‹ Quelques réformes dans les écoles primairesChapitre 28 sur 51 · ET D'ASSEMBLAGE · texte numérisé non relu

ET D'ASSEMBLAGE

ET DE CREATION DB COURS NOUVEAUX DESTINÉS A FAIRE PRODUIRE AUX ENFANTS DES OUVRAGES UTILES

On a reconnu que la vie humaine est si courte et qu'il faut, dans des limites si étroites, entasser et grouper un si grand nombre de connaissances, qu'on aurait voulu, dès le seuil de l'école et presque en même temps, donner aux enfants l'enseignement moral, intellectuel et professionnel. — Bon nombre d'esprits judicieux et remplis des plus honnêtes intentions se sont préoccupés d'introduire l'étude et même la pratique d'un métier dans l'école, d'associer et de marier la culture intellectuelle à l'enseignement professionnel. Quoi de plus simple et de plus heureux que de faire du même coup des élèves et des apprentis;

d'orner et d'élever l'esprit pendant qu'on dresse et qu'on exerce les mains; d'aider au développement de l'intelligence en même temps qu'on fournit les moyens de pourvoira l'existence; en un mot, de préparer des hommes et des artisans? Ah! s'il était aussi facile de réaliser le bien que de le rêver; s'il était possible de préparer ensemble les mains et l'esprit à employer des instruments de travail d'une force et d'une valeur égales; s'il nous était permis d'acquérir, du même coup, les matériaux des connaissances professionnelles et les éléments des notions morales et intellectuelles, il ne faudrait pas hésiter un instant; il faudrait sur-le-champ créer des écoles-ateliers ! Le matériel scolaire ne devrait plus . seulement consister en cartes, en figures géométriques, en tableaux reproduisant les principaux types des trois règnes delà nature; il serait nécessaire de le compléter par des établis, des haches, des scies, des laminoirs, des presses, des métiers à tisser, des moteurs de toute espèce; en un mot, par ces innombrables machines dont la quantité et les

la rue Tournefort * rinstruction générale est donnée ou plutôt, comme le dit M. Gréard, continuée concurremment avec l'éducation professionnelle. En 1878, Talelier de cette école ne comptait que 41 élèves et presque tous les élèves de la troisième année s'adonnaient spécialement soit au modelage et à la sculpture, soit à la menuiserie et à rébénisterie, soit à la forge et à la mécanique.

Toutes les objections que nous avons soulevées et passées en revue contre Técole-atelier ont-elles la même force quand il s'agit des écoles de filles? Nous répondons catégoriquement : non, et nous ajoutons que c'est un grand, très grand bonheur pour les filles de pouvoir, dès le premier âge et sur les bancs de l'école, se préparer à devenir des ouvrières ou des ménagères. Sans nous occuper des soins du ménage qui incombent à toute femme, quel que soit son rang ou sa condition ; sans tracer le cercle des occupations et des travaux dans lequel toute mère ou toute fille

1. L'enseignement primaire à Paris et dans le département de la Seine, etc., 1867 et 1877, par Gréard, p. 81.

bien élevée doit se mouvoir, nous pouvons affirmer que toutes ou presque toutes les femmes se vouent et se livrent aux travaux de l'aiguille. — Lorsque M. Gréard eut l'heureuse idée de s'enquérir des goûts des filles de nos écoles et de les questionner sur la carrière qu'elles voulaient embrasser, elles répondirent en grand nombre qu'elles voulaient vivre du travail de leurs mains. a Tous les corps d'état, dit M. Gréard, sont représentés dans ces derniers choix; nous en avons relevé la liste détaillée. Il s'y trouve des blanchisseuses, des cordonnières, des boulangères ^.. Mais ce qui domine dans une proportion considérable, ce sont les métiers d'aiguille. Les couturières, à elles seules, sont au nombre de 1022 (sur 1949) soit plus de 52 pour 100. Réunies aux lingères, aux modistes, aux giletières, aux passementières, aux piqueuses de bottines, elles forment un total de 1105, c'est-à-dire 62p. 100. »

1 . V enseignement primaire à Paris et dans le département de la Seine de 1867 à 1877. Voy. pour plus amples renseignements à notre Appendice, p. 249.

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progrès augmentent chaque jour et répondent à peine aux exigences de l'industrie et des travaux modernes! Après une invasion aussi étrange que formidable d'instruments et de machines de tout genre, que deviendrait une école ? Elle verrait régner dans son sein, non pas seulement le désordre et la confusion, mais s'établir le chaos. Et comment en pourrait-il être autrement? Dès que l'école devient la source des connaissances intellectuelles et professionnelles, il faut qu'elle puisse donner satisfaction aux goûts et aux aspirations de chaque enfant.

