ET EN PARTICULIER SUR CELUI DE BICETRE
Duvum ; sed læ\>ius Jit pnlienliâ
Q.uicquid corrigerc est nef as.
HonACE, Livre i." , Oclc 20. ,
De nombreux et imporlans écrits ont déjà été publiés sur le choléra-morbus , et se sont succédés avec presque autant de rapidité que le mal en a mis à frapper ses victimes ; cependant chaque jour en voit encore paraître de nouveaux. C’est qu’en outre du nombre si grand des gens qui écrivent pour écrire , il s’en trouve beaucoup d’autres qni désirent appeler l’atleulion du public sur des faits d’une plus ou moins grande importance , qu’ils pensent seuls avoir bien appréciés. On doit , à cause de cela , s’attendre à voir successivement paraître leurs essais , jusqu’à ce que le champ de l’observation se trouvant épuisé , il soit enfin possible d’exécuter une monographie dans laquelle tous les faits, jusqu’à présens épars dans une foule d’écrits sur le choléra , viennent naturellement trouver place.
L’étroite circonscription du théâtre où j’ai pu observer ne me permettant , en aucune manière , d’entreprendre un pareil travail , je m’en tiendrai à l’exposition de quelques points relatifs à l’histoire du choléra , que l’expérience m’a appris à mieux apprécier qu’on ne le fait généralement, ou sur lesquels j’ai pu asseoir mon opinion par la
CIIOI./vIlA-MOUHrS.
coinpai’aisondcsjugc.mens, souvcjil opposas, doiil ils onl6l6 l’objet. Quant aux autres points, j(5 les intlit(ucrai 5 peine ou même les passerai entièrement sous silence , devant les croire tombés dans le domaine non contesté de la science , et connus de tous les médecins attentifs k suivre les publications auxquelles l’épidémie régnante donne lieu. Mon travail se bornera par conséquent à des remarques sur, i." les causes , 2.“ la description , 5.° le traitement de celte maladie.
Articlk I." — Causes du choléra- mor bus.
Le nom de choléra, imposé , on ne sait par qui le premier ni pourquoi , à la maladie qui depuis dix-sept ans , a parcouru plus d’un dixième de la surface delà terre (1) , a dû la faire identifier avec l’ajfFeclion que les anciens ont décrite sous la même dénomination. L’épithète diastatique, ajoutée au nom du mal , nous forçait en quel^ que sorte , à croire qu’il venait de l’Inde. M. Broussais n’hésite pas à admettre cette dernière opinion (2) , que partage aussi M. Gendrin (5) , et l’Académie royale de Médecine s’est mise en frais d’érudition, surtout pour prouver la première (4). La vérité est qu’elles sont aussi peu fondées l’une que l’autre.
On pourra facilement s’en convaincre si l’on veut bien faire attention que le choléra décrit par les anciens ,
(1) Rapport sur le choléra -morbus , lu à V Académie , etc.
(2) Le choléra-rnorbus épid. ohs. et traité suivant la méthode phy siol. , p. 2.
(3) Monographie du choléra-rnorbus épid., etc. , p. i.".
(4) Rapport sar le choléra , etc. : « donc , le chole'ra des anciens , le y> choléra de l’Inde , le chole'ra de Moscou , le choiera de Varsovie sont » identiques dans leurs caractères phe'nome'naux. « Page 18. — L’Académie de Médecine n’est pas seule de son avis , comme je l’avais d’ahord cru ; M. Gendrin pense comme elle (o).
