CHAPITRE XVII
La réforme des monnaies, des poids et des mesures.
Nous abordons ici la partie la plus obscure de l’œuvre de -Solon. On a beaucoup écrit sur ce sujet; ce sont là des questions telles qu’on doit en laisser l’étude aux spécialistes et se borner à reproduire leurs opinions, sans se risquer à les discuter.
Il n’y a, dans ce qui nous reste de l’œuvre de Solon, aucune allusion à des réformes de ce genre; il est probable qu’il n’en parlait pas non plus dans la partie de son œuvre qui est perdue, car jamais les auteurs anciens ne se réfèrent à des vers de lui sur ce sujet. Il ne nous reste aucune loi qui s’y rapporte; nous n'avons que deux témoignages, celui de Plutarque !, qui est tiré d’Androtion, et celui d’Aristote ?.
Il y a entre ces deux passages des ressemblances si frap-
1 Plut,, Sol. 15: revèc #yoayrav, uv eoriv ‘Avdporiuv.… (que Solon fit) … rr… Tüv Te Lérouv érabEmaiv Kai Toù vouiouarToc Tiu#v. ékaTèv yàp Eroince Épaquov Tv väv mpôrTepov éBéou#rovra Kai rpcov oùoav «rA. Voir plus haut, p. 191 nf.
2 "A0. r., X : ’Ev uèv oùv Toiç vôyuoic raÿra doxei Oeivæ Omuorumä, mpù dè The vouoBeotaçs mouoa (Var. : moioas Kai Blasst) rÿv Toy xoeùv ämoxonÿv Kai uerû Taÿra Tv Te Tüv uérouv kai oraôuüv Kai Tv To voulouaros abË£noiv. Ër ékeivou yàp éyévero «ai Tà uérpa ueiju Tuv Perduveluy, Kai n uvà mpérepoy Eyovoa
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pantes qu’il est légitime de voir dans le second un dérivé du premier. Malgré le mauvais état du texte d’Aristote, on peut reconnaitre qu’il est probablement tiré d’Androtion lui-même. Il n’y a, en effet, que deux divergences : la première n’est pas bien grave. Androtion dit que pour égaler 100 drachmes il en fallait 73 anciennes; Aristote dit 70%. Il est très possible qu’Aristote ait cité un chiffre rond, ou qu’il y ait là quelque faute du manuscrit; il se peut aussi que les mots =peïs xat qui se trouvent de nouveau plus bas devant le mot é£yxovra soient tombés devant é20omyxovra. L'autre divergence est plus grave : Androtion dit que Solon fit ru... rüv te uérowv èxabimav xat Tob vouiouaros Tiupv, Aristote Tfv Te Toy uérpuy xai oTaüuv xai Tv rob voutouaros ab£matv. I] semble à première vue qu'il s’agisse de choses bien différentes : voyutouaros runjÿv signifie wne nouvelle estimation de la monnaïe, c’est-à-dire l’établissement d’un étalon monétaire nouveau, tandis que si par ces mots : augmentation de la monnaie, il entend que le poids de chaque unité fut augmenté!, c’est qu’il a une opinion diamétralement opposée à celle d’Androtion qui dit que le poids de chaque unité fut diminué. Mais il ne me semble pas que ce soit là ce qu’a voulu dire Aristote. On peut à la rigueur appeler
orTaOuèv éGdoufrovra Cpaxuûc avenAnp66n Taïic éxarôv. #v d'O àpyaïos xapaxr)o dlépayxpov, éroinoe GÈ Kai oraôuà xoùc To véuoua Toeig xai #Efxovra pväç Tà Téavroy äyoboac, Kai émidieveu#Onoav al Toeic pvai TO orarfpu Ka roic &AAotç orabuoi. |
1 Wilamowitz, Arisit. u. Ath., 1], p. 42 ss.
3 Jamais la mine n'a été divisée en 70 parties : Busolt, Il? p. 263 nt. M. Bourguet, B. C. H., XX (1896), p. 210, cite une mine qui, à Delphes, d'après les comptes retrouvés, valait 70 drachmes; mais il ne s’agit pas ici d'une mine qui se serait toujours divisée en 7o drachmes, comme le croit M. de Sanctis, p. 218, maïs d’un rapport établi entre la mine euboïque et le statère éginétique (35 X 12 gr. 44 = 435 gr. 40), comme l'ont démontré MM. Th. Reinach, B. C. H.,, XX (1896), p. 251 ss. et Keïl, Hermes, XXXII (1897), p. 403 n°.
8 O. Seeck, Xlio, IV (1904), p. 169.
4 Comme le comprennent MM. Keil, Solonische Verf., p. 164 et 165 et Seeck, Kio, IV (1904), p. 171. |
aÿSmots, augmentation, l'opération qui consiste à faire 100 parts avec un entier qui n’en faisait jusqu'ici que 73; il y a diminution de la dimension de chaque part, mais augmentation du nombre de celles-ci; si la part nouvelle contient moins de matière, il y a par contre un plus grand nombre de mesures divisionnaires ; il faut bien qu’on ait entendu ce mot dans ce sens, puisque Androtion et d’autres après lui ont cru, — par erreur!, — qu'en faisant de 73 drachmes anciennes 100 nouvelles, Solon avait fait une réforme démocratique. La forme qu’emploie Aristote est étrange © au premier abord; au fond, il veut dire la même chose qu’'Androtion 3; il s’agit d’une nouvelle estimation de la monnaie qui tout en diminuant la valeur intrinsèque de chaque unité, a augmenté le nombre des unités divisionnaires nécessaires pour obtenir une valeur équivalente.
