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passer un souffle de poésie. On y respire cette atmosphère lumineuse, comme ce beau ciel de l’Attique que l’on disait si salutaire aux intelligences des Athéniens.
M. Maurras occupe une des premières places dans les lettres et la pensée françaises. Depuis plus de vingt ans, ses écrits étaient admirés et commentés par ses contemporains. Les beaux vers qu'Anatole France lui dédia jadis, et que tout le monde a sur les lèvres, ces vers qui expriment tout le charme de la culture gréco-latine qui se dégage de l’œuvre de l’auteur d’ « Anthinéa », montrent à quel point M. France avait su pressentir le génie de son jeune élève d’alors.
Il a une doctrine dont il est lui-même le fondateur et qui déjà porte son nom.
Il a groupé autour de lui toute une élite dont le nombre ne cesse de grandir. Et chaque jour, des milliers de jeunes Français, pleins d'enthousiasme et de jeunesse, avides d’un enseignement à la fois sain et positif, trouvent dans la pensée du maître les éléments constitutifs d’une théorie rajeunie, née de l'intelligence, de l’expérience et de la raison. C’est grâce à elle que nous pourrons sortir de l’état chaotique où nous vivons momentanément.
Car la gloire de M. Charles Maurras ne réside pas uniquement dans son œuvre philosophique et littéraire. Il est évident que les seuls ouvrages littéraires qu'il a composés lui donnent le droit de figurer parmi les premiers de son époque. Mais pourtant, son plus beau titre de gloire, c’est d’avoir pénétré dans le domaine de la politique, d'avoir analysé avec cette puissance de pénétration, ce génie, qui lui a valu l'admiration même de ses adversaires, le vice fondamental des institutions qui nous paralysent et nous condamnent à subir les événements qu’une démocratie ne peut pas prévoir. Car la Démocratie vit au jour le jour, uniquement absorbée par les divisions intestines qui voilent aux yeux de tous, jusqu’à-la dernière minute, les dangers extérieurs.
Les plus belles œuvres littéraires de notre siècle auront disparu des archives de la planète que l’on commentera encore, et probablement même avec plus d’admiration qu'aujourd'hui, ces chefs-d’œuvre de philosophie politique dont l'Enquéte sur la Monarchie forme les premières assises.
Quelle pitié de penser que des esprits qui se croient cultivés ne connaissent Maurras que par ses articles quotidiens dans l’Acfion Française, et n'ont jamais ouvert aucun de ses ouvrages |
Personnellement, M. Charles Maurras n’a retiré aucun avantage de cet inlassable dévouement à la cause du salut public. Cela lui a valu la haine de tous les germanophiles, ploutocrates, politiciens et mauvais Français, dont il n’a cessé d’entraver l’action néfaste, l’inimitié de quelques ignorantins, et surtout cette conspiration du silence que l’on a exercée sur son œuvre, jusqu'à la guerre. À ce moment, il ne fut plus possible de cacher au public cette pensée prophétique.
Quand la conspiration du silence s’est révélée inopérante, on a usé d’une méthode beaucoup plus perfide. A l’aide de falsifications, d’inventions calomnieuses, de textes tronqués et dénaturés, les germanophiles ont enfin réussi, après vingt années de louches intrigues, à faire mettre à l’index par l'autorité ecclésiastique une partie des œuvres de Maurras. Mais le bon sens national a reparu. L’ennemi a échoué. |
Le premier mouvement de surprise apaisé, chacun s’est demandé d'où venait l'agression, quelle en était la cause?
On s’en est nettement rendu compte, dès que l’on a connu la qualité des détracteurs et la pensée qui les animait. S'ils font sonner si fort de prétendus dangers, que les hautes autorités spirituelles avaient cru devoir négliger ou nier pendant plus de vingt ans, c’est donc qu'autre chose les gêne à côté des raisons invoquées. La manœuvre germanophile était trop apparente. Elle s’est effondrée lamentablement.
Si, pourtant, Maurras avait voulu connaître la vie facile et heureuse de certains de ses contemporains, même en s’occupant de politique, quoi de plus simple pour lui ! |
Il se trouverait, depuis longtemps, sous la Coupole, comblé d'honneur.
Il aurait pu, tout jeune, se trouver à la tête de quelque grand quotidien, avec un traitement de ministre et sans aucune responsabilité, au lieu que, suivant sa vocation, il a préféré se placer sur le terrain de l’opposition, au risque de jouer toute sa vie un rôle obscur, fournissant un labeur continu avec un traitement qu’un simple bureaucrate eût méprisé.
Ces choses-là, aujourd’hui, peuvent être ignorées du public, à cause d’une polémique savamment dirigée qui ne vise qu’à dénaturer les faits, aux yeux du peuple toujours dupe ; mais plus tard, elles seront connues : car la lumière se fait enfin sur toutes choses, et ceux-là même qui auront à étudier la biographie de Charles Maurras, reconnaîtront que sa vocation politique aura été l'honneur de sa carrière.
J'ai déjà dit que sa sensibilité transparaissait dans ses écrits comme dans ses actes. Comment ne pas le reconnaître ! Comme il aime ses collaborateurs ! Quelle fidélité dans l'amitié ! Comme il sait vivre avec nos morts : on le dirait presque, avec eux, en état de communion constante. Et avec quelle pieuse vénération il sait aussi évoquer leur mémoire ! Il a l’art d’utiliser les hommes et il ne s’en flatte pas. Mais la différence essentielle qui existe entre lui, qui n’a d’ambition que pour son pays, et les grands manieurs d'hommes ou qui se croient tels et agissent pour une vaine gloire personnelle, c’est qu’il brave le danger, toujours disposé au sacrifice, tandis qu'il ne voit pas d’un œil tranquille les autres s’y exposer. De bonnes âmes paraissent étonnées que tant de générations, en l'appelant le Maître, lui aient voué une grande vénération. Non seulement il les a instruites, mais il a été pour elles, un exemple vivant d’abnégation, de courage civique, de vertu. Les milliers de jours de prison gaîment conquis par ses ardents ligueurs résolus à fêter l'héroïne nationale, et ces braves d'Action Française qui tous sont tombés vaillamment au champ d'honneur, le dévouement à toute épreuve de véritables légions qui, d'un bout à l’autre de la France, sans distinction de classe ni de fortune, et en dépit de multiples occupations journalières, s'unissent pour le salut public, voilà une partie de l’œuvre de Charles Maurras.
Evidemment, pour obtenir un tel résultat, et quels que fussent les revers, il fallait bien être stoïque quand le devoir l’exigeait. M. Maurras a su l'être, souvent avec tristesse, toujours avec sérénité, soutenus lui et les siens par une cause juste et noble, — comme disait le duc d'Orléans, — une cause qui nécessairement triomphera. Et ceux qui pensent par leurs manœuvres arrêter son essor, sont de bien
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mauvais psychologues. Plus ils essaieront d’éloigner de M. Charles Maurras ses fidèles, plus ceux-ci se multiplieront et se rapprocheront, car ils ne sauraient oublier tout le bien qu'il a fait à leur pays et à la civilisation. Et cette civilisation que l'on croyait sauvée du désastre après quatre ans de guerre, se trouve de nouveau menacée. Déjà l'héroïne de Dante, crie à chacun de nous :
N'entends-tu pas la douleur de sa plainte, Ne vois-tu pas la mort qui lui livre combat Sur ce rivage plus orageux que la mer ?
Ce n’est pas le moment de ralentir notre effort. Plus que jamais 1l va falloir lutter et vaincre.
PIERRE BÉCAT,,