(a) Monographie , etc. , p. 47*
ciioi.inA-îiioiuujs. 5
Aécvh par Sydenham en 1669(1), ne différé pas du choléra sporadique dont , chaque été , nous avons des exemples plus ou moins nombreux à Paris. Or, celui-ci , à 1 exception peut-être de quelques nuances dans l’intensité des symptômes , est absolument la même que le choléra qui , dans certaines saisons, se montre assez fréquemment d’une manière épidémique dans les pays chauds, notamment dans l’fnde (2). Mais la maladie qui, déjà depuis plusieurs mois , sévit sur presque tous les points de la France , ressemble si peu au choléra dont chacun de nous a pu observer précédemment des exemples , que personne aujourd’hui n’oserait tenter d’établir entre elle et lui , un rapprochement contre lequel la voix du public médical s’élèverait unanimement. Force est donc de convenir qu’elle est une affection nouvelle, inconnue jusqu’alors dans les fastes de l’art (0) , nonobstant quelques descriptions obscures daus lesquelles on a
cru la reconnaître , comme le passage de Van der-Heyden cite dans le journal Hebdomadaire (4) , et celui que M. Boisseau a découvert dans Gœlius-Aurelianus (5) Quant à l’origine indienne, qui seule pourrait motiver
(1) Opéra inedica , tome I.", p. i8 j.
(2) Les lecteurs qui voudront s’assurer nue le j-
ac Franco O choldra o^ùrir ‘:,:s
ronrront aisément, s’il» veulent eomparer la iloserLion dn mal nlisorvo dans notre pays , avec eollo. ,,„i se trouvent da“ A il*
Prosper Alpinus et Dontius (a). ’
Æ<^„,e,.n.„,o,i„s. etc., par Germain Van jer IleydeuXnr.'é'Ss.’
(6;M. Doisseau pense ,,„e les mots nisree fusc.tus . employés
(r.) Morborum y — /)
morte ægi ot. — ühdicina Indoru vila et
>'uni ,
4 CII01.inA-M0RUUS.
le surnom iV asialûjuc donné nu choléra , elle supposg l’existence d’une contagion que tout combat , ou bien elle devrait reposer sur la ressemblance de l’épidémie actuelle avec le choléra , connu de temps imraorial dans rinde. Or, quand des observateurs habiles n’auraient pas reconnu la différence immense qui existe entre les deux affections (i) , la moindre réflexion sur leur marche prouve évidemment tjue deux maladies , dont l’une paraît à des époques déterminées de l’année , est subordonnée à l’influence des saisons , et l’autre règne sans interruption depuis dlx-sept ans , tiennent à des causes différentes et sont par conséquent de nature différente , car aucun médecin versé dans la philosophie de son art n’hésite à déclarer qu’une différence , dans la cause , en entraîne né-
pnr Cœliiis-Aurclianus , pour Jësigner la coloration du visage des chole'riqucs (a) , ne peut s'appliquer qu’à la cyanose iiabituelle dans le choléra épidémique qui, par conséquent, aurait été connu fort anciennement {b). Mais si l’on veut bien sc ra])peler que l’ouvrage portant le nom de Cœlius a été traduit en latin par un mauvais humaniste , on se gardera bien d’aliîrmer que les mots cités par M. Boisseau, sont la traduction fidèle des expressions originales , et on renoncera , sans doute, à y voir l’indication d’iin symptôme dont il est si difficile de ne j)as être frappé à la première vue, que, entre admettre qu'il n’a été ni vu ni décrit par Soranus, ou être forcé de soutenir qu’il a échappé à tous les médecins de l’antiquité, à l’exception d’un seul , la première hypothèse me semble de beaucoup la plus probable.
(i) Suivant Annesley, le choléra épidémique actuel diffère on ne peut pas plus du choléra d’Europe , tout comme de celui qui s’observe habituellement dans l’Inde (c). Bell est absolument du même avis , et à cause de cela refuse de donner le nom de choléra à la maladie régnante (d).
(rt) Acut. morh., cap. XX. tome I."", p. agS.
(b) Mémoire sur la cyanose cholérique. Journal hebd. de Méd., novembre i83a , p. 288.
(c) A Treatise on the épidémie choiera of ihe cast , etc.
(d) Treatise on choiera asphyxia , p- 7.
CIIOLinAcMORBUS.
ccssaircment une dans la nature de la maladie qui en est le produit. Cependant l’influence des noms est telle , que , pour beaucoup de médecins , les dénominations do choléra oriental ou asiatique , de choléra-morbus de l'Inde 3 imposées à l’épidémie régnante, ont été un motif de la déclarer identique avec le choléra habituel sur les bords du Gange.
