PORTRAIT DE W^? F. E
( Salon de igoS Société des Artistes fVançais i
ette dca Beaux-Ar
[mp.A. Porcabeuf Paj-ia
OllKl.OUl'lS RËFl.KXIONS SUR l.KS SAr.ONS
étal social ([iio l'on a|i|icllc le slylc. (]'est poiirciudi jusIcmiMil, de nos jours, elle soiillre bien moins ([ue les autres ails de l'incertitude qui les (rouille, du désarroi qui les éi^are, et des conséquences de l'individualisme.
La sculpture ne jouit de celte indépendance que pour une part de son œuvre : le portrait ; un bon buste de marbre ou de bronze sorti des mains d'un de nos bons portraitistes, MM. I^oucher, Marqueste, l'uech , Bernstamm, (jonstantin Meunier, n'a besoin de correspondre à aucun décor ornemental ou architectural, et si nous lui trouvons un slyle, ce qui arrive, c'est surtout par comparaison, ^lais, le plus souvent, l'œuvre du sculpteur se rapproche de celle de l'architecte, et le cumul enlre ces deux arts est celui que les grands siècles ont le plus approuve.
Grande ou petite, une statue doit me présenter un tout achevé et harmonieux. On sera moins sévère pour un
tableau; il peut n'être qu'une impression, une note fugitive; il peut garder le charme, très grand parfois, de l'esquisse incomplète. " Pourquoi, disait bravement Diderot, une belle esquisse nous plaît-elle plus qu'un bon tableau? C'est qu'il y a plus de vie et moins de formes. A mesure qu'on introduit les formes, la vie disparaît. » Et la forme, tout justement, est une chose que l'on ne peut guère retirer à une statue ; elle est la statue même ; on a beau ruser,
« Il h A X 11 ti F, U 1 L » U K S A I \ T - M A li C E A U X
(SocilHc Nationale des Beaux-Arts.)
QUELQUES RÉFLE\in>rs SUR LES SALONS
tricher avec la nature, comme il arrive à ce grand homme (lui aime tant à surprendre ses humides adorateurs, M. Rodin. absiul d'ici, et que je retrouve seulement en de nombreux imitateurs, — et, en passant, parmi ceux-ci, je salue le talent de M"° Claudel; — on a beau donner à son œuvre l'aspect général d'une coulée informe
de bronze ou d'un marbre fruste, — ce que fait celte année, à son tour, l'ingénieux M. de Sainl-Marceaux ; — avec ou sans un voile, la forme reste toujours l'élément même de la scul|)ture.
Le sculpteur me paraît grand à proportion qu'il comprend son rôle de bâtisseur.
Il lui faut construire, comme son frère l'architecte, consiruire en solides matériaux un édilice humain, rythmique et cadencé, mesurant son espace dans l'air, et justement proportionné à la place qui lui est destinée. Ainsi fut conçu le Mdïx-Aiirèle du Ca- [litole, sur lequel, au xviir' siècle, sut si abondamment disserter uoti'c maître Falconel ; ainsi encore les Termes de nos Tuileries, les tombeaux de Venise, les statues du portail des Libraires à Rouen, et les Enclaves de Michel-Ange.
Je me méfie, l'avouerai-je, des statues faites pour elles-mêmes, « pour rien, pour le plaisir n, destinées à vai'ier seulement la série des gestes et des allilinlcs dans les salles des musées. .le comjois la sriil|iliin' comnu- un arl utile au peuple, à la dite, à rh]tat, à Dieu, et le sculpteur comme le robuste ouvrier d'une maçonnerie idéale; je pense que Barbier donnait à Miclud-Ange la (]ualilé (jui lui convenait en lui disant :
... 0 {^ranil laillciii de [lii'ircs!
A hOLESCEXCE BHONZ E l'Ail M. .1. T 11 II M A s
(Société des .Vrlistos frau(,\iis.)
