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Un fragment très court de Philochoros ! nous montre, malgré sa briéveté, que cet auteur partageait l'opinion d’Aristote.
Nous retrouvons Ï1 même tradition chez Plutarque qui la tenait sans doute d’Hermippos. Comme Aristote, Plutarque base son opinion sur le même fragment des poésies de Solon; comme lui, mais avec des moyens un peu différents (il dit que Solon y a perdu), il réfute les calomnies dirigées contre la mémoire du législateur ?. C’est par lui que nous apprenons à connaitre l’autre opinion, dont le texte d’Aristote laissait entrevoir l’existence et sur laquelle nous reviendrons tout à Pheure.
Dans ses extraits des zo4reim d’Aristote, Héraclide? rapporte l’opinion du philosophe ; nous la trouvons dans quelques mots de Denys d’Halicarnasse !, qui la met comme exemple dans un discours de Valerius Publicola, et dans les lexiques d'Hésychius 5, de Photius et de Suidas 5; Dion Chrysostome ! y fait une allusion sans importance.
Il y avait cependant des auteurs qui concevaient la réforme de Solon d’une tout autre manière. Androtion est le seul représentant de cette opinion qui ait subsisté jusqu’à nous, et
{ Philoch., frg. 57 (Frg. hist. gr., 1) ap. Phot. et Suid., s. v. caoayôea ad fin. &ç DiA6yopoc dè dokei aropnprobÿva rà dx60c.
? Plut , Sol., 15 en entier.
38 Héracl. Pont., I, 5: Zéluv vouoberov ‘'Aëmvaion Kai yoewv àrokormàç énoince, Tv ceuoäy0eiav nañovuévyr.
4 Den. Halic., V, 65 … Tv "Aümvaiuv mé. decor ypeov Yndioauévmv roic äatépoi EéAuwvuc kaômynoauévor.
5 Hésych., s. uv. ceuoéyôea Zéluv ypewv aroxumÿv dnuocluv Kai idiwrikav évouob£érnoev, ÿvrep ceucbyôeav Ekkèroe, mapà rù àamoceicaoôar rà Bäpn rüv davelur.
6 Phot. et Suid., s. v. cac4yôea yoewuxomia Tuv ômuodiur Kai idturikov v eicyyhaaro Z6Awv….. suivent la notice citée plus haut, p. 189 nt et le fragment de Philochoros cité plus haut, n!.
7 Dion Chrysost., Disc. XXXI, p. 331, 332.
8 Plut., Sol, 15: xairoe Tivèç éypabav, ov éorTiv ’Ayoporiuv, oùk àTokoæry xoedv, GAAàG TÜKwv erpuéTyTe Kovpiabévrag àyarÿoæ Toùç Tévyragç, xal oucy- Oeray dvouaoa Tàd puav0p@revua roùro Kai T}v Gua Toùry yevuuéygv Toy Te uérouv émab£morv kai roù vouiouaroç riumv. ‘Exarèv yàp éroince doaxudv Tv
encore ne le connaissons nous que par lextrait fort bref que donne Plutarque : d’après lui, Solon n’avait pas supprimé brutalement les dettes; les pauvres avaient été soulagés par une modération des intérêts et avaient appelé seisachtheia cette mesure humanitaire qui coincidait avec une augmentation des mesures et une nouvelle estimation de la monnaie. Plutarque, toujours d’après Androtion, explique cela ainsi: « La mine auparavant contenait 73 drachmes ; elle en contint dorénavant 100 de telle sorte que, les débiteurs rendant le même nombre de drachmes, et celles-ci ayant moins de valeur, ils en retiraient grand avantage, tandis que les créanciers qui rentraient en possession de leur argent ne subissaient aucune perte. » J'ai traduit aussi exactement que possible ce passage si important et si curieux. Nous aurons l’occasion! de revenir sur le sujet de la réforme monétaire dont il est question ici; nous devons cependant examiner maintenant quelques détails si nous voulons arriver à comprendre Androtion à travers Plutarque, ce qui est loin d’être facile.
Qu’entend-on d’abord par modération des intéréts?? Solon fixa-t-il un taux légal pour les emprunts qui pouvaient être faits dans la suite ? Non. Il n’est resté aucun souvenir d’une mesure semblable; on ne trouve aucune loi restreignant le droit pour les créanciers de réclamer l’intérêt qu’ils voulaient, ni la liberté pour les parties contractantes de le fixer comme elles l’entendaient; une telle loi aurait du reste été impossible à mettre à exécution. Il existe au contraire une loi athénienne qui déclarait que l'intérêt pouvait être fixé au gré du prèteur *. Dans un
uvav mpôrepov ébéourovra Kai Tpitov oùoav, or apiôuu uèv idov, ovvauet d'&£Aarrov Grodiéévruy wpeAeioôar uèv Toùc éxrivovrac ueyäAa, umdèv 6è Baar- TeoÜas Toiç Kkowouévouc. (Il vaut la peine de comparer le début de ce passage avec celui du même auteur (Cés., 37) cité, p. 190 n°.)
