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POriTIlMT [>E M. SEM, PAR M. DOLDINI
{Société Nationale des Bea\i\-Ar:s.)
voisine encore de la satire. Tel ce terrible et habile M. Boldini. ([ui semble faire défiler devant lui ses semblables, avec une sincc^rité joyeuse qui exclut toute bienveillance, et comme en un continuel et convulsif éclat de rire. De là nous passerions à ces oliservateurs familiers dont la satire est amicale, flatteuse même pour celui qui en est l'objet; nous prendrions pour exemple la parfaite image de M. Donnât que nous devons à M. Puech, charmant petit bronze en vérité, résumé de toute une vie et de toute une psychologie; c'est le fameux artiste chez lui, en pantoufles, en négligé, sa palette à la main, la réalité même de sa vie quotidienne, intime. Pour nous en dire autant, comment s'y prit l'artiste? Quel est l'écart des pieds, la flexion des bras, la direction de la tête? bien plus, quels sont les plis du veston, la cassure du pantalon, qu'il a fallu observer et puis
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marquer et cliari;or? C'est justement ce que je vous prierais de vous demander.
Ensuite, par contraste, vous penserez à M. Simon, el vous admirerez cette volonté un peu hautaine, un peu inflexible, qui lui fait construire une œuvre forte et saine, sans défaut que l'on puisse dire, sinon une force qui exclut un peu la grâce, et une vue des clioses trop grande, qui fait éclater les limites des cadres, et viole les dimensions des tableaux. Je parle surtout de ses portraits; mais encore de tous ses taldeaux, car ils sont tous des portraits, telles ces vigoureuses études de vieillards pitoyables et graves, dans la lumière blanche d'une salle d'hospice. Je voudrais qu'un vaste mur fût donné à décorer au robuste ouvrier de toutes ces œuvres austères; car elles me semblent parfois manquer de centre et de composition, et me font alors l'effet de fragments superbes détachés d'une fresque ignorée.
Et, par un nouveau contraste, je placerais à l'extrémité de mon exposition de portraits ce mystique charmant, aux idées un peu cherchées, M. Aman-Jean. Celui-là est un symboliste et veut l'être. Je crois le bien comprendre. Le signe de reconnaissance qu'il me tend est une pièce d'or d'une frappe un peu étrange, à la devise un peu énigmalique. Mais la langue est connue des délicats; la pensée a parfois quelque peine à se dégager; quand elle se dégage, on la découvre rare.
Voilà donc que noire bonne métaphore nous a conduits jusqu'ici. H faut en linir avec elle, après lui avoir demandé encore de nous dire la dernière parlie et la plus belle du secret qu'elle renferme. Tout n'est que symbole dans l'art, depuis les graliltes des grottes de la Vézère jusqu'aux portraits des Français et des Françaises à l'entrée du xx° siècle. Mais, pour qu'un symbole soit un bon signe, il faut ([u'il signifie quelque chose. Ma pièce de monnaie ne vaut rien, si elle n'est pas le témoin d'une valeur, d'un crédit réel. Ces principes ont été fixés jadis par le plus grand, sans doute, des symbolistes de tous les t(>mps, Dante, dans le merveilleux livre de la \'i//i )iuov(i. Il |iart uaturellemcnt de cette règle, admise de tous au moyen âge, que tout poème doit avoir un sens caché, il n'est pas nécessaire, bien au contraire, que ce simis apparaisse tout semblable au poète (jui l'y a caché, et au lecteur qui l'y cherche. Il est
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bon (|uc l'on s'y jicnio un peu, et le jardin encliiinté ne dit pas son secret à tont venant. Mais encore fanl-il qn'il y ait nn secret. Et c'est la loi qnc Dante impose au poète : son œuvre peut et doit renfermer un sens caché, mais le poète, du moins, doit le connaître lui-même.
11 est des artistes, j'en ai peur, qui s'occupent surtout à parer le jardin, à orner les dehors du symbole, et pour lesquels le secret ne s'exprime pas, au fond du cœur, avec assez de précision. Je voudrais nn secret plus profond en les tableaux de M. Bail; il est si juste, si soigneux en toute chose, si habile, que rien ne saurait vraiment lui être reproché; sa justice est semblable à celle d'Aristide; il est des gens — et je les blâme — qui se ressentent devant Aristide du mauvais esprit des Athéniens, lesquels se lassaient à la longue de l'entendre toujours appeler .Juste!
Ce n'est certes pas le reproche que l'on devra faire à M. Henri Martin. Voici sans doute un des artistes les plus persévérants à suivre une route isolée et alpestre, loin des sentiers du commun, vers un idéal très haut et 1res lointain. Mais il semble (est-ce une impression fugitive?) que cet idéal pâlisse et s'etface un peu, à mesure que le voyageur s'en approche. J'ai cru cet idéal plus précis, plus près de la main du peintre, alors qu'il nous menait par des bois de sapins aux troncs rouges, avec Mathilde, vers les lumières du Purgatoire. Fidèle à sa recherche première, et même à son procédé, qui dérive un peu de celui des pointillistes, il est arrive à reproduire de très puissante façon la vibration de l'air et de la lumière, en les fonds de vallées, autour des monts et des bois. Le paysage qu'il a peint, dans ses grands panneaux décoratifs, est comme humide et embaumé de rosée. Mais ses personnages ne me parlent pas aussi clairement; je les voudrais ou tout à fait vivants et individuels, ou plus vagues alors, et comme fondus et disparaissant presque dans les forces générales de la nature.
