‹ Quelques réflexions sur le choléra-morbusChapitre 3 sur 6 · CHOLÉRA- MORDUS · texte numérisé non relu

CHOLÉRA- MORDUS

nom ont jamais paru lesaccidens dominans. Jamais ils ne se sont montrés ceux sous la persistance ou l’aggravation desquels les malades pussent être considérés comme ayant succombé. Loin de là, je n’ai presque pas vu de cas où CCS prétendus symptômes fondamentaux n’aient complètement cessé ou au moins considérablement diminué, assez longtemps avant la mort. Celle-ci, dans tous les cas prompts , c’est-à-dire mortels avant la réaction , m’a tou-' jours semblé le résultat Immédiat d’un affaiblissement allant jusqu à 1 arrêt complet de la circulation et de la respiration. M. Magendie envisage les choses sous le même point de vue (i) : je partage entièrement sa manière de voir. Pour ma part , il m’a été impossible de ne pas être frappé de la diminution progressive du mouvement circulatoire (2) , et du froid général qui s’ensuit immédialc-

(0 J^econs au Collège de France. Lancette française, 8 mai j832 page 123. ^ ^ ’

(2) Tous les auteurs ont accorde une attention plus ou moins gran.lc à la^ diminution de la circulation ; il y en a même ({ui , supposant un arrêt complet, là où il n’y avait que ralentissement du mouvementcirculatoire, en ontconclu que les fonctions cérébrales pouvaient continueren l’absence de la circulation, puisque les cholériques conservaient parfaitement leur intelligence , avec un pouls entièrement insensible. Mais outre que, malgré sa faiblesse, la circulation continue encore chez eux, il est bon de faire remarquer qu’un grand afflux de sang au cerveau n’est pas nécessaire pour l’exercice de l’intelligence. Bien au contraire , il est très-propre à l’empêcher. Aussi voyons-nous que les hommes qui se distinguent par la haute portée de leur intellect, ont en général la circulation et le système sanguin faibles. Je me contenterai d’appuyer cette assertion par l’exemple de 1 emj)creur Napoléon , dont le pouls , extrêmement faible, ne donnait que 40 j)ulsations par minute.

La conservation de l’intelligence des cholériques n’a donc pas de quoi .Mirprcndre. Il en est de même de la prolongation de leur vie avec du sang noir dans tout le système , que M. Mag'cndie considère comme détruisant l’assciTion émise par Bichat touchant la funeste

ciiniJinA-Monnus.

ment chez tons les choI<iriques. Jciuc pouvais observer sans une sorte d’angoisse leurs efforts pour respirer, leurs lentes et profondes inspirations qui me semblaient nnlles pour l’hématose (i), et qu’involontairement je comparais à ce mouvement, à cet écartement répété et infructueux des branchies, qui se remarque sur les poissons tirés de l’eau.

On me semble aussi avoir exagéré l’importance d’un autre symptôme néanmoins très-digne d’attention ; je veux parler des crampes (2). Les médecins qui les ont princi-

iînprcssion cxercce par le sang noir («). Mais ce physiologiste avait l>rincipalement en vue le sang devenu noir par defaut de respiration (&). Or, nuellc que soit la noirceur de celui des cholériques, il est à présumer que puisque la respiration se fait encore un peu chez eux , il n’est pas aussi complètement privé d’oxygène que le sang d’un pendu.

(1) D’après des expériences faites dans plusieurs hôpitaux, par

MM. Gueneaiide Mussy, Rayer, B^rruel , Emery , etc. , il paraîtrait démontré, qu’en respirant, les cholériques absorbent notablement moins d’oxygène que les antres. ( Gazetto viédicnle , i832 , N.° 3^ » p. 278. j4rcli. gén. de Méd, , avril et août 1882 , p. 35; et 57 j.)

(2) Bien que je me sois proposé de borner mes remarcpies aux .symptômes habituels dans le choléra , il en est un assez rare que je ne dois pas cependant laisser passer sans en dire un mot; je veux parler des parotides. M. Foy en a vu des exemples en Pologne (c) , et il s’en est aussi présenté quelques-uns chez nous (J) , mais j’ignore si l’on a remarqué qu’elles fussent plus fréquentes dans le choléra typhoïde que dans tout autre. Il y aurait , je crois, de l’intérêt à décider cette question , par cette raison que les parotides afiectent , comme on s.ait , une véritable prédilection pour les fièvres pestilentielles ou du genre des typhus.

(fl) Leçons au Collège de France. Lancette franqatse , S mai 1 83s,

page 123. „ „

(b) Recherches physiologiques sur la vie et la mort, p. 27!) a 207.

(c) Du Choléra-morbus de Pologne , i3. , ,, i •

{d) Gendrin, Monographie ; etc. , p. 65. — Séances de I Acad, de ^\6Aec\r\e , Lancette française , 21 juin iS32, p. 21 1 Duplay , OÔ5. de parotides suri^e/nies pcndjxiif. le choléra* Arch* gen. cc ^

juillet 1882, page 265.

CIIOLÉRA-MOniîUS. ig

paiement signalées sont ceux qui ont cru pouvoir faire consister le choléra eu un trouble de l’innervation, qui tiendrait tous les autres symptômes sous sa dépendance. Deux médecins , partisans de cette théorie , ont été conduits par elle à considérer l’alFaiblissement de la circulalion comme dû à des crampes du cœur, provenant ellesmêmes d une lésion de la moelle épinière, qui est loin de me paraître démontrée, à en juger d’après leurs propres observations (i).

Je m’en tiendrai à cette remarque relativement à l’hypothèse admise par ces deux observateurs , mais elle doit me conduire à dire un mot d’une explication actuellement fort en vogue , et par suite de laquelle on fait jouer au ti-puble de l’innervation (2) , un rôle en tout comparable à celui de la réponse si souvent répétée, dans le Joueur : c’est votre léthargie.

Une longue discussion physiologique serait ici déplacée; je n’y aurai donc pas recours, et je compte malgré cela me faire facilement comprendre de tous les médecins au courant de la science. Tous ceux là savent que , excepté leshanctions cérébrales de conscience , intellectuelles ou du moi, et s’exerçant seulement pendant la veille, les autres fonctions du système nerveux , auxquelles le nom d’innervation me semble principalement devoir être appliqué, s’opèrent d’une manière continue, é-ale et régulière , depuis l’instant de la conception jusqu’à la mort. Si ces fonctions étaient vraiment susceptibles des dérangemens qu’on se plait à leur prêter , la vie serait

(i) Dclarroqiie et Laugier, Remarques sur la nhysiol nnthn/ ^ Arch. sén.,UM ' “

W Gm,rdm rt G.imnrJ, a,olira-morb,^ e„ Itus.i. <,,,

11. 1,3. On pont voir dans cet onvra-ç comment les symptômes d.i cl, oleta varient smv.3„t que le ce, veau . la moelle e>i, i{re “, l‘ S.a„d sympa, ht,, ne son, r,,., on l’antrc ,.articnlic,cne„t air“c°I

ÎJO CIIOI-lillA-MOmiL’S.

impossible , leur moindre Iroublc pouvant suffire h bouleverser toute l’économie. Aussi remarque-t-on que les nerfs , dont la distribution offre une si grande analogie avec un appareil électro-moteur , ne cessent de fonctionner régulièrement que par des lésions physiques de leur tissu , ou quand le sang agissant sur eux, h la manière de l’acide excitateur des plaques d’une pile galvanique, vient è être altéré dans sa composition. Hors ces deux ordres de cas , les fonctions de l’innervation s’exécutent avec une parfaite régidarité. Ciependant plusieurs d’entre elles éprouvent , dans le choléra , des dérangemens qu’on ne saurait nier , et puisque dans celte maladie la pulpe nerveuse n’est le siège d’aucune altération appréciable , c’est une nécessité de rapporter tous les troubles que présente l’innervation à un changement survenu dans les qualités du sang destiné h exciter chaque molécule du système nerveux. Les courts détails d’anatomie pathologique qui vont suivre prouveront, j’espère , incontestablement cette assertion.

S- II- Anatomie pathologique du choléra-morbus.