1 Voir plus bas, ch. XVIII.
2 Ibid, : réKwr peTetoT Te.
% Lys., X, 18: rù aoyipror oraciuov Beïvar (Var. eïvar) £@" 674ow àv foi imraë
à daveisur,.
discours qui est de l’année 383, l’orateur Lysias la cite avec d’autres qu’il appelle « les lois antiques de Solon!.» La loi est certainement ancienne : nous ne sommes que vingt ans après la réforme législative qui suivit l’archontat d’Euclide ? ; on n'aurait pas osé dire ancienne une loi qui était postérieure à 403. De plus, l’orateur se voit obligé d’expliquer certains termes de droit tombés en désuétude ÿ, ce qui nous prouve que la loi est passablement antérieure à cette date. Est-elle de Solon comme le dit Lysias? Cela n’est pas impossible; elle pourrait lui avoir été inspirée par les troubles économiques auxquels il avait assisté ; ce serait une loi destinée à rassurer le crédit ébranlé par les autres mesures prises en faveur des débiteurs; ce serait même assez conforme à la politique de juste rhilieu que Solon s’attribue lui-même. On peut aussi soutenir que cette loi ne date que de Pisistrate, dont l'intérêt pour les questions économiques est bien connu. Mais nous manquons totalement de documents précis; nous devons renoncer à trancher la question et à dater exactement cette loi. Mais ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que Solon n’a pas réglé par une loi le taux de l'intérêt #.
On pourrait construire une hypothèse ingénieuse sur ces mots Toxwv uerotwrmti. Le taux des dettes à contracter est impossible à fixer d’avance par une loi, car il dépend des conditions du marché de l’argent. On peut en revanche soumettre à cette mesure les dettes déjà existantes, dont le montant est déterminé, et qui ne sont plus sujettes aux fluctuations que leur impriment les circonstances. On pourrait donc supposer ceci:
1 Jbid., $ 15: … Toi vôuouc Toùç Züluwvoc Toùç TaAæoïix.
2 Voir plus haut, p. 42 ss.
8 Lys., sbëd., $ 18 …Tù oréouuov Tor éoriv… où Guyo lorévas àA2à TéKoy ToaTreoüar omécov àv Bobzyra.
4 Boeckh., Sfaatshaush., IS, p. 163. Par contre, M. de Wilamow:itz-Mællen. dorf, Philol. Unters., 1, p. 29 et 30, dit, sans citer ses sources : « On sait
Que Solon assainit le crédit essentiellement par une réduction du taux de l'intérêt. »
Solon aurait fait dresser une liste exacte des dettes dues par chaque débiteur; il aurait fait établir un état détaillé des redevances diverses payées annuellement et les aurait capitalisées ; puis il aurait calculé d’après un taux assez bas l’annuité dont chacun devait s’acquitter; enfin il aurait obligé les créänciers à. se contenter de ce qui leur serait ainsi payé et aurait déclaré leurs créances éteintes au bout d’un nombre d’années déterminé; ou bien, si ces opérations paraissent trop compliquées pour cette époque, on pourrait admettre que cela ne concernait que les dettes et qu’au lieu de lintérêt élevé exigé jusqu’alors, il avait fixé un intérêt bas qui permettait au débiteurde se libérer facilement. Ce sont là des procédés applicables et que l’on a employés plus d’une fois pour régler d’anciennes redevances féodales ou pour dégager une plèbe chargée de dettes !. Il est fâcheux qu’une hypothèse si intéressante soit inadmissible. Les résultats que Solon nous donne lui-même comme étant ceux de sa réforme sont tout différents. Ce processus lent de l’extinction d’une dette par annuités successives. aurait bien fini par arracher les bornes hypothécaires et par libérer les Athéniens tombés dans l'esclavage; mais ces résultats ne se seraient produits qu’au bout d’un nombre d’années. assez considérable et nous avons vu que le remède fut immédiat, que c’est même là un des points qui ressortent le plus. clairement des vers de Solon.