Nos auteurs sont donc d’accord : il ressort de leurs textes que Solon établit que 100 drachmes nouvelles vaudraient 73 anciennes; comme il n’y a jamais eu de mine de 73 drachmes #, il faut comprendre que l’ancienne mine de 100 drachmes anciennes était de 27 drachmes anciennes supérieure à la mine
! Voir plus haut, p. 19r ss.
.? MM. C. F. Lehmann, Hermes, XXVII (1892), p. 530, 534 et Busolt, Il, p. 263 n!, admettent qu’Aristote s’est trompé ; MM. de Wilamowitz-Mœællendorf, Aristt. u. Ath., 1, 42 ss. et Beloch, Gr. Gesch., 1, p. 216 n!, disent qu’il n’a rien compris au côté financier de cette réforme. Au contraire, MM. Nissen, Rhein. Mus. XLIX (1894), p. 3 et Seeck, Xïio, IV (1904), p. 169, déclarent qu'il est incapable d'une semblable erreur et suivent ses donuées au pied de la lettre. Ce dernier croit que la réforme de Solon consista, en ce qui concerne les rnonnaies, à en élever le poids dans la proportion de 60 à 63 (dernière phrase de 10. r., X); Aristote serait arrivé à ce chiffre en pesant lui-même des monnaies anciennes (/oc. cit., p. 171). Cette opinion est contestée avec raison par M. C. F. Lehmann, X/0, VI (1906), p. 307 n°; le rapport 60 à 63 concerne les poids : voir plus loin, p. 252; Aristote n'a pas plus examiné les poids athéniens que les archives. (Voir plus haut, p. 21.)
3 Hultsch, Jahrb. f. kl. Philol., CXLIIT (1891), p. 263; C. F. Lehmann, Hermes, XXVII (1892), p. 532.
4 73 est un nombre premier.
nouvelle, autrement dit, que la mine ancienne de 100 drachmes valait 136 72/73 drachmes nouvelles.
Si, quittant les sources littéraires toujours susceptibles d’erreurs, on interroge les documents authentiques, les monnaies elles-mêmes, on trouve que la drachme attique de l’époque historique pèse de 4 gr. 366! à 4 gr. 32? environ. On admet en général que pour donrer un cours favorable aux monnaies, on leur donnait un poids légèrement supérieur à la normale, puis, lorsque la monnaie avait cours, on épargnait un peu la matière et on retenait 1 ?/, pour les frais de frappe, ce qui explique la différence entre ces deux chiffres %. Dans le système monétaire attique le didrachme ou statère pèse donc 8 gr. 73, le tétradrachme 17 gr. 47; la mine 436 gr. 6; le talent (60 mines) 26196 gr. environ“, ce qui est égal à 80 livres romaines, ainsi que le dit Polybe®. Ce système est connu sous le nom de système altique, ou plus souvent de système euboïque$; non parce qu’il a été inventé en Eubée, mais parce que, venu d'Orient, il a été répandu par l’intermédiaire d’Erétrie et de Chalcis, villes commerçantes de l’Eubée 7.
D’autre part, il existe un autre système, le système éginé-
1 Dans ce domaine, les chiffres ne peuvent jamais ètre qu’approximatifs. Ce chiffre est celui que donnent MM. Hultsch, Mefrol.?, p. 202 ss.; Nissen, Handb., der kl., Altert,, 1?, p. 877; C. F. Lehmann, Hermes, XXVII (1892), P. 535 58.
? M. Dœærpfeld, Atx. Mitth., VII (1892), p. 308, donne comme chiffre normal 4 gr. 31, ce qui est un peu bas. On admet généralement que le chiffre normal de la drachme monétaire est de 4 gr. 32: C. F. Lehmann, Hermes, XXXVI (1901), p. 127 ss.
3 C.F. Lehmann, Hermes, XXVII et XXXVI, loc. cit,
4 Nissen, loc. cit.; M. Dœrpfeld, loc. cit, p. 306, donne des chiffres légèrement inférieurs ; il fixe le talent à 25 860 gr.
5 Polybe, XXI, 45, 19 (— XXII, 26, 19, éd. Teubner) : 80 X 327 gr. 44 — 26 195 gr. 2; C. F. Lehmann, Hermes, XX VII (1892), p. 533 ss.
6 On appelait généralement en Grèce falent euboïque le talent d’or de 3000 dariques (25 o8o gr.) et {a/ent attique le talent d'argent de 6000 drachmes attiques de 4 gr. 36 (26 196 gr.). Mommsen-Blacas, I, p. 27 ss.
