méthode pleine du « charme » qu'il sentait bien, Sainte-Beuve avait compris à merveille qu'elle réalisait par surcroît son tout féminin désir de plaire, qui fut l'un des traits essentiels de sa nature. Puisqu'il avait formé l'entreprise hardie et contestable de faire descendre la critique littéraire érudite des ouvrages spéciaux et des chaires d'enseignement supérieur dans la presse quotidienne, rien ne la pouvait mieux favoriser : le grand public se lasse, en effet, très vite des questions d'art pur, il est friand, en revanche, des traits de biographie, qui rafraîchissent son attention, nous l'avons vu, piquent

(1) Sainte-Beuve avant les « Lundis ». Essai sur la formation de son esprit et de sa méthode critique. Thèse de doctorat es lettres, 735 pages. Paris, A. Fontemoing, 1903.

sa curiosité et mettent en œuvre sa sympathie. Aussi , entre mêler les questions esthétiques d'anecdotes biographiques et les relier les unes aux autres par leurs délicates affinités, c'était un coup de maître, qui fut l'habileté en même temps que l'originalité de Sainte-Beuve. Non seulement il nous expliquait le caractère des physionomies littéraires, mais encore il rapprochait de nous les littérateurs, en montrant que, tout artistes qu'ils sont, ils sont hommes comme nous, avec des faiblesses comme les nôtres, parfois pires que les nôtres, notamment du côté de l'orgueil, et, en fin de compte, il rapprochait de nous la littérature. Taine arriva et, avec son esprit puissant, mais insensible aux nuances, s'emparant delà vue juste de Sainte-Beuve, il la mit en système, ce qui la rendit célèbre et la faussa. Telle est l'opinion communément admise aujourd'hui par les critiques : mais le public est, en général, très éloigné encore d'une semblable sévérité et cite avec une admiration sans partage V Essai sur La Fontaine et ses Fables, un des livres les plus brillants et les plus faux de la critique française. Sans compter que le fabuliste n'a sans doute jamais eu le dessein de représenter c?a2î5 le détail toutes les classes sociales de son époque, ainsi que l'affirme l'auteur, comment peut-on prétendre qu'un écrivain est le produit nécessaire de la race, du milieu et du moment ; que La Fontaine, par exemple, fut fatalement ce que nous voyons qu'il a été, parce que c'était un Champenois vivant au temps de la cour

de Louis XIV ? comme si tous les Champenois de cette époque qui vinrent à Versailles étaient nécessairement devenus des La Fontaine... Que le fabuliste ait reçu de son milieu une certaine empreinte, nous le nions certes moins que personne, et nous admettons fort bien que les alentours et comme l'écorce du génie d'un écrivain soient expliqués par là ; mais il n'en reste pas moins vrai que La Fontaine fut La Fontaine surtout par la raison qu'il était La Fontaine, ce qui veut dire qu'il apportait de naissance un ensemble d'aptitudes et de prédispositions qui constituent le fond de sa nature propre : la théorie de Taine ne tient nul compte de cet élément primordial, qui est pourtant l'essentiel et comme la base d'un écrivain^ à savoir le tempérament non pas ethnique, mais individuel.

Cet élément premier peut-il donc être atteint par une analyse scientifique ? Dans une certaine mesure, croyons-nous. C'est d'abord lorsqu'on aura su, au moyen des exactes notices d'ancêtres que nous demandons plus haut et par cette sorte de généalogie biographique, compter et mesurer les éléments héréditaires qui entrent manifestement dans la composition d'un individu.

Les philosophes modernes allèguent aussi l'état des parents au moment de la conception de l'enfant, lorsque du moins il est possible de le savoir.