D’où viennent alors ces mots Téxwr uerourmt ? Nous. lignorons. Il n’y a pas de place pour une mesure semblabledans l’œuvre de Solon; l’auteur qui nous en parle aura commis. quelque erreur ou quelque confusion avec une autre réforme plus moderne.
Il faut remarquer ensuite que l'augmentation des mesures n’a rien à faire ici; si une prescription de ce genre avait été mise en rapport avec l’amélioration de la situation des débi-
1 Ce procédé fut employé en Asie par Lucullus : Plut., Lacul, 20. ? Plut., Sol. 15: … Tüv Te pérouv éral£mouv.
teurs, elle serait allée à fins contraires; le petit paysan athénien aurait dû donner sur le marché une plus grande quantité de ses produits pour moins d’argent qu'auparavant! ; ses redevances en nature auraient été plus lourdes ; ou bien encore on aurait opéré la réduction des anciennes mesures en mesures nouvelles et rien n’aurait été changé.
Il nous reste maintenant à examiner le point principal des explications d’Androtion : celui-ci pensait que la seisachtheia était un résultat de la réforme monétaire de Solon.
Le texte que nous avons est des plus obscurs : il semble signifier que la mine ancienne et la mine nouvelle étaient: identiques ; que seule leur division était différente, de telle sorte que chaque nouvelle drachme était la centième partie, tandis que les anciennes étaient la 73° partie d’un même entier. Il y a là une erreur manifeste comme nous aurons l’occasion de le voir plus loin?; jamais la mine n’a été divisée en 73 parties, 73 est un nombre premier; cette division aurait été par trop incommode. Il y a de plus une autre inexactitude : la mine ancienne étant égale à la mine nouvelle, tous ceux qui avaient contracté une dette d’une mine ou plus n’auraient ressenti aucun soulagement, à moins qu’on n’eût spécifié que, quel que fût le montant de la dette, elle serait remboursée en drachmes ; ce qui n’a pas de sens. Voici évidemment ce que veut dire ce texte: 100 unités nouvelles, — quelles qu’elles fussent, — étaient équivalentes à 73 anciennes ; donc l’ancienne monnaie, drachme, mine ou talent, était à la nouvelle, sous le rapport de la valeur, comme 100 est à 735.
Cela posé, on voit que si les débiteurs payaient leurs intérêts ou remboursaient leur capital en ne tenant compte que de la seule valeur nominale de la monnaie nouvelle, ils étaient libérés du 27 °/,. On comprend que cela leur était fort avanta-
1 Bœckh, Sfaaishaush., IF, p. 326.
2 Voir plus bas, p. 243.
3 Bœckh, loc. cit. ; Hultsch, Metro, p. 200, 201.
geux: dpeleolœ Tobs pèv éxrévouras peyrdla. Celui qui devait 10 mines anciennes par exemple n'avait plus à rembourser que 10 mines nouvelles, qui ne valaient plus que 730 drachmes anciennes; il gagnait 270 drachmes anciennes ou 370 nouvelles environ. Le capital ancien de 10 mines anciennes placé au taux normal 18 ?/,! rapportait 180 drachmes anciennes annuellement, soit 246 nouvelles à peu près; maintenant il ne vaut plus que dix mines nouvelles, soit 730 drachmes anciennes, dont l'intérêt au 18 °/, est 180 drachmes nouvelles. On voit parfaitement le soulagement qu’une pareille mesure pouvait apporter aux endettés. Mais quand Androtion vient nous dire que cette mesure ne faisait aucun tort aux créanciers: um0ëv 08 Bâdr-eabau Toùs xomouévous, c’est là une absurdité que je ne m'attarderai pas à réfuter. « Par cette opération, » dit excellemment M. Babelon*, « les drachmes furent plus petites mais conservèrent la même valeur dans la circulation commerciale, à la grande joie des débiteurs et sans dommage pour les créanciers. Il suffit d’énoncer une pareille naïveté économique pour qu’on puisse affirmer en toute sécurité qu’Androtion, ou peut-être Plutarque qui l’interprète, n’a rien compris à la réforme de Solon. »
Du fait que notre source est dans un état tel qu’elle ne donne aucun sens, il ne résulte pas nécessairement qu’il ne se cache pas quelque parcelle de vérité sous toutes ces erreurs de forme. Solon 1, en effet, fait une réforme monétaire; il n’y aurait rien d’impossible en soi à ce qu’il lait mise en rapport avec les mesures prises en faveur des endettés ; il n’y aurait là rien qui ne se soit vu ailleurs; quant à la spoliation que les créanciers auraient subie de ce fait, elle était inévitable ; Solon, malgré toute sa modération, ne pouvait soulager les débiteurs sans atteindre les créanciers.