7 Hultsch, Metrol.?, p. 206 et 207; Bœckh, Sfaatshauskh., M, p. 25.
tique, où la drachme de poids normal est de 6 gr. 05; elle pèse en fait ordinairement 6 gr. 2 grâce à une légère élévation de poids pour assurer son cours !; le didrachme (statère) pèse 12 gr. 4. De là on déduit la mine de 620 gr. et le talent de 37200 gr. environ?.
Lorsqu'on compare ces deux systèmes, on voit que 100 drachmes euboïco-attiques (soit une mine) sont à $ gr. près l'équivalent de 73 drachmes éginétiques (ro0o %X 4,36 = 436 gr.; 73 X 6,0$ — 441 gr. 65), et que 100 drachmes éginétiques de 6 gr. 05, (soit une mine) sont l’équivalent d'environ 138 drachmes attiques de 4 gr. 36, ce qui est très analogue au rapport obtenu plus haut.
De là on conclut que la réforme de Solon a consisté à remplacer l’étalon monétaire éginétique par un étalon nouveau, l’étalon euboïco-attique, qu’Athènes garda depuis lors.
C’est là l’explication généralement admise par les écrivains compétents ÿ.
1 Hultsch, Metrol?, p. 197 ss., 409 ss.; on appelle généralement ce système : sysiéme de Pheidon, du nom d’un roi d'Argos au septième siècle : Hultsch, Metrol3, p. 198; Nissen, Handb. der kl. Altert , 1?, p. 873. Ce n'est pas l'avis de M. C. F. Lehmann, Hermes, XXVII (1892), p. 560, à cause de ces mots d’Aristote, "40. r., X : éyévero … Tà uérpa peilu Tüv Pecbuveliov. Ne pourrait-on pas les interpréter dans le sens de: avec plus d'unités divisionnaires, comme tout à l’heure uiimoic ?
3 M. Nissen, Handb. der kl. Altert., 1, p. 846, donne pour la mine 617 gr et pour le talent 37 kg. environ.
3 Mommsen-Blacas, 1, p. 27 ss.; Hultsch, Metrol.?, p. 202; C. F. Lehmann, Hermes, XX VII (1892), p. 535 ss., etc. — En se basant sur deux passages de Pollux, IX, 76: Thv uèv Aiyivalav dpoayuÿv peido Tic 'ATrexmc Cêka yàp 0BoAodc Arrekodç ioyvev, fv oi "Aümvaior rayetav doayuÿv énaAouy…. $ 85 : rù puèv “AT- Tundv TéAavrov éfaxioyuiac Édbvaro épaxuûc ’Arrumäç" $ 86: …Tù dÈ "Aiyevaïov uvolagc”".… Tù uèv ‘Arrikdy Éfrovra uväç eixe ".… Tù Oè Aiytvaiov ékarév. Bæckh, Metrol, Unters., p. 77 ss., établissait un talent éginétique de 10000 drachmes attiques, qui ne pouvaient alors coïncider avec le talent antérieur à Solon. On admet aujourd’hui que Pollux a commis une erreur, ou bien que le rapport qu’il établit était celui d’une époque où le change était très défavorable à la monnaie éginétique. M. Fränkel, qui a réédité les œuvres de Bæckh, a complètement abandonné cette hypothèse.
Il serait intéressant que les monnaies de l’époque pussent nous en donner la preuve définitive. Cela n’est pas possible encore. Les plus anciennes monnaies d’Athènes que nous ayons sont postérieures à Solon, et datent de l’époque des Pisistratides, si l’on en croit presque tous les numismates {. La plupart des historiens? estiment qu’avant Solon Athènes ne frappa pas monnaie. M. Busolt ? au contraire pense qu’Athènes a frappé des monnaies sur le pied éginétique dès le milieu du septième siècle. Tant que cela n’a pas été démontré par des découvertes archéologiques, il vaut mieux, semble-t-il, réserver son opinion. Les seuls arguments littéraires que lon pourrait apporter sont de mince valeur. On attribuait, semblet-il, à Solon une loi sur la fausse monnaie *. Du seul passage qui en parle ressortent certains traits qui montrent, à n’en pas douter, que lhistoriette est assez tardive. Il faut donc se garder d’y voir un document sûr; et même si la loi était authentique, il n’y aurait pas là une preuve de la frappe de la monnaie avant Solon. On pourrait admettre que Solon, en
1 Beulé, p. 29; B. V. Head, His. numm., p. 309 ss.; Nissen, Rhein. Mus., XLIX (1894), p. 9; Six, Mumnism. Chron., 1895, p. 180 ss. ; etc. Font exception MM. Babelon, p. 10 ss, sur l’hypothèse duquel nous aurons l’occasion de revenir plus tard, voir p. 257, et O. Seeck, Ko, IV (1904), p. 176 ss. Au reste ce dernier auteur, p. 171 ss., conteste l'existence même de la réforme de Solon; celle-ci ne serait qu’une hypothèse savante d’Androtion et d’Aristote pour expliquer la seisachtheia et l’origine de la mine de commerce de 138 drachmes (voir plus bas, p. 253 ss.). Je ne vois pas de raisons qui permettent d'adopter cette hypothèse, qui manque de base.