Dans toute maladie produite par un dérangement physique de l’économie , on trouve toujours, avec un appareil de symptômes fondamentaux constant, primant tous les autres , des lésions toujours les mêmes et d’une importance capitale. Les médecins qui ont considéré les symptômes de souffrance développés par les organes digestifs comme les plus importans du choléra , ont dû par cela même attribuer le premier rang pathogéniqae aux lésions de la membrane de l’estomac et des intestins. Mais celte dernière assertion n’est pas plus fondée quel’opinion qu’elle est destinée à appuyer,* car s’il est bien vrai que sur les cadavres des cholériques , on trouve constamment la mu-

CnOLÉBA'MOnBUS.

queuse gaslro-intostinale plus ou moins affectée (i), il est en même temps avéré que , de toutes les lésions analo miques , les siennes sont les plus variables sous le rapport de l’intensité et de leur caractère. Un seul désordre, au contraire, se montre toujours essentiellement le même, tout comme les phénomènes morbides qu’il lient immédiatement sous sa dépendance j c’est l’altération du sang. On en verra la preuve , quand l’ordre adopté pour la description suivante nous conduira à en parler.

Habitude extérieure. — Exactement «lécrile par tous les observateurs , elle ne nous offre à signaler dans ses principaux traits rien qui n’ait été convenablement vn , soit par rapport à la rigidité des cadavres et 5 leur lividité , soit par rapport à la coloration foncée, au poisseux , à la lensiondes muscles (2). J’accorderai , par ce motif, un peu d’attention à un phénomène pendant long-temps méconnu pour ce qu’il est réellement , et qui , quoique fort minime en lui-même , est toujours , quand il paraît , l’indice d’un grand danger, je veux parler de la prétendue ecchymose^ de la sclérotique. Elle tient , comme comme je l’ai indiqué ailleurs avec assez de détails, à un dessèchement partiel de cette membrane qui lui donne une demi-transparence,, à la faveur de laquelle le noir de la choroïde se laissn ^ appercevoir , et , de loin , a toute l’apparence d’une ' ecchymose (3).

(i; Admirez l’Academie royale de Médecine de Paris. A répo-jiie ou elle a publié son second rapport, la constance des lésions de l’appareil digestif avait été constatée par tous les médecinsde pan'«', et cependant elle s^-st obstinée à soutenir l’existence « d’un petit,

'( nombre de faits dans lesquels on n’a trouvé nullo trace de lésion apprériable. («) w Si la science ne recule pas, est-ce la faute des corps sa va ns ?

(■-') , hiit. iJicd. du choiera morbus de Paris, page i36.

Smnlras , du Choléra épidémique de Pologne , etc. , j)age 23.

(3) /^ancctle française , 3 mai t832 , page

(rt; luippo! l cL instruction pr/itiquc si;r le choléra- inorbus , p. i3.

CIIOLÜRA Moimus.

Au début de l’épidéinie , ce symptôme paraissait chez la plupart des malades, et il est sans exemple qu’aucun de ceux qui l’ont présenté ait survécu. Par la suite, il est devenu plus rare , h mesure que le choléra a perdu de son excessive gravité, et a suivi une marche généralement moins rapide- Nous dirons , en voyant celte disposition insolite du tissu fibreux à se dessédier , que le liquide qui 1 abreuve a subi une altération immédiatement liée à celle du sang dont il émane.

Un autre fait relatif à 1 habitude extérieure, qui nous semble aussi digne de remarque, a été fréquemment observé , surtout dans les cas de mort prompte chez les aliénés : au lieu d’avoir les traits profondément excavés des cholériques ordinaires, ils présentaient une bouffissure considérable de la face, produite par une forte accumulation de sang dans ses vaisseaux capillaires (i). Cette congestion se continuait , sans presque diminuer, après la mort. Sur quelques cadavres elle s’étendait à presque toute la surface de la peau, et la faisait paraître aussi noire qu’une peau de nègre. En outre de celte disposition remarquable à se porter à la périphérie, le sang s’est constamment montré, sur les cadavres d’aliénés, beaucoup plus liquide que sur ceux des autres cholériques.

Peut-on voir là une preuve de l’influence que le système nerveux de la vie animale , troublé dans ses fonctions, exerce sur l’hématose? J’incline à le croire par suite d’un autre fait bien avéré , savoir que le scorbut est tres-fréquent chez les aliénés. On peut en inférer, ce me semble, que l’enchainement de l’innervation avec la

(i) Parmi les malades admis dans mon service, il v en a en un rjue l’ctatde son intelligence appelait à figurer dans la division des aliénés. Son cadavre m’a olFert les ecchymoses et la honlli.ssnre dont il s’agit.

GHOLÉnA-MORBUS. 23

sangiiificalion les place, par rapport 5 celte dernière fonction , dans des conditions fort différentes de celles où se trouvent les autres hommes.

Poitrine. — La tendance au dessèchement , que la sclérotique présente d’une manière si remarquable, se représente aussi sur les plèvres. Excepté dans les cas d’adhérences , je les ai constamment trouvées poisseuses , happant au doigt , et d’un luisant comparable 5 celui de ces petites boëtes de sapin anglais finement vernissées. Très-souvent la sécheresse était telle, surtout dans la portion des plèvres accolée au médiastin antérieur , que quand on voulait les écarter , elles sc déchiraient en laissant des lambeaux comme d’un parchemin mince et sec (i). Les poumons participaient à cet état , c’est-àdire qu’excepté le cas de phlegmasie accidentelle , survenue avant ou pendant la maladie , on les trouvait exsangues, s’affaissant sous les doigts qui les pressaient et en gardait l’empreinte sans réagir , comme aurait pu faire un morceau de pâte de guimauve.

Coupés par tranches , ces organes laissaient échapper par leurs vaisseaux principaux un sang noir, visqueux, sortant par grosses gouttes. La masse des capillaires n’en versait pas et rendait ainsi la sécheresse du tissu puU monaire plus facile à constater. Quant h la muqueuse

(i) La premit-ie fois que j’ai eu occasion d’obser\er ce singuHer phénomène , je crus devoir l’attribuer à la dessiccation dont la poitrine , entr’ouverte pendant tout le temps c|ue j’examinai les intestins, me paraissait avoir e'te' frappe'c. Mais une série d’aulo[>sics dans lesquelles le médiastin examiné en ]>rcmier lieu futégalemènt trouvé desséché, me convainquit de l’inexactitude de cette explication , et me porta de plus à perrser qu’un dessèchement, qui avait |)aru à plusieurs médecins de l’IIôtcl-Dieu être l’efl'etile l’acupuncture praliqtiée sur le cœur, reconnaissait pour cause cette tendance, déjà siftnalée par plusieurs médecins allemands , qij’ont les tissus à se dessécher chez les cholériques.

C(l0L/iRA-M0nnus.

bronchique , elle ne m’a offert, pour tous les cas où j’ai cru devoir I examiner, qu’une lividité violâtre , toujours plus ou moins notable, üne seule fois j’ai remarqué , sur e ca avre un sujet mort dans le service de M. Prus une hémorrhagie des grosses branches de la partie supérieure du lobe inférieur du poumon gauche, où se rouvaient trois ou quatre onces de sang noir en caillots.

^ L état exsangue . la sécheresse et la perte de ressort du ussu pulmonaire ont , de même que la sécheresse habituelle de la portion des plèvres en contact avec le médiastm, été à peine signalés par les auteurs français, et cependant le caractère spécial de ce genre de lésion me semble avoir une très-grande valeur. Après l’avoir à peuprès méconnue , beaucoup de médecins ont été sur le point d’en faire autant pour les altérations que présente la masse entière de sang, altérations si faciles h constater

pour la portion de ce liquide contenue dans le cœur et les gros vaisseaux.

Toujours’ j’ai trouvé ce sang très-noir, et dans les cas où il était le moins , il l’était encore davantage que le sang de sujets morts par d’autres maladies, examiné comparativement. Plusieurs fois j’ai répété cette épreuve, notamment avec le sang peu noir dans son espèce, d’un cadavre de cholérique, lequel cependant s’est trouvé beaucoup plus foncé que le sang très-noir d’un sujet mort dvy maladie du cœur , après une longue agonie ou même une lente asphyxie. Souvent liquide dans les gros vaisseaux, il présente néanmoins un épaississement, une viscosité très-prononcés. Dans le cœur, il est en général en partie coagulé et en partie imparfaitement liquide. Quelquefois il contient des concrétions gélatiniforraes, et dans un assez grand nombre de cas, on le rencontre caillebotté, sec comme du raisiné, et ayant alors l’éclat

ClïOLÉRA-MOnnUS. 25

d’un beau vernis noir. Il n’existe plus de différence entre le sang artériel et le sang veineux.