1 Bœckh, Sfaatshauskh., 13, p. 156 ss.
3 Babelon, Les origines de la monnaïe a Athenes, p. 19.
Aussi beaucoup d’auteurs! croient-ils que cette réduction du 27°/, dans la valeur réelle de la monnaie fut utilisée par Solon pour améliorer la situation des endettés.
On a fait à cette hypothèse de fortes objections; Beulé ? écrivait déjà : « Je ne vois pas quel soulagement aurait apporté aux débiteurs la réduction de la monnaie. Avec 723 vieilles drachmes, dira-t-on, ils payaient 100 drachmes de dettes sans que les créanciers parussent lésés. Il faudrait pour cela que les débiteurs eussent chez eux beaucoup de vieilles drachmes au moment du décret, et les portassent aussitôt à la monnaie, ce qui est rarement le cas d’un homme accablé de dettes. En outre, chacun sait combien, à toutes les époques, l’équilibre s'établit promptement entre le numéraire et les denrées de la vie. Si le numéraire est avili, les denrées haussent ; s’il est relevé ou rare, elles baissent de prix. Ajoutez que l’Attique étant un pays pauvre, le commerce étranger qui la nourrissait en partie* détruisait du jour au lendemain les ruses prévoyantes de Solon. Le blé, s’il se vendait 72 drachmes au Pirée, ne coûta plus 72 drachmes quand les nouvelles pièces furent émises, il en coûta 100. Par conséquent toutes les choses nécessaires à la vie augmentèrent subitement dans la même proportion. Les créanciers étaient réellement lésés sans que les débiteurs y gagnassent. Les 72 nouvelles drachmes auraient donc été aussi difficiles à amasser que létaient les 72 anciennes. » Il y a un peu d’exagération dans la fin de ce passage que j'ai tenu à citer en entier à cause de l’autorité de son
1 Bœckh, S'aatshaush., I, p. 159; Hultsch, Metrol?., p. 200; E. Curtius, 16, p. 31755. °
3 Beulé, Les monnaies d'Athènes, p. 10.
3 Comme nous le verrons plus loin (ch. XVIII), il fallait un peu plus de 72 drachmes anciennes pour obtenir 100 nouvelles : de là il résulte que certains auteurs arrondissent ce chiffre à 72, d’autres à 73.
4 Ceci serait exact pour le cinquième siècle; c’est exagéré quand il s’agit du début du sixième; cf. supra, p. 140.
auteur. M. Babelon‘! dit plus justement : « La diminution pondérale des monnaies, faite pour alléger les dettes de 27 °/,, telle qu’on nous la présente, eût nécessairement engendré les troubles économiques les plus graves sans profit pour personne, ni pour les débiteurs ni pour les créanciers. » C’est une théorie, « qui, en fait, s’insurge contre le principe ? même de toute monnaie métallique, puisqu’elle aboutit à admettre que la drachme nouvelle, — la drachme solonienne, — perdait 27 à 28 centièmes de métal tout en conservant la même valeur nominale. Une semblable mutation de la monnaie n’eût pu être tentée qu’en déchaïnant une crise analogue à celle dont notre moyen âge est rempli : c’eût été un fléau pour tout le monde, les pauvres comme les riches, et la mémoire de Solon, Join d’en être bénie comme celle d’un réformateur sage et bienfaisant, serait exécrée comme celle de tous les princes qui ont voulu diminuer les monnaies, les tarifer et en changer le cours. »
Il n’est pas d'erreur économique qu’un gouvernement ne soit capable de commettre. Je doute que l’appréhension des troubles financiers qu’il allait provoquer eût pu empêcher Solon de prendre une mesure semblable si les circonstances lui avaient paru l’exiger. Pour repousser l’opinion d’Androtion, on ne peut pas non plus se baser sur le fait que l’antiquité n’avait gardé aucun souvenir des suites qu’auraient nécessairement eues l'établissement du cours forcé s’il avait été décrété par Solon. Combien d’hommes se souvenaient encore du faux monnayage d'Hippias, qui ne nous est connu que par un texte très secondaire , alors que ni Hérodote, ni Thucydide, ni Aristote ne nous en parlent ? De plus, le puissant développement économique dont Athènes a joui au sixième siècle pouvait empêcher
! Babelon, {oc. cit.
2 Jbid., p. 20: « La monnaie métallique ne vaut que la quantité de métal précieux qu’elle contient. »
3 [Aristt.], Econom., II, 1347a 85s.
que les conséquences de la réforme de Solon ne se fissent sentir d’une façon trop désastreuse.