? Wilamowitz, Arisit. u. Ath., 1, p. 80; Il, p. 57; de Sanctis, p. 214.
3 Busolt, Il°, p. 200 ss.
4 Démosth., XXIV, 212 : Aéyera … uvrèv (sc. Zôwva) eireiv …, dre vôyuos éoriv dräaaiç wç Erog eireiv raig méAeos" éGv Tu Tù vôoua GLagOetpg, Oéva- Toy Ty Gyulav eivæ. La loi n'est pas formellement attribuée à Solon ; il est évident que cette loi s’est formée sitôt que l'Etat s’est mis à battre monnaie. Dans le cas particulier de la citation ci-dessus, nous sommes en présence d'une petite historiette représentant Solon parlant devant le tribunal populaire pour faire annuler une loi! Démosthène, XX, 167, cite de nouveau la même loi sans l’attribuer à Solon.
frappant la monnaie à Athènes, prit ses précautions contre les falsifications possibles. Le passage où Plutarque ! dit que Solon fixa en monnaie la valeur des sacrifices, jusqu'ici exprimée en nature, ne prouve rien; si la monnaie existait déjà, on peut dire qu’il le fit pour mettre la loi en rapport avec les mœurs; si la monnaie n'existe que depuis lui, on peut dire qu’il le fit pour en multiplier l’usage. Au reste, le fait est douteux. D’autre part, on disait à Athènes qu’il y avait eu autrefois une monnaie avec un bœuf pour empreinte*; on lattribuait parfois à Théséeÿ, ce qui est inadmissible ?. Il y avait mème un proverbe fameux : Bods èri rlwoon Béfnxrev 5, sur les gens qui se faisaient payer leur silence. Il nous est impossible de savoir s’il n’y a là que le souvenir d’une époque où le bœuf servait d’intermédiaire dans l'échange, et de norme pour létablissement des amendes 6, s’il faut y voir tout simplenient des allusions à la monnaie d’Erétrie dont c'était là le type caractéris-
1 Plut., Sol., 33; voir plus haut, p. 232 n!.
2 Poll. IX, 60 et 61 : … didpayuov rù dè raAadv roùro qv 'Aümvaioig vôuaua Kai ékañeiro fBobç, dre Bobv eixev évrerunwuévor. eidévar éè adrd Kai “Ouypov vouitovorvy eirévra” ékaréuBor’ évveaBolwv (Iiade, VI, v. 236), Kai ir Kay Toic Æoäkovroc vôuou Eoriy amoriverv dexàafotov (Var. eixoo4Bozov). On voit que le grammairien n’a pas de tout cela une idée bien claire. J1 ajoute qu'on employait une expression analogue dans des fêtes à Délos où un bœuf valait deux drachmes attiques : 00ev &viot AnAluv, àA2’ oùk ‘Abyvaiwv, idioy eivat vououa Tôv Bovr vouibuvarv. (Il s’agit probablement à Délos d’une taxation en monnaie d'anciennes valeurs en nature.) Philoch., /rg. 154 (F. H. G. I, p. 410): … T&y TpoTÉour GÜpayuwY dvruv érioyuôv re Bovv Eyovrec (par opposition aux tétradrachmes à la chouette).
5 Plut., Zhes., 25.
# Bæœckh, Metrol. Unters., p. 76 ; Hultsch, Metrol1, p. 199.
5 Pollux, IX, 61, donne ce proverbe à la suite du texte cité plus haut. Hésych. et Phot., s. v.: Tapotuia Ëri Tov uÿ évvauévuv rapoyotâleoôæ " rot dià Tv ioxèv rod Goov' 7 duà rà rov "AOnvaiuv vômwaoua Exetv BPovv Éyrexapayuévov, üvrep ékriveiv Toùç mepà Toù déovroc rappyouaÿouévouc ÿv ëboc.
6 Comme cela est évident pour l’époque homérique et pour celle de Dracon (voir plus haut, Poll, IX, 60); Plutarque a mieux compris ses sources, Sol., 23 que Thés , 25: Head, p. 309; Babelon, p. 6. De même Seeck, Ko IV (1904), p. 167.
tique et qui doit avoir circulé à Athènes !, ou enfin si Athènes, un jour, a frappé une monnaie portant aussi l’image d’un bœuf *. Les deux premières éventualités sont beaucoup plus probables que la dernière. Il faut attendre pour se décider quelque trouvaille heureuse qui nous renseigne d’une façon certaine.
Il n’est pas difficile de voir l’importance de la mesure prise par Solon. Le système éginétique avait cours dans tout le Péloponnèse, sauf à Corinthe %, et dans la plus grande partie de la Grèce®. Il était employé, comme son nom l'indique, par Egine et Mégare, les voisines, et alors les rivales d’Athènes5. Le changement d’étalon brisait la dépendance financière d’Athènes vis-à-vis des villes commerçantes de la Grèce proprement dite. Rompant avec un système monétaire qui la liait au Péloponnèse et la subordonnait à Mégare, elle tournait ses regards vers l’Orient. C'était en effet en Asie que se trouvaient les prototypes du nouvel étalon athénien. Celui-ci coïncidait, — ce n’était sans doute pas accidentel 6, — avec le plus employé des nombreux systèmes monétaires perses : le didrachme attique de 8 gr. 73 se rapproche sensiblement sous le rapport du poids, de la darique d’or perse de 8 gr. 36 à 8 gr. 385 :.