La même chose a eu lieu à l’égard de l’aflcction qu’on voit, de temps à autre , régner épidémiquement sur les côtes de l’Espagne. Son nom de fièvre jaune a fait que la majorité des médecins l’a considérée comme identique avec la fièvre jaune des Antilles. Elle n difière cependant au plus haut point , ainsi que je l’ai établi ailleurs (i) , et qu’il me serait facile de le faire voir ici , si je n’avais d’abord à m’occuper des causes du choléra^ morbus, avec quelques détails.
Avant que cette maladie n’eût sévi parmi nous , il était possible de se livrer à des spéculations plus ou moins ingénieuses sur le nombre , la diversité , la nature des causes dont on croyait pouvoir la faire dépendre, et de les rapporter, suivant son goût, aux influences météorologiques , aux infractions des règles de l’hygiène , à la contagion ou è l’infection. Aujourd’hui qu’une expérience, malheureusement payée trop cher , a montré l’inanité de toutes ces opinions , l’étiologie du choléra peut être brièvement exposée, puisqu’on n’a plus à s’occuper des erreurs dans lesquelles tant de médecins ont voulu voir les véritables causes de la maladie. En effet, nous ne saurions sérieusement ranger parmi elles , un régime alimentaire plus ou moins mauvais , et la négligence des soins de propreté , les excès de travail , les commotions morales produites par lesévénemens politiques , etc. , puisque sous tous ces
(i) J. A. Pvuchüiix , Recherches sur les i.Uferentcs maladies eja’ort appelle Jicm-e jaune.
CIIOLÉnA-MORnus.
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col e- L:'SC'™‘.“ ‘''-"f-'»" -caréeageusc'. 0»; c rtislingue toujours par une localisation In
quelle la naarche du choléra est assurément Cïo.n de'
e . outrer soumise. La contagion, rojettée nresuûé nt
par M. PaTilV ÔT‘ “ -utenue
W » q»i se contente de présider à bas
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pour 1, défense de, honne, doctrines. Rien n’ese'trofes'ne'r”®" » Voilà
» A Paris 7
pose, on n ose pas conclure, ou on ne veut nas •
Pourquoi ? Amour-propre , amour de la singularité 1 ^ '
» dore ; engagement dWgueil , mai» vérité! pas du' tout’ uTn
era de Turtn comme de toutes uos petites'villes T Fn'.;;/ fe
» choie, a n y pai aîtia ,|ue s’il , est iniporté la). .
miration poui les siennes propres , cette naïve outrecuidance dont
Crm'm"ent échantillon, n’appartiennent qu’à M. Pariset.
mmentsy prendre avec un homme capable de ddhiter sérieuse ment de pareilles bouffonneries? Laisserai, ridicule qui ne peut J anquer de pleuvoir sur elles, le soin d’en faire iustice.Ven-ageni donc sans autre réflexion, la polémique avec Quelques mSs
son“t drscJlT”' r t^-’gleuse du choléra épidémique
•sont discutables. Le premier en date parmi eux , est M. Velpeau
Apres avoir cité neuf cas de choléra au développement desquels
ontagion lui semble avoir pris part , notre savant et estimable
collègue ajoute : « Enfin, sur les quatre-vingts et .,uelq,.es cas
on . J ai note en ville les principales circonst.inccs , il n’en est
» aucun ( ont le sujet n’ait eu des rapports soit direcis , soit indi-
(</) LanccUe française , j5 septembre i83i , page 3;G.
CUOLiRA-MOllllüS. 7
bruit les réunions médicales où l’on voudrait la défen-
» rects avec d’autres choléricjues (a). » Mais il n est personne en Franco, on pourrait même dire en Europe, qui n’ait eu des rapports soit directs, soit indirects avec les choléri(|ues. M. Velpeau devra donc nous dire comment il se fait que des communications , innocentes pour tant de monde, soient devenues funestes pre'cisêinent à ses cliens ? Jusque-là , nous serons dispensés d’y voir une preuve de contagion.