Tel garçon désire devenir maçon, carrier ou sculpteur; tel autre menuisier, ébéniste; tel autre tisserand; tel autre graveur; l'un se voue aux travaux des champs ; l'autre aspire à devenir employé; tous ont des sentiments et des désirs différents et se lancent dans les voies les plus dissemblables.

On comprend, sans qu'il soit besoin d'insister, combien il est impossible de fournir à tous ces enfants, dès le bas âge et dans un seul et unique

endroit, l'ensemble des instruments et des procédés grâce auxquels chacun d'eux fera l'apprentissage et la conquête de son métier. — Je sais bien que, malgré la puissance de ces objections, la Direction de l'enseignement primaire de la ville de Paris a pu faire des écoles d'apprentissage, et que l'on peut citer, non sans quelque fierté, l'école d'apprentis du boulevard de la Villette et l'école de la rue Tournefort; mais ces écoles sont loin d'avoir recherché et réalisé l'application rigoureuse, absolue, de l'école-atelier pour tous les âges et pour tous les métiers. Il suffit d'avoir pris connaissance de leurs programmes et de les avoir visitées pour reconnaître que l'idée de la création de l'école-atelier, répondant à tous les goûts et à toutes les vocations de tous les enfants, est absolument chimérique et constitue une utopie des plus dangereuses et des plus funestes à la jeunesse de nos écoles.

L'école du boulevard de la Villette ne reçoit les enfants que munis du certificat d'études primaires ou après un examen équivalent. A l'école de

haut degré, une fois le principe de l'utilité de la couture hautement reconnu, d'en réaliser l'application ; de ne pas demeurer dans le domaine de la théorie et des discussions platoniques, mais de préparer les filles à devenir ou de bonnes ménagères ou de bonnes ouvrières.

Les nombreuses visites et inspections que j'ai eu l'occasion de faire, aussi bien en qualité de délégué cantonal que d'adjoint au maire du XI' arrondissement, me permirent de reconnaître que l'étude de la couture était fort négligée dans toutes nos écoles; que, non seulement les maîtresses n'y attachaient pas assez d'importance, mais que, presque toujours, elles n'étaient pas en mesure d'apprendre aux enfants les connaissances pratiques que les programmes exigent.

Un pareil état de choses me frappa de la manière la plus vive et je songeai longtemps aux moyens propres à le faire cesser.

L'administration, touchée sans doute du même mal et de la nécessité d'y remédier, organisa et laissa s'organiser, sinon dans tous les arrondisse-

ments, du moins dans le plus grand nombre, des cours dits de coupe et d'assemblage. Ces cours devaient servir de complément aux leçons de couture et permettre aux filles plus âgées, sur le point de quitter l'école, de savoir dresser, tailler un patron et assembler toutes les pièces d'un vêtement. Ces cours me parurent excellents et très dignes d'être encouragés ; mais il me semblait, comme on dit vulgairement, qu'on mettait la charrue avant les bœufs et qu'on voulait commencer la maison par les toits. Sans nier la valeur et refficacité de ces cours, m'était avis qu'il fallait débuter par apprendre la couture progressivement et complètement à toutes les enfants depuis et dès leur entrée à l'école. — Grâce à la double qualité de délégué cantonal et d'adjoint au maire, qui m'ouvrait les portes des 'écoles ; grâce aussi à l'obligeance et à la sollicitude des directeurs et des directrices, je résolus de procéder à une enquête dans les écoles du. XP arrondissement et d'étudier les moyens de rendre plus pratique et plus sérieux l'enseignement de la cou-

ture et plus utiles et plus efficaces les cours de coupe et d'assemblage. Pensant, non sans quelque raison, que la situation des autres arrondissements était la même que celle du onzième, je crus inopportun de transporter Tenquête sur d'autres points. Jaloux de ménager la susceptibilité de mes collègues, je me suis abstenu, il y a deux ans environ, de généraliser; je m'abstiendrai de nouveau de le Aiire dans le cours de ce travail. Toutefois, on pourra sans danger appliquer à peu près à tous les arrondissements de Paris les faits signalés par les directrices et les maîtresses du XI" arrondissement, et l'on ne risquera pas de se tromper en raisonnant par a simili.

L'enquùlG en question fut ouverte sur :

Un projet consistant à donner aux cours de couture, de coupe et d'assemblage un développement nouveau et des résultats jiratiquesj et àper^^ mettre aux enfants de produire des ouvrages utiles, destines aux indigents ou aux enfants des écoles du XP arrondissement.