1 Wilamowitz, Arisé!, u. Ath., 1, p. 80; Il, p. 57; O. Seeck, loc. cit., p. 168. Peut-être s'agit-il ici des monnaies de Karystos dont le bœuf était aussi le type : Hultsch, Mefrol.*, p. 207.
3 Busolt, Il? p. 202. M. Six, Numism. Chron., 1895, p. 177, pense qu’Athènes a frappé des monnaies de ce type sous Hippias.
$ Corinthe avait emprunté son système monétaire directement à l’Asie; le statère corinthien pesait 8 gr. 66, et était très analogue au didrachme attique de 8 gr. 73: Mommsen-Blacas, I, p. 82; Hultsch, Metrol3, p. 203.
4 Bœckh, Metrol. Unters., p. 84 ss.; Mommsen-Blacas, 1, p. 60; Hultsch, Matrol3, p. 543. Voir dans Bœckh, sbid., p. 124 ss., et Mommsen-Blacas, I, p. 83, la liste des villes qui eurent le système euboïque.
$ Sur la rivalité d'Athènes et d’Egine, voir Hérodote, V, 80 ss.; VI, 85-94.
6 Nous ignorons cependant complètement les mobiles qui poussèrent Solon à prendre cette mesure.
7 Mommsen-Blacas, I, p. 27 ss.; Hultsch, Metrol?, p. 203; C. F. Lehmann, Hermes, XX VII (1892), p. 547 ss.
Athènes frappait donc une monnaie d’argent sur un système monétaire qui avait l’or pour base; le fait est curieux! mais indubitable ; cela avait l’avantage de permettre au rapport de l’or à l’argent de s’exprimer facilement, et aux réductions de s’opérer sans difficulté ?. En adoptant ainsi pour Athènes un système monétaire assuré d’une circulation facile en Orient#, Solon ouvrait au commerce athénien une voie nouvelle #. Il le détournait du voisinage immédiat d’Athènes et ouvrait devant lui, avec le commerce maritime, la richesse et la civilisation. C’est là un élément d’une importance capitale : Athènes allait entrer en contact intime avec l’Orient grec, avec les loniens, ces intermédiaires obligés des antiques civilisations orientales et de la Grèce. Que serait devenue Athènes sans l'influence de la culture ionienne, sans le souci constant ‘de son commerce et de sa domination sur la mer Egée?
On ne saurait trop insister là-dessus, et ce serait par trop restreindre la portée de l’œuvre de Solon que d’y voir seulement, comme l’ont proposé certains savantsé, une mesure démocratique prise pour favoriser la classe des petits commerçants, en rapports d’affaires avec l’Eubée, ruinés par un change défavorable.
Le cas des mesures et des poids est beaucoup plus compliqué. Nous avons ici aussi une légère différence entre les au-
! Mommsen-Blacas, I, p. 68 ss.; Hultsch, loc. cit. Athènes avait comme système monétaire le monoméfallisme argent : V. Pareto, Cours déc. pol., 1, P- 234, 235.
? Le prix de l'or était variable ; en général le rapport entre l'or et l'argent était 10:71; Bœckh, Sfaaishaush., LP, p. 38 ss.
% Thuc., VII, 29: c'est en monnaie attique que Tissapherne paie les soldats lacédémoniens.
# Ce fait est contesté, à tort, par Büchsenschütz, p. 390, 391, qui attribue aux seuls Pisistratides tout le développement commercial d'Athènes.
* KϾbhler, Ath. Mitth., X, p. 154; C. F. Lehmann, Hermes, XX VII (1892) p. 554 ss.; Wilamowitz, Aristt. u, Ath. 1, p. 44 ss.; Busolt, Il, p. 262 ss.
5 Keil, p. 71, 72.
teurs : Aristote! parle de l’augmentation des mesures et des poids, Plutarque Ÿ, d’après Androtion, ne parle que des mesures. On ne peut douter qu’il n’y ait une omission dans ce dernier texte. Les anciens, sous l’influence asiatique %, avaient un système complet de mesures dépendant les unes des autres, de la même façon que celles de notre système métrique. Le talent n’est autre chose que le poids d’un volume d’eau d’un pied cube #. Il en est de mème pour les mesures des liquides et des solides, de telle sorte que lorsqu'on modifiait le système sur un point, cela entrainait une modification générale. Aristote s’en rendait compte, et disait déjà que les poids nouveaux étaient aux anciens dans un rapport tout à fait analogue à celui des monnaies 5. |
Il semble aussi qu’il faut comprendre le mot aÿ£yots ou éravËmois comme tout à l'heure, par augmentation du nombre des mesures divisionnaires, et non par augmentation du poids de chaque nouvelle unité. Celle-ci au contraire est devenue plus petite. Les essais ® d’expliquer la réforme de Solon par une augmentation de poids n’ont pas réussi, même quand on faisait des mesures pheidonniennes autre chose que les mesures éginétiques !.
