‹ Quelques réformes de Solon. Essai de critique historiqueChapitre 29 sur 65 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

L'état social après la seisachtheia.

Les classes censitaires.

Nous avons vu que la seisachtheia marquait une rupture définitive avec le passé ; une époque moderne succède à l’âge féodal. Les conditions respectives des diverses classes d’individus en sont profondément modifiées. Nous ne pouvons guère les reconstituer que par conjectures, car les dpcuments font à peu près complètement défaut.

La classe qui occupait le sommet de la hiérarchie sociale avait été fortement atteinte par la mesure radicale prise par Solon ; elle avait subi des pertes matérielles très sensibles; ses revenus avaient été diminués; elle avait perdu à la fois une partie de ses terres et les hommes qui la cultivaient pour elle; elle avait perdu plus que cela encore : jusqu'ici elle avait été maitresse souveraine n'ayant à côté d’elle que des gens de condition inférieure, dont elle faisait ce qu’elle voulait, et auxquels elle n’avait aucun compte à rendre. Ceux-ci ont repris leur liberté ou sont soustraits dorénavant aux caprices de leurs maîtres. C’est pour ces derniers une énorme diminutiou d’influence, c’est un rude coup porté à leur prestige. Ils ne sont plus seuls à disposer des affaires publiques; il y a devant eux

une masse avec laquelle il faudra bientôt compter. Solon leur a appris à rabattre de leurs prétentions f.

Cependant, lorsqu'on examine ce qui leur reste, on voit que leur part est belle encore. Solon assure avoir mérité leurs éloges et leur amitié?; il ne semble pas avoir tort, quand on songe à ce qu’il leur a laissé. Ils gardent leur rang : ils sont toujours les nobles; ils conservent leur organisation familiale, leurs ancêtres et leurs noms; ils conservent une grande partie de leurs propriétés; celles-ci sont toujours beaucoup plus grandes que celles des autres Athéniens 3. Surtout ils conservent intacte leur puissance politique. C’est dans leurs rangs que se recrutent tous les hauts magistrats; c’est là un privilège inappréciable. Grâce à cela, grâce au développement commercial d'Athènes, ainsi qu’aux expériences qu’ils ont acquises dans le passé, il va leur être possible de rétablir assez rapidement leurs fortunes. Nous ne connaissons pas les détails de cette évolution pendant les années qui suivirent..Mais nous voyons que, malgré les troubles de tous genres qui occupèrent le sixième siècle, la noblesse s’est maintenue; à la fin du sixième et au début du cinquième siècles elle est encore en possession des plus grandes fortunes et de la plus grande influence #.

1 "406. —., XI, 1, v. 3 et 4.

2 Ibid., $5,v. 4 ets.

3 Jbid., $ 3, v. 8 et 9.

4 Aristote, 40, —., XIII, 3 et 5, dit que certains nobles, dépouillés de leurs biens, devinrent pauvres (voir plus haut, p. 207 n°), et que, poussés par la misère, ils se jetèrent dans le parti de Pisistrate. Ce n'est là qu’une hypothèse qui ne me semble pas admissible. La plupart des riches ne furent pas dépouillés complètement : "46. r., XII, 3, v. 8 et 9; s’il y en eut un petit nombre qui le furent, ceux-ci se jetèrent, non dans le parti démocratique dont Pisistrate était le chef, mais dans le parti de Lycurgue, parti conservateur, réactionnaire même, qui cherchait à provoquer une restauration de l’ancien état de choses. Aristote lui-même, Pol., 1266b 13, fait remarquer que les riches devenus pauvres deviennent aussi révolutionnaires ; mais ce n’est pas

pour établir la démocratie, c’est au contraire pour renverser le gouvernement et rétablir l'ancien système politique : #bid., 1304b 21 ss.

Les agriculteurs indépendants virent peut-être s’accroitre leur importance par l’abaissement momentané de la classe supérieure. Qu’advint-il de tous ceux qui avaient bénéficié de la seisachtheia? Les uns, rentrés en possession des terres dont ils avaient perdu la libre jouissance, reprirent sans doute leur rang antérieur. Quel fut le sort de ceux qui, d’origine non-libre, avaient vu leur situation s’améliorer peu à peu, jusqu’au point de n’être plus astreints qu’au paiement d’une redevance? Jusqu'ici ils avaient été assimilés aux autres tenanciers des nobles; furent-ils mis sur le même pied qu’eux? obtinrentils à la fois la propriété du fonds qu’ils cultivaient et la liberté complète ? Que devinrent ceux qui n’avaient recouvré que leur liberté et qui étaient réduits à la condition de simples journaliers? Nous lignorons totaleirient.

Nous ne savons pas non plus jusqu’à quel point tous ces gens étaient considérés comme des citoyens athéniens; car nous ne sommes pas renseignés sur les conditions qui faisaient alors d’un homme un citoyen. Il semble à peu près certain que, comme dans la plupart des villes anciennes et comme cela est normal au début de tout développement politique, la propriété et le droit de cité étaient si étroitement unis qu'on ne pouvait guère distinguer lequel avait précédé l’autre. Nous pouvons de ce fait et, sans crainte de nous tromper, exclure d'emblée du nombre des citoyens tous ceux qui ne possédaient pas de terres.

Plus tard, au cinquième et au quatrième siècles, on était très strict sur les conditions requises pour être citoyen ! ; on devenait de plus en plus sévère à mesure que les avantages que procuraient cette qualité allaient en augmentant; on exigeait de

1 Il y eut une première épuration après la chute des Pisistratides : "40. r., XII, 5 Périclès en fit faire une nouvelle en 451-450: ‘406. r., XXVIE, 4 : … di TÔ mAÿ0oc... u ueréyeirv Tic méAeuwc Ôc àv 9 EE &upoiy aoroiv y yeyovOc. A cette occasion, près de 5000 individus furent radiés du rôle des citoyens : Philoch., fre. 90 (Frg. hist. gr., I, p. 398); Plut., Pericl., 37; cf. Glotz, p. 364 s5.; le

tout jeune Athénien qui voulait se faire reconnaître ce droit qu’il fût né d’un père et d’une mère citoyens athéniens de pure race, inscrits dans un dème et qu’il se fit inscrire, lui aussi, dans un dème'. Nous n’avons guère de documents sur l’époque qui a précédé la réforme de Clisthène. Il y avait alors des familles (7év) ? qui jouaient à cet égard un rôle analogue à celui que les dèmes ont joué dans la suite. Ces 7<vy étaient réunis en phratries; celles-ci se répartissaient entre quatre tribus #, dont les noms mêmes ne sont pas sûrs et qui sont sans doute bien postérieures aux familles (7év7) qui étaient censées en faire partie. Les familles nobles, comme

scholiaste de Thucydide dit à propos du passage: Thuc., 1, 2 ad fin.: ol "AOnvaios Tà mœanaidv evbre uers‘idooay modureiac, dorepoy dè ovxére deà To —À%00ç. La seconde partie de cetie phrase est parfaitement juste; pour la première, voir plus bas, p. 241.

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