XII
4 Sol., frg. 36, v. 3:13.
= 80 ee
Nous avons vu! que les bornes dont il est parlé ici ne sont pas des bornes de champs, comme certains historiens l'ont cru, et que, si l’on ne doit pas y voir des stèles hypothécaires absolument analogues À celles du quatrième siècle, il faut au moins les considérer comme un moyen employé pour marquer que le champ où elles se trouvaient, n’était pas franc. Il ressort donc du texte de Solon, que la terre a été affranchie des charges, redevances ou intérêts qui pesaient sur elle par la suppression violente et définitive de l’objet qui les constatait ? ; que les Athéniens qui avaient fui pour éviter l'esclavage pour dettes, purent rentrer en Attique, qu’ils n’étaient donc plus soumis aux obligations auxquelles ils avaient dû se soustraire #; que ceux qui, en Âttique, étaient tombés en esclavage pour la même raison furent rendus à la liberté #. Un seul procédé pouvait amener ces résultats: c’était la suppression des dettes et des redevances. C’est en effet là ce que la plupart5 des auteurs anciens nous racontent, avec quelques divergences notables cependant, que nous devons examiner.
1 Voir plus haut, ch. VIII.
2? Sol., frg. 36, v. 3, 4 et 5.
% Jbid., v. 7, 8, 9 et 10.
4 Jbid., v. 11, 1a et 13.
* oi tAeiorut dit Plutarque, Sol., 15 ad fin. Tandis que tous les auteurs anciens donnent le nom de sersachtheia à la réforme dont nous allons nous occuper, Diodore, I, 79, l’applique à la suppression de la contrainte par <orps ; voir plus haut, p. 175 n°. Le texte de Diogène Laërce, 1, 45, qui provient de la même source (voir plus haut, p. 19), est insignifiant: rà dè yv AvTEUGIG Toy cwuérTuv Te Kai kTyu4TUy. Il n'est pas probable que le mot de cecaybea, qui est d’origine populaire ait jamais désigné la suppression de la contrainte par corps ; les effets de cette mesure ne devaient se faire sentir que dans la suite ; la suppression des dettes au contraire provoqua un soulagement immédiat qui se traduisit par un mot nouveau, très expressif. Je signale en passant l'explication, plutôt baroque, de Photius et Suidas, s. v. deuoä xüria “… eipyras C8 man doov ë0oç ÿv ‘Avmor roëc opelAovrac Tüv rrevf, TUy ouuart épyädeafar Toir yoforac" amocôvrac dè oiovei rà dy@oc aroceicacôæ... (suit le frg. 57 de Philochoros, voir page 191 n!): ce serait donc l’expression du cri de soulagement des débiteurs, astreints à la contrainte par <orps, qui arrivaient à éteindre leurs dettes.
Il y a peut-être une allusion à Solon chez Platon !, qui dans les Lois parle des législateurs qui ont aboli les dettes; mais c’est dans Aristote © que l’on trouve le premier exposé clair de la réforme de Solon. Les termes dont se sert le philosophe sont exempts de toute ambiguïté 3: il dit à plusieurs reprises que Solon abolit les dettes ; il le répète avec une insistance qui nous montre que, de son temps déjà, ce n’était pas lPavis de tout le monde ; on peut légitimement y voir une intention de polémique ; il en est de même quand il cite le fragment 36 de Solon comme pièce à conviction. Il est le premier, à notre connaissance, qui applique à cette mesure le nom de seisachtheia sous lequel elle est généralement connue. Son explication de ce mot est la plus ancienne que nous connaissions. Celui-ci, qui signifie soulagement d’un fardeau !, fut employé pour désigner la mesure par laquelle le peuple était déchargé du poids que faisaient peser sur lui les dettes et les redevances. Aristote relève enfin le bruit, répandu par les aristocrates, que Solon avait voulu profiter de la seisachtheia pour s’enrichir avec quelques amis, mais c’est pour le réfuter vivement en montrant que cela est trop peu en rapport avec le caractère et le désintéressement de Solon pour pouvoir être admis.
1 Plat., Lois, III, 684 D, E : … édv riç GnTy yMc Te Krhoiv kiveiv nai yoeov téâvorv.. ràç travrg Aéyuvy ur kiveïv Tà akivyTa Kai ÉTapaTai yÿç Te avabaouoùc elonyobuevoy kai yoeùv arokoräc… de mème, V, 736 C.
2 "48. 7., ch. VI en entier.
3 Jbid., $ 1 : xoewv anokomàç éroinoe Kai roy iciwvy Kai Tov Omuociuv, àç ceoayôeav naodoiv, wc àmoaecoäuevor Tà BPäpos. De mème, $ 2; ch. X, 1; ch. XII, 4. Sur le sens de ces mots: yoev aronorai, voir Hésychius, s. v., ÔTAv Tà UT Twy Tevmruv 0peAôueva Toig TAovOlOIS AKVpHTAL.
4 Ce mot ne signifiait donc pas originairement suppression des dettes; mais comme à la fin de l’ère ancienne, il ne s'appliquait qu'à la réforme de Solon, Plutarque l’a employé dans le sens de : mesure destinée à soulager le sort des pauvres: Cés., 37: Kai cucay6eig rivi TÉkuY Ekobgube rodç xoewper?éras. Lucul., 20 : (Les Asiates pressurés par les publicains considèrent la servitude comme un soulagement) … dore Tv dovAelav oeuoäyôerav Cokeïr eivar Ka eippvmv. Il faut remarquer que dans ces deux cas et malgré l’allusion évidente à la réforme de Solon, il ne s’agit pas d’une suppression fofale des dettes.
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