En général les caractères auxquels on reconnaît l’altération du sang chez les cholériques , sont d’autant plus marqués que la mort a été plus prompte. On les voit au contraire s’atténuer à mesure que la maladie se prolonge, au point d’être à peine appréciables quand la mort arrive après le 6.®oule8.® jour (i). Telle ne serait pas assurément la marche des altérations du sang, si elles étaient les conséquences des abondantes évacuations , par lesquelles on suppose qu’il est dépouillé de son sérum (2) , car on devrait alors le trouver d’autant plus altéré que le mal aurait été plus long et les déjections plus abondantes. Au lieu de cela, je n’ai jamais rencontré de sang plus réellement propre à être donné comme type de ses altérations dans le choléra , que chez un sujet mort au bout de 16 heures, presque sans diarrhée, et n’ayant eu qu’un seul vomissement. J’ai également vu le sang trèscaractéristique 3 chez un cholérique qui, légèrement

(1) On peut voir la confirmation de ce fait important dans l’ouvr.ige de M. Gendrin (a), et peut-être aussi y trouver la preuve que l’allcration du sang existe dès les prodromes du choléra {b).

(2) Les neuf dixièmes au moins des médecins qui ont écrit sur le choiera, attribuent les altérations que le sang éprouve dans celle aficction, a l’abondance des évacuations habituelles dans sa première période (c). Mais dans beaucoup de maladies, il y a des évacuations encore plus abondantes, et le sang n’en continue pas moins è conserver des qualités fort compatibles avec l’entretien de la vie. Entre autres exemples de ce genre, je citerai le cas de Morgagni , qui dit

avoir rendu par les selles , seize livres de matières séreuses eu douze heures de temps {J).

(a) Monographie du choléra , etc. , p. 52 et i35. {h) Op. cU., p. 18,

(c) Gendrin , Monographie , etc. , p. p. ijg.

{d) De sed. et caus. inorb., epist. XXXI, N.® 9.

‘ciioL/inA-woni5us.

alleint sous le rapport des évacuations alvincs, fut enlevé

au bout de 36 heures de maladie par une déchirure du cœur.

De pareils faits suflîraient pour établir la réalité de 1 altération primitive du sang, dans le choléra, alors même qu’elle n’aurait pas l’appui de phénomènes faciles à vérifier pendant la vie. A leur tête je place la cyanose , h cause de la constance de son apparition {i ). Elle précède souvent l’établissement des évacuations vraiment cholériques , et si déjà le sang n’avait pas changé do couleur , sa simple stase , quel qu’en fût le degré, ne produirait pas l’effrayante lividité qui, dès le débuidu mal, se répand sur tout le corps , comme un voile sombre. Par Suite de la cyanose , il n’est pas rare de voir, chez les sujets qui atteignent la période de réaction , une rougeur tirant sur le brun se montrer à la figure et dans sa marche ultérieure , se comporter à peu-près comme l’ictère des nouveau-nés {2). N est-ce pas là une preuve, sans réplique , qu au moment où le sang a stagné dans le tissu cutané , il avait déjà perilu de ses qualités habituelles? Sou examen , au moyen des saignées faites au début du choléra , est un argument de plus en faveur de cette opinion. Elle n emprunte pas moins de force des observations de M. Lesage , qui , avant 1 apparition de l’épidémie , a vu les saignées pratiquées pour divers motifs , donner un

(1) An rapport fie Scott (ff), Curtis aurait le premier signale la cyanose des cholériques.

(2) J’ai eu ti’ois ou quatre occasions d’observer la terminaison de la cyanose par un ictère passager. M. Bégin a fait plusieurs fois la meme observation (/;) qui n’avait pas non plus échappé à la sa sagacité de M. Londe.

(«) 1 raiLc du choit ra-morbus de l’Inde,

(b) Lancelle francuisc, 3 mai i832 , p. ii6. Séances de l Jead. lie yiéd.

sang en grande partie semblable à celui des cholériques (1) , dont les qualités particulières ont été si bien décrites partons les médecins, que nous croyons inutile de les répéter ici (2).

Malgré tout mon désir de donner, sur l’étal ou la composition du sang, quelque chose de plus précis que l’exposé des faits appréciables par l’examen de ce liquide , à la vue simple, il faut bien m’en tenir à ce seul genre de document (ô) , puisque , à la honte des chimistes

(1) Choléra morhus de Sèvres , page 5.

(2) M. Moreau m’a dit avoir saigmi un sujet atteint de douleurs d entrailles et de nausees qu’il ne put s’empêcher de prendre pour le début d un choléra. Le sang trés-noir, à sa sortie de la veine , se couvrit bientôt d une couche de matière grise absolument semblable à celle que l’on trouve dans la muqueuse digestive des cadavres des cholériques. Je ne prétends pas inférer de cette observation , que le sang contient , déjà toutes préparées, les matières rendues par les selles et les yomissemens ; mais à coup sûr, si le liquide qui fournit à CCS excrétions n’avait pas changé de qualité , elles ne pourraient devenir tout-à-coup si différentes d’elles-mêmes, par une simple modification dans la vitalité de leurs organes sécrétoirs.

(3) Quoique appartenant aux faits du genre de ceux que nous venons de rapporter les expériences de M. Rayer, n’en sont pas nioins d’un grand intérêt; nous en reproduisons par cette raison le résuUal fondamental. Il consiste en cela , que le sang des choléni|iies rougit beaucoup plus lentement , par son exposition à l’air que tout autre sang («). C’est là sans doute la cause principale de l’imparfaite hématose dont il a été parlé plus haut, voy. p. 18. 11 semblerait aussi que ce sang injecté en certaine quantité dans les veines des animaux , exercerait sur enx uue action délétère (i) positivement reconnue par M. Magendie (c). Nous en pouvons conclure que le sang cholérique agit, non à la manière des virus, dont l’action, vu leur propriété de germination, est aussi efficace à faibla qu a forte dose; mais à la manière des poisons dont les effets se mesurèrent toujours sur la quantité. Les inoculations auxquelles

(rt) Gazette médicale, 16 juin 1822, N.® 46, p. 333. {b) Même recueil, N.® 61 , p. 430.

(c) Lancette française , 29 mai i832, *p. 171.

CHOLiiiA'Monnus.

mrardVi’ *"T'' '*'1"”' »ccup6 sérieuse -

ment de I analyse du sang des cholériques j h peine ont-

Hs constaté I absence -l’acidité dans leurs déjection» (,).

Sur ce point comme sur le premier . nous sommes forci

de nous en rapporter à Thompson . Reid et Clanny , qui

ont trouvé des changemens notables dans la proportion

Jes matériaux du sang (a).. Quant aux altérations de

lormes éprouvées par les globules, je ne saurais avoir d’or

lunion arretée à cet égard , puisque les uns disent que les

globules sont déformés (3) , les autres assurent le cou-

icaire (4) , dissentiment peu fait pour surprendre , si Ton

veutserappelerquolesglobulesontétédifféremmentdécrits

par les hommes qui se sont particulièrement occupés de recherches microscopiques sur le sang. Ainsi Jlcwson les disait composés d’une vésicule remplie par un noyau central, adhérent par quelques points è la surface interne de son enveloppe dont il était séparé partout ailleurs par un liquide très-tenu (5). M. Dumas les compare simple-

MM. Foy , Veyrat et Sc. Pinel se soat soumises , sans ancuji résultat fâcheux pour leur sauté C«), les exemples nombreux de piqûres, tout aussi innocentes pour les médecins qui s’en son-t faites en ouvrant

des cadavres, ne laissent aucun doute sur la vérité de cette manière ue voir.

(i) Magendie, Leçon, au Collège de France , LanccUc française , i5 mai i832, p, i35. "

{■2) Lancette française, 26 mai i83a , p. i)S.i.—/ie,^ueùrilanniaue, 2,‘ série. ‘ *

(3) Magendie, T,eçons , et Lance Ue française , 3i-maii83’2, p.

(-'0 Capitaine et Francœur, Lancette française , p. 179. — Donné, dans Bouillaud, Traité théorù^ue , esc. , du choléra- inorùus , p. 216.

( ) Opus poslhumum rubrariun particularum . . . descriptiOy p. j ü 1 5.

(a) Lancette française , 21 juin et 2 jiiillct i83i , p. -ji et 160; et JJ/st. du choleru-morhiis de Pologne , p. ji’ — Lancette française 1 8 août i83i , page ijj — Le Temps, août i85i.

