‹ Quelques réflexions sur la nature et le traitement du choléra-morbus de ParisChapitre 3 sur 8 · CHOLERA MORDUS · texte numérisé non relu

CHOLERA MORDUS

prit dégagé de toute prévention, de toute idée préconçue, me permettent d’affirmer, que, quelque rapide que soit le vrai choléra-morbus , il laisse toujours dans les organes qu’il affecte spécialement, des marques plus ou moins sensibles de son existence (i). J’ai déjà tracé dans les précédens cahiers de ce journal, une esquisse des lésions principales que l’on rencontre chez les individus qui succombent au choléra-morbus. On en verra des exemples dans les trois observations qui terminent ce travail; l’espace me manque pour les décrire longuement ici (2). Je répéterai seulement que ces lésions principales , réellement capitales , consistent dans la présence d’une sécrétion anormale, plus ou moins abondante, en divers points du tube digestif, avec injection et rougeur plus ou moins vives de la membrane muqueuse, laquelle, dans la majorité des cas, offre aussi un gonflement , un développement plus ou moins considérable de ses follicules isolés. D’autres lésions .sans doute existent chez les cholériques, mais elles peuvent être considérées pour la plupart comme consécutives à ces dernières , et comme n’étant, le plus ordinairement du moins, qu’un effet de la lésion gastrointestinale : question grave, fondamentale, que je discuterai dans l’ouvrage que je me propose de , publier , avec toute l’étendue qu’elle mérite.

(1) ''Celle conclusion est dc'duile des fails que j’ai observe's. Je n’ignore pas que,des médecins d’un grand merile affirment avoir ouvert des chole'riques chez lesquels ils n’ont rencontre' aucune lésion. Quelle que soit ma de'fe'rence pour l’autorité de ces médecins , j’attendrai , pour renoncer à la conclusion ci-dessus, que l’on ait mis sous les yeux de l’Insiiiut ou de l’Académie de médecine des pièces constatant l’intégrité complète des organes chez les vrais cholérique^.

(2) J’espère pouvoir le faire dans un ouvrage qui paraîtra prochainement , et qui contiendra , en résumé et en détail , tous les cas de choléra qui me sont échus en partage à l’hôpital de la Pitié.

CnOLÉRA-MO.lDUS.

Au reste, il nesuffilpasdesavoirquedes lésions se rencontrent consta ni ment, à un degré plusou moins élevé, dans une étendue plus ou moinsconsidérabledu tube digestif, etquc ces lésions conslltuentuneespèce de centre, autourduquel roulent et viennent se rallier presque toutes les autres; il faut encore, en effet, interpréter en quelque sorte cescaractères muets, fournis par l’inspection cadavérique, et voir de quel genre de lésion physiologique ou de maladie ils sont les indices. Essayons de résoudre cette nouvelle question.

jSi l’on ne rencontrait autre chose qu’une rougeur plus ou moins intense de la membrane muqueuse digestive , je concevrais jusqu’à un certain point, et j’excuserais bien volontiers l’erreur de ceux qui assimilent les lésions de cette membrane à la teinte violette ou livide de l’extérieur du corps, et les regardent comme des produits d’une congestion passive. Mais j’ai bien de la peine , je l’avoue , à concevdir une telle erreur , quand je réfléchis aux autres lésions , compagnes de la rougeur de la membrane muqueuse digestive. Quoi ! le développement , le gonflement si fréquent des glandes de Brunner, la sécrétion d’une énorme quantité d’un liquide trouble, floconneux, blanchâtre ordinairement , quelquefois rougeâtre , la présence d’une couche crémeuse et purlforme à la surface interne du tube digestif; quoi 1 dis-je, de pareilles lésions ne seraient autre chose que le résultat d’une congestion , d’une stase sanguine passive, analogue à celle des mains et de la lace des cholériques ! Mais, s’il est bien vrai que les altérations que nous signalons Impliquent, pour ainsi dire , contradiction avec l’idée d’une congestion passive , ne s’ensuit-il pas qu’elles doivent être considérées, au contraire, comme rexpresslon , la preuve matérielle d’une congestion active; c’est-à-dire, de cette espèce d’irritation ou de phlegmasie, à laquelle M. Dup)uytren a donné le nom d’irritation sécrétoire.^ Si , comme

caOLERA-MORBUS.