Nous pensons que la part d'inconnu pourra reculer encore, grâce, entre autres, à une connaissance qui a joui longtemps d'une bien mauvaise

réputation et qui fait aujourd'hui hausser les épaules à tous ceux qui ne l'ont pas étudiée de près, autant dire à presque tout le monde : nous voulons parler de l'astrologie scientifique. Nous apercevons d'ici les sourires incrédules et moqueurs de ceux de nos lecteurs qui ont eu le courage de nous suivre jusqu'à ce point, et d'avance nous les affrontons bravement comme toutes les fois que la vérité est en jeu. Car enfin il est devenu impossible de nier la réalité des résultats de la moderne science astrale, à la suite des récents travaux, à la fois mathématiques et psychologiques, de M. Paul Flambart et de ses émules : étant donnés le caractère et la nature d'un écrivain, par de savants calculs astronomiques, il retrouve, à une heure près, la date de la naissance, ou inversement, avec la date de la naissance, il reconstitue, sans les connaître, les linéaments d'un esprit, d'un caractère et même parfois d'une vie. Ainsi, l'un de ses confrères en cette science, à qui l'on a présenté le ciel de nativité de George Sand, a authentiquement écrit ces quelques traits d'ensemble sans soupçonner le moins du monde la personne visée :

« Esprit brillant et ingénieux. — Profondeur et fermeté du jugement. — Activité intellectuelle. — Spiritualité élevée. — Indépendance de l'esprit. — Grande bonté et grande bienveillance. — Sensibilité très développée* — Caractère aimant, impressionnable, éloigné de tout ce qui est bas et vulgaire. — Sensualité et attrait pour les

plaisirs matériels. — Imagination et raison (1). » En exceptant de ce médaillon un seul trait, « fermeté du jugement », nous ne voyons pas qu'un critique, sachant, lui, de qui il parle, puisse tracer de la grande femme-écrivain une esquisse plus ressemblante, et il serait souverainement fâcheux que, par un préjugé causé seulement par d'antiques charlataneries astrologiques, les critiques modernes, qui entendent approfondir scientifiquement les choses, renonçassent à des contributions d'une aussi avérée précision. Quand on y réfléchit bien, d'ailleurs, quelle difficulté y a-t-il d'admettre que, dans les premiers instants de notre apparition sur la terre, nos organes, si tendres et délicats, reçoivent l'empreinte invisible d'influences cosmiques, qui se répercutent aussitôt, comme toutes les influences matérielles, sur nos qualités internes ? Et après qu'on a étudié des milliers de tempéraments, comparés à l'état du ciel au moment de leur naissance, pourquoi n'aurait-on pas expérimentalement pu établir une sorte de table de concordance entre tel genre

(1) Paul Flambarl, ancien élève de l'Ecole polytechnique '.Langage astral (Traité sommaire d'astrologie scientifique), avec un recueil d'exemples célèbres et de nombreux dessins de l'auteur, p. 137. Paris, bibliothèque Chacornac, 11, quai Saint-Michel, 1902. — L'auteur avait publié en 1901 l'Influence astrale (série d'articles parus dans la Nouvelle Revue et la Revue du monde invisible), 1901, Paris, Société des journaux spiritualistes réunis, rue Rodier^ 3, et il a donné en 1903 une Etude nouvelle sur l'hérédité, accompagnée d'un recueil de nombi-eux exemples, 1903, bibliothèque Chacornac. — Les pionniers de cette nouvelle connaissance publient maintenant une revue intitulée La Science, astrale,

de caractère, par exemple, et telle conjonction d'astres, entre tel trait intellectuel et telle position de planètes ? Ces idées nous étonnent parce qu'elles sont nouvelles pour beaucoup, mais elles ont grande chance d'être une portion de la vérité de demain. Elles reçoivent déjà une sorte de confirmation par le rapport où elles semblent bien être avec les lois encore mal démêlées de l'hérédité : ainsi, pour les membres d'une même famille, parents et enfants, aïeuls et petits-fils, etc., il est des similitudes frappantes et des parentés entre l'état du ciel de leurs naissances respectives, par exemple pour Louis XIV et le grand-dauphin, pour Victor Hugo et ses arrière-petits-enfants, etc. (1). Aussi bien par ces influences s'expliqueraient en partie les différanees souvent si sensibles qui s'observent entre frères et sœurs doués de la même hérédité.