Au premier aperçu on croirait en trouver une dans le fait suivant rapporte par MM. Foville et l’arcliappe. Ils disent (|u’à la inais.>n d’asyle des aliénés de Rouen , on a observé proportionnellement plus de mabides parmi les personnes qui avaient des rapports quelconques avec les cholériques, que parmi toutes autres (b). Mais en admettant la vérité de ce fait , il n’en reste pas moins prouvé qu’à Paris, on a obtenu des résultats opposés (c). A Ricêlre, par exemple, sur 69 employés de tous grades qui ont fourni (juatre malades et trois morts, les (|uinze d’entre eux spécialement aHeclés an service des cholériques , ont joui d’une santé à toute épreuve. On pourrait .donc dire à aussi bon droit, (juc MM. Foville et Parchappc avancent le contraire, que l’approche des sujets atteints du choléra est un moyen de s’en préserver. Or, quand la fréquentation des malades donne des résultats aussi manifestement opposés , on doit considérer cctle circonstance comme y étant étrangère, et la maladie qui les fournit, comme exempte de contagion.
Au lieu d’admettre cette conséquence par rapport au choléra , M. Gendrin cite , avec une espèce de complaisance , des cas où le mal a atteint successivement plusieurs membres de la même famille ou la plupart des habitans d’une même maison (d), et il voit là une induction en faveur de la contagion. Mais qu’une maladie soit ou nou contagieuse , on observe toujours un mode de succession analogue dans son dévelojipement", par la raison que quelle (jue soit sa' cause , elle ne saurait frapper tout le monde au même instant. Il en résulte que la seule preuve irrécusable, le seul c.iractèrc évident de la contagion d’une maladie , car on ne les trou ve que dans
(a) Arch S^n. de MéJ. , juin i83a , p. aa.j • choléra épidi de Paris.
(Jj) De la nature , du siège et du traitement du choléra-morbws , p. Il et 60.
(c) Gendrin, Monographie du choléra, p. 398. Sur i8oo médecins,
J 5 ou 20 à peine ont été atteints du choléra.
[d) Op, cil., p. 3o3.
ciioLiiHA-iionnus.
fïrc (i), et l’on serait siin/. h P.^îo • p iJées .hé„ri,,„es do l'/nfooilfD:,; au plus pour une écolf^ i f ^ ^ ^ ^ ^out
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dans le choléra (le P-iri' pt ®°”ditions ont luancjué
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0) Lancette, française , i5 et 29 mai ,83. , p. ,3G et ,7..
[?) ^<-^^àeducholera-mo,busenAnsleterreetcn Ecosse, en ,83..
(«) ^e/v«non. de choléra-morhus contvsieu^ , etc. Journ. hehd de Med. , septembre ,832 , p. 386.
{h) Lancette française , 6 octobre i83a , p. 3g6.
i.n-n^ «tr les tjphus , etc. Journ. hehd. de Med. ,
juin 1002, p. Ù07 et smv. ’
CllOLÉRA-MORBUS. f)
grande chaleur , ce sera celle-ci , n’en doutons pas , que beaucoup de médecins , prodigues de contradictions, accuseront de la récrudescence du mal, et s’il vient à pleuvoir sans que 1 épidémie diminue, ils ne manqueront pas de crier après la chaleur humide, plus fort peut-être qu’ils n auront fait , contre 1 humidité froide et le froid sec.
La même absence de logique se retrouve dans l’anathème porté contre certains genres d’alimens ou de bois- &ons. Par exemple , les fruits, les légumes, la salade , la charcuterie, la bierre, etc. , ont été proscrits comme autant de poisons. Le choléra n’en a pas moins continué ses ravages , et 1 unique résultat de ces conseils prétendus prophylactiques a été de favoriser certains genres d’industrie , au détriment de quelques antres. Si on a fait gagner beaucoup d argent aux bouchers , on a ruiné et l’on ruine encore de malheureux jardiniers, de pauvres fruitiers. On a mis les charcutiers dans la nécessité de se réunir en corps , et de défendre en public la salubrité des ahmens qu’ils préparent, dans une lettre où ils assu-
rcut que sur 8,ooo personnes vivant habituellement de viande de porc, aucune n’a été atteinte du choléra (i) ; assertion aussi fondée que l’opinion ù laquelle iis l’opposent. Voilà en effet où nous en sommes , h l’égard des causes que l’on pourrait appeler secondaires. La certitude acquise de leur peu d’influence doit nous forcer 5 re-
connaître qu’une autre cause qu’elles, et d’une action infiniment au-dessus delà leur, est l’agent principal , pour ne pas dire unique , du développement du choléra.
