TRIO
Berck, situé à 32 kilomètres au sud de Boulogne, fait
partie des véritables climats marins. C’est une plage unie, sans galets, formée de sable fin. Elle est exposée à l'Ouest, recevant les vents du large et protégée du côté opposé par des dunes et des garennes. Les vents d'Ouest sont les vents dominants, les vents de terre une exception. Aussi Berck est-il constamment baigné par un afflux nouveau d’air marin, d’air pur. Par contre ce vent est très vif. Cette violence de la ventilation qui pour certains malades est une qualité, devient au contraire pour d'autres un ‘inconvénient. Chez ces derniers, il occasionne de très fréquentes interruptions dans le traitement par l'air marin et certains enfants malgré les plus grandes précautions, ne peuvent même pas le supporter. Les rachitiques trop jeunes (au-dessous de deux ans) ne peuvent être exposés sans danger à des vents aussi vifs. Les hypotrophiques, les débiles n’ont pas assez de ressources en eux pour réagir à cette médication trop énergique. Les nerveux y trouvent un climat trop excitant pour eux, dont l’état réclame un climat sédatif. Enfin, et c’est là une règle absolue, ceux qui, à côté de leur rachitisme présentent des lésions tuberculeuses pulmonaires ne doivent pas venir à Berck. C'est là d’ailleurs un fait rare, mais qui se rencontre néanmoins.
Par contre, les rachitiques florides, les rachitiques un peu âgés qui ont besoin d’une réaction violente et peuvent la supporter profitent à merveille des qualités de ce rude climat. Il sera pour eux ce coup de fouet que ré-
clame leur organisme. Mais « la mer n'est pas plus
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climatiquement que thérapeutiquement une » (1), et à côté du chat märin de Berck se trouvent des climats marins atténués, dont Arcachon est le type.
En suivant le littoral de l’Atlantique on trouve en un point vers le Sud une échancrure qui, étroite vers l'Océan, va en s’élargissant dans les terres, formant une petite mer intérieure. « Il semble qu’en la créant la nature uit songé aux enfants, tout y est doux et moelleux, l'air, l'eau, le sol. » (2) Au sud de cette baie est Arcachon, séparé de la mer par une première ligne de dunes, si bien qu’ « une forte brise qui agite l'Atlantique arrive très atténuée sur les bords du bassin, pour devenir imperceptible dans Ja forêt où s’adosse la ville » (3). Plus on se rapproche de la passe qui fait communiquer cette grande masse d’eau avec l'Océan et plus l’intensité du vent augmente. Peu à peu, d'étapes en étapes, à mesure que l’on s'éloigne vers le Sud-Ouest, on arrive insensiblement à n'être plus protégé par la barrière des dunes et l’on trouve un vent de plus en plus violent, un air de plus en plus vif, nullement sédatif, s’approchant de celui de Berck. Si un individu sain, habitué à l’air d'Arcachon va, par hasard, passer quelques heures, en avant de l'abri formé par les dunes, sur les bords de l'Océan, il en revient rompu, fatigué, car il aura trouvé à quelques kilomètres d’Arcachon un air beaucoup plus rude. A l’intérieur de la baie, tout au contraire, le contraste est frappant. L'eau s'est calmée, les vagues ont disparu « la mer s’y hu-
(4) Lalesque. Arcachon ville de santé. Paris, 1919, p. 588.
(2] Bourdier. Thèse de Bordeaux, 1881, p. 52. (3) Lalesque, loc. cit., p. 590.
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manise et y trouve une plus grande douceur, a dit Michelet qui aimait cette plage ». L'air a subi les mêmes transformations. Venant presque toujours de la mer, Île vent s’est un peu brisé sur les dunes et arrive à Arcachon, après avoir traversé la grande nappe d’eau qui
forme le bassin. Rarement le vent vient de terre, le vent
. dominant étant le vent du Nord-ouest. La température
moyenne y est sensiblement supérieure à celle de Berck, sans toutefois, l'été, atteindre des degrés excessifs. Les changements brusques de température n’existent pas. La question des bains, qui, à Berck, est presque secondaire, vu le peu d'enfants qui peuvent en profiter, du moins pendant un temps assez long, devient à Arcachon, très importante. Les bains peuvent facilement y être pris de juin à octobre. Le calme de la mer, la température moyenne de l’eau de la baie feront que l'enfant acceptera rapidement la balnéation sans aucune frayeur et sans cris.
Loin de nous la pensée de voulair marcher sur les brisées de Berck, qui répond parfaitement à certaines catégories de malades, mais à côté de son rude climat nous croyons devoir citer le climat marin atténué d'Arcachon, qui convient à une toute autre classe d'enfants.
Berck est la reine des plages chirurgicales, Arcachon, déjà sans conteste plage médicale, mérite de voir s’étendre ses attributions et de devenir « plage médico-chirurgicale », suivant l'expression de Barbier.
Au congrès d'Arcachon, en 1905, cet auteur (1) recon-
(1) Barbier. Les Sanatoriums maritimes de la côte Atlantique en France.
(11e Congrès français de climatothérapie et d'hygiène urbaine. Arcachon Pau, 1905).
naît, en effet « que cette station peut réclamer avec raison les lésions scrofuleuses légères de la peau, des yeux, du nez, des oreilles; les lésions osseuses profondes, les rachitiques », puis il ajoute « et dans toutes ces catégories les enfants nerveux, excitables se trouveront plus spécialement bien du climat »..
Avant lui. en 1892, Charles Leroux, dans son livre sur
les hôpitaux marins, signale les effets du climat d’Ar-.
cachon sur deux rachitiques qu’on avait hésité à faire
partir à la mer « à cause de leur jeune âge et de la gravité de leur état ». Arcachon mérite donc, à côté de Berck, une place spéciale dans le traitement du rachitisme. « :
Tous les rachitiques peuvent aller au bord de la mer. Néanmoins, certains d’entre eux ne pourront trouver aussi condensées, nulle part ailleurs qu'à Berck, les rudes qualités que leur état exige d’un climat, d’autres, au contraire, ne rencontreront pas d'autre station leur offrant mieux qu'Arcachon, avec les avantages d'un climat marin, l’absence de conditions climatériques pouvant leur nuire.