‹ Quelques remarques sur la paralysie générale chez les indigènes musulmans algériensChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Modalités de la paralysie générale chez les indigènes musulmans algériens.

Déjà M. Meilhon avait remarqué que la] forme maniaque dans la paralysie générale était la plus fréquente chez les indigènes musulmans algériens. Alors que le paralytique européen est plutôt débonnaire, l’Arabe au contraire est violent, il devient agressif.

Les observations de M. Meilhon sont très instructives à cet égard. Nous voyons en effet dans l’obs. II, K..., ben Af..., cafetier, âgé de trente-trois ans, à la suite de contrariétés commencer à divaguer; il n’est malade que depuis deux mois, etbientôt il en arrive à briser tout ce qui se trouve à portée de sa main; il menace de mort ses enfants et son oncle.

Il est vrai que ce malade s’adonnait à l’alcool et au kif. Nous aurons plus loin l’occasion de parler de ces deux causes d’intoxication.

Dans l’obs. VI, Al... ben H.., se porte àdes violences sur sa femme, et parmi des périodes de calme il est sujet à des crises de fureur.

Il en est de même pour Y... ben B..., employé au génie militaire, dans l’obs. VIII, également adonné à la boisson. M... Ben H.... de l’obs. IX, portefaix, sans antécédents bien spécifiés, est dans un état d’agitation extrême, avec des allucinations delà vue et de l’ouïe; il déchire ses

vêtements, dégrade les murs et menace de couper le cou aux personnes de son entourage. Le plus intéressant malade des observations de M.Meiihon, au point de vue de ses tendances aux idées de violence, est Ab.... ben Ah..., vingtcinq ans, étudiant, de l’obs. XII.

Le malade nous intéresse d’autant plus que c'est un malade civilisé, relativement instruit, nous ditM. Meilhon, qui a pris son observation d’une façon très détaillée et des plus complètes, puisque nous avons le résultat de son autopsie qui ne laisse aucun doute sur la nature de son affection.

Dans les observations recueillies par nous dans les registres des bâtiments Pinel (service des aliénés à l’hôpital de Mustapha), nous relevons les mêmes tendances aux idées de violence.

Dans l’obs. XV, Hadj Mohammed ben Mustapha, vingtquatre ans, sans profession, célibataire, nous voyons que ce malade, fantasque, violent, a l’idée bien arrêtée de tuer son frère. Omar ben Smaïn, quarante-cinq ans, scaphandrier, ne peut être gardé en salle commune, il vole les effets de ses camarades, il devient querelleur et méchant dès qu’on lui parle de restitution, il se dispute avec tout le monde à propos de rien.

Si Moussa ben Abderrahman de l’obs. XVII met ses menaces à exécution, ou plutôt il frappe avant d’avoir menacé. Il a été arrêté à Djelfa par la justice militaire, à la suite d’une scène de violence, au cours de laquelle il tue sa femme, son fils, blesse plusieurs autres personnes de son entourage et brise tout ce qui lui tombe sous la main.

Aicha bent Mohammed bent Ali, de l’obs. XIX, protège son entourage s’il feint d’entrer dans ses vues, mais se précipite avec fureur sur tous ceux qui ne partagent pas ses idées. Il en est de même de Djadoun mimi bent Mostefa de l’obs. suivante.

El Iiadj ben Tarifa (obs. XXI) a été arrêté à Laghouat, à la suite d’une querelle, et avait déjà mis deux fois le feu à un champ d’alfa, autour des tentes.

Ha ij Kouider Ahmed (obs. XXII), avant son entrée à l’hôpital, menaçait ceux qui l'entouraient de coups de couteau et de fusil.

Zerouah Ali ben Abdelkader (obs. XXIII), s’imaginant posséder des vignes qu’il n’a plus, se promène dans celles d’autrui, brisant, saccageant tout et menaçant de mort ceux qui veulent l’en empêcher.

Enfin Yakhlef Mohammed ben Abdelkader est arrêté à Boufarick pour délire furieux, et, à l’hôpital même, dans un état de gâtisme assez avancé, il se révolte et menace les infirmiers.

Ainsi formes maniaques et tendances agressives seraient, d’après M. Meilhon et à notre avis, les deux grands caractères de la paralysie générale chez les Arabes. Nous verrons plus loin, au cours de cette étude, ce qu’il faut penser de cette tendance et les conséquences importantes qu’il faut en tirer.

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