PATHOGÉNIE
de l'Erythème noueux
Ces lésions de l’érythème noueux sont si différentes à tous les points de vue des tuberculides véritables que pour les expliquer, Pons en 1905, faisait intervenir l’action des toxines produites dans l'organisme par le bacille de Koch. Il écrivait dans sa thèse : « L’érythème noueux reconnaît pour cause l’action du poison tuberculeux. C’est une lésion toxinienne d’origine bacillaire ».
Considérant les analogies entre le nodule de l’intra dermoréaction à la tuberculine et le nodule de la dermatite contusiforme, l'intensité de ces réactions tuberculiniques, l’apparition de l’érythème au décours des maladies anergisantes, ERNBERG, concluait également : « L’érythème noueux est une réaction tuberculinique autogène ».
Cependant cette explication a été combattue particulièrement par M. DEBré et ses collaborateurs. Elle n’explique pas les cas rares, mais cependant véritables d’érythème noueux à réactions tuberculiniques tardives et les ressemblances entre les nouures et les réactions à la tuberculine ont été exagérées.
Ces auteurs reprenant l'opinion de LANDouzy considèrent l’érythème noueux comme la manifestation locale d’une septicémie bacillaire.
Nous adopterons cette façon de voir qui semble confirmée par la présence du bacille de Koch dans le sang et au niveau du nodule. Elle permet de comprendre que l’allergie tuberculinique ne devient positive qu'après l’éclosion de cette lésion ; et elle s'accorde également avec les cas rares de
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récidives ou d’apparition de l’érythème noueux au cours d’une tuberculose.
Cependant cette bacillémie est fréquente au début de la tuberculose et c’est seulement chez un petit nombre de sujet que la fièvre initiale s'accompagne d’érythème noueux
Comment l'expliquer ? Trois ordres de faits peuvent être invoqués :
La contamination, Le bacille, Le terrain.
Nous avons montré précédemment que la contamination qui est à l’origine de l’érythème noueux n'offre aucun caractère particulier. Elle peut être massive et répétée ou au contraire légère et fugace.
L'étude du bacille offre plus d'intérêt. Le Pr Morquio, au cours d’une leçon faite dans le service de M. SERGENT, incrimine «les formes jeunes et filtrables du bacille de Koch ». Des inoculations au cobaye de sang de malades atteints d’érythème noueux, faites par PAISSEAU, OUMANS- KY, ARLOING et DUFOURT, provoquent chez cet animal une tuberculose atypique et ces auteurs admettent qu’elle est provoquée par l’ultra-virus. GADRAT et LASSERRE, ont apporté une conformation de plus à ces travaux. Chez un malade présentant une telle éruption les réactions tuberculiniques furent négatives, mais l’intradermo-réaction à l’ultra virus donna un nodule volumineux en tous points identiques à ceux de l’érythème noueux.
Mais, si l'apparition de l’érythème noueux chez plusieurs enfants en contact avec le même sujet bacillifère semblerait en rapport avec cette spécialisation du bacille, nous ferons remarquer que dans l’entourage d’un tuberculeux contagieux, il apparait souvent en même temps que plusieurs cas d’érythème, d’autres formes de prino-infection.
Ceci amène naturellement à penser qu’en face des mêmes conditions extérieures chaque individu possède une manière personnelle de se comporter ; et c’est pourquoi nous ferons intervenir la notion du terrain.
Il est naturel que les enfants d’une même famille pré-
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sentent en même temps un érythème noueux, car ils ont souvent les mêmes prédispositions morbides. C’est ainsi que dans l'observation VIII, les deux sœurs réagissent au bacille de Koch d’une façon semblable, au niveau de la peau et du poumon.
Herbert Kocx, signale une observation concernant des trijumeaux: trois garçons de trois ans présentent sur les cuisses des éléments typiques d’érythème noueux, bleuviolets gros comme des pois. La ressemblance entre les trois enfants était très nette, tant au point de vue de la maladie que de la réaction à la tuberculine ou encore des caractères physiques. La couleur de la peau, des cheveux des iris, est la même. La forme du nez, des oreilles, des dents ainsi que les dimensions sont semblables. Les scrotums sont vides et petits. Il existe du genu valgum. Les trois enfants appartiennent au même groupe sanguin B et la sage-femme pense qu’il n’y avait qu’une seule poche des eaux.
L'auteur conclut : « Cette observation montre que les dispositions héréditaires jouent un rôle dans l’évolution de la tuberculose, bien que l’influence du milieu ne puisse être contestée ».
L'intervention des tendances naturelles est aussi admise par LESNÉ. Il a remarqué qu’un grand nombre d'enfants qui présentent une telle dermopathie ont de l’acrocyanose et de l’érytrocyanose sus-malléolaires.
On peut aussi invoquer en faveur de cette hypothèse la prédominance du sexe féminin après la puberté. MALLET, étudiant dans sa thèse des érythèmes noueux de l’adulte trouve une grande majorité de femmes : « Chez l’adulte, la femme paie un lourd tribut à l’érythème noueux. Les femmes que nous avons examinées présentaient souvent un terrain endocrinien spécial, des troubles menstruels consistant le plus souvent en règles irrégulières et peu abondantes, des signes de dysfonctionnement thyroïdien, une acrocyanose avec frilosité ».
Certes, il est bien difficile d'apporter une affirmation absolue, mais nous admettrons qu’un bacille tuberculeux
passant dans le sang, atteignant un sujet jusque-là indemne me. de tuberculose ne peut produire d’érythème noueux que £ si celui-ci présente certaines prédispositions.