CHOLÉRA-MOUlJUS. 29

mcnl à des vessies (i). Hodgkin et Lister y voient des corpuscules nummulaires concaves sur chacune de leurs faces , et paraissant obscurs à leur centre , à cause de cela is). M. Donné les dit fornaés d’un Cv*mevas comparable à celui du corps vitré , et logeant dans ses mailles , de l’albumine et de la matière colorante (3), Or, si l’état normal des globules est encore si peu connu , on ne doit pas être surpris qu’une plus grande incertitude encore , règne par rapport à leur état pathologique.

Tandis que le sang éprouve , dans ses qualités les plus apparentes , des changemens on ne peut plus remarquables, 1 appareil hydraulique destiné à le mouvoir n’en présente aucun. La membrane interne des gros troncs veineux ou artériels offre rarement et d’une manière accidentelle, des taches d’imbibition ou quelques plaques de rougeur. Il en est de même pour la membrane interne du cœur. Elle est aussi intacte que le tissu même de 1 organe dont tout ce que l’on assure avoir été observé sous le rapport de son ramollissement , de son induration , de son atrophie , de son hypertrophie , de son relcâchement ou de sa coarctation, tient évidemment h des affections pathologiques étrangères au choléra , et qui existaient déjà avant le développement de cette maladie (4;.

(0 Propositions de physiologie et de chimie médicale. Dis. inaug. , avril i832, p. 8. « L-i sang se compose tic sérum et de particules « quil laut considérer commode véritables organes en suspension dans le sérum. Ces particules sont élastiques, flexibles , chan- « gent de forme au travers des vaisseaux capillaires , et s’y comporj) tent Comme des vessies. »

(a) Pibliothèriue universelle , tome XXX VII , p. 143, février ,828. {à) Jiecherches physioL et chirn. sur les globules , etc. , Diss

t/mug-. , janvier 1 83 1 , p. i3.

(4) Ces rettexions s’appliquent snrtOHt aux médecins allemands , à

CUOLÉRA-HORBUS.

Abdojmn. — Pour faire, avec quelque peu d'ordre, exposition des lésions nombreuses et variées que les organes de I abdomen sont susceptibles de présenter , il convient do les décrire dans deux conditions principales, savoir : quand la maladie a eu une très-courte durée moins de trois jours, et quand elle s’est prolongée jusqu au quatrième jour ou au-delà. Les différences qn’on observe alors dans les altérations du tube digestif, sont en parties indiquées à l’avance par les qualités différentes

des déjections alvines , dont nous dirons un mot par celle raison. *

En général chez Jes sujets qui périssent très-prompteinent , les déjections sont composées d’un liquide trouble , grisâtre , plus ou moins épais, mêlé de flocons semblables à des grains de riz crevés ( i ). Chez les autres , elle peuvent offrir tous les caractères qu’on leur trouve dans une foule de maladies. Aussi on les voit excrémenlilielîes, bilieuses , verdâtres , glaireuses, mais plus fréquemment encore teintes ou plutôt composées de sang rougeâtre, ayant l’a.spect d’une lie-de-vin très-liquide , "d’autres fois épaisses comme de la purée , ou bien étant d’une couleur brune et ressemblant à du chocolat.

Dans les cas de mort prompte , on trouve presque toujours le péritoine aussi poisseux que les plèvres. On sent au toucher Iss intestins épais, empâtés, notablement diminués de volume par la contraction de leurs fibres

1 exemple desquels M. GenJrin a conside'ré la mollesse excessive du cœur comme ayant des rapports avec le cliolc'ra {a).

(i)Uii cliimiste liabile a qui M. Dupuytrena donne à analyser des déjections de cholériques y a trouvé un liquide ayant tous les caractères du pus.

(«) Gerardin et GaimarJ , du Choléra-morb. en Hufsis , p. ’j'}. — Monoi'raphic du choléra , etc. , p. 87.

CIlOLfctU-WORBl'S.

musculaires , qui , extérieurement, les fait paraître comme chagrinés. Ils sont souvent à peine plus gros que le petit doigt dans d’assez longs trajets , et l’épaisseur de leurs parois se trouve augmentée en proportion. Quand on sépare les surfaces en contact de leurs circonvolutions , ou produit par là une foule de filainens comme ceux de la toile d’araignée. Les vaisseaux de la tunique péritonéale sont plus ou moins injectés de ssang noirâtre ; ceux du mésentère en sont remplis comme si une heureuse injection anatomique l’eût poussé. Il s’en suit que la masse des intestins paraità l’extérieur plus ou moins nuancée de rouge.

Examiné inlérieurement, le canal alimentaire se trouve, dans un tiers ou un quart au moins des cas , absolument exempt d’inflammation d’un bout à l’autre. Mais il ne s’en suit pas que sa muqueuse puisse être dite à l’état sain , puisqu’elle présente toujojirs alors une couleur vraiment pathologique dont les nuances peuvent se rapporter au gris rougeâtre du cèdre , à la couleur hortensia , cuisse de nymphe ou lilas. Presque jamais elle n’a la blancheur laiteuse , légèrement rosée , type de l’état sain. En même temps elle contient , en plus ou moins grande quantité, des matières grisâtres de consistance variable, souvent à peine plus épaisses qu’une forte décoction de riz ; dans d’autres cas ayant la consistance d’une purée légère et môme ressemblant 5 une pulpe demi -solide, qui forme quelquefois des espèces de bouchons peu disposés à céder au mouvement péristaltique des intestins. Jamais on ne trouve de bile mêlée à ces matières, si ce n’est un peu vers le duodénum. La surface de la membrane interne est en outre immédiatement enduite de mucosités semi-transparentes , visqueuses , ou d’autres fois semblables à du pus dit louable.

Sous le rapport des matières qu’on peut y trouver, l’es-

CIIOL^RA-MORnVS.

tomac ne diffère de l’intestin que par leur liquidité ordiimireiiiont plus grande; mais il n’en est pas de même par rapport à sa membrane muqueuse. Tandis que celle de l’intestin conserve presque toujours sa consistance naturelle , on trouve la sienne ramollie au moins sept fois sur dix (i), tantôt en totalité, d’autres fois seulement dans son tiers gauche, ou bien en même temps dans ses tiers gauche et moyen. Ce ramollissement ne s’accompagne ordinairement d’aucun changementdans la couleur de la membrane , laquelle m a seulement paru quelquefois épaissie.

La rate offre un état que MM. Delarroque et Laugier ont bien décrit (2J. Elle est exsangue, généralement rapelissée , flétrie , ridée , comme si elle eût été exprimée en la tordant dans un linge. Quand on la coupe par tranches et qu’on promène perpendiculairement la lame du scalpel sur une de ses coupes , à peine ramasse-t-elle un peu de ce sang que par le même procédé on recueille si abondamment sur une rate de sujet non cholérique. Que la rate soit grosse, moyenne ou petite, l’état de dessèchement dont je parle est constant, et ne manque jamais de se montrer à un degré plus ou moins marqué (3).

(i) Faut-il voir dans ce ramollissement de l’estomnc, si frequent sur les cholériques de Bicêtre , quelque chose de particulier aux vieillards , ou bien un résultat de l’inflammation, ou un effet chiniiqtie des sucs gastriques , comme dans les expériences de M. Carswel ?(rt) Je ne me sens j>as en état de résoudre la question, et me borne à signaler les faits dont l’observation m’a conduit à la soulever.

(2) Physiologie pathol. du choléra. Arch. gén. de Méd. , juin i832, p.age 2o4*

(3) 11 ne m’est encore arrivé qu’une fois de trouver la rate à-peuprès dans son état habituel, par rapport au sang contenu dans sa

{fl) Journal hehd. de Méd. , i83o, tom. VII, 91. Recherches sur la dissolution chimique , etc.

CIIOLÉRA.-MORBÜS. ZT

Une autre disposition non moins remarquable consiste ^ ans I état de la bile, qu’on trouve constamment d’un brun noirâtre . épaisse , poisseuse . filant comme du sirop et oignant d un vert brun foncé l’intérieur de la vésicule' Le foie est, en outre, flétri, exsangue, presque autai/t que b el est loul seep* , epe^s y a/o,V f„ul

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‘■bondaramem. Touiea ces eJ pèces de lésions sont en général d’autom plus caraclérisécs que la mort a été plus prompte. Voici , par opposition

celles ,,ue ron remarque quand la mort arrive au boni d un assez long temps.

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54 cnoLinA-Mo,uBT]s.