Que les partisans de la liberté, dont nous sommes, se rassurent. Les {srédispositions intellectuelles et morales, qui nous viennent du ciel physique, ne font nul obstacle à notre libre arbitre : elles déterminent simplement le terrain sur lequel il évoluera à l'aise, absolument comme les circonstances nous obligent à vivre en Europe, ou en Asie, ou en Afrique, sans que notre liberté morale en soit pour rien diminuée. Nous sommes

{1) Etude nouvellesur l'hérédité, citée p. 80, 84 clpassim. — Nous ne voulons pas rappeler qu'un bon nombre de grands esprits ont ajouté foi à l'astrologie, même celle de jadis, par exemple Gœthe, qui recommande d' ailleurs aux écrivains de faire leur autobiographie [Vérité et Poésie, traduction Porchat, p. 1-4).

sans doute prédestinés chacun à vivre, soit par l'imagination surtout ou par la raison, soit dans l'amour de la solitude ou dans le goût de la société, etc., tout aussi libres de dominer et d'exploiter par nous-mêmes telle de ces régions que nous le serions pour telle autre: notre personnalité libre, que les Allemands appellent « le facteur personnel », n'est nullement engagée ni violentée par là. Bien plus, elle est capable de résistance et de réaction. Les prédispositions morales qui nous viennent des astres agissent probablement sur notre tempérament à la manière des hérédités physiologiques. La science moderne a prouvé que celles-ci ne sont point fatales : elles forment en nous un « terrain » préparé pour telle ou telle maladie de notre race, mais la faveur d'heureuses circonstances ou d'une hygiène appropriée et voulue peut empêcher le mal héréditaire d'y germer et nous permettre de pratiquer notre « évasion » hors des tendances natives.

Cette résistance saura plus sûrement s'organiser, du moins pour les natures douées de volonté, si l'on sait se bien connaître et prévoir. L'on devine aisément de quel prix serait l'exacte connaissance de cette pâte primitive dont l'individu est façonné, pour la direction de sa propre conduite, par exemple, et pour l'éducation des enfants. De quel prix ne serait-elle pas également pour la pleine intelligence des autres hommes et en particulier des écrivains ? Ce n'est pas à dire, sans doute, que, même à l'aide de ces lu-

mières, qui brilleront peut-être plus vives pour nos descendants, l'on connaîtrait tout du fonds d'un homme. Les chimistes nous apprei^nent que, en isolant les divers éléments d'un corps de la nature et en refaisant ensuite artificiellement la synthèse, ils n'obtiennent pas toujours un corps identique au premier, le nouveau n'affectant point toujours dans sa combinaison la même symétrie moléculaire que l'ancien : il se peut, de même, que dans l'humanité, des éléments connus viennent, un moment donné, à se combiner, pour former un tempérament nouveau, suivant une mystérieuse formule qui résiste à toute espèce d'analyse. Et puis, le « facteur personnel » de chacun de nous échappera toujours, suivant l'apparence, à une mensuration scientifique. Mais l'important est de faire sur une nature humaine le plus de déterminations précises, ou de prévoir du moins celles qui pourront humainement se faire dans un avenir plus ou moins prochain.

Quoi qu'il en soit, une pareille étude délicate et scientifique des natures individuelles, lesquelles présentent, du reste, une infinie variété, semble n'avoir jamais été essayée par l'auteur de La Fontaine et ses Fables, toujours hanté par sa théorie trop grosse et seulement approximative de « la race ». Sainte-Beuve, au contraire, s'était sans cesse appliqué à y remonter, sans tenir compte d'ailleurs de l'élément astral. Pour l'hérédité, il l'indiquait souvent d'une touche légère, et il lui donna plus d'importance à mesure que ce grand

problème était plus fouillé dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Ainsi, l'année qui précéda sa mort, en 1868, il s'analysait lui-même et attribuait son goût pour la littérature à son père, déclarant nettement que « le point où celui-ci était arrivé, s'était trouvé comme fixé à l'origine dans son organisation » à lui, et que « c'avait été son point de départ (1) ». Toujours il avait perçu clairement qu'une œuvre littéraire a sa principale source, et partant sa clef, dans le tempérament de son auteur, et que le tempérament apparaît surtout par la biographie, d'où sa méthode biographique.

