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CHAPITRE XIX

Autres réformes de Solon.

A côté des réformes économiques importantes que nous venons d’étudier, nous trouvons quelques lois d’une moindre portée, qui sont attribuées à Solon sans que nous puissions savoir au juste si elles sont son œuvre.

Il y a toute une série de mesures qui se rapportent à la vie agricole :

1° L'établissement de primes pour les tueurs de loups. Plutarque! tient ce renseignement de Démétrius de Phalère qui est une assez bonne source * et s’était occupé du droit attique. L'objet même de la loi indique qu’elle est assez ancienne: le fait que la récompense est fixée en argent et non en nature montre d’autre part qu’elle ne lui est guère antérieure. Il se peut fort bien que Solon lait promulguée ou modifiée.

2° Prescriptions concernant les droits d'eau, les plantations d'arbres sur les limites des propriétés, le creusàge de fosssés ou

1 Plut., Sof., 23: Abxov OÀ re Kouioavre mévre doaxuüc &duxe, Avktôba dè mlay, &ç pnouv 6 Pañmpeïc Ayufrproc rù uèv Bodc eivas, rù Cè xpoflärov rip.

3 J. Schwarcz, Die Demokraiie, 1, Suppl, p. c, attribuait à Démétrius de Phalère l’’{byvaiwr moAureia d'Aristote; il exagère beaucoup l'autorité de Démétrius au détriment de celle d’Aristote. Au contraire, et avec plus de raison, Oncken, p. 425, préfère Aristote à Démétrius.

l'établissement de ruches; mesures de police contre ceux qui maltraiteratent le bétail des autres ou auraient des chiens méchants . Ces prescriptions sont de tous les temps; on les trouve dans n'importe quel code rural ?. Elles se sont formées à mesure que la propriété privée se constituait; leur apparition dans la loi écrite est sans doute contemporaine du moment où la propriété individuelle fut définitivement assise. Mais nous ne pouvons préciser plus; nous ne saurions dire si elles furent rédigées déjà par Dracon, si Solon les engloba ou les introduisit dans sa réforme, ou encore si, en formation seulement à cette époque, elles n’ont pénétré que plus tard dans le droit attique.

Il ne vaut pas la peine de s’arrêter à une loi, citée par Démosthène *, d’après laquelle un étranger n'aurait pu trafiquer sur l’agora. C’est une loi qui ne fut guère appliquée, à notre connaissance du moins #, et dont nous ne comprenons pas bien le sens. |

Plutarque nous dit que Solon régla le calendrier 5. Cela semble fort probable. Les Orientaux, qui avaient été conduits de l’observation des astres à la fixation des mesures, mettaient dans leurs systèmes la mesure du temps en rapport intime avec celle des longueurs, des volumes et des poids ?.

1 Plut., Sol., 23 et 24; cf. Beauchet, III, p. 158 ss.

? Démosthène, LV, 27, cite, sans l’attribuer à Solon, une loi analogue sur Ja plantation des haies le long des chemins. Les Romains avaient des dispositions légales de ce genre; Gaïus, Digeste, X, 1, 13, attribue à Solon les lois suivantes : £dv riç aiuaoiav rap” 4A2orpiw yupiu opvy, Tèv dpov uÿ rapa- Baivev' éàv reryiov, mé6a àaroirerv, éûv dè oixmua, Êbo rédac” ëav Ôè Tépov ÿ B660vov optrry, boov rù B&Goc 7, rocoèrov àmosiretv ” éàv di poéap, opyvtév ” éAaiav Ôè Kai ovxÿy, évvéa médaç à Toù aAAorpéov gureberv * rà 5” dAAa dévépa, révre rédac. Ce sont là évidemment les mêmes lois que celles que Plutarque cite; cf. Guiraud, Propr. fonc., p. 185.

% Démosth., LVII, 31: oùx #£eore Ebvy év rm àayopg toy4beobau.

Büchsenschütz, p. 540.

* Plut., Sol., 25.

$ Cela est contesté par M. de Sanctis, p. 233.

7 C. F. Lehmann, Hermes, XXXVI (1901), p. 113 ss. e

Solon avait réformé ces dernières dans un sens qui les rapprochait de celles de l’Orient; il est tout naturel qu’il ait complété cette réforme par des modifications apportées au calendrier. Nous ne pouvons dire exactement en quoi elles consistèrent !.

Nous sommes plus embarrassés en présence de la loi contre la paresse. Les anciens étaient loin d’être d’accord sur ce sujet. Hérodote © attribuait la loi à Solon qui l’aurait empruntée à Amasis, roi d'Egypte; cette dernière assertion ne mérite aucune créance, car Amasis n’est monté sur le trône qu’en 569. Plutarque#, lui aussi, et après lui Diogène Laërce, ‘attribuent la loi à Solon. On sait comment, dans un chapitre célèbre, Plutarque ÿ montre Solon constatant les faibles ressources de PAttique en proportion de sa population et des nombreux immigrants qui accouraient de toutes parts, et tournant ses concitoyens du côté de l’industrie en exigeant que le père

1 A l’époque d'Hésiode, le mois était de 30 jours : Zrav. ef jours, v. 766. On a souvent pensé que Solon avait institué la 7Tpcerypic ; Stein, note au passage : Hérodt. II, 4, pense que c’est l’oxraermpi.