Dans la majeure partie de ces cas , il existe des traces plus ou moins profondes d’une inflammation qui quelque- ‘ fois peut s’étendre à la presque totalité de la longueur du canal intestinal , ou bien n’en affecter qu’un tiers ou un quart. Tantôt elle envahit tout le contour de la surface interne de rintcslin dans des portions de longueur variable , depuis quelques pouces jusqu’à deux ou trois pieds; tantôt elle se présente sous forme de larges bandes situées ordinairement du côté opposé au mésentère , et interrompues par 4ts surfaces où la muqueuse est saine, à l’exception dérla couleur hortensia ou cèdre. En général, le lavage diminue promptement la rougeur plus ou moins intense de ces portions de muqueuse affectées , que quelquefois on rencontre d’une couleur pourpre , et mêmepas- ♦ sant au brun noirâtre (i) , ce qui semblerait l’indice d’une très-violente inflanujnation. Malgré cela , on volt la coloration disparaître en grande partie après unfe lotion de dix ou douze minutes , et être remplacée par de simples arborisations très-rapprochées , entremêlées de pointillé ou de petites taches rouges d’ecchymose , où le sang est vraiment combiné dans le tissu de la muqueuse. Partout ailleurs il reste renfermé dans les capillaires. Ainsi , les cas dans lesquels l’inflammation semble le plus vive, ne sont guère que de très-fortes congestions, suite d’une irrigation maintenue presque toujours au-dessous de l’état vraiment inflammatoire. On volt surtout les rougeurs de la muqueuse disparaître promptement dans les cas de mort très-prompte , car on les rencontre aussi dans ceuxlà , mais seulement chez des sujets qui , pendant leur vie ,

(i) Cette coloration fonce'e de la membrane muqueuse a ete' prise par beaucoup d’auteurs pour un eflet de la gangrène qui, quoique très-rare, a vraiment été' observée quelquefois, et autre autres par M. Bouillaud. ( Traité pratique , etc. , du choléra , p. ^2. )

CIIOLÉRA-MOrBUS. 35

«ni eu (les déjections sanguinolentes , et avaient présenté, peu de temps avant d’être atteints du choléra , tous les symptômes d’une afïection intestinale intense. Ce fait explique comment on trouve les caractères d’une maladie d’assez longue durée, sur des individus dont la mort peut passer pour prompte, si l’on n’a égard qu’à la durée de leur dernière maladie.

Presque toujours de couleur naturelle , la muqueuse de l’estomac s’est présentée aussi souvent ramollie dans les cas prolongés que dans ceux de mort prompte ; mais ce n’est guère que dans les premiers où il m’est arrivé de la voir enflammée. Son inflammation , susceptible de dilFérences considérables , par rapport à l’étendue et à l’intensité, s est présentée une fois sur six ou huit, particulièrement quand les malades avaient continué à être tourmentés jusqu’à la fin, de nausées ou de douleurs épigastriques très-fortes. Généralement aussi prononcée que sur les intestins , la rougeur inflammatoire ne s’en allait pas par le lavage. On la voyait , après avoir nettoyé la muqueuse des glaires filantes , quelquefois légèrement teintes do sang , qui formaient une couche presque continue à sa surface , se montrer sous l’aspect de plaques , de bandes ou de pointillé (l’un rouge plus ou moins vif. Sous ces formes diverses, l’inflammation , ordinairement bornée à un quart ou à un tiers de la muqueuse gastrique , affectait principalement le grand cul-de-sac. Très-rarement elle occupait toute la surface de cette membrane , toujours alors molle et notablement épaissie, et, dans tous les cas, était surtout apparente sur la saillie des ridi'.s. Au contraire, quelle que fût sa couleur, la muqueuse des intestins ou gros ou grêles, conservait presque toujours, je le répète, sa consistance normale. Une fois exceptée , je n’ai jamais rencontré son ramollissement que sur les cadavres de sujets précédemment atteints d’affections intestinales 'déjà assez

CnOLÉnA'-MORBUS.

anciennes (i). A plus forlc raison doit-on rapporter k des maladies antécédentes , les ulcérations de forme et d’étendue variée qu’on rencontre quelquefois dans les intestins des cholériques.

Sans être aussi directement influencé que le canal alimentaire , par la durée longue ou courte du mal , le foie et la rate ne sont pas sans rapport , par leurs lésions , avec 1 une et 1 autre de ces circonstances. Ainsi quand la mort arrive après le cinquième jour, la rate , eu égard au sang contenu dans ses vaisseaux , est en partie revenue à son état naturel; sa flétrissure a de beaucoup diminué. Les mêmes remarques s’appliquent au foie. Au delà du cinquième jour, la bile sc retrouve en quantité notable dans les intestins. On lui reconnaît dans la vésicule ses quali- ' tés habituelles, preuve que les fonctions du foie se sont rétablies. Cependant ce résultat n’a pas toujours complètement lieu , et la vésicule contient alors une bile plus ou moins altérée. Une lois je l’ai trouvée remplie par un liquide absolument semblable , pour la couleur et la consistance, à une décoction épaisse de lin ou de guimauve (s). Quant au pancréas et à l’appareil urinaire , je ne poiir-

(ij Tel était probablemen t le cas d’un cbole'rique mort rapidement et cà l’ouverture du cadavre duquel la muqueuse du gros intestin , dans quatre pieds de long à partir du cæcum, se trouva d’un ronge vif dû à une combinaison intime du sang avec son tissu. Celui-ci, dont l’epaisseur était à-peu-près doublée, avait l’aspect d’une légère couche de sang. Il était mou au point de s’en aller sous emelques frictions faites avec la pulpe des doigts , et de laisser à nu la membrane celluleuse. Ou doit aussi , ce me semble, rapporter à des complications étrangères au choléra , les graves lésions de la muqueuse intestinale obseivées, suivant MM. Gerardin et Gaimard, par les médecins allemands (a) , ou les (ponsidérer au moins comme ime deseription fort exagérée de l’état des intestins dans cette maladie, (aj Obs. VII.*

(a) Du Choléra-mor bus en Mussie , etc. , p. ra5.

GHOLÉRA-MORBÜS. 37,

raïs citer h leur éj^ard que des faits déjà connus; je ne in’y arrêterai donc pas autrement. Mais je me saurais également passer sous silence un fait d’anatomie pathologique , qui , sans avoir , à beaucoup près , toute l’importance qu’on a cru pouvoir lui attribuer (1 ) , est loin cenendant d’en être dépourvu ; il s'agit de l’affection à laquelle MM. Serres et Nonnat ont donné le nom de psorenterie {2). Elle manque assurément chez un assez grand nombre de sujets (3) , et , ce qui n'est pas moins certain , elle est sur un plus grand nombre encore si peu prononcée , qu’elle passerait presque toujours inaperçue si on ne la cherchait avec attention. Fort apparente au contraire chez d’autres sujets, elle occupe jusqu’à la moitié ou les deux tiers du canal intestinal, à partir de la fin de l’iléon où elle est toujours plus grosse et plus rapprochée. Une fois je l’ai vu gagner le duodénum , où elle SC montrait principalement au bord libre des valvules conniventes.

Le volume des corpuscules appelés du nom de psoren, lcric , varie entre la grosseur d’un grain de millet et même

(î) M. Gendrin attribue le développement des symptômes dits irphoïdes du choléra , à l’aireclion des glahdes de Peyer et de Bruuiicr (a). Il y a une terrible objection à élever contre cette théorie , c est ({ue les vieillards chez lesquels on n’observe presf[ue jamais l’afléction folliculeuse , sont au moins aussi souvent que les adultes atteints du choléra typhoïde.

(2) Mémoire lu a l’Institut; voy. Lancette française, 38 avril i832 , p. loi.

(3) Suivant les palfoles de M.Bouillaud, la psorenterie manquerait environ cintj fois sur quarante-cinq. J’adopte volontiers cette estimation ([ue je regrette de ne pas retrouver dans l’ouviage du savant prolesscur, au lieu où elle eut été très-bien placée. ( Traité-

pratique , théorique et statistique du choléra-morbus de Paris , page 69. )

(«) Monographie du cboléra-morh. épidém. , etc., p. 65 et 122

f^HOI./iRA-MORBÙS.