Mais enfin , cette cause qui échappe à tous nos moyens d investigation , quelle est-elle Je l’ignore entièrement. Je sais seulement que ce n’est aucune de celles dont les livres d eiiologie ont coutume <le traiter. I) paraît aussi quelle exerce son influence sur nous, par l’intermédiaire
(i) Cour/ icr français , ruai iSJa.
ciioLÉnA-Monnus.
(le l’air almosphénquc. Est-ce alors une émanation de la terrePMalgré les diflicullés qui pourraient être élevées contre celle hypothèse , j’aime mieux l’admettre que d’attribuer le choléra à des change mens survenus dans l’action électrique ou magnétique du globe (i). Elle me semble aussi pouvoir être facilement défendue contre l’objection tirée de la bonne composition de l’air constatée à l’ana^ lyse (2) , par la raison que la petite quantité d’une substance peut la rendre insaisissable 5 nos moyens d’expérimentation , d’ailleurs si imparfaits , qu’ils sont incapables de saisir les arômes, les odeurs mêlées à l’air, que l’odorat distingue avec tant de certitude. Ainsi , quand toutes les probabilités sont en faveur de l’existence d’un principe délétère accidentelleraenl mêlé à l’air (3) , on serait mal venu à invoquer contre , des analyses de nulle valeur. Au reste , le récit qui va suivre montrera mieux que les plus beaux raisonnemens du monde, si nos vues d’étiologie sont fondées ou non.
Le choléra-morbus existait déjà depuis quatre jours dans les hôpitaux de Paris , lorsque le 3i mars il se manifesta à Bicêtre , quoique dès le 28 les indigens eussent été consignés. Chose remarquable, le nval frappa d’abord
(1) Plusieurs savans , entre autres MM. Sellier , Descourtils et Ad. dé D. , ont eu recours aux influences e'iectriqiies pour expliquer la production du chole'ra (a). La seule objcclion à faire contre cette hypothèse d’un trouble survenu Hans les forces électriques , est de dire qu’elle prouve , de la part de scs auteurs , l’ignorance la pluscomplète des premières notions de physique générale.
(2) Julia-Fontenelle. Lancellc française , i4 avril i832,q). 82.
(3) Il est impossible que la cause essentielle du choléra ne soit pas V altération (le quelque agent uniuersel impondérable , ou la production d’un agent nouveau à l’action duquel nous ne sommes pas habitués (i).
(a) Lancette française, 10 mai i83a , p. 127. — Même recueil^
7 août, p. o.ç)\ . — Meme recueil, iq août, p. 3o2.
(b) Sandras , du Choléra épid. obs.en Pologne, etc., p. C8.
ClIOLèRA-MOLDDS. 1 1
sur eux et non sur les employés de la maison ou les reposans , qui avaient toute liberté de sortir. Le 22 avril , la consigne fut levée , et l’épidémie n’augmenta pas sensiblement d’intensité pendant les dix premiers jours suivans. Elle n’alteignll son maximum que dix autres jours plus tard, du 1." au 10 mai , époque durant laquelle il y eut plus du triple de malades que dans la décade précédente (1). Que si l’on voulait à toutes forces attribuer cet accroissement tardif du mal , h la levée de la consigne , je dirais que dans la division des aliénés, où les communications avec l’extérieur sont restées ce qu’elles sont habituellement , c’est-à-dire , fort restreintes , pareille augmentation dans le nombre des malades s’est fait observer à une époque correspondante (2) , par conséquent , sans qu’on pût l’attribuer à l’influence des communications. Aujourd’hui où le mal revient à Paris, il recommence à Bicêtre , et jusqu’à présent ne se montre influencé d’une manière appréciable que par une seule cause extérieure , la disposition des logemeus.