Je puis me permettre cette critique, puisqu'il s'agit justement d'un peintre qui prétend exprimer des idées philosophiques et mystiques. Et certes c'est une prétention que les arts ont le dioit d'élever. Les preuves dans le passé en sont bien assurées. Au moyen de ces symboles qui sont la ligne, la forme et la couleur, au moyen des éléments que donne l'imitation de la nature, les arts peuvent illustrer, par de belles associations d'idées, toutes les pensées qui sont en l'âme humaine, et jusqu'aux pensées philosophiques et religieuses. Mais c'est là un domaine réservé, car on n'y peut pénétrer
que muni d'une part des procédés des arts, d'autre part do iiensces précises et assurées.
- Et c'est là la difficulté, en cette vieillesse du monde, oii il scmjjle que tous les esprits soient las de tout, et rassasiés jusqu'au dégoût :
Ah! loul est, lu, toul fsl, éciit, plus rien à dire!
Ce n'est point vrai. Quelques âmes encore sont propres h concevoir les faraudes pensées liiimaines et divines, auxquelles le propre
de l'art est de donner, par une expression neuve, une nouvelle jeunesse. Je ne voudrais pasallerchercher les grands exemples du passé. Les dernières années m'en fournissent, telles quelquesunes des belles peintures religieuses que M. Besuard a peintes, pour accomplir un vu'u paternel, dans la chapelle de l'hospice des enfants, à Berck-sur- Mer. Et cette année justement, une belle Madone, toute réelle et toute pieuse, modelée par M""" Besnard.
vient rappeler à notre souvenir ce beau monument de l'art symbolique moderne, .le rappellerai aussi, dans ungeiire loutdill'érent, les pciuliires nahiralistes el philosophiques, la .liiililh, Vllr-
sio(/i\ i\ Ire.i;raiiil (la/in.dnul la main pieuse de M""' Marie (la/.in
célèbre aiijdurd'iiui la mémoire.
I. A \ [ K 11 r, F. A 1, V. S I' A N 1 , CHOUPK EN 11 AUT- HKI.I Kl' l'Ail M'"" llKSNAIlll
(.Société NatÏDnale ilns Beaux-Arts.)
OL'ELQUKS liKl
11 serait iiijiislc de ne pas exprimer ici mon oslinie à i'arlislc qui, parmi les jeunes de celle j^x'uération, a le mieux servi, dans son œuvre de peintre el de graveur, le liant symbolisme pliilosopliiiiue. M. Maurice Denis s'impose peu h peu, retient peu à peu, par sa persévérante et claire volonté, ceux-là mêmes (jui à l'origine se montraient elTarouchés, railleurs ou dédaigneux. 11 peut déjà citer une grande œuvre définitive : ses peintures décoratives du Vésinet. Uare esprit, personnel el singulier, mais droit, simple et modeste, il peut
.\0 I UE- DA M E LJE I,' h C. I.l I. C , l'Ail M. M A l 1; I C E DEMS
(Société Nationale des Beaux-Arts.)
lui arriver de surprendre les esprits inattentifs; mais il l'auL revenir vers lui, môme à travers des succès inégaux. Rien de ce qu'il }irétend dire ne saurait être indilTérent; sa vision et sa pensée sont de qualité rare, et l'hésitation occasionnelle de sa main pour exprimer de si hautes choses est presque un élément de sa force et de son charme. Il apparaît clairement qu'il n'imite des Primitifs italiens ou flamands que leur procédé symbolique, et non leur divine gaucherie, car ce serait là une vaine et stérile recherche. 11 peint avec son âme, sa main, comme il sent, comme il peut.
Et jamais il n'a clierclié ailleurs que dans la nature l'expression des pensées poétiques et religieuses qui sont en son esprit. En lui
l'opération symbolique se fait naturellement : les maisons de Saint- Germain-cn-Layc éclairées des longs rayons du couchant lui figurent une Jérusalem céleste, — un potager jtle rUe-de-France le jardin de Béthanie, — et une modeste salle à manger le cénacle d'Emmaiis. Quelques rochers, une plage, des baigneuses, des enfants qui jouent sur le sable, c'est une caverne virgilienne, avec des Naïades rieuses.
... suh riipe cavala !
Une dame avec son enfant, en visite à l'école, entourée des cornettes transparentes des sœurs et des jolis visages roses de petites filles bien sages, c'est Notre-Dame de l'École. II y a dans toutes ces œuvres une union de l'élément naturel et de l'élément mystique telle, que je ne pouvais rêver mieux pour illustrer les doctrines que j'ai tâché, un peu à la volée, de faire comprendre. Mais je n'aurais pas tout dit, sur Maurice Denis, si je n'avais pas au moins mentionné la suite de plus de cent dessins au crayon noir qu'il a composés pour commenter, un à un, tous les chapitres de Vlmitation de Jésns-C/irist. Enoncer seulement une pareille entreprise suffit à faire comprendre combien il est impossible d'en dire en peu de mots l'estime qu'on en peut faire : melius laccrc qiiam parum dicerc. Mais pouvait-on ne pas recommander en passant celle rare et précieuse édition, ce commentaire en signes sensibles du plus spirituel des livres?