(]’un grain de chenevis, el celle de la moitié ou du quart cl une tete de camion. Dans tous les cas , leur structure est la même, seulement leur couleur dircre un peu. D un blanc grisâtre dans les plus gros corpuscules, clic lire un peu sur le rosé ou la couleur chair-pâle dans les plus petits. En examinant la tranche des uns cl des autres , après les avoir divisés en deux avec un scalpel bien acéré, ils paraissent formés par un tissu homogène imbibé de liquide. Il en résulte que si l’on comprime un peu av^c l’ongle les corpuscules ainsi divisés , on les voit s affaisser au point de laisser à peine une petite élevure aplatie de la muqueuse , aux endroits qu’ils occupaient. On les affaisse à-peu-près aussi complètement si on les comprime avec l’ongle sans les avoir préliminairement incisés , et jamais cette petite opération ne donne lieu au jet ou la brusque sortie d’un liquide , comme cela arriverait sans doute pour un tollicule engorgé dont la pression viendrait à dilater tout-à-coup l’orifice obturé. Quelle que soit au reste la nature de ces petits corps (i), il est certain qu’on les rencontre en petit comme en grand nombre , peu ou beaucoup développés , aussi bien chez les sujets dont la maladie a été longue que chez ceux où elle a peu duré. Ils no sauraient donc être considérés

(i) La psorenterie a été étudiée avec soin par les médecins allemands , ainsi qu’on peut le voir dans l’ouvrage de MM. Gerardin et Gaimard (a) , et tout récemment M. Burnet l’a décrite comme je viens de le faire (i), a cela près de la disposition pédiculée que je n’ai jamais aperçue. J’en prendrai occasion ^e dire que M. Gendrin a dû tomber sur de rares exceptions, quand il a rencontré, comme il l’annonce, les grains psorentériques distendus par un liquide blanc , filant et légèrement trouble (c).

(a) Du Choléra-morhus en Russie, p. 128 et suiv.

(b) Observations d’éruption papuleuse , etc., Journ. AeM., décembre i832 , p. 471-

(c) Monographie du choléra, etc. , p. g3.

eiiOLÊRA-Monnus. ^>9

coiuuic jouant uu rôle Important dans la production des symptômes du choléra (i). Néanmoins la fréquence jj'5s-grande de leur apparition , dans cette maladie , me~ rite d’être particulièrement mentionnée , de même que l’espèce d’hypertrophie dont les glandes de Peyer se montrent presque aussi souvent atteintes , sans malgré cela jamais être , plus que ces petits corps , le siège d’ulcération (2).

Crâne et cavité rachidienne. — ün fait constant relativement aux membranes qui enveloppent l’axe cérébrospinal , est une injection sanguine d’autant plus considérable que la mort a été plus prompte. Ainsi on trouve les sinus de la dure-mère gorgés de' sang; le même liquide remplit et distend les vaisseaux capillaires de la pie-mère , de manière à donner à celte membrane la couleur sombre que produirait une injection noire poussée avec force' et adresse. Dans beaucoup de cas , l’accumulation du -sang est telle , surtout à la face supérieure et externe des hémisphères cérébraux , qu’elle simule des ecchymoses larges comme la paume de la main. Quelqnefois il existe aussi une infiltration de sérosité sanguinolente dans les mailles du réseau sous-arachnoïdien.

La subslance du. cerveau participe à la eongeslion des membranes. Quand on la coupe par tranches , le sang ■sV^chappe de ses capillaires sous forme de points noirâ-

(1) Magendie, leçons au Collège de France, Lancette française , i5 mai i83o,.p. i36. — Velpeau, du Choléra épidémique , etc. yJrch. gén. de Méd , juin iSSa , p. 219.

(2) MM. Foville et Parchappe ont observé plusieurs fois l’ulcc'ratiiin des follicules intestinaux (a). Cela me semble le résultat d’une coiuplicatiou babilaellement étraugere au choléra.

(a) De la Nature , etc., du choléra-morbus , p. 36.

CHOLERA MORItrs.

1res Jrès-rnpprocliës. l),j reste 1’^ • •

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Lu e?it Nous rapporterons aux mêmes

causes I augmentation presque toujours considérable du

hqu de habituellement contenu dans les ventricules céréb aux et dans .a pie-inère do la moelle (3) , ainsi que la lougeur insolite que présentent habituellement le tissu

^ etc, ^rcA.

«e iriea^ j juin io32 , p. 200. ^

Pagi ^f^oléra-mcLus en Angleterre et en Ecosse, en i83n.

P é'/fo/eVff épidem. Arch. gén. de Med. , juh, i83-j.

ciioLinA-Monnus. t^i

musculaire, les reins (i) , les os plais et les os longs , surtout à leurs extrémités , la racine des dents , etc. (9)ir Cependant nous nous garderons bien de nier l’existence de certaines phlegmasies , quand elle aura été bien constatée. Par exemple , il arrive , quoique bien rarement à la vérité , de trouver sur les cada^^res des cholériques les traces d’une inflammation plus ou moins forte des méninges. Mais même alors l’infiltration séreuse de la pie-mère se montre encore d’une manière très-remarquable. C’est sans doute à cause de cetts disposition qu’on ne voit'jamais, sur l’arachnoïde , le poisseux (5) qu’il est si fréquent de trouver sur les autres membranes séreuses (4)«

S- ni. Observations particulières.

Nous croyons maintenant devoir rapporter dans tous leurs développemens quelques cas de choléra , afin de mettre les lecteurs è meme d’apprécier les points principaux de symptomatologie et d’anatomie pathologique que nous avons plutôt indiqués d’une manière générale , que décrits avec détails.

Obs. I." — Choléra simple. — Zamor , nègre , âgé de 62 ans , jouissait enicore de sa bonne santé ordinaire le 5 mai ’i 832 , et n’avait pas le moindre dévoiement , lo rsque il fut pris tout-à-coup , vers midi , de crampes extrêmement douloureuses dans les mollets. A quatre

(t) Maingaiilt , Gazette médicale, lomai 1883, N.* 3o , p. 280.

(2) Séance de l'Académie de Méd. Lancette française , 3 mai i832 , p. 1 t6.

(3) De tous les observateurs, M. Gendrin est jusqu’à présent le seul , à ma connaissance , qui ail vu l’arachnoïde être poisseuse {a). J’en ai fait la remarque pour montrer que les règles les plus générales ont leurs exceptions.

(4) Bouillaud, Leçons sur le choléra. Lancette française , 3i m^i i832 ; p. 175.

(u) Du Choléra-morbus épidém. , etc., p. i68.

CIlOLillA-MOKBUS.

heures , les crurapc. sont toiles . qu’elles ne j.erniellenl pas au malade de rester un instant tranquille .Ions son lit ; I extérieur du corps est froid , le pouls très-faible les yeux profond<iment enfoncés ; la peau de la face épro’use une enspauon qui lu fait paraître comme veloutée. Ces acculons continuent toute la journée. Le soir la diarrhée se manifeste , la peau se refVoidit de plus en plus , la respiration est gênée. Dans la nuit il survient un ou deux vomissemens. et la mort a lieu le 6 , vers une heure du matin. ( Tisane de riz gom. miellée; frictions avec un uniment opiacé; lavemens laudanisés. )

Ouverture du cadavre. — Habitude extérieure.— Rigidité très-considérable des membres , crispation veloutée générale delà peau.

Poitrine. poumons exsangues, même à leur bord postérieur, s’affaissent comme une pâte molle sous les doigts qui les touchent. Ils sont poisseux , gluans; on les dirait enduits d’un vernis parfaitement transparent.

Le cœur, et surtout l’oreillette droite, contiennent une grande quantité de sang, entièrement dépouillé de sérosité, épais comme du raisiné , et d’une très-grande noirceur.

Abdomen. — Les vaisseaux de l’épiploon , du mésentère et de la tunique péritonéale des intestins , principalement des grêles , étaient fortement injectés de sang noir , ce qui donnait ces parties une nuance violette des plus sombres que j’aie encore vues. Pareille disposition avait été remarquée , à l’ouverture de la poitrine , dans les vaisseaux des plèvres et du médiastin. L’estomac , tl une grande capacité, contenait environ unechopine du liquide vineux de la boisson , mêlé de flocons assez peu nombreux , semblables à des grains de riz crevés. La membrane interne , enduite d’une légère couche plutôt glaireuse que muqueuse, était Irès-ramollie , depuis le

CllOLfeRA-MORnUS. 4^

cardia jusqu’au pylore , où elle n’avail pas encore repris sa cotisislance naturelle. Elle offrait partout une couleur rosée uniforme. A la vue on l’aurait crue parfiùtement saine , mais quand on la raclait avec l’ongle on l’enlevait comme une pulpe épaisse. Trois pouces environ de la tunique musculaire de la portion pyloriqtie de l’estomac , dans tout son contour , étaient hypertrophiés , de manière à avoir acqnis près du pylore , où l’affection était le plus prononcée , environ trois lignes d’épaisseur. Les trois premiers pouces de la tunique musculaire du duodénum offraient la même disposition.

