‹ Quelques remarques sur la paralysie générale chez les indigènes musulmans algériensChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Rareté de la paralysie générale chez les indigènes musulmans algériens.

Pendant la période étudiée par M. Meilhon du 1er janvier 1860 au premier janvier 1890, il est arrivé d’Alger à l’asile d’Aix 498 Arabes. Sur ce nombre, treize seulement, dont deux femmes, sont atteints de paralysie générale, soit une proportion très faible de 2,61 pour 100, sur la totalité des indigènes algériens.

M. Meilhon fait remarquer que la proportion de 2,6 pour 100 ne donne pas une idée exacte de la réalité.

Il remarque et en manifeste un certain étonnement, que de 1860 à 1877, c’est-à-dire en dix-sept ans, sur 245 Arabes aliénés, il n’y a pas un seul paralytique général.

Les treize malades de cette catégorie se répartissent sur 253 entrants de 1877 à 1890. La proportion est alors relevée par la statistique Meilhon à 5,13 pour 100, proportion encore bien faible et permettant de maintenir la constatation de la rareté de la paralysie générale chez les Arabes.

Pour la période allant du 1er janvier 1890 au 8 juin 1902, il a été évacué d’Alger sur les asiles d’Aix, puis de Pierrefeu, 179 indigènes, hommes et femmes.

Plusieurs, parmi les évacués, portaient sur les registres de Pinel (Mustapha) dont nous nous sommes servi pour établir

cette statistique du 1er janvier 1890 au 8 juin 1902, le diagnostic de paralysie générale.

Tous ces diagnostics, pour ainsi dire provisoires, v,u la coude durée d’observation des malades, n’ont pas tous été confirmés par les spécialistes d’Aix.

Le diagnostic est souvent bien hésitant aux périodes de début ou de rémission de la paralysie générale.

13 malades seulement sur 133 indigènes de 1890 à 1902 ont été reconnus atteints de paralysie générale, ce qui nous donne comme pourcentage 9,77 pour 100. D’oû cette première conclusion encore conforme à celle de M. Meilhon, que la paralysie générale est plutôt rare chez les Arabes.

Aux 498 aliénés indigènes algériens relevés parM. Meilhon de 1860 à 1890, ajoutons 433 autres internés à Aix de 1890 à 1900 et 32 évacués sur les asiles d’Auch, Albi et Pierrefeu (Vai). En 1900 et 1901 nous aurons un total de 663 aliénés.

D’après un tableau qui nous a été obligeamment communiqué par M. Monestier, médecin adjoint de l’asile d’Aix, sur les 133 aliénés reçus d’Alger de 1890 à 1900, c’est-à-dire en dix ans, il constate 13 paralytiques généraux, dont 7 hommes et 6 femmes. C’est donc autant en dix ans qu’en trente ans d’après la statistique de M. Meilhon, ou, plus exactement en treize ans, puisque jusqu’en 1877 on n’en remarque pas.

La paralysie générale paraît progresser chez les indigènes.

Notons aussi la forte proportion de femmes. Sur les 32 autres aliénés évacués sur les autres asiles en 1900 et 1901, on ne compte aucun paralytique général.

Aucun des 13 paralytiques généraux de M. Monestier n’avait été évacué de l’hôpital de Mustapha, avec le diagnostic de la méningo-encéphalite. Mais il faut reconnaître, comme nou> l’avons déjà dit, que le diagnostic motivant l’internement en France n’est pas définitif.

Il est infirmé ou confirmé par celui des médecins de PAsile d’Aix. Ce n’est qu’un diagnostic d’attente.

Nous n’avons d’ailleurs à Mustapha qu’une partie de l’observation du malade ; c’est à Aix qu’elle se complète. C’est donc le diagnostic d’Aix qui fait foi.

Ce qui nous étonne toutefois, c’est que, d’après une lettre d’un interne d’Aix, M. Désery, il n’est noté dans les registres de cet asile aucun paralytique général parmi les Arabes, dans la même période indiquée par M. Monestier, et il ajoute qu’aucun caractère anatomo-pathologique des autopsies d’indigènes algériens ne se rapporte à la paralysie générale.

M. le docteur Rey, médecin en chef de l’Asile d’Aix, écrit à son tour que le résultat négatif de cette enquête de son interne est particulièrement intéressant.

Mais acceptons les cas de paralysie générale de M. Monestier, qui a peut-être serré davantage son diagnostic et retenu des observations dont il a rétabli la détermination pathologique.

Les paralytiques généraux qu’il signale dans son tableau se répartissent ainsi par année.

Sur 13 internés, on ne constate pas de paralysie générale en 1890.

En 1891, sur 7 malades, une paralysie générale homme.

En 1892, sur 10 aliénés, paralysie générale, 1 homme, 2 femmes.

En 1893, sur 16 aliénés, paralysie générale, 2 hommes,

1 femme.

