‹ Quelques Réflexions sur la Rachianesthésie Basse d'après 8123 observations recueillies à l'Hôpital Sadiki de TunisChapitre 7 sur 18 · AC · texte numérisé non relu

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été fort surpris à mon arrivée à Sadiki, de voir avec quelle fréquence on employait la rachianesthésie. C’est une méthode, qu’alors je ne connaissais guère, si ce n’est par les nombreuses discussions qu’elle avait suscitées tant à la Société nationale de Chirurgie de Paris que dans les difféférents Congrès. Durant mon internat à Paris, en effet, je ne l'avais vu appliquer que rarement, dans des opérations bien déterminées, telles que: amputations du rectum par voie périnéale et réductions de fractures de jambe avec gros déplacement, toutes interventions où elle semble particulièrement indiquée. »

« Nommé chirurgien de l’hôpital Sadiki, j’apprends que BRUNSWIC LE BIHAN la pratiquait sans incident depuis de nombreuses années. Ne voulant pas faire œuvre de novateur, j'ai laïssé faire, d'autant plus que les deux auxiliaires médicaux affecté à ce service depuis 1902, m’affirmèrent que sur le millier de rachianesthésies pratiquées avañt mon arrivée, en dehors des petits incidents, on n'avait jamais eu à déplorer de décès. D’autre part, la nécessité m'’obligeait à faire l’expérience loyale de cette méthode, car à mon arrivée, je me suis trouvé seul, sans assistant, sans interne.

« Le nombre considérable de rachianesthésies pratiquées depuis cette époque, prouve suffisam-

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ment que je n'avais aucun grief sérieux pour.

l’abandonner. Bien mieux, après avoir moi-même constaté que c'était là un anesthésique agréable et facile à administrer, constant dans ses résultats, ne provoquant pas de complications graves, après avoir appris à mieux le manier et à moins m'alarmer des petits incidents, enfin ayant eu la chance de ne pas avoir à déplorer d'accident mortel dans les premières centaines, je l’ai définitivement adopté.

.« On avait aussi l'habitude « d’endormir » les

malades au chloroforme. Bien que ma première anesthésie, en tant qu’externe, se soit terminée par une mort et que depuis j’eusse gardé le chloroforme en sainte horreur, j’ai laissé les auxiliaires qui avaient l'habitude de s’en servir, continuer à l’administrer. Et, pour ne pas paraître ne rien apporter dans ma valise, je me contentai d'introduire dans mon nouveau service, le masque d’Ombredanne, le kélène et l’anesthésie locale. Ceci vous explique, en matière d’anesthésie, l’éclectisme que vous avez vous-même pu constater dans les différents services.

A l'heure actuelle, après deux ans passés dans le

service, après avoir pratiqué personnellement un grand nombre de rachianesthésies, nous avons été nous-même séduit par la méthode et avons songé à en faire le sujet de notre thèse inaugurale.

L'étude de cette question nous à paru particuliè-

rement opportune, parce que d’actualité malgré les nombreux travaux publiés depuis Léonard Cor- NING, BIER et TUFFIER jusqu’à nos jours. En effet, le 37° Congrès français de Chirurgie de 1928, mal-

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gré la remarquable mise au point de MM. FoRGUE et BASSET, a laissé partisans et adversaires sur leurs positions. La question a rebondi à ce jour à la Société nationale de Chirurgie de Paris où, à la suite du rapport YvEs DELAGÉNIÈRE présenté par M. Bazy, détracteurs et partisans se sont de nouveau affron- . tés sans résultats.

Nous nous rangeons nettement parmi les partisans de la méthode, en apportant une statistique de raleur. Notre travail a été facilité puisque déjà au Congrès de 1928, le docteur BRUN et son assistant le docteur DUuPLENNE, ont fait une communication basée sur 6.147 cas. Ces observations, jointes aux 2.006 qui nous sont personnelles, nous donnent une statistique globale de 8.123 cas.

Notre opinion n’est donc pas fondée sur des impressions de Congrès ou de lectures. La chirurgie n’est pas une science impressionniste. Beaucoup trop de détracteurs n’ont jamais appliqué la méthode et se croient autorisés à formuler des critiques. Cette manière de procéder, pour le moins qu'on en puisse dire, est qu’elle n’a rien de scientifique. Par ailleurs, si nous sommes partisan fervent de la rachianesthésie, nous nous garderons bien, à l'égard des autres modes d’anesthésie, de tomber dans le travers que nous reprochions plus haut à ceux qui critiquent une méthode sans l’avoir éprouvée. Et de ce que nous affirmons, nous en trouvons la preuve manifeste dans ce fait qu’à Sadiki, on pratique indifféremment la rachianesthésie et l’anesthésie générale à l’éther, au chloroforme et au kélène. Nous le démontrerons par des chiffres dans un instant.

Ce sont les réflexions que nous ont suggéré à la

fois une statistique aussi importante et quatorze années de pratique ininterrompue de rachianesthésies à l'hôpital Sadiki, que nous nous proposons d’étudier dans ce travail.

Pour pouvoir comprendre la valeur toute particulière de rotre statistique, une des plus importantes de France, il nous a paru indispensable de savoir de quelle maniere et dans quelles conditions la rachianesthésie avait été employée. Ces conditions, toutes spéciales, semblent en effet conférer à notre statistique la valeur d’une véritabie expérience.

Nous n’insisterons guère sur les conditions inhérentes au milieu et au personnel. L'hôpital Sadiki est le seul hôpital indigène de la Régence de Tunis. Notre statistique porte strictement sur des malades musulmans. Peut-être, nous dira-t-on, est-ce là une es conditions de notre succès. Pour notre part, il nous est impossible de juger la question, car nous n'avons jamais eu l’occasion de faire de rachianesthésies en clientèle européenne.

À la tête des services chirurgicaux est placé un chirurgien unique. Sous ses ordres sont placés les assistants, les internes, les auxiliaires médicaux, les infirmiers.

Les internes sont recrutés par concours sur titres, parmi des médecins ou des étudiants en médecine en fin de scolarité. Certains sont anciens internes ou prosecteurs de villes de Faculté ou d’Ecoles de plein exercice. Ils sont nommés pour quatre ans et peuvent ensuite être assistants pendant une durée de trois ans.

Les infirmiers sont tous diplômés. Après sept à huit ans de service, ils sont nommés auxiliaires médicaux. Parmi les auxiliaires médicaux en exercice, certains le sont depuis 1905. Ils ont vu naître la ra-

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