‹ Quelques progrès dans l'étude du cŒur humainChapitre 15 sur 27 · ET · texte numérisé non relu

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Mais d’autre part, dans chacune de ses phrases, comme dans la phrase de Vinteuil, « quoiqu'’elle présente parfois à la raison une surface obscure », on sent « un contenu si consistant, si explicite, auquel elle donne une force si nouvelle, si originale, que ceux qui l’ont entendue la conservent en eux de plain-pied avec les idées de l'intelligence ».

Voilà peut-être le dernier mot — nous le trouvons dans Proust lui-même — sur le génie de Proust et sur l’essentielle nouveauté et l’essentielle beauté de son œuvre. Alors que toute la littérature depuis le Romantisme a tendu vers l’expression aussi directe que possible, sans doute, mais par là-même aussi informe, aussi inassimilable que possible aux idées, de nos émotions et de nos perceptions inconscièntes, Proust au contraire, sans d’ailleurs vouloir en faire une révolution, sans menacer personne, sans lancer aucun manifeste, — Proust a travaillé à une fixation, et non plus à une simple expression, de tout ce qui s’ébat d’obscur dans l’homme, jusqu’à lui communiquer « une force si nouvelle, si originale » que nous pouvons le « conserver de plain-pied en nous avec les idées de l'intelligence. »

Son premier rêve, celui qui le hantait dans ses promenades du côté de Roussainville et de Montjouvain, est donc pleinement réalisé. Sa sensibilité a pris une valeur éternelle. Elle échappe au temps. Et tout un monde avec elle, qui y était pris. Le grand malade, le grand désarmé qu'était Proust, du fond de son lit, grâce à ce doux et inflexible entêtement que je vous décrivais, a fini par remporter la plus difficile des victoires : il s’est imposé tout entier à la mort, et elle reflue intimidée devant sa forme morale intégralement conservée.

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