Un questionnaire aussi complet que possible

servit de base à cette enquête. — C'est à l'aide des réponses et des observations faites par les directrices des écoles auxquelles j'ai fait appel, que je me propose, après deux ans de réflexion, de rendre pratique ce proj^et qui consiste à faire des filles de noâ écoles, et de bonnes ouvrières et d'excellentes ménagères.

Organisation actuelle des cours et leçons de couture. Le nombre des leçons de couture est le mêmepour les élèves du cours supérieur, du cours élémentaire et du cours moyen : trois leçons par semaine, qui ont lieu en général, les lundi, mercredi et samedi de deux à trois heures. Dans toutes les classes, c'est la maltresse qui est chargée de l'enseignement de la couture. Elle est tenue de l'enseigner dans l'ordre et suivant les indications du programme pédagogique des écoles de la ville de Paris. — Ce programme est le suivant :

Premiers éléments de couture. — Poin Courfe élémentaire. { d'ourlet. — Point droit (couture rabattue). — Point arrière. — Surjet.

i Travaux de coutures usuelles. — Point droit. — Point arri&ra. — Piqûre. — Œillet. - Boutonnière. - Point de marque. — Point de tricot.

Travaux de couture usuelle.

Cours supérieur. . . \ Reprises. — Remmaillage de bas. — Raccommodages divers.

Il n'entre pas dans mes intentions de critiquer ce programme qui peut être considéré comme suffisamment étendu; mais, le prenant tel qu'il est, j'ai le devoir et le regret de dire qu'il n'est ni suivi ni appliqué.

Quels en sont les motifs ?

C'est un peu dans mes observations personnelles et surtout dans les réponses des directrices que je vais les chercher.

!• Le temps consacré à la couture est insuffisant. Trois leçons d'une heure par semaine à deux jours de distance ne permettent pas de joindre la pratique à la théorie, et, dans l'étude de la couture, la pratique l'emporte de beaucoup sur la théorie 1 Et encore ! il y a des écoles où les élèves du cours élémentaire ne reçoivent que deux leçons par semaine, et ces leçons durent à peine une

heure ; et il y a d'autres écoles où les élèves du cours supérieur voient le temps dû aux travaux de couture consacré au dessin ou au chant. Celte pauvre couture est la faculté le plus facilement et le plus fréquemment sacrifiée.

2o Les maîtresses, chargées d'enseigner la couture, soit qu'elles n'attachent pas assez d'importance à cette étude, soit qu'elles n'aient pas reçu de meilleures leçons que celles qu'elles peuvent donner elles-mêmes, ne sont pas le plus souvent capables de bien suivre les prescriptions du programme, et c'est quand il s'agit de ces sortes de travaux, que l'on peut dire avec raison et exactitude : Telles maîtresses, telles élèves.

3° Le matériel nécessaire aux travaux de la couture est tout à fait insuffisant. Partout, dans toutes les écoles, les maîtresses réclament les instruments les plus rudimentaîres : des dés, des ciseaux, des mètres en ruban ou en cuir, du fil, des aiguilles. — La Ville et les municipalités font bien, de temps en temps, don de quelques fournitures aux écoles ; mais ce sont de pures libéralités

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qui n'offrent rien de normal et de régulier. — Ce qui manque le plus aux enfants pour leur permettre de faire des travaux utiles et pour leur inspirer le goût de la couture, c'est l'étoffe. Au lieu de leur enseigner la couture sur des tissus ayant une forme et une certaine étendue, on les oblige à travailler sur des lambeaux d'étoffe, sur de véritables chiffons : ce procédé est peut-être économique, mais il ne peut produire aucun bon résultat !

Quel est avec l'organisation actuelle des leçons de couture le degré d'instruction des enfants qui sortent de l'école? — Sur ce point, presque toutes les directrices sont d'accord pour reconnaître que les élèves sont à peine en possession des connaissances prescrites par le programme : de là des inconvénients graves de toute sorte. — L'opinion moyenne des maîtresses est à peu près énoncée dans cette réponse d'une des directrices : « Les progrès sont peu sensibles à cause du peu d'assiduité des élèves et de l'ennui qu'elles éprouvent à demeurer toujours à la

théorie, sans en venir à la pratique qui leur plairait beaucoup plus et dont on ne peut s'occuper faute d'avoir les objets nécessaires. »

Organisation des cours de coupe et d'assemblage. — Ce n'est que depuis quelques années qu'ont été créés les cours de coupe et d'assemblage ; la dénomination de ces cours est assez claire et précise pour qu'on n'ait pas besoin d'insister sur leur but et leur objet : en quelques mots, ils se proposent de rendre toute fille capable

de prendre des mesures, de tailler et lever un patron; de couper des étoffes d'après ce patron, et de savoir réunir et assembler les différentes pièces d'un vêtement*.