,Ie quitte donc Maurice Denis. Mais il me sera un naturel introducteur vers la pensée que je voudrais exposer ensuite. Nous voyageons par des lieux communs, avouai-je en commençant; mais, tout communs qu'ils soient, ce sont des lieux peu fré(|uentés; et puis, le " candide lecteur », comme on disait jadis, voudra bien reconnaître que, tout en causant à bâtons rompus, nous y avançonsavec quelque méthode. Nous avons noté d'abord que le premier mérile d'une œuvre d'art et le plus indispensable était d'être vraiment une ceuvre d'artjtiinowà avons loué une qualité primordiale (jue nous nommions faute de savoir mieux dire, la « main ». Et puis, pour célébrer l'union entre l'u'il (|iii voit, la main (jui exi'cute, la pensée qui conçoit, le spectateur qui compnuid, nous avons lâché de nous pénétrer de la vali'ur des symboles. Il a falin distinguer ces choses l(>s unes des autres, pour la commodité de noli'e étude, mais elles sont, (>n réalité, liinl emmêlées cl confundnes ensemble. Il en est de même de la
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(Joruièro vciiii que j'exigerai (riiiie œuvre d'arl, l't que l'on j)eut appeler : valeur décorative.
C'esl là le troisi^mc poini de et; Sermon sur les Salons. L'œuvre d'art doit être faite de main d'ouvrier; elle doit être le symbole d'une pensée ; enfin, clic doit satisfaire l'œil par une harmonieuse décoration de l'espace qui la renferme : en termes plus courts, être décorative. Ceci s'applique à toute œuvre d'art.
Un portrait peut être une bonne œuvre décorative, témoin celui qu'expose M. Ernest Laurent. Un simple dessin, sur un petit carré de papier, doit décorer ce carré, être avec lui en proportion harmonieuse. Plusieurs de nos graveurs le conçoivent à merveille : voyez la belle ordonnance des eaux-forles originales de M. Aid, de !\I. Mac Laughlan, et plus particulièrement encore ces jolies planches en couleur, d'esprit japonais, qu'expose, depuis plusieurs années, M"° Marie Gautier.
Bien évidemment la préoccupation décorative s'impose de plus en plus, à mesure que les dimensions de l'objet décOré augmentent. C'est de quoi nos peintres auraient grand profit à se soucier davantage, alors même que leur rôle n'est nullement associé à celui des sculpteurs et des architectes pour la décoration des palais, des églises, des maisons. Chaque art en notre temps voit son domaine bien circonscrit et n'empiète pas sur le voisin. On sait qu'il en fut jadis autrement, et il arrivait qu'un seul artiste pratiquât simultanément tous les arts du dessin. Ce cumul était, à vrai dire, moins ordinaire qu'on ne l'a prétendu. On ne le constate guère avec certitude et au complet que pour Giotlo et Orcagna au xiv" siècle, pour Michel-Ange au xvi''. Encore ai-je des doutes au
SOURIS, EAU-FOBTE EN COULE II KS PAR m"" marie g a U T I E U
(.Société Nationale des Boaux-Arts.)
iQ QUELQUIÎS HËILEXIONS SUR LES SALONS
sujet de Giotlo. Pour xMichel-Ange, qui par surcroît était encore poète et ingénieur militaire, saluons-le, car il est
Michel, piit chf iiiuiiul, Ainjcl iliviiio.
Mais il faut retenir pourtant que les arts autrefois se côtoyaient de plus pi es; comme les artistes travaillaient tous sous la direction
absolue de hautes autorités, maîtres, tyrans, Pontifes, Répuliliques, il arri^■ait que leurs œuvres se devaient accorder et agencer mieux entre elles, pour la décoration des demeures ou divines ou humaines.
Et puis, l'art et le métier étaient beaucoup moins séparés.
Ainsi que nous l'avons vu l'autre jour, le peintre en bâtiments, le peintre d'enseignes, et celui que nous appellerons » artiste peintre» n'étaient souvent qu'une seule et même personne. Bien plus encore, les sculpteurs s'attachaient à exécuter toute décoration en relief, el l'on ne connaissait pas cet être hybi'ide et mal déclaré que l'on nomme « ornemaniste ». Sous le lioi Soleil, à Versailles, les plus fameux sculpteurs ne dédaignaient pas de modeler et de ciseler les trophées et les ornements de la Galerie des Glaces.
]m peinture peut revendiquer, par rapport aux autres arts, une relative indépendance, et subit moins rigoureusement les l'ègles d'une sorte de loi sociale et publicjue. Elle re(;.oit assurénuMil, mais bien moins nelteiuenl, cette marque extérieure, ce signe d'un siècle et il'uu
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