D’après le plan sur lequel a été élevé l’hospice , les bâtimens sont orientés de manière à avoir les uns leurs ouvertures au nord et au sud; les autres , à l’est et à 1 ouest. Or , c est dans les bâtimens ouverts suivant la première direction , que le choléra a fait le plus de victimes. Pour la première division , le nombre des malades dans les bâtimens dont les ouvertures sont sur une flice au nord, et sur 1 autre au sud , a été à celui des malades dans les bâtimens ouverts , est et ouest, comme 5o est à 4i ' pour la troisième division , comme 18 est à ]5; et pour la quatrième division, comme 5G est à 45. M. Dupuytren a fait des remarques analogues à la caserne do
{i)hv\ui, sur le Chotéra-morhus de liicélrc , et parUcnlièremcnt sur celui des aliènes , paf’c 3. Extrait Je la Gazette nic Hcale.
(a) Lehit , op. cit. , p. 3 , 4-
cnoLÉnA'Moniius.
GourLcvoie. M. Lelut .lit aussi avoir conslal.i dan. la cinquième division (les aliénés) , que les bâliincns ingos de 1 est à l’ouest , et par conséquent ouverts au nord et au sud , avaient eu le plus de cholériques; en temps ordinaire , ajoutait-il, ces mêmes bâtimens fournissent beaucoup de scorbutiques (i).
Qu’on explique par l’impression d’un vent froid ou par 1 accumulation du principe délétère celte influence générale de l’exposition , elle a sonlfert l’exception suivante. La sixième salle , bien aérée et flivorablement orientée , e la première division, a eu 5 malades sur 28 liabitans; tandis que la salle, dite des Bons enfans , où l’on réunit h dessein les ivrognes de l’hospice, qui peuvent se livrer à leurs habitudes sans troubler le repos des hommes d’une conduite régulière , n’a eu que 9 malades sur5i habitans, bien qu’elle soit ouverte au nord et au sud, peu aérée et presque méphylique. A cette exception près , l’influence de l’exposition a partout été manifeste , notamment dans la salle des cancérés , que sa vaste étendue et ses bonnes dispositions à tout autre égard, n’ont pas défendue contre les efîets défavorables de son exposition , car elle a souflertplus qu’aucune autre, ayant eu 16 malades sur 88 habitans. En résumé, on arrive, en réduisant au
(i) fli. Chaude paraît avoir obtenu un résultat opposé au nôtre. Dans son relevé, ce sont les rues dirigées du nord au sud ou bien ayant leurs logeincns ouverts à l’est et à l’ouest, qui ont le plus souffert («). A ce sujet je ferai remarquer que les logemeus de ville sont bien moins propres à fournir des données appéciables sur l’influènee de l’exposition , que les casernes ou les dortoirs des hospices. Il n’y a en effet que là , où toutes les conditions accessoires soient les mêmes pour tous les individus. A la ville, au centrnire, les moyens de ebauffage, de ventilation, do propreté, la bonté de la nourriture, etc. , variant autant que l’aisance des habitans, peuvent conlrebalancei 1 influence de l’exposition des logemeus , au jioiiit de la rendre inappréciable.
(«) Journ. hchiL Je .A/c J., juillet rSda , p. r r et ta.
cnoLÊRA.' Monnus.
même dénominateur les fractions composées du nombre des malades de chaque salle , divisé par sa propre po pulation , à trouver les chiffres ci-après , pour exprimer la proportion dans laquelle ont souffert ces trois salles ;
Salle des cancérés , bien aérée , ouverte nord et sud. 228 Sixième salle, bien aérée (1), ouverte à l’ouest. . 224 Salle des ivrognes , méphytique , ouverte nord et sud. 2 2 1
Ainsi , quoique mal aéré et dans une exposition défavorable, le dortoir des ivrognes n’est que le troisième de ceux qui ont le plus souffert de l’épidémie. En tête se trouve le dortoir des cancérés , sujets affectés de dartres rongeantes, de suppurations diverses, qui, sans avoir toutes les conditions de log^ement contre eux, ont cependant le plus souffert de l’épidémie. Ce résultat ne permet guères de douter, cerne semble , que certaines conditions individuelles permanentes de mauvaise santé ne puissent augmenter l’action de la cause réelle et principale du choléra*. La ' même conclusion découle de ce qui s’est passé dans la division des aliénés, peuplée en grande partie d’imbéciles , d’épileptiques , de paralytiques, etc. Le chiffre proportionnel des malades , comparativement à sa population , a été 2 1 1 , tandis que pour le reste de l’hospice il ne s’est élevé qu’à i3i.