? Hérodt., Il, 177: Môuov re Aiyvrrioucr révde ‘Auaoiç Éore Ô naraor#oac, arodemxvbvar Ereoc Ékorou To vouäpyn Trévra rivà Aiyvrriwr 60ev Biouras ” y 6 rouebvra Tara uyoè aropaivoyra Cekaimyv démv i0lveoûæ Oavére. Zéley üë 6 “Amvaios Aafèy ££ Aiyvnrov roùrov rùv vôuov "Aümvaiouor ë0ero * r@ éxkeivor ëc aiel xpËwvrar Ébyrt Guouy vôuy. Cependant en Egypte les fils n'étaient pas tenus de nourrir leurs parents : Hérodt., Il, 35.

3 Plut., Sol., 22: .… vôuov éyoaÿer vie Toégerv rdv maréoa ur duéaËäuevoy Téxvnv érâvaykec ui eiva … Tv &£ ’Apeiov m4yov BovAïñv ëra£ev Eriokomreïv, d0ev Ekaoroc &yec TG émerhoea, Kai Toùç apyovç koAGGerv.

4 Diog. Laërt., I, 55: doket dè (sc. Solon) xai «alluora vouoberÿoa” Edv Tic un ToËby Toùc yovéaç, dTiuoç ëoTu" aÂAà Kai 6 Tà rarypa kareômdondÇ Ouolwe * Kai 8 apydc trebôvvoc ëore ravri T& Bovaouéve yeñgeobar. Diod. Sic., I, 77, 5 : rooceréraxro dÈ Kai mûoc Toi Aiyvmrioës àamoypäpeoba roùç Toùc dpxovraç arû Tévuv ékaorToc mopiierat Tèv Biov Kai Tv Ëv Tobrou Wevoäuevor, } mépor déexov ériereAodvra OavärTe rrepurinrev pv àvaykaiov” Aéyerac à robrov Tùv vôuov tr Zédwvos TapaBañévroc eig Aiyvrrov eic Tàç "AOfvaç uereveyôÿvas.

5 Plut., Sol. 22 en entier. Il faut voir une intention moralisatrice à l'adresse de ses contemporains dans l'insistance avec laquelle Plutarque parle de ce sujet.

enseignât un métier à son fils s’il voulait que celui-ci fût obligé de le nourrir dans ses vieux jours. L’Aréopage était commis à la surveillance et à la répression en ces matières. Mais le même Plutarque dit ailleurs ! que Dracon déjà avait sévi contre la paresse et que ce crime était alors puni de mort. Cela se trouve aussi dans un fragment de Lysias, rapporté par Diogène Laërce?. Les anciens étaient déjà embarrassés par cette double attribution; on voit Lysias dans un autre fragment 5, et après lui Pollux #, chercher un compromis entre ces deux opinions et déclarer que Solon a revisé la loi de Dracon. Enfin Plutarque lui-même ajoute dans un autre passage encore, que Théophraste, le disciple d’Aristote, qui avait recueilli les lois athéniennes, attribuait cette loi à Pisistrate. D’autres auteurs % citent la loi sans nom d’auteur. C’est, je crois, dans l’opinion de Théophraste qu'est la vérité. L'histoire traditionnelle est bien jolie, mais sent la rhétorique, et a certainement subi l’influence de l’éloquence du quatrième siècle qui faisait remonter tout à Solon. L'attribution à Dracon est fausse aussi; elle n’est qu’un exemple assez tardif, destiné à prouver la prétendue sévérité des lois de celui-ci’.

1 Plut., Sof., 17: parlant des lois de Dracon: uia yàp oAfyou deiv axaotv Gpuoro Toiç duaprävovar Snula Oävaroç, dore Kai Toùç äpyias dA6vraç àmo0v#- OKeLv.

3 Lysias, /rg. 189 (Or. aft. II, p. 287, éd. Didot), ap. Diog. Laert., I, 55: Avoiag 0" ëv ro Karû Nuxiov Apékovré nor yeypapévas rdv vôpor.

3 Lysias, fre. 35 (sbid., p. 260): Avoiag Ev To Karà ‘Apicruvôç gyotv, bri Aoôkuy ÿv 6 Beiç rèv vôuov" abôiç è Kai ZbAuwv Expoaro, Oävarov ‘ox ôpisaç Qorrep ékeivoc, aAÀ’ àriuiav, éav Tiç dÀAG rois, éûv Cè amaË, Gypuovoôar Opaxuac êraréy.

4 Poll, VIIL, 42 : rc cè àoyiac (s.-ent. yoagyc) Emi uèv Aparovroc, àTiuia y Tù Tiuqua” ëmi dÈ Zéuwvos, ei rois Trié dAwy, Toro.

5 Plut., Sol. 31: wç à Oeéppaaroc iorépnne, nai rdv rc àpylac vôuov où ZbAuv &0nxev, àAAà ITeroiorparoc.

$ Démosth., LVII, 32; Aristophane, Aves, v. 1353 ss. semble parodier la loi qui obligeait les enfants à nourrir leurs parents.

T Voir plus haut, p. 71.

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