Les élèves seules du cours supérieur sont admises aux cours de coupe et d'assemblage. On réunit les élèves de deux écoles dans un même local, tous les jeudis , dans l'après-midi , de une heure à quatre heures.

C'est une des institutrices, le plus souvent une des plus jeunes adjointes, qui est chargée de faire la leçon et de surveiller les élèves. Presque

4. Voy. à notre Appendice Torganisation nouvelle des cours normaux do coupe et d'assemblage, p. 27G.

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toutes les leçons sont données d'après la méthode et les théories de M"« Grandhomme, et c'est par elle que la plupart des maîtresses sont préparées à cet enseignement.

Les instruments de travail nécessaires aux cours de coupe et d'assemblage, et qui sont plus nombreux que ceux des cours de couture, sont fournis le plus souvent par les Caisses des écoles. Malgré l'empressement que mettent ces institutions à subvenir aux besoins des cours de couture, dans presque toutes les écoles manquent : les papiers destinés au tracé des patrons; les étoffes nécessaires à la coupe et à la confection des vêtements; les tables pour couper les étoffes, et les tableaux ardoisés pour marquer les mesures et dessiner les patrons !

Quelles sont les élèves qui fréquentent les cours de coupe et d'assemblage? Ce sont, nous le répétons, les élèves du cours supérieur, mais seulement en petit nombre. Après avoir examiné tous les chiffres fournis par mon enquête de 1874, il faut reconnaître que le nombre des élèves du

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cours de coupe correspond au vingtième de l'ensemble des enfants de l'école, et au cinquième des élèves du cours supérieur : donc sur deux cents enfants, quarante seulement jouissent des bienfaits de cet enseignement nouveau. Il y a là des améliorations sérieuses à apporter, et c'est ce que, j'étudierai tout à Theure. Quoi qu'il en soit, les cours de couture ont rendu déjà de véritables services *, et toutes les maîtresses sont unanimes à reconnaître qu'avec leur organisation nouvelle, ils pourraient retenir plus longtemps les enfants à l'école et diminuer le temps d'apprentissage. « Si l'heure des cours de coupe et d'assemblage était modifiée, dit Texpérimentée M"® Letourneur, il est probable que cela retiendrait les élèves une ou deux années de plus à l'école; mais il faudrait

1. La directrice de la rue Amelot observe que les progrès sont satisfaisants pour les élèves qui fréquentent régulièrement les cours de coupe et d'assemblage : « toutes savent tailler la robe ordinaire, quelques-unes le corsage à basques et le caraco. » — « Le cours n'est établi que depuis deux mois, dit M™« CoUin, la directrice de l'école de la cité Voltaire; cependant les progrès sont satisfaisants; les élèves savent déjà prendre les mesures et tracer au tableau les patrons d'un corsage. »

une autre organisation. > Pour les enfants qui se destinent à être couturières, observe aussi l'excellente directrice, M"' Joly, je crois que ces cours bien organisés pourront faire gagner une partie du temps de l'apprentissage et retenir par cela même les enfants à l'école.

J'ai jusqu'à présent passé en revue l'organisation des cours de couture et des cours de coupe et d'assemblage, il faut étudier maintenant les réformes dont sont susceptibles ces deux genres d'études. Certaines réformes devront être spéciales aux travaux de couture; d'autres, spéciales aux cours de coupe; d'autres, communes aux uns et aux autres; j'examinerai toutes ces modifications en essayant de les présenter dans cet ordre, et par cela même je serai quelquefois (j'en demande pardon à l'avance) obligé de revenir sur les mesures déjà proposées; je le ferai cependant et ne me répéterai que le moins possible.

Réformes à introduire dans les cours de couture. — Deux faits remarquables se sont produits dans Tenquête sur les cours de coupe et de couture : le

premier, l'accord presque unanime de toutes les directrices sur la nécessité de réformer les uns et les autres et de les organiser sur des fondements nouveaux ; le second, le partage des opinions sur les voies et moyens. Dans les réponses de toutes les maîtresses laïques, on sent le désir de modifier les détails sans toucher au fond ; de changer les conditions accessoires sans toucher aux bases elles-mêmes; chez les directrices ecclésiastiques, on voit se manifester la pensée qu'il faut installer une organisation semblable à celle des ouvroirs. Du moment qu'on veut rendre les enfants capables de coudre et de bien coudre, pas d'hésitation; il faut appliquer le svstème des ouvroirs : en dehors des ouvroirs, pas de salut; il n'y a que par les ouvroirs qu'on puisse doter la société de filles sachant manier l'aiguille I « Le progrès dans l'étude de la coupe et de la couture, dit la directrice de l'école congréganiste de l'avenue Parmentier, est désirable : il ne pourra se réaliser selon les vues énoncées ici (dans le questionnaire de l'enquête) qu'en rétablis-