1 "40. —., X, 1; voir plus haut, p. 242 n!.
? Plut., Sol., 15; voir plus haut, p. 242 ni.
8 Hultsch, Mefrol?, p. 506; C. F. Lehmann, Hermes, XXXVI (1901), p. 113 8s.; F. K. Ginzel, Xio, I (1902), p. 356.
4 Le pied de 297 mm. élevé au cube donne 26 198 073 mm“, dont le poids d'eau est de 26198 gr.: c’est le talent attique (exactement 26 196 gr.); de même le pied éginétique de 330 mm. élevé au cube donne 35937 000 mm, dont le poids d’eau est de 35 937 gr. : c’est à peu près le talent éginétique : Nissen, Handb. der kl. Altert., l, p. 877; C. F. Lehmann, Hermes, XXVII, p. 536. M. Dærpfeld, loc. cit., p. 277 et 278, donne pour le pied attique le chiffre 295,7 mm. et pour le pied éginétique 333 mm. Bœckh, S'aafshaush., F, p. 18, n’admet pas cette concordance des mesures et des poids comme une règle générale.
6 En particulier celui de M. Hultsch, /ahré. f. k!. Philol. (1891), p. 263, 264.
7 C. F. Lehmann, Hermes, XX VII (1892), p. 533, 536 ss,
Il se pourrait bien qu’il y eût une erreur dans le texte d’Aristote! qui, parlant des poids, dit que le talent avait 63 mines et que celles-ci étaient réparties entre les statères ? et les autres poids qui en dérivaient; pris au pied de la lettre, ce passage donne un système curieux : un poids fort à la mode orientale, mais élevé de.1/20, tandis que généralement il l’est de 1/24 seulement *.
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous sommes donc amenés à admettre que la réforme de Solon fut pour les mesures de toutes sortes analogue à ce qu’elle avait été pour les monnaies : Solon remplace le système éginétique par le système attique.
Nous avons vu que 100 drachmes nouvelles étaient léquivalent de 73 drachmes anciennes environ, ce qui donne à peu près le rapport 25 : 18. Les mesures de capacité et de longueur
1 "48. x., X, 2. On a tenté plusieurs corrections : M. Hultsch, Loc. cit., p. 263, a proposé de lire roùr’ core à la place de rpeïs xai..., M. Keil, p. 165 ss., rerrapéxoyra au lieu de é£#royra. M. C. F. Lehmann, Hermes, XXVII (1892), P. 532, avait proposé de reporter quelques lignes plus haut, devant éSdou#koyra, les mots Toeië Kai, il a depuis renoncé à cette correction : Hermes, XXXV (1900), p. 636, 637.
2? Ce mot signifie ici double mine : Pernice, Gr. Gewichte, p. 48; C. F. Lehmann, Hermes XXXV (1900), p. 643; Babelon, p. 15.
3 C. F. Lehmann, Hermes, XXXV (1900), p. 637 ss. On aurait donc le sys- . tème suivant : talent : 63 X 436 gr. — 27468 gr. ; statère — 2 mines: 915 gr. 6; mine : 457 gr. 8; statère = 2 drachmes : 9 gr. 156; drachme : 4 gr. 578 M. Babelon, p. 15 et 16, se basant sur le système double qu’il attribue à Solon (voir plus bas, p. 257), propose la série suivante : talent : 63 X 873 gr. = 54999 gr. ; statère — 2 mines : 1833 gr.; mine 916 gr. 65; statère = 2 drachmes: 18 gr. 32; drachme : 9 gr. 16 On ne connaït aucun poids de l’une ou de l’autre de ces deux séries. — Nous avons vu, p. 244 n°, que M. O. Seeck, X/:0, IV (1904), p. 169 ss., applique ce système non aux poids mais aux monnaies; Aristote aurait obtenu cette proportion en pesant diverses monnaies anciennes, les unes un peu plus lourdes que les autres par le fait du manque d’habileté de l’ouvrier ; il aurait cru qu'il y avait eu deux systèmes monétaires différents alors qu’il n’y a que les variations du mème système. M. C. F. Lehmann X/10, VI (1906), p. 307 n!, repousse cette interprétation du texte d’Aristote, avec raison, semble-til, malgré les nombreux exemples que donne M. Seeck.