Les intestins grêles , contractés , pâteux et épais a u toucher, dans plus de la moitié de leur longueur , par trajets d’étendue variable , paraissaient extérieurement chagrinés , surtout aux endroits de leur contraction : la fin (leTiiéon , dans cinq ou six pouces de long , avait à peine le volume du doigt annulaire. Intérieurement ils contenaient une matière pultacée , grisâtre , peu adhérente à la muqueuse, et abondante surtout aux endroits contractés. Celte membrane était , dans toute sa longueur, d’une couleur cèdre tirant sur le rouge. Plus on moins fortement arborisée dans divers points de sa surface , elle n’offrait nulle part , de véritable inflammation. La muqueuse des gros intestins se rapprochait encore plus de l’état normal : elle contenait aussi des matières grises.

La rate avait â peine trois ponces de surface sur chacun de ses côtés. Légèrement ridée à l’extérieur, elle était intérieurement, exsangue au plus haut degré et d’un rouge très-foncé. Le foie est aussi lui exsangue et flétri. La bile, très-foncée en couleur, sirupeuse, poisseuse , plus qu’il ne m’est arrivé jusqu’à présent de le voir , remplissait environ le tiers du péricarde.

Le crâne n’a pas été ouvert.

Remarques. — La courte durée de la maladie , l’ab-

ClIOL/iltA-MOlinUS,

soncc presque complète de dèj.^ctions .ilvines ne i.er moHenl pas d’attribuer à la déperdition du sérum , la echtiresse que le sang a présenté chez Zamor. Il faut jlonc reconnaître que l’altération si prononcée de ce iquido lena.ti, une toute autre cause. Quoiqu’il en soit, il est impossible quand on considère Vinfarclm général <|u avait produit la stase de ce liquide altéré , dans les capillaires, de ne pas admettre que là résidait la véritable cause des symptômes graves que nous avons décrits. En eflet . chaque molécule des tissus vivons, étant en contact

aLT® . a Jû en éprouver l’ac-

lon délétère. Cette manière d’expliquer les accidens,

nous semble bien plus rationnelle que ne le serait la prétention de le» attribuer à la légère rougeur de l’intestin. Au reste, SI Ion croyait, malgré notre remarque , devoir toujours persister dans le système que nous combattons ,

I observation suivante ne laisserait aucun m'oyen direct OU détourné de le défendre.

Obs. Choléra «mp/c. — Relier (Antoine),

menuisier , âgé de 34 ans , vivait d’une manière trèssobre , ne faisant jamais d’excès ni en boissons ni en nourriture , et se portait aussi bien qu’à son ordinaire le iG juillet 1832 , jour où il vint à pied , visiter à Bicetre , un de ses amis. A peine fût-il arrivé , qu’il commença à ressentir des coliques et des nausées. Bientôt des vomissemens survinrent , s’accompagnant simultanément de diarrhée, de cyanose, et surtout de crampes extrêmement douloureuses dans les mollets. Sous la persistance de ces symptômes le pouls s’affaiblit rapidement la peau devient de plus en plus froide , et la mort arrive le 1 7 à trois lieures du matin , environ quinze heures après l’apparition des premiers symptômes du mal. Il s était fait dans les dernières heures de la vie une nombreuse éruption Ac sudamina.

CUOLÉRA-MOnBUS.

Ouverture du cadavre. — Nombreuses et larges ecchymoses sur dilTérens points du tronc , des membres et de la face ; rigidité cadavérique considérable ; sudamina en grande partie encore apparens.

Poitrine. — Poumons exsangues , poisseux à l’extérieur; sains du reste. Cœur sain. Sang contenu dans ses cavités et dans les gros vaisseaux , 5 demi -liquide et h demi-coagulé , n’étant pas d’une noirceur extrême.

Abdomen. — La membrane muqueuse de l’estomac est très-ramollie , sans avoir éprouvé de changement notable dans sa couleur. Elle est peut-être un peu épaissie dans son tiers gauche et dans son tiers moyen. La portion pylorique conserve à-peu-près , sa fermeté normale. La muqueuse de l’intestin grêle , qui avait le tiers de son calibre rempli d’un liquide gris , semblable à une forte décoction de riz mêlée de flocons grisâtres , offrait trèslégèreuieut la teinte lilas. Les plaques de Peyer étaient développées , surtout les inférieures , de manière à faire une saillie d’un huitième de ligne de hauteur. Autour de deux ou trois d’entre elles , la muqueuse offrait une rougeur de simple arborisation , n’ayant en tout que quelques pouces de surface. Partout ailleurs , elle ne présentait qu’une injection de ses gros vaisseaux , ou bien l’état à-peu-près normal du système vasculaire. Cette dernière disposition se remarquait dans les deux tiers au moins de la longueur du canal. Trois ou quatre pieds de la fin de l’iléon contenaient , en médiocre quantité , de la psorenterie , dont le développement m’a semblé être au-dessous du terme moyen. Les gros intestins ne présentaient aucune altération appréciable.

Le foie était flétri , la bile très-noire , fort épaisse et poisseuse. La rate avait un volume très-considérable , supérieur d’un tiers au moins à celui du foie. Sa formé ordinaire n’était pas changée, si ce n’est qu’elle offrait , au

CIIOLiuA-SlORBUS.

milieu lie sa circonférence . une longue et pou profomle écliancriirc de chaque côté, ce qui faisait paraître scs deux extrémités élargies. Ferme dans son tissu , elle était presque exsangue et d’une couleur brun-rougeâtre.

Le crâne n’a pas été ouvert.

Remarques. — Voilà encore un cholérique qui a été bi>usquemenl atteint de son mal . sans avoir éprouvé la diarrhée antécédente. J’ai pu observer un assez grand nombre de cas de ce genre. Il m’ont paru être au moins dans la proportion d’un à trois , relaliTement à ceux qui sont précédés de diarrhée. Si on veut , en outre de celte remarque , faire attention qu’il est bien peu d’individus qui , dans le cours d’une année , ne soient pas pris de diarrhée , ordinairement sans conséquence funeste , on en viendra probablement à reconnaître que cet accident ne saurait vraiment être considéré comme l’indice du choléra ou comme pouvant le déterminer , si on l’abandonne à lui-même. Au reste , la considération de la bonne santé dont Reliera joui, jusqu’au moment où sa maladie a brusquement éclaté , rapprochée de l’existence chez lui de la psorenterie et d’une sorte d’hypertrophie des glandes de Peyer, existant sans doute l’une et l’autre , depuis un temps assez long , prouve évidemment, ce me semble , qu aucun symptôme appréciable ne peut , pendant la vie , dévoiler l’existence de cet état de 1 intestin. Le fait ci-dessus nous conduit aussi à dire un mot de l’espèce d’exception qu’il présente , par rapport au sang. En effet , ce liquide était peu noir , quoique la mort eut eu lieu avec rapidité. Mais d’abord, sa noirceur était beaucoup au-dessus de celle du sang d’un autre sujet examiné comparativement, et il me semble de plus avoir observé que , depuis la récrudescence du choléra , le sang est généralement moins noir que dans le commencement de l’épidémie.

CIIOLÉRA-MOUUUS.

Entre autres faits propres à confirmep cette opinion , je citerai Tcxemple d’un moissonneur apporté à Bicêtre , où ii mourut du choléra , en i5 ou i8 heures , et dont le sang n’était pas non plus très-noir. Il avait les intestins absolument exempts de toute arborisation , même légère, et leur teinte habituelle n’était pas notablement changée. Malgré la promptitude avec laquelle la mort a eu lieu dans ce cas et le précédent , il me semble qu’en général , les symptômes du choléra sont moins intenses actuellement, qu au début de l’épidémie; il en est aussi quelquesuns d’entre eux, comme la prétendue ecchymose de la sclérotique , qui paraissaient ne plus se rencontrer.