Nous prendrons occasion de ces faits, pour dire un mot de l’influence morbifère attribuée aux excès de divers
(i) A la vérité on pourrait, en adoptant les idées de M. Piorry, sur le cliolévci ^ etc, , Journ» liehdt , octobre et novembre 183a) , sur l’étiologie du choléra, dire que la sixième salle ayant ses ouvertures d un seul côte , au couchant , est , quoique vaste pour sa population , imparfaitement ventilée, J’en conviendrai volontiers; mais la cinquième salle , disposée et orientée absolument comme la sixième , dont elle est séparée par la porte d’entrée de l’hospice, n’a pas fourni un seul malade , et les rez-de-chaussée de ces deux salles n’ayant aussi d’ouverture qu’à l’ouest, n’ont donné ensemble que deux malades sur une population de Sy habitans.
ciioi.ÉnA-Monnus.
genres. S il fajlail en croire certains médecins , pleins de bonnes intentions , sans doute, les grandes infractions aux règles de l’hygiène auraient aussi inévitablement et rapidement développé le choléra , que dans les temps de crédulité religieuse, on voyait les profanateurs des reliques être frappés de cécité, de paralysie , etc.
Loin de moi , cependant , l’idée de faire l’apologie de la débauche ou des excès; mais sans donner dans ce travers là , tout observateur impartial doit tenir à connaître quelle peut être l’influence de ces causes morbifères sur la santé (i). Hé bien ! lorsqu’on s’occupe sérieusement de leur élude, on voit que les hommes h conduite déréglée peuvent être divisés en deux classes ; les uns sont forts , robustes , et la nature semble leur avoir donné une vigueur de constitution en harmonie avec la fougue de leurs passions; les autres sont languissons , débiles ; leurs vices sont plus forts que leur organisation; aussi voit-on les preûners jouir d’une bonne santé et pousser très-loin leur carrière , tandis que les seconds traînent une existence chétive, souffrante, et meurent avant terme. Ce sont eux qu en tout temps les épidémies frappent de préférence.
(i) Afin de fournir quelques clocuinens de plus aux médecins désireux d’apprécier l’influence des excès sur le production du choléra, je dirai qu’au début de l’épidémie la cantine où les ivrognes de l’hospice vont s’enivrer de mauvaise eau-de-vie, fut fermée par l’ordre spécial du conseil-général. Néanmoins cette précaution , dictée par la prudence (fl),n’cmpécha pas les progrès du choléra. Plus tard , le i6 mai , la cantine fut rouverte , et , à partir de huit jours ensuite , le mal n’a pas cessé d’aller en diminuant. On n’avait pas non plus manqué de prédire que les excès qui seraient commis pendant les lètes de juillet, augmenteraient les ravages du choléra. Les fèle^ se
sont passées delà manière accoutumée , et l’épidémie n’a pas discontinué sa marche progressivement décioissantc. Enfin, j’.ijoutirai savoir de bonnes sources , que sur environ deux cent \ingl jicrsonnc-s attachées a 1 Ope ra , liont la conduite n’est assurément pas un modèle d hygicne , aucune n’a clé atteinte du choléra.
(a) Gendrin, Monographie du choléra, p, 3io.
CIIOLiRA-MOnBUS.
 Les autres leur résistent aussi bien et penl-êtro mieux que le commun des hommes.