en ——
anciennes et nouvelles étaient réciproquement dans la même proportion!. Mais tandis que pour les monnaies nous pouvions faire la preuve grâce aux médailles que nous possédons, il est presque impossible de la faire quand il s’agit de mesures qui étaient en bois, et dont aucune n’est parvenue jusqu’à nous. Il en est un peu autrement des poids. Il nous en reste un certain nombre, quoique beaucoup moins que de monnaies, et ils ont été étudiés à fond. Ils confirment ce que nous venons de dire. Seulement ils sont rarement en parfait état, ils sont souvent fragmentaires ou oxydés; nous manquons souvent d'indications précises sur leur place dans une série, ou sur leur origine. Ils ne nous donnent pas une certitude entière. Nous avons autre chose encore. Il existe sur la matière un décret athénien de la fin du deuxième ou du commencement du premier siècle avant notre ère$. Le début manque ou est très mutilé; le reste concerne la fabrication des poids et la surveillance de leur emploi; le 4 (lignes 29-37) nous intéresse très spécialement : il y est question de la mine de commerce (# uvä n éuroowm*) « qui doit peser 138 drachmes du Siéphanèphoros conformes aux poids conservés dans l'atelier de la monnaie. » Le
1 Le pied attique valait donc 297 mm. 295 mm. 7, Dærpfeld, loc. cit., p. 278; voir plus haut, p. 251 n‘}, le pied éginétique, 330 mm. (Dæœrpfeld, 333 mm.): Nissen, Handb. der kl. Altert. L?, p. 877. M. Hultsch, Metrol., p. 67 3s., calcule le pied un peu trop haut. — Le méfrete (volume de r ‘/4 talent) affique vaut 38 1. 88: Nissen, sbid., p. 842; le médimne (2 talents) aftique vaut 51 1. 84: Nissen, 5654. D’après M. Dæœrpfeld, p. 306 ss., le métrète est de 38 I. 79, le médimne de 51 1. 72; d’après M. Hultsch, 5b:d., p. 108 ss., le métrète est de 39 I. 39, le médimne de 52 1. 526. — Le métrete éginetique est de 54 1. 56, d'après M. Hultsch, sb, p. 505 ; le médimne éginélique de 72 1. 74: Hultsch, ‘bid.; le médimne éginétique ou lacédémonien est, d’après M. Nissen, loc. cit. de 74 !. à peu près.
? En particulier par M. Pernice, Griechische Gewichte.
Ÿ Z G., WU, 476. Ce décret a été commenté par Bæœckh, Sfaatshaush., Ilô, p. 318 ss.; cf. Hultsch, Mefrol.3, p. 200; Nissen, Handb. der kl. Altert., là, p. 878.
4 LG. IL, 476, L. 29 : ‘Ayéru dè rai # pva 7 Au]roplw}} Zrelpavnéépor éparx}uàc ékarèv Tpuékovra {ai} okro mpôlc] Tà orâqua rà [é]v r@ ‘Apyvpoxor{siw….
héros Stéphanèphoros dont certains grammairiens font un fils d'Héraclès!, qui d’autre part est peut-être Thésée%, avait sous sa protection la frappe de la monnaie; une drachme du Stéphanèphoros, c’est une drachme qui vient de sortir de la monnaie, une drachme à fleur de coin. Voici donc un poids d’une mine qui pèse autant que 138 drachmes monétaires. Nous avons la proportion :
Nous savons par un auteur latin® qu’il existait à Athènes un talent lourd qui valait 83 !/; mines, tandis que le talent ordinaire en valait 60. Nous avons la proportion :
Nous avons là sans doute la même proportion que tout à l’heure ; il se rapproche d’une manière si frappante du rapport qu’il y a entre la monnaie attique et la monnaie éginétique, qu’on en a conclu que le poids éginétique avait subsisté à Athènes dans son emploi commercial pendant des siècles encore, tout comme la livre dans nos pays a survécu à l’introduction du système métrique.
À côté du poids égal au poids de la monnaie, poids attique normal qui était aussi en usage, à côté du poids attribué par . Aristote à Solon où le talent était surchargé de 1/,,5, à côté du poids éginétique (mine de commerce), et de plusieurs modifi-
1 Harpocr., Phot. et Suid., s. v. Zrepavypépoc, d'après un fragment d’Antiphon : Antiphon, /rg. 43 (Frg. or. att., Il, p. 237) : ein d” äv à Ærepavyéépoc gror rov ‘HpaxAËove viéuvr.…
? Babelon, Zraité des monnaies grecques el romaines (Paris, 1901), p. 507 et 838; Beulé, p. 348 ; Bœckh, Sfaatshaush., IF, p. 361; Head, p. 310.
3 Priscien, de fig. num., Il, p. 391 : Talentum Afheniense parvum mine sexaginta, magnum minæ octoginta tres unciæ quattuor. (Quatre onces veulent dire ici !/: de mine: Bæœckh, Mefro!, Unters., p. 114.)
4 Bœckh, Sfaatshaush., Il, p. 325 ss.; Hultsch, Metrol?, p. 135 ss., 200; Pernice, p. 57.
5 I. G., Il. 476, $ 4, L 32 : tous les marchands doivent vendre d’après le poids commercial : [r2?v] 6oa med äpyberov diapopmdmr eipnre mluw]Aeir….