En 1894, sur 7, 1 femme paralytique générale.

En 1895, sur il, une paralysie générale de chaque sexe.

En 1896, sur 10, une femme paralytique générale.

En 1897, sur 15, 2 paralytiques généraux rfiâles.

En 1898, sur 8 malades, pas de paralysie générale.

En 1899, sur 9 internés, pas de paralysie générale.

Comme nous savons qu’il n’y en a pas eu en 1900 et 1901, il y a donc eu quatre années sans paralysie générale.

En quarante-deux ans, la proportion est donc de 26 para» lytiques généraux sur 633 aliénés arabes, soit 3,92 pour 100, et, si on ne part que de 1897, le pourcentage est de 6,22, proportion encore faible.

M. le docteur Scherb, médecin-adjoint de l’hôpital de Mustapha, professeur suppléant des chaires de médecine, ancien chef de clinique médicale de l’Ecole de médecine d’Alger, dans une communication faite à la séance de la « Société de Neurologie de Paris», le 6 juin 1901, que nous citerons plus longuement plus loin, dit, en trois ans de recherches assidues, n’avoir pas observé un seul cas de paralysie générale chez les Arabes.

Il nous a paru intéressant de rechercher les pourcentages équivalents faits dans les asiles de France ou de l’étranger et de les comparer avec les nôtres.

Voici ce qu’écrivait Calmeil, en 1859 (Calmeil, Traité des maladies inflammatoires du cerveau , t. II, page 270).

« Ce n’est plus dans la proportion d’un quinzième, qui me paraissait considérable autrefois, mais bien dans la proportion d’un quart à un tiers que les cas d’encéphalite chronique diffuse se comptent parmi les hommes qui entrent chaque jour dans les asiles d’aliénés de nos grandes villes. Il en est à peu près de même, d’après les renseignements que j’ai pu recueillir dans la plupart des grands établissements d’Angleterre. »

Beaucoup d’auteurs plus récents ont adopté ces idées, même en les exagérant.

Calmeil, sur 1,700 aliénés de Charenton, dont i ,200 hommes et 500 femmes, comptait 90 paralytiques généraux, 80 hommes,

10 femmes, soit 1 homme sur 15 et seulement 1 femme sur 50.

En s’en tenant à la proportion d’un quinzième, plutôt faible aujourd’hui, on a 6,66 paralytiques généraux pour 100 aliénés, et, si nous prenons la proportion d’un quart et d’un tiers, nous aurons 25 et 33 pour 100.

Bayle et après lui Kraft-Ébing donnent la proportion de 1 femme pour 8 hommes paralytiques généraux. Calmeil, avant eux, n’en trouvait que 1 sur 14, ce qui est la proportion de la statistique de M. Meilhon, pour les paralytiques généraux indigènes algériens.

Notre proportion de 8 femmes pour 18 hommes, c’est-à-dire de 1 femme pour 2,25 hommes, nous parait bien forte .

Notre président de thèse, M le professeur Mairet, correspondant de l’Académie de médecine et médecin en chef de l’Asile public d’aliénés de l’Hérault, a bien voulu de son côté faire rechercher le nombre des paralytiques généraux du département de l’IIérault par rapport aux autres aliénés et celui des femmes paralytiques générales par rapport aux hommes.

Voici les chiffres qui ont été relevés depuis 1869 jusqu’à la fin de 1901 inclusivement.

Dans l’espace de trente-trois ans :

il entre à l’asile 4,595 aliénés

dont: Hommes. 2,488 —

— Femmes 2,107 —

Sur ce total de 4,595 aliénés, il entre 886 paralytiques généraux , qui se divisent en :

Hommes . . .

Femmes . . .

Ce qui nous donne comme proportion pour 100 du total des paralytiques généraux par rapport au total des autres aliénés : 23,88, et une proportion pour 100 du total des paralytiques femmes par rapport au total des paralytiques hommes : 34,03. Le total des autres aliénés entrés, hommes et femmes dans

le même temps est égal à 3,709

dont: Hommes 1,827

— Femmes. ....... 1,882

La proportion pour 100 du total des paralytiques par rapport au total des autres : 19,28.

La proportion pour 100 des paralytiques hommes par rapport aux entrés, hommes et femmes : 14,38.

La proportion pour 100 des paralytiques hommes par rapport au total des hommes entrés : 26,56.

La proportion pour 100 des paralytiques femmes par rapport au total des femmes entrées : 10,67.

La proportion pour 100 des paralytiques femmes par rapport aux entrés, hommes et femmes : 4,89.

Nous sommes donc loin, on le voit, de notre proportion de 3,92 paralytiques généraux algériens, et, si l’on part de 1877 seulement, 6,22 chiffre encore très faible.

U faut enfin remarquer que la proportion des paralytiques indigènes femmes par rapport aux paralytiques indigènes hommes est beaucoup plus grande que la proportion similaire des paralytiques européens.

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