Mais nous avons de meilleures raisons pour repousser l’hypothèse d’Androtion : d’abord ce développement commercial lui-même n’est compréhensible que si Athènes avait eu une saine monnaie. Nous avons ensuite une preuve excellente, irréfutable : Aristote! et Plutarque? (ou Hermippos) l'avaient déjà trouvée : l’hypothèse d’Androtion n’explique pas les résultats que Solon déclare avoir été ceux de la mesure prise par lui.
Supposons un instant qu’elle soit admissible et voyons ce. qui se serait alors passé. Les champs seraient restés hypothéqués où chargés de redevances; mais la dette qui reposait sur eux aurait subi une diminution de plus d’un quart; ainsi la terre aurait été déchargée, non libérée. Les Athéniens qui s’étaient enfuis hors de l’Attique pour éviter la servitude auraient pu y rentrer; ils n’avaient plus à la craindre, Solon l'avait supprimée; mais ils auraient dù reprendre le fardeau de leurs dettes, celles-ci diminuées, il est vrai, du 27 ©/,. C'était pourtant une amélioration. Ceux qui étaient devenus les esclaves. de leurs créanciers ou de leurs seigneurs, parce qu’ils n’avaient pu s’acquitter de leurs dettes ou de leurs redevances, se seraient trouvés soulagés puisque le capital dû était devenu plus petit et que la redevance ou l'intérêt à payer avaient été fortement diminués. Mais leur situation antérieure était des plus misérables et l’adoucissement qui leur permettait de vivre, ne leur permettait pas d’amortir leurs dettes. Pour qu'ils eussent pu arriver à les éteindre petit à petit, il aurait fallu que, outre la redevance ou l'intérêt réduit qu’ils devaient déjà, ils eussent pu
148, r., XII, 4; cf. X, 1 : l'auteur distingue nettement les deux mesures: roù GÈ Tÿç vouobeoiaç rouÿoa Tv Tuv yeewv ATOKOTŸY Ka LETQ TaÙrTa Ty TE Tuv uËrTouv Kai oTaüuov Kai Tv rod vouiouaroc aïfmouv. I] y a certainement une intention de polémique dans l’insistance avec laquelle Aristote déclare que la seisachtheïia fut une suppression des dettes; voir plus haut, p. 190.
2? Plut., Sof., 15: ol œAeïorot à mâvruv éuoù paot roy ovuBoñaiuy àvaipearv vevécôa Tv oeich xherav, Kai ruiroic ovvades päAAov rà Touÿuara.
pdyer une somme supplémentaire constituant l’annuité d’amortissement. Or ces deux sommes réunies auraient sans doute été près d’égaler la somme payée antérieurement; puisqu'ils pouvaient à peine s’acquitter jadis de celle-ci, quand ils le pouvaient, il n’y avait aucune chance qu’ils pussent maintenant payer avec plus de facilité la somme à peu près équivalente qui leur eût permis d’amortir rapidement leurs obligations. Dans. les meilleures conditions imaginables, il y aurait eu un allègement certain; il n’y aurait pas eu ce soulagement immédiat et définitif que nous constatons dans les poésies de Solon; les bornes hypothécaires n’auraient pas été supprimées, la terre ne serait pas devenue franche, l’Athénien aurait eu longtemps. “Æncore à craindre la colère de son créancier, qui aurait été sans. doute d’autant plus exigeant qu’il venait de subir une perte sensible.
Nous sommes forcés de reconnaitre que l’hypothèse d’Androtion est insoutenable; nous aurons lieu tout à l’heure d'examiner son origine, qui nous sera une nouvelle preuve de: son inexactitude; en attendant nous pouvons déclarer que, dans l’état de nos sources, la seule explication admissible est Pexplication traditionnelle de l’antiquité, et que, ainsi que le disent ‘Aristote et Plutarque, Solon a bien, quoi qu’on en ait
. pensé, supprimé les dettes à Athènes, lors de son archontat {. Nous ignorons comment Solon s’y prit. On sait qu’à son entrée en charge lParchonte déclarait « que chacun garderail jusqu'à la fin de sa magistrature tous les biens qu’il avait le jour de son entrée en charge, et en conserverait la libre disposition *. » C'était là une formule antique, reste d’un temps où la propriété personnelle n'existait pas, ou peut-être d’un âge de violence où l’autorité était souvent si peu respectueuse du bien des ci-
‘1 M. Swoboda, p. 332, n, arrive à la mème conclusion.
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