sanllesouvroirs telsqu'ils existaient et en confiant le cours à une maîtresse spéciale. Nous avons constaté d'immenses progrès quand pour le travail les enfants sont confiées à la même main qui, tous les jours, se conformant au règlement des écoles, prend les enfants de chaque cours, et au jour et à rheure indiqués, les conduit dans une pièce désignée à cet usage. » La sœur de la Bigne Villeneuve, directrice d'une autre école congréganiste, exprime le même sentiment à peu près dans les mêmes termes : t Pour arriver à ce résultat, à rendre fructueux les cours de coupe et de couture, il faudrait reprendre l'ancienne méthode des ouvroirs, il faudrait un local à part, une maîtresse spéciale aidée d'une ' adjointe et une sous-maitresse. La salle de couture serait préparée d'avance, l'ouvrage distribué à chaque place suivant la capacité des enfants quitseraient classées par division. On gagnerait ainsi du temps, les choses se faisant avec ordre et la maîtresse de couture étant entièrement appliquée à sa fonction, visitant ensuite et relevant les

, ouvrages pour s'assurer si le travail est bien ou mal fait.... > J'ai cité intentionnellement ces deux passages, non seulement parce qu'ils contiennent les mêmes avis au sujet des ouvroirs, mais parce que, en dehors de l'expression de cette opinion commune, ils contiennent quelques indications sur l'organisation du travail, qui ne sont pas à dédaigner. On voit par ces extraits combien les congréganistes tiennent à l'organisation des ouvroirs. Du moment qu'il s'agit de l'enfance et de l'enseignement des travaux manuels, il convient de recourir à l'ouvroir; c'est le type de l'asile moral, matériel et intellectuel destiné aux filles. II n'est presque pas de corporation religieuse qui ne tienne à honneur de créer des ouvroirs, d'en multiplier le nombre et de développer ceux qui existent. Bientôt, si l'on n'y prenait garde, la France serait couverte, sur toute sa surface, de ces ouvroirs charitables et bienfaisants où, sous prétexte de donner aux enfants la culture intellectuelle et l'enseignement des travaux manuels, les filles depuis l'âge le plus tendre sont jusqu'à vingt

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et un ans traitées comme des ouvrières taillables et corvéables à merci, pour le plus grand profit des congrégations religieuses ! C'est ce qu'observait très judicieusement, il y a déjà près de dix ans, le savant économiste M. Paul Leroy Beaulieu , dans son remarquable ouvrage : Le travail des femmes au xix^ siècle, t A l'aspect de ce déplacement de la charité privée, disait-il, les premiers sentiments qui saisissent l'âme sont ceux d'une profonde admiration et d'une ardente sympathie. Mais si l'on passe à l'examen scrupuleux des détails, il n'est que trop aisé de découvrir les défauts d'un grand nombre de ces institutions. La plupart d'entre elles ne sont pas seulement des écoles, ce sont des ateliers; on ne s'y contente pas d'enseigner aux jeunes filles l'exercice d'un métier et de les aider, lorsqu'elles sont instruites, à trouver des places ou du travail, mais on vend en masse les produits à de grandes maisons de commerce. Quelques ouvroirs même prennent à l'entreprise et soumissionnent, en quelque sorte, des travaux de confection pour

des industriels parisiens. En outre, ce ne sont pas seulement des enfants qui travaillent dans ces établissements charitables : sans parler des religieuses qui dirigent l'ouvrage, les élèves sont retenues d'ordinaire jusqu'à vingt et un ans, c'està-dire après avoir franchi le temps de l'apprentissage. »

Il est facile de prévoir quelle est ma réponse à ce cri enthousiaste des ecclésiastiques: t rétablissons les ouvroirs. ^ — Non, loin de les rétablir, travaillons à les détruire, à les supprimer, et, pour cela, arrivons à les rendre inutiles et remplaçonsles par des institutions meilleures, plus nécessaires et surtout plus désintéressées. Ne faisons pas entrer l'atelier dans l'école, ne substituons pas l'apprentissage à la culture intellectuelle, et ne faisons pas ce mauvais travail contre lequel j'ai protesté de toutes mes forces au commencement de cette étude et qui consiste à donner le pas à l'atelier sur l'école, à la vie matérielle sur la vie morale et intellectuelle, en un mot, à matérialiser l'instruction et à faire de la créature

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humaine un outil plus ou moins habile ! Laissons ces procédés aux institutions congréganistes, et cherchons à défendre l'école contre les ennemis qui voudraient l'envahir et la remplir exclusivement de connaissances matérielles et accessoires ; conservons l'école d'abord à l'esprit et à Tin tell igence, et si nous laissons pénétrer et même si nous y poussons l'étude des travaux manuels dans une mesure plus large que dans l'état actuel, ne le faisons que de manière que le corps n'absorbe pas les droits de l'âme. Pour me résumer, il faut que l'école reste l'école et n'emprunte à l'organisation des ouvroirs que les procédés et les méthodes qui peuvent lui être appliqués sans en compromettre l'existence.