î’a déjà fait le professeur célèbre que nous venons de citer, nous portons maintenant notre attention sur les symptômes pathognomoniques du choléra-morbus , savoir les vomissements et les déjections alvlnes , les borborygmes , les douleurs abdominales, les coliques, la soif ardente > suivis plus ou moins promptement du refroidissement de l’extérieur dii corps , de crampes , de raffaiblissement de la circulation; si, dis-je, nous fixons notre attention sur cet appareil sym|>t.omatlque j n’y trouvons-nous pas un nouvel argument en faveur de l’opinion qui vient d’être émise ?

Mais, dira-t-on, dans combien de cas ne voit-on pas des congestions actives des voles digestives , sans qu’il y ait explosion des symptômes cholériques ? Le choléramorbus épidémique n’existe que depuis un mois au milieu de nous , ajoute-t-on; est-ce donc à dire que depuis un mois seulement, le tube digestif est devenu susceptible de contracter une irritation sécrétoire ? Ces objections méritent-elles une sérieuse réfutation ? Comme si, parce que nous rattachons les lésions, trouvées dans le tube digestif après la mort, et les désordres fonctionnels de ce mêmeappareil observés pendant la vie, à une affection de nature irritative, on pouvait en conclure que le choléramorbus n’est pour nous rien autre chose qu’une siniple irritation gastro-intestinale, tellequecelle que produirait, par exemple, un léger éméto-cathartique Loin de nous une opinion aussi insensée. Oiîtrè que la rapidité, l’espèce de fougue qu’imprime à l’irritation gastro-intestinale l’agent, le poison spécifique qui engendre le choléra-morbus , est déjà un grand* ti’ait qui distingue cette irritation de toutes les autres, certes, nous ne prétendons pas que le poison cholérifique , quel qu’il soit , épuise sa pernicieuse activité sur la vaste membrane muqueuse gastror intestinale , et qu’il n’exerce , en s’insinuant dans la

CUOLÉRA-MORBUS.

profondeur de l’organisation , aucune action délétère, soit sur le sang, soit sur le système nerveux. Qui niera qu’on ne trouve, après l’empoisonnement par les substances narcotico âcres , des traces palpables de pblegmasie ou d’irritation gastro-intestinale ? et cependant est-il quelqu’un, qui, pour cela, ait jamais songé à considérer comme une simple gastro-entérite , l’empoisonnement dont nous paidons? Je me sers d’autant plus volontiers de cette comparaison , que les symptômes du cboléra-morbus intense, ne sont pas sans quelque ressemblance avec ceux du genre d’empoisonnement dont il s’agit. Toutefois, je le répète, l’immense étendue de la surface irritée, la vélocité souvent foudroyante avec laquelle éclate l’irritation , la spécificité de la cause génératrice de cette irri^ tation , la prodigieuse déperdition qu'éprouve le sang par l’effet djes évacuations cholériques ; voilà les grands points cardinaux , si l’on peut ainsi dire, autour desquels tournent les autres phénomènes de la maladie que nous étudions.

Mais en voilà bien assez sur la question de la nature du choléra-morbus , que je n’ai voulu et pu qu’effleurer dans un travail tel que celui-ci. Occupons-nous maintenant du traitement.

Au moment où le choléra-morbus est venu répandre dans Paris la mort et la consternation , nous avions des i<lées si peu précises sur sa nature, qu’il n’est pas étonnant que chaque médecin lui ait opposé une méthode de traitement particulière. Toutefois, il en faut convenir, jamais plus déplorable contradiction n’avait peut-être régné dans le monde thérapeutique. Il n’est pas une seule médication un peu connue qui n’ai tété employée contre le choléra-morbus. Les toniques et les excitants les plus héroïques , tels quelcpunch, les vins de Madère, de Malaga, le quinquina, etc.; les stimulants diffusibles, tels que l’éther, l’alcool, etc.;

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