Nous n'on soniiiies pas Ifi, assuri'monl, Ce n'esl pas (iiic les sculplpurs ne reçoivent des architectes leur part de collaboration ; ils la reçoivent trop grande, et je ne sais rien do fâcheux comme tous ces renllemenls de lourdes formes féminines (|ui gauchissent tous les édilices modernes. Mais je me plains, pour rester dans mon sujet, des u'uvres purement sculpturales, qui n'ont pas leur propre architecture, des monuments, des fontaines, des tombeaux où je ne vois que des groupements anecdotiques, des sortes de tableaux vivants, où des modèles réunis en hâte prennent pour un instant des attitudes déclamatoires.
N'ayez crainte, je ne nommerai personne !
Ou je me réserverai, du moins, pour quelques heureuses exceptions. M. Thomas, vétéran de nos écoles du passé, me servira d'un bon exemple avec son beau bronze d'aspect antique. Et, par contre, j'aperçois le violent groupe de M. Suchetet, qui pourra jeter, dans les verdures d'un solennel parc à grand mouvement décoratif.
Et puis nous avons M. Frémiet, et celui-là peut servir de modèle, pour ce qui est de la construction juste et pondérée. Son groupe équestre de celte année n'est pas de ses plus originaux, mais rappelle encore son Velazquez, son Saint Michel, le Porte-falot de l'IIôtel de ville, tandis que l'énorme tète de Lesseps, sortie, dirait-on, de quelque hypogée des Pharaons, nous fait rêver d'une énorme bâtisse légen-
(ilKJUl'E EX l'LATlllC l' A II M. S L Cil ETE T
(Socictc fies Artistes français.)
française, la puissante forme d'un
daire, crun colossal sphinx moderne, planté snr les sables rouges à l'entrée des déserts.
Certes, en nos temps lionrgeois. les occasions sont rares de pouvoir entreprendre même de moindres monuments. Mais l'art du sculpteur doit aussi bien s'appliquer à l'ornement familier de nos maisons, l'iiisicurs réussissent iieureusement à façonner avec art de
LE P 0 K T E E ï LA SI U E N E ('. HOl'l'E EN MA un HE l'AU M. Il AN NAIN
(Société dos Artistes fraiii;:iis.)
ces petits idijets, dont les temps anciens ont laissé tant de modèles gracieux. A Tanagra, aux formes oubliées mises au jour après des siècles dans les nécropoles, nous feront songer les mascpies modelés, teintés et palinés par la main savante de M""' Hesiiard.
Et puis, voici cet linimni' à linia^inalinn cuiieuse, M. Pierre lioclie, i[ui sait l'aiie voisiner cbez lui l'art populaire et l'ait classi(|ue, la sculpture d'oi'ru'nient et la scul|itiire de ligures, ouvi'ier, peintre, poète, aimant l'anticjuité, mais cuiieux de jirocédés neufs el de façons nouvelles. Je ne saurais dire quelle matière lui est
ctrangf'ro ou quel outil; il nous uionlro des frises de céramique, des statues de plomb, et puis, sur uu chemin connu de bien peu de gens, ei qui fait confiner la sculpture avec la gravure, il nous mt'ne vers la gypsographie; il nous clonuc et nous ravit par ses minces et fragiles bas-reliefs en papier, où se profilent, dcdicatement teintés, des animaux, des corps humains, des paysages légers.
Plus loin encore, dans la même direction, nous rencontrerons IM. Alexandre Charpentier. Ce sont encore des sculptures, mais qui ressemblent déjà un peu à des bibelols de prix, bronze, argent, élain.
C'est l'objet agréable à toucber presque autant qu'à voir, et dont « la caresse est douce », ainsi que disent les amateurs de japoueries. Delà, un peu pkis loin, un peu plus bas, mais en pays d'ait encore, nous descendons vers le point où la beauté de la matière est la principale et fait presque tout le charme de l'objet d'arl. Nous en sommes aux rayonnants émaux translucides avec M. Dammouse et M. Thesmar, aux étains avec .M. Brateau, aux grès llammés de M. Delaherche, inondés de rutilantes, douces et changeantes gouttes d'émail (sans oublier les grès de INI. Méthey, aux Indépendants).