Nombre des leçons de couture. — En général, maîtres et maîtresses s'accordent à trouver que les programmes pédagogiques des écoles primaires sont fort chargés, et que la division actuelle du temps consacré aux travaux de toute sorte ne comporte pas l'addition d'études nouvelles. « Il ne faudrait pas, dit M"* Jqly, que le tra-

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vail à Taiguille prît tout le temps nécessaire aux autres études; > — « Le plan des études, ajoute M"® Collin, s'oppose à ce qu'on donne plus de temps à la couture. » Puisqu'il en est ainsi, il faut chercher des leçons supplémentaires en dehors des heures de la classe; mais, avant toute chose, il est indispensable que, dans aucune école, il ne soit distrait aucun des moments dus à la couture. Ce principe posé, on pourrait prescrire :

Y Pour les cours élémentaire et moyen, deux leçons supplémentaires par semaine d'une heure ou une heure et demie ;

2** Pour le cours supérieur, trois leçons supplémentaires d'une heure ou deux leçons de deux heures.

Ces leçons auraient lieu à différents jours, de préférence les mercredis et samedis, veilles des jours de congé, et après 4 heures, soit de 4 à 5 heures ou 5 heures et demie, soit de4à6 heures.

Personnel. — Convient-il de laisser les enfants dans leurs classes respectives ou de leur donner des maîtresses spéciales ?

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J'ai déjà eu l'occasion de dire que les maîtresses paraissaient avoir peu de goût et de compétence pour ce genre d'enseignement. Eh bien ! ne semble-t-il pas que le moyen le plus simple serait alors de les changer. Tel n'est pas mon avis, surtout en ce qui concerne les travaux prescrits par le programme pédagogique actuel. Il faut que les maîtresses soient ou deviennent capables d'enseigner la couture et de répondre aux exigences du programme. Que celles qui, jusqu'à ce jour, ont négligé ces travaux, se hâtent de compléter leur instruction; car il faut désormais qu'elles donnent l'exemple à leurs élèves. Parmi les maîtresses et adjointes, il en est déjà un grand nombre qui se sont attachées avec ardeur à la pratique et à l'enseignement des

travaux de couture; c'est à elles qu'il faudra confier les leçons supplémentaires de couture. Afin de ne choisir que les plus capables et les plus méritantes, il y aurait heu d'établir pour ces maîtresses des concours de couture : celles qui auraient obtenu un diplôme, qu'on pourrait ap-

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peler diplôme d'enseignement de couture, constitueraient le personnel des cours supplémentaires et auraientun traitement spécial*. Dansla journée, afin de ne pas troubler l'ordre des classes, ce seraient les maîtresses ordinaires qui enseigneraient la couture, et, l'après-midi, après quatre heures, les élèves pourraient être spécialement

1. Il conviendrait de faire pour les cours de couture ce que la Ville a déjà fait pour les cours de coupe et d'assemblage, en établissant un certificat d'aptitude à renseignement de la coupe et de Tassemblage et en nommant une commission chargée de Texamen des aspirantes à ce certificat. Pourquoi, d'ailleurs, cette même commission ne serait-elle pas chargée de délivrer des diplômes d'enseignement de couture? Voici comment est constituée la commission chargée de l'examen des aspirantes au certificat d'aptitude à l'enseignement de la coupe et de l'assemblage (session de septembre 1881) :

M. Berger, inspecteur général de l'enseignement primaire (hors cadre), président.

M>no Bonnet de Malherbe, déléguée générale pour l'inspection des salles d'asile, en congé.

Mme Gocheris.

Mme de Friedberg, directrice de TÉcole normale d'institutrices du département de la Seine.

Mme Giroux, chargée du cours de coupe dans les écoles de la ville de Paris.

Mme Schefer, inspectrice des écoles de la ville de Paris.

Mlle Toussaint, secrétaire générale de la Société des écoles professionnelles.