Obs. III.® — Choléra et pneumonie. — Domergue ( Jean- Pierre ) , âgé de 76 ans , fut apporté le 10 avril i832 , à 1 infirmerie, vers sept heiires du matin, malade depuis minuit. Il s était couché très bien portant le 9 , après être revenu à pied de Paris, où il avait passé toute une semaine. Au moment de ma visite , il avait le pouls très-faible , la peau froide et livide, surtout à la face et aux mains, éprouvait des nausées fréquentes , un grand accablement , et se disait voué à une mort certaine. (Saignée d une palette , eau vineuse miellée , sinapismes , moyens de réchauflément. extérieurs. )

Le sang sort avec peine. Il est dépourvu de sérosité.’ La chaleur ne se rétablit pas , et le malade se plaint d’être graduellement plus faible.

Le 1 1 au matin , respiration gênée , profonde , froid plus prononcé encore que la veille , pouls extrêmement faible; il y a quelques vomissemens et deux ou trois selles. La mort survient vers onze heures, déterminée par le ralentissement progressif, et enfin la cessation de la respiration et de la circulation.

Ouverture du cadavre. — Habitude extérieure ;

<^iior,fîRA-Moni{us.

comme elle est ordinairement sur les cadavres de cholériques.

Crâne. — Les artères vertébrales et les carotides contiennent une grande quantité de sang noirâtre. Ce liquide forme, au milieu de l’infiltration séreuse de la pie-mère , des plaques simulant des ecchymoses , sur la partie supérieure et externe des hémisphères. Les capillaires de la substance de l’encéphale , qui d’ailleurs est parfaitement saine , contiennent une grande quantité de sang. Quelques gros de sérosité se trouvent dans les ventricules latéraux.

Poitrine. — Les poumons sont extérieurement poisseux , et semblent enduits d’un vernis. Leur tissu privé de ressort . s’affaisse sous les doigts . et donne au toucher la sensation qu’on éprouverait à manier une peau de chamois bien douce. Au sommet de ces deux organes existent quelques tubercules mêlés de mélanose. La face interne de chacun d’eux adhère au médiastin par un dessèchement tel , qu’il donne au tissu cellulaire graisseux du médiastin, dans une surface de quatre à cinq pouces de chaque côté, l’aspect qu’il aurait pu avoir après une longue exposition à l’air. Du côté gauche, l’adhérence est si forte , qu’en détachant le poumon du médiastin il se déchire une bande de plèvre, large de trois à quatre lignes et longue de trois pouces , semblable à un morceau de parchemin très- mince. Le tiers postérieur du lobe inférieur du poumon droit est hépatisé d’engouement ; son tissu flotte au niveau de l’eau dans laquelle on l’abandonne. Les cavités du cœur sont remplies d’un sang trèsnoir , serai-coagnlé. On le retrouve en abondance , avec les mêmes caractères , dans les deux veines-caves.

Abdomen. — La membrane muqueuse de l’estomac est généralement d’une couleur gris de cèdre , et parfaitement saine; une légère couche depnucosité la recouvre

cnoLinA-MohBus.

<îans loule son étendue. Elle contient environ un verre de jiffuide semblable h une forte décoction de riz , ayant un peu l’odeur vineuse. Les intestins grêles unifortnément contractés épais et pâteux au toucher, ont éprouvé une réduction d un tiers au moins de leur calibre. Ils sont chagrinés, à petits grains très rapprochés. Dans les cinq-sixièmesau moinsde sa longueur, leur membrane muqueuse est d une cotdeur cèdre. Dans le reste, et par trajets interrompus, elle présente une injection très-co.nsidérable, laquelle approche , en certains endroits . de la teinte rou-e unilorme . sans que néanmoins on cesse de voir distinctement e trajet des vaisseaux. Elle renferma une grande quantité de matière grise . pulpeuse, épaisse, quf existe jusque vers la fin du colon, où l’on ne relronve plus ,,ue d s n,„uèrcs fécales ordinaires . en .rùs-petiu, qnanfiié. Par ont la muqueuse de la seconde partie du canal inlestmal conserve sa couleur naturelle. Les glandes de Brunner et de Pyer sont fort apparentes , mais ne jiaraissent nullement altérées dans leur texture.

Le foie est brun . exprimé et comme flétri; la bile noirâtre, épaisse et poisseuse; la rate petite , d’un tissu sec parfaitement exsangue; la vessie grosse comme une noix, gongl.on semi-lunaire dans un état d’intégrité parfaite. Démarques. — La saignée a été faite ou début de la maladie et néanmoins le sang s’est montré entièrement dépouillé do sérum. On ne pouvait donc pas attribuer cette circonstonce à l’abondance d’évacuations qui alors n avaient pas eu lieu. Plus tard , et quand les svuiptômes ont continué à suivre une marche alarmante, on ne pouvait pas davantage en accuser les soulfrances de la mu queuse gastro-intestinale , ou la faiblesse résultant deabondante excrétion de la matière cholérique, puisque malgré la quant, té assez grande de sa sécrétion ’ellj ^ avait été un peu évacuée que par de rares vernissé-

CHOLtRA-MORBUS.

mens , les selles ëlnnl restées excréinenliiielles pendant tout le cours de la maladie , comme là nature des matières trouvées dans la fin du gros intestin en est la preuve.

Ici la mort a vraiment eu lieu par cet aflaiblisscment progressif de la circulation que rien n’arrcle, et dont la très-grande fréquence h Bicêtre , comparativement aux autres modes de terminaison fâcheuse , tient peut-être à l’âge avancé des sujets. Mais ce n’esl point à pareille cause qu’il faut attribuer le développement des tubercules compliqués de mélanose , trouvés dans le sommet de chaque poumon. Rien au contraire n’est plus rare que l’affection tuberculeuse chez les hommes âgés de plus de soixante-dix ans , et je crois être fort près de la vérité en disant qu’ils la présentent à peine une fois sUr vingt. Il n’en a pas été de même à l’égard de la pneumonie compliquant le choléra. Elle s’est montrée , an début- de répidéïùîe , au moins une fois sur six. Depuis sa récrudescencè , je ne l’ai pas encore rencontrée une seule fois. La même remarque | est applicable au dessèchement très-prononcé des plèvres , j dont le sujet de celte observation a offert un ihodèle si | parfait que je ne puis m’empêcher d’en faire la reniarqrte. j

0^5. IV.® — Choléra hémorrhagiqüe. — Rondot (Piefre), •

âgé de 64 ans , avait de la diarrhée depuis trois jours , lorsque le 2 mai kS52 , il fut pris Vers quatre heures du malin , de vomissemens fréquemment répétés, de crampes très- douloureuses et de refroidissement de la peau. A neiil heures du malin , ces symptômes n’ont rien perdu de leur intensité, la voix est faible et très-voiléc , la figure livide, le pouls extrêmement faible. ( Tisane de riz vineuse, lavemens d’amidon , sinapisme, application du calorique. )

Le 3 , les crampes sont dissipées , les vomissemens devenus très-rares; le pouls a repris de la force et la cha

ciiOL/inA.-Monnus. g j

ieur est assez bonne; mais Ja «liarrhéc continue à fatio-uer beaucoup le malade , dont le visage reste encore livide et la VOIX faible , quoique moins altérée.

Le 4, dans la soirée , les selles deviennent sanguinoentes. Dès cet instant la lividité de la face au-mientc

le pouls s’affaiblit rapidement, et la peau se refroidit dé nouveau.

Le 5 augmontalioo des symptômes ; plusieurs selles semblables h du chocolat rouge , pas très-fétides. Chute progressive des forces , et mort sans agonie , en pleine connaissance , le 6 h quatre heures du matin

Our^ture du cadavre. - H „bUudccxUrieure n’of-

irant rien que d’habituel.

Poitrine. — Les poumons, un peu engoués à leur bord postérieur, sont exsangues en avant, et s’affaissent d’une

rhr-Tnr;7''“‘l'r'’“’'“ Le* plèvres, dessé-

chée, du coté du médiastin, adhèrent , à cause de cela, à

cette cloison , et la portion antérieure de la plèvre v,auchc

en contact avec le diaphragme présente la méiiio'’dispo

lution. Le s,ang de I oreillette droite était modérément

noiret coagule. Il contenait un petit caillot albumineux.

— La muqueuse de l’estomac, d’une cou

leur légèrement rosée , était très-ramollie dans toute son

étendue. Les intestins grêles . rougeâtres à l’extérieur

cité naV P* ■■<=“Pl''*»u tiers de leur capacité par un liquide rouge comme du chocolat espagnol , de la consistance d’un lait épais. Les quatre c nquièmesau moins de la membrane muqueuse sont d’un rouge uniforme , plutôt d’injection que d’innammalioi, car jpue partout on y distingue assez iiettemenri;

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