Ici le succès est complet. Et ce n'est point, après tout, une recherche qui soit méprisable que celle de l'objet de vitrine ou d'étagère, aimable rencontre pour l'œil ou la main, couleur et
ï li l E IJ E LA STATUE COLOSSALE
DE FEIIDIMAMI liE LESSEPS É R I Ci IC E A POllT-SAÏD
l'Ail M. FIIÉMIET
(Société des Artibics français. )
m QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES SALONS
variété de nos murs. Le joli morceau de grès émaillé à la l'orme fruste et simple me charme, mais je ne puis m'y arrêter longtemps. Sans sortir même du domaine de l'art intime et décoratif, il est des objets qui exigent un dessin plus précis, et posent aussitôt à l'esprit la question redoutable du style. C'est l'orfèvrerie, où M. Edouard Monod réussit bien à renouveler des formes venues toul dioit de
r. WEN ll[. AX ET SAIM' Y\ES
Fini'iiES niiciiii ATI vEs en PLOMn ['au m. pieiiue hiiciie (SociiUé Nationale des Bcaux-.\rts.)
l'antiquité; la joaillerie, où d'habiles praticiens, comme M. Lalique. d'ingénieux novateurs, comme M. Charles Boutet de Monvel, voient déjà leurs pas embarrassés par les replis du vilain ennemi (jue Ton nomme modem style.
C'est encore le cas de la j'cliiirc, où la même iullucnce lutte, dans un esprit aussi distingué (juc celui de M. I>('l\ille, avec la jusic Iradiliou de l'art ancien. Ici, je commence à me sentir mal à l'aise : le cuir! cetU; belle, souple, odorante malièi'e, que les grands amateurs ilu passé, comme et; médecin Canevaii de (ïênes, dont l'histoire nous était réceunnent lacontéc dans la liibruifdki, aimaient
OrKI.QUI-.S |{KI'LEXIONS Sll|{ I,KS SM.ONS i7
à voir préparer cl écraser, où ils iMisaierit imprimer profondément les arabesques, les lilels, les (Icurons, les armoiries des fers gracieusement dessinés. — que devient le cnir? Il me semble qu'on le met à mal : on le découpe, on le sculpte, on le cisaille, on le (eiiit en Ions dégradés. On empêche mon ci'il de le reconnaître, ma main de b' l.\ler. Il me larde de passer l'avenue, et de me reposer les yeux sur les marcxpiins pleins de la colleclion Dtitnit I
Du cuir aux étoiles et des étoiles au mobilier, il n'est qu'un pas, et quelques autres pas nous conduiront de là à l'architecture. Et de plus en |>lus, et pas à pas, la douloureuse question des stylos se
COL'PE EN l'UUCELAINE DÉCOIIÉE UliMAUX, PAU M. liAMMOUSE
(Société Nationale tles Beaux-Arts.)
pose impérieusement. Il vaut donc mieux le dire tout de suite : l'effort de ces dix dernières années pour trouver de nouvelles formes ornementales, un nouveau style, a abouti à un cciiec complet et certain. Quelques succès de détail, quelques amusantes recherches, comme le mobilier populaire de M. Benouville, ou la chambre d'enfant de M. Sauvage, ne doivent pas masquer ce Irop évident résultat. Le temps est venu, je pense, de prononcer le De proftindis et les dernières prières sur le soi-disant modem slijle, être abortif et adultérin, qui porte un nom anglais, mais est né vraiment en Allemagne, qui n'est pas iiuitlrme, puisqu'il paraît déjà suranné et court la province, — qui de plus n'est pas un style, comme il serait aisé de le démontrer. Du moins, comme conclusion de cette rapide oraison funèbre, je voudrais espérer que son exemple servira de
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QL'ELOri'S UEl-l.i:\10NS SUK I.KS SALONS
leçon aux aiiislcs de l'avenir et siutoul aux architectes; car si les meubles bizarres qu'il a inspirés sont parfois curieux et souvent tolérables, on n'en peut dire autant des maisons, avec ou sans décor de céramique. Il apprendra peut-être donc aux Ages futurs que les styles sont tous clos, et qu'on n'en peut plus inventer, si tant est
__ qu'on l'ait jamais fait.
L'humanité est vieille. Elle a, je crois, fixé ne varir/iir la forme extérieure des signes par lesquels elle peut exprimer sa pensée. Il est peut-être dans le monde entier une dizaine de styles décoratifs.