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classées pour la couture suivant leur capacité et leur degré d'instruction. Il y aurait de vraies classes de couture, sous la direction des maîtresses jouissant du diplôme d'enseignement de la couture; rien d'ailleurs n'empêcherait les maîtresses ordinaires des classes d'être les maîtresses des classes spéciales.

Composition des classes, nombre des élèves. — Afin de permettre aux maîtressesde s'occuper sérieusement de chaque enfant, les clauses de couture ne devraient jamais être composées de plus de quarant^élèves ; pour le cours élémentaire, le nombre

serait presque trop élevé et je verrais avec plaisir l'administration ne faire des classespour lesenfants

en bas Age que de vingt-cinq à trente élèves.

Les classes spéciales de couture seraient composées d'après la force et le degré d'instruction des enfants; les maîtresses, assistées de la directrice de l'école, seraient chargées de cette répartition. Grâce à cette mesure, les élèves plus avancées que leurs camarades pourraient passer dans les classes consacrées au cours supérieur

et ne seraient plus condamnées à languir dans l'enseignement des mêmes principes et à piétiner sur les mêmes travaux.

Les classes de couture seraient, non facultatives, mais obligatoires pour toutes les enfants. Qu'on ne s'élève pas contre l'obligation de ces leçons supplémentaires en objectant que les heures consacrées à l'étude soDt déjà trop nombreuses. Les travaux de couture ne sauraient être assimilés à ceux qui remplissent le cadre de l'école ; ils ne sont pas de nature à fatiguer l'esprit, mais plutôt à le distraire et à le reposer. Xoin d'être une cause de lassitude nouvelle et une charge trop lourde pour les petites filles, les heures consacrées à la couture seront une diversion aux travaux habituels et peut-être un moyen de mieux profiter des leçons faites pendant le jour.

Quels que doivent être les fruits que produiront les leçons supplémentaires proposées, il ne suffit pas que les enfants travaillent pendant les heures passées à l'école. Gomme c'est une vérité parfaitement établie que l'on ne peut devenir une

bonne ouvrière que par la pratique, toutes les maîtresses devront donner à leurs élèves des ouvrages à faire, à commencer ou à terminer chez leurs parents.

Avec de pareils changements dans l'étude de la couture, il est évident qu'il serait convenable de modifier le programme actuel ; c'est ce que j'examinerai en traitant dès à présent des réformes des cours de coupe.

Réformes des cours de coupe et d'assemblage. — Quand l'administration et les municipalités ont installé ces cours, elles ont eu l'intention très louable d'élever le niveau des études de travaux manuels ; mais n'y avait-il rien de mieux à faire avant cela? J'ai déjà eu l'occasion de critiquer l'installation de ces cours avant qu'on eût pris soin d'apprendre aux enfants tous les principes et la pratique de la couture ; j'ajoute à cette critique, qu'avant d'apprendre aux enfants à couper et à assembler les étoffes, il faut pousser aussi loin que possible l'étude des travaux à l'aiguille et apprendre aux enfants la lingerie et la confec-

tion. Il y aurait donc lieu de faire précéder les cours de coupe et d'assemblage de cours de lingerie et de confection; ce serait l'ordre logique. Il est bien évident que lorsque les enfants auraient été habituées à coudre des pièces de linge bâties à Tavance et des vêtements ou parties de vêtements tout préparés, la coupe de ces mêmes objets ne serait plus qu'un supplément de connaissance facile à acquérir. Ainsi le programme actuel pourrait être réformé de la manière suivante :

Pour le cours élémentaire et pour le cours moyen on ajouterait : Leçons pratiques de couture et application des premiers éléments; ouvrages à faire chez soi.

Pour le cours supérieur, on ajouterait : Cours de lingerie et de confection ; cours de coupe et d'assemblage.

On sait que jusqu'à présent les cours de coupe et d'assemblage avaient lieu le jeudi et que toutes les directrices s'élevaient contre ce jour

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pour des motifs fort sérieux *; dans l'organisation nouvelle, les cours de coupe n'auraient plus lieu le jeudi et fourniraient la matière d'une des leçons supplémentaires consacrées au cours supérieur. Avec l'ensemble de connaissances que l'enseignement plus étendu et la pratique plus sérieuse de la couture procureraient aux élèves des cours supérieurs, il est presque certain qu'une seule leçon suffirait.