6 Voir plus haut, p. 252.
cations qu’il avait subies, nous ne savons à quelle date, il y avait encore une série analogue à la série euboïco-attique, mais dont l’unité avait un poids double, On a trouvé sur PAcropole des poids antérieurs à l’invasion perse, qui ne peu-
1 Môme décret, !. 30: ...n va. [ëvéru Gorijv [Ærelpavnpépou dpaxuûc déra dto,.. de telle manière que cela fasse (/. 32) : …rûc ékarèy mevrfnovr folax{uäle roù Ærepavygléporv. rà Oè mevréäuvouv [rù éuxlJopuxdv éxyérlw forlv Europuxÿy uvä(v, de telle manière que cela fasse (1. 34) : éuroplenàg u}vac ES. Tà dÈ réavroy rù é[u}ropexdy [éyérlu pon(ÿv ulvac éunfo]oäç tévre, de telle manière que cela fasse (1. 36) … é[u}ro[oexldv ré{Aavrov Kai u}väç Éuropuxäc mévre… La mine a ainsi un poids supplémentaire (box) de 12 drachmes, soit de !/;; à peu près ou du 8,696 /,; le poids de 5 mines, de /; ou du 20 °/,; le poids
d'un talent de ‘/4 ou du 8,333 ‘/ Au premier abord ces différences de pro-
portions paraissent choquantes. Bœckh, Sfaatshaush., Il, p. 328, a donné de cette disproportion l'explication suivante : ce décret avait pour but de forcer le marchand à faire bonne mesure et à vendre ainsi meilleur marché quand il vendait en gros ; c'était déjà l’usage pour la vente d’une quantité pesant un talent : ainsi s'explique le faible surpoids; ce n’était pas l'habitude quand on vendait par quantités pesant 5 mines : de là le poids supplémentaire fort! Cette explication est inadmissible : Hultsch, Mefroi?, p. 135 ss. Le seul résultat d’une mesure semblable eût été une hausse des prix. — Ces surcharges de poids étaient fréquentes dans l'antiquité : C. F. Lehmann, Hermes, XXXVI (1901), p. 127 ss. Il s’agit évidemment ici de poids destinés à peser des matières différentes, provenant de pays divers; on s'explique alors fort bien que les surpoids soient différents : Hultsch, sb:d.; le paragraphe précédent du décret parle justement de mesures spéciales, employées pour certains fruits : noix, figues, etc., qui étaient importés à Athènes. Ces poids qui nous semblent étranges correspondaient sans doute à des usages locaux et leur disproportion avait pour but de permettre une réduction facile ou une concordance exacte avec des poids étrangers fréquemment employés à Athènes, par ex.: la mine de 138 drachmes ou de 602 gr. arrive avec son supplément à 654,9 gr. (le talent de commerce de 36 166 gr. avec son supplément donne une mine de 652,8 gr.). C’est une réduction de l’ancienne mine du Péloponnèse (appelée parfois aussi éginétique) de 672 gr.: Hultsch, Metrol?, p. 137; ou bien plutôt, cette surcharge de poids est un procédé commode pour obtenir un poids égal à r !/> mine attique ordinaire ($/, du statère solonien double) : 655 gr. — 3/, X 873 gr. ou 1 !/a X 436 gr. : Pernice, Gr. Gewichte, p. 54; Nissen, Handb. der kl. Altert., 1, p. 877. Le poids de 5 mines avec son supplément, donne une mine de 723,3 gr. : c’est la mine phénicienne ordinaire : Hultsch, loc. ci. De mème, W. S. Ferguson, Xo, IV (1904), p. 8 et 9 en note. — Il va sans dire que nous ne pouvons savoir si tous ces poids existaient déjà à Athènes au sixième siècle.
vent se rattacher qu’à cette série double : par exemple un poids de 436 gr. 63 avec l'inscription #wav : c’est une demimine forte de 873 gr., un décastatère de 178 gr. 61 qui a pour base un statère de 17 gr. 5 environ, double du statère attique ordinaire, etc. !
Il y avait donc à Athènes, comme cela se comprend quand il s’agit d’une ville qui est un centre commercial, une foule de poids divers qui s’appliquaient à des produits de diverse nature, ‘ venant de pays différents ?. Il y a certainement là un fait qui nous explique pourquoi les données des auteurs anciens sont souvent si obscures sur ce sujet 5.
J'ai exposé l’état de la question et l’opinion la plus généralement admise par les spécialistes. 11 vaut la peine de signaler encore une explication nouvelle de la réforme de Solon. En se basant sur un fait que je viens de citer : l'existence au sixième siècle de poids deux fois plus lourds que les poids attiques ordinaires, ainsi que sur une phrase d’Aristote, qui déclare que le didrachme était l’étalon monétaire ancien à Athènes 4, M. Six en arrive à cette conclusion que Solon a établi pour les monnaies aussi le système euboïque double : ainsi le didrachme, et non la drachme, aurait été à la base de ce système; Aristote aurait eu raison alors de dire qu’il s’agissait d’une augmentation des monnaies. Ce serait Hippias qui aurait institué en Attique le système euboïque simple ©.
1 Hultsch, Mefrol, p. 140; Pernice, Gr. Gewichte, p. 3a 5s., 38, 47 ss., 81 ss.
2 C. F. Lehmann, Hermes, XXXV (1900), p. 641.
3 On pourrait voir dans l'existence de ces séries de poids renforcés la source de l'erreur de l'historien qui le premier a parlé de l'augmentation des monnaies, s’il était possible de comprendre comment on a pu croire dans l'antiquité qu’une mesure semblable était démocratique.