Kans nos pays de l'Kurope occidentale, il n'en est en réalité que deux ; oui. deux grands styles généraux, avec plusieurs subdivisions, liien entendu : il y a, d'une part, li's styles qui procèdent, ou direcli'Uii'ut ou indireclenieni, des aris gréco-romains, et, d'autre part, ceux qui dérivent de l'art dit gollii(iue. Hue l'du examine, discute, varie par toutes les influences ré- (■l|iirii|U('s, par les éléments populaires, par les nécessités locales, sociales, climalériqucs, en dernière analyse il en faudra toujours revenii' là. Ce sont les deux grandes souches, comme la souche latine et la souche gernumique sont les deux mères uniques de louli's les langues que nous parlons dans la même lùirope occidcniali'.
.le lini^ par me iigurei' que c'est là niu' nécessité, el cuninie rellel d'uni' lui de l'espril linuiain. Ei\ vain, on a voulu c lianger ces cadres el les reu(in\(der. On a voulu recourii- à rirnilaliiui ilu règne végi'lal. feuilles, (leurs, comme si la chose ('-lail encore à faire : car le i^r.ind nioii \ eiiieiil du Mil' siècle in I iiinl |usleineiil un relouranx formes M\,;i'liile~ de 1,1 hiiliii'e, liijes. Iioui'geniis, ramures, mais avec le resjieei ciuislanl de la liL:iie diciile, ipie nniis Ini'ilniis, quant à luius, dans tons les sen^, dans |e^ cirni'ineiils leulli's de uns maismis ven-
V A s E EX G 11 K s
P.V R M. U.VM.MOLSE
(SocictC- Nationale des Bcaux-.Xrts
OUELOLKS lilÎKLKXIONS SLM{ LKS SALONS
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tnios, toutes brouilléL-s de sciiliiliiccs inexpliquées, sans arêtes "1 sans accents.
Il serait cruel d'insister. Les architectes ont ce malheur, que leurs erreurs crèvent les yeux. Bien ne les cache, et il sullit pour les voir de se promener dans les rues, dans toutes les rues de nos grandes villes de l'Europe (sauf Londres, pcnt-ètre). Or, toutes ces erreurs procèdent de rerieur initiale : avoir méconnu que le développement des styles du passé a pris Hn avec ce dernier et violent retour aux origines romaines que l'on a appelé styh- Empire. Les langues que l'on peut parler sont fixées; ces langues sont les styles. Les emmêler les uns dans l(^s autres, c'est faire du galimatias; eu inventer de nouveaux, c'est parler volapûk ou bien espéranto. Il faut parleiles langues fixées par l'usage séculaire, les parler purement, mais les accommoder aux besoins et aux habitudes des sociétés modernes :
Sur (les pensers nouveaux Taisons des vers
[antiques:
telle devrait être Ja devise de nos architectes, si tant est qu'ils prétendent construire des éilifices dignes d'être comparés à des poèmes.
Voilà qui est facile à dire, mais à faire bien plus malaisé. L'architecture — et ce fut jadis sa gloire — est celui
des arts qui se mêle le plus à la vie politique, municipale, sociale, et il est impossible qu'elle ne soit pas en quelque chose contaminée delà laideur des façons modernes. Les architectes souffrent plus que tous autres de l'organisation administrative de l'art en notre démocratie, et ils ont dû eux-mêmes se constituer administrativement, ce qui est la négation de l'art. Ils sont, de plus, soumis aux lois urbaines et aux règlements de voirie, et c'est presque une nécessité pour eux de bâtir des maisons à sept étages, avec un étage de mansardes en retrait Qià&?, Windows vaguement Louis XV faisant saillie en avant. Us sont autant ([ue les sculpteurs, et plus, victimes des Expositions universelles, de ces crises vraiment folles où il faut faire sortir de terre des palais à la douzaine, qui doivent disparaître
Il E P 0 U S 3 É ET C I s E L li