] Pour avoir négligé la distinction que nous venons de J faire, on a porté des jugemens soumis à beaucoup d’ex- II copiions , touchant l’influence des excès , dans la produc- ] tion des maladies en gfnéral , et du choléra en particulier.
» Il est possible, comme on voit, d’approcher davantage I de la vérité. Dans tous les cas , nous sommes bien sûrs de I no pas nous en écarter , en plaçant l’âge au nombre des ï influences individuelles non-contestables. On peut voir,
I par les relevés publiés de divers côtés , que le choléra a ti surloutsévi parmi les sujets de 26 â 3o ans. De 5 à 1 5 ans ,
]il a fait peu de victimes , tandis qu’il a entraîné la mort de presque tous les individus au-dessous de 4 ans ou au-dessus de 70 ans , qu’il a atteints en assez grand nombre (1).
Article II. Description du choléra.
L’étendue que je serai forcé de donner à cet article h cause de l’importance des matières qui y .seront traitées , m’engage à le diviser en quatre paragraphes, qui contiendront succeesivement l’exposition : j .° des symptômes , 2." de l’anatomie pathologique du choléra; 3.° des observations particulières sur cette maladie; 4«® enfin des conclusions sur sa nature.
§. I." Symptômes du clwléra-morbus.
N’ayant à-peu-près rien à ajouter aux descriptions que dans ces derniers temps les médecins de France ou mieux de Paris , ont données du choléra , je citerai
(i) Gorardin ctGaimard, thi Cholera-morhus en Russie ,eic. 33.
— Chaude, Journal hehd. de Méd. . juillet uS32,p. 17, tableau B — Rufz, du Choléra chez les enfaus , ^rch. gén. de. Méd. , juillet i832, p. 354 et 365. — Villcrnu? , des Epidémies sous les rapports de la statistique , etc. , p. 35.
* ClIOLiftA-MOUUUS.
comme une des plus complètes celle qui fait partie des lcço„s de M Bouillaud, insérée dons la Unocuc française (i). Cependant, cette description, comme au reste , la plupart des autres , pèche par une importance exagérée accordée à certains symptômes , qui nous semble devoir être relevée. Ainsi, dansTintention de faire de la'
muqueuse des voies digestives le point de départ des principaux accidens du choléra (2) , MM. Bouillaud , Velpeau, Foville etParchappc,etungrand nombre d’autres médecins , me semblent avoir porté beaucoup trop haut l’intensité , la valeur des symptômes qui tiennent à l’affection de cette membrane, tels que la douleur du ventre, la diarrhée et les vomissemens (3). Assurément, sous le rapport des deux derniers symptômes surtout, les cholériques sont en général beaucoup moins tourmentés que les sujets atteints de la fièvre jaune des Antilles, chez lesquels la phlegmasie gastro-intestinale est vraiment le point capital de la maladie (4). Dans je choléra, au contraire, la diarrhée et les vomissemens , quoique quelquefois portés très-loin ,
(1) i832 , N.« 07 , 38 , 3g , 40 , 41 , 43 et 45.~/^0) ez aussi Traité pratique , etc. , du choie ra-morbiis.
(2) Aux médecins qui regardent le canal alimentaire comme point de départ de tous les accidens du choléra , je ne vois pas de meilleure autorité à opposer que M. Roche. Cet observateur, versé dans les principes de l’école physiologique , qu’il a défendus avec toute la vigueur de son talent , reconnaît positivement qu’un grand nombre des graves symptômes dont sont affectés les cholériques , ont une autre cause que la phlegmasie ou l’irritation gastro-intestinale, et c’est pour cela qu’il les appelle symptômes non ahdominau.x {a).
(3) Traité pratique, etc. , du choléra, p. 66. — Du choléra épidémique de Paris. Arch. gén. de Méd. , juin i832, p. 221. — De la IS^CltlLlC J CtC> y dit dlolcT'Ü.” THOvhuS y p* tît SUiv.
(4) J. A. Rochoux , Recherches sur la jîé\>re jaune des Antil'cs , etc. , p. igS.
(rt) Méin. sur le choléra-viorhus ohs. a Paris. Journ. hchd. de Méd. , juillet , i832, page 449-