L'influence de Sainte-Beuve s'est évidemment marquée, de divers côtés, sur la manière d'écrire l'histoire des hommes en général, des écrivains et même des saints, dans la biographie et l'hagiographie, où les parties humaines des héros sont mises en lumière d'une façon beaucoup plus exacte et vivante qu'auparavant (2). Mais l'on peut s'étonner que l'action proprement littéraire du critique n'ait pas été plus profonde, surtout dans les sphères officielles. Le phénomène tient sans doute à ce que la plupart des illustres critiques littéraires de la fin du 19^ siècle se trouvèrent être, de par leur nature propre, avant tout intel-

(1) Table des Lundis, par Ch. Pierrot, 1885, p. 39.

(2) Entre autres dans l'intéressante collection « les Saints », à la librairie Lecoffre. Cf. aussi les belles biographies de M. l'abbé Baunard.

lectuels, beaucoup plus logiciens et philosophes qu'historiens et artistes, plus épris de synthèses que d'analyses, se complaisant de préférence à l'ingénieux démontage et remontage des pièces de théâtre, aux vastes généralisations et systématisations, aux simplifications et dépouillements pénétrants et spirituels, au replacement des individus dans l'histoire des idées, avant tout servants de Vidée, au détriment du fait et du beau, qu'ils paraissent équitablement dédaigner. Adieu les délicates et fines analyses, les pastels fondus et spirituels, les échantillons variés de beauté littéraire ou d'humanité, présentés soigneusement par des hommes de société, aimables moralistes mondains ! Mais, en revanche, les dissertations fortes et vigoureuses de nos maîtres, que nous sentons passer au-dessus de nos têtes avec une docile et tremblante admiration. L'on comprend que les poètes en particulier se plaignent de n'être plus jugés que par des philosophes, et non plus par un des leurs (1). Venant après Taine et Sainte-Beuve, les modernes philosophes de la critique ne peuvent pas, naturellement, ne point tenir compte de l'histoire littéraire, soit générale, soit même biographique, même quand ils ont l'air de s'en défendre; mais il faut voir avec quelle désinvolture large et succincte ils profitent des longs et patients travaux de ceux qui ont défriché, à la sueur de leur front, un coin de l'histoire

(1) Vey. Emmanuel des Essart, Journal des Débats, 7 novembre 1903 : « Une Revue de la Poésie française. »

de la littérature ; souvent ils leur empruntent des idées générales qui leur serviront, à eux, d'énergiques sergents de bataille, pour ranger leurs diverses théories sur un écrivain. Chez lui, ils nous montreront en gros le bourgeois, le précieux, le Gaulois, le provincial, etc., et les divisions s'alignent ainsi sur un, deux, dix auteurs jugés fermement et intellectuellement, sous des formules brèves et bien classées, sans qu'il y ait besoin de tant méditer sur la vie des gens et de faire tous ces prudents et hésitants détours auxquels s'était condamné le pauvre Sainte-Beuve.

Mais ne soj^ons point injustes : quelques critiques, non des plus renommés, se sont mis, surtout dans les thèses du doctorat es lettres français, à étudier lentement et avec précision le tempérament et la vie des écrivains, pour démêler ensuite l'empreinte de l'un et de l'autre sur leurs ouvrages. Ils se sont rendu compte qu'il n'y avait pas de meilleur moyen de comprendre le plus grand nombre des tonalités et des nuances, et ceci n'est-il point une bonne partie, pour ne pas dire le principal de la littérature, parce que c'est en elles que consistent et l'art et les idées exactes d'un écrivain? Nous apercevons donc là des résultats certains, qui sont un commencement d'application de la méthode biographique, vers laquelle Sainte- Beuve, jadis, nous avait si bien orientés. Mais combien ne reste-t*il pas encore à s'avancer dans cette voie !

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