On le voit, la principale réforme applicable aux cours de coupe consisterait à les faire venir dans l'enseignement général de la couture à leur ordre et à leur place, à bien attribuer Timportance qu'ils méritent et pas davantage, et à en

1. Voici les raisons indiquées de la façon la plus complète par M<^o Le Tourneur : f Plusieurs parents se plaignent que le jeudi est pris entièrement par la classe de dessin et la classe de coupe l'après-midi. Ils remettent souvent au jeudi leurs courses, le lavage du linge, parce que leur fille aînée peut garder la maison, surveiller les plus jeunes. . . C'est ce jour de repos qui retarde souvent, chez les classes supérieures, la sortie de l'école, car l'apprentissage les privera entièrement de leurs enfants. Si ces cours avaient lieu après la classe, et que les enfants puissent alors faire à Técole leur apprentissage, on verrait certainement une plus longue durée aux études; les enfants resteraient en classe jusqu'à quinze ans. •

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faire, pour ainsi dire, le luxe et le couronnement de l'enseignement de la couture.

Ceci fait, il convient d'étudier les dernières réformes qui peuvent être considérées comme communes aux cours de couture et de coupe.

Ouvrages et travaux confiés aux élèves. — Je me suis déjà élevé contre les matériaux confiés aux enfants pour l'exécution de leurs travaux à l'aiguille. Toutes les critiques qu'on pourra formuler à ce sujet ne dépasseront pas la mesure. Il s'agit donc de faire travailler et étudier les enfants non plus sur des chiffons et des lambeaux de tissu qu'on tourne et retourne dans tous les sens; qu'on traverse de points plus ou moins obliques ; qu'on pique dessus et dessous ; qu'on découpe de boutonnières ; qu'on troue d'oeillets de toutes grandeurs; qu'on reprise et qu'on raccommode après y avoir fait des déchirures artificielles et sans rapport avec les déchirures ou trous provenant de l'usage ou de la vétusté ! Il faut repousser loin de l'école ces pièces minuscules qui ne peuvent inspirer que le dégoût de la

couture et qui sont aussi inutiles aux enfants qu'au reste de la société. Pourquoi ne pas mettre à profit les efforts et le travail de toutes ces petites mains? Les plus inhabiles et les plus inexpérimentées peuvent encore produire quelque chose d'utile. Demandez aux religieuses si elles ne savent pas tirer parti des ouvrières de cinq à six ans, quelquefois (hélas !) d'enfants plus jeunes, et si elles se mettent dans le cas de faire gâcher Tétoffe ou de payer des malfaçons. A l'école, cela va sans dire, il ne saurait être question de travail industriel, rémunéré ! Le problème à résoudre est donc celui-ci : confier aux enfants des écoles des travaux utiles dont puisse profiter la société. C'est en vue de la solution de ce problème que mon enquête contenait les questions suivantes : a Que penseriez-vous d'une organisation nouvelle des cours de couture et d'assemblage qui donnerait aux enfants la capacité de faire toutes sortes de travaux utiles à l'aiguille et de faire des ouvrages destinés, soit aux indigents, soit aux enfants des écoles? Ne croyez-vous pas que cette or-

ganisation pourrait aisément être obtenue? La Caisse des écoles ou la mairie se chargerait de fournir les étoffes; les classes de coupe pourraient couper, bâtir et assembler les vêtements à confectionner; les maîtresses distribueraient les ouvrages suivant leur nature et leur difficulté aux enfants les plus jeunes ou les plus avancées ; les mêmes ouvrages pourraient passer successivement des mains des plus jeunes dans celles des plus âgées . »

Presque toute? les réponses ont été favorables à l'organisation indiquée par le questionnaire : les seules objections présentées offraient à la réalisation de ce projet le peu de durée des leçons de couture et l'inhabileté des enfants. « Un essai pourrait seul permettre, dit la directrice de l'école de la rue Amelot, de juger des difficultés de cette entreprise. »

De ces difficultés, la première a cessé d'exister puisque le nombre des leçons est doublé et qu'avec les modifications apportées au programme, les ouvrages manuels doivent être exé-

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cutés même en dehors de l'école ; la seconde, consistant dans Tinhabilelé des enfants, aurait quelque valeur s'il s'agissait de vêtements ou d'effets destinés au commerce ou à la vente. Mais la clientèle des pauvres et des indigents n'a pas le droit d'être difficile ni exigeante, et elle ne se plaindrait certainement pas de la confection défectueuse des effets qui leur sont distribués ; en outre, la garde-robe du pauvre et les magasins du Bureau de bienfaisance sont remplis de vêtements très faciles à confectionner et pour lesquels on pourrait se servir des mains les plus jeunes et les plus inexpérimentées. Une habile division du travail, copiée sur les méthodes usitées dans les ouvroirs et dont il a, plus haut, été donné un léger aperçu, rendrait les plus jeunes filles capables de faire utilement certaines parties de l'objet à confectionner.

Qu'il me soit permis de présenter un tableau des objets d'habillement distribués aux pauvres par le Bureau de bienfaisance dans les années 1877 et 1878:

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