‹ Quelques remarques sur la paralysie générale chez les indigènes musulmans algériensChapitre 8 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Causes de ia paralysie générale chez les indigènes musulmans algériens.

'Examinons maintenant les différentes causes de la paralysie générale chez les indigènes musulmans algériens.

La civilisation est, pour M. Meilhon, le facteur principal de la paralysie générale chez les indigènes algériens. Il ne fait jouer qu’un rôle secondaire à l’alcoolisme. Nous sommes loin de partager son idée au point de vue de l’alcoolisme, ainsi que nous le verrons au chapitre suivant. Quant au facteur civilisation, il comporte en lui-même deux faits bien distincts.

Si sous le nom de civilisation on veut faire jouer un rôle à l’activité que les cellules cérébrales d’un Arabe auront à fournir pour arriver au développement des cellules cérébrales d’un cerveau européen, on passe à côté de la vérité; ne voyons-nous pas tous les jours, autour de nous, des Arabes occuper des situations qui exigent une activité cellulaire considérable.

Et tout d’abord, sans sortir de notre profession, ne voyonsnous pas des indigènes algériens acquérir le diplôme de docteur en médecine et remplir les devoirs multiples de leur état avec un parfait équilibre mental. Nous avons, parmi nos condisciples de l’Ecole d’Alger, plusieurs indigènes qui sont loin d’occuper le dernier rang. Il y a quelques mois à peine

l’Ecole des lettres d’Alger faisait une grande perte en la personne d’un de ses professeurs. Cet érudit était pourtant originaire du sud-algérien et avait acquis une renommée très justifiée d’ailleurs dans sa spécialité. Nous connaissons plusieurs officiers ayant passé par l’Ecole polytechnique et appelés à un avenir aussi brillant que leurs camarades européens. Et pourtant les études médicales littéraires ou scientifiques nécessaires pour arriver à ces situations exigent de longues années d’un travail cérébral assidu.

Nous rejetterons donc ce premier ordre de faits du facteur civilisation.

Mais si sous le nom de civilisation on comprend non seulement l’activité cellulaire cérébrale, mais encore tous les abus , tous les excès qu’entraîne, pour un peuple jeune, le contact d’un peuple plus avancé que lui, nous partageons entièrement les idées de M. Meilhon.

Les Arabes ne pouvaient manquer d’obéir à cette loi générale. Ils ont subi fatalement le sort des Indiens peaux-rouges de l’Amérique du Nord, des Indiens de l’Amérique australe, des Polynésiens et des naturels de l’Australie.

On pourrait toutefois nous objecter que les Arabes ne sont pas en voie d’extinction complète, comme les Indiens de l'Amérique du Nord, puisque bien au contraire leur nombre ne cesse de s’accroître depuis la conquête de l’Algérie. Nous pouvons opposer à cette objection deux arguments d’une certaine valeur :

D’une part, les Arabes, depuis la conquête, ont cessé de s’entre-tuer de tribu à tribu, les épidémies qui les décimaient ont été enrayées, en partie tout au moins.

D’autre part, les Arabes étaient mieux armés que les peaux-rouges. Une religion mettait un frein à leurs vices, au moins en ce qui concerne les excès alcooliques, en proscri-

vant d’une façon absolue les liqueurs fermentées. Nous verrons plus loin que ces prescriptions n’étaient pas toujours suivies à la lettre autrefois, et que depuis quelques années, sous l’influence dissolvante de la civilisation, elles ne sont plus guère en vigueur que chez quelques fanatiques dont le nombre, encore considérable, va malheureusement en décroissant de jour en jour.

Si nous relevons les professions des paralytiques généraux qui font le sujet de nos observations, nous voyons que pour les malades de M. Meilhon, en écartant les deux femmes sur lesquelles il manque de renseignements et une profession inconnue, nous voyons que, sur dix malades, six ou sept occupent des situations qui les mettent en contact incessant avec les Européens. Ces malades avaient rompu avec l’existence fataliste des Arabes, pour adopter sinon les habitudes et les mœurs, du moins les excès des Européens.

Les observations de notre propre statistique confirment cette opinion.

Voici, en effet, les professions des treize malades, relevées par M. Monestier sur les registres de l’Asile d’Aix, de 1890 à 1902, venant d’Alger.

Nous trouvons : un brigadier de police , un cultivateur ; un scaphandrier; une domestique élevée à la française dans un orphelinat à la suite de la famine et du typhus de 1868 ; une divorcée, probablement fille publique alcoolique, et huit aliénés sans profession connue (journaliers, cultivateurs ou terrassiers).

Parmi les malades, le brigadier de police avait malheureusement trop d’occasion de s’alcooliser, ne serait-ce que pour imiter ses collègues européens.

Nous écartons l’instituteur, sur lequel nous n’avons pas de renseignements.

La domestique, depuis sa plus tendre enfance, vivait en contact avec des Européens puisqu’elle était baptisée et suivait la religion chrétienne.

Quant à la divorcée, depuis sa séparation, elle mène une vie agitée, s’adonnant à l’alcool et subissant les excitations aussi bien cérébrales que physiques de sa pénible profession de prostituée de maison publique.

A propos des femmes, il faut d’ailleurs remarquer que presque toutes les paralytiques générales qui entrent dans les asiles, en France, sont des « irrégulières » et non des « légitimes », des femmes qui ont été plus exposées que les autres femmes de même condition de fortune, aux facteurs principaux, invoqués aujourd’hui, de la paralysie générale : surmenage, alcool, etc.

Il parait en être de même pour nos indigènes algériennes.

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