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Fraxçors OCTAVIEN. -- Femme vue de dos.
de genre pastichant de fort près le sentiment du Maître de Valenciennes. On a vu que des confusions s'étaient produites et combien flatteuses pour sa mémoire ! Et, naturellement, quand, à la suite des Goncourt, le public cultivé s’engoua de Watteau et de ses grâces, les petits tableaux de Philippe Mercier furent entraînés dans cette faveur.
Parmi les tableaux, on vit un Portrait de jeune fille (0,75 — 0,60), acquis à la vente de la Béraudière, en 1885, pour 2.050 francs.
En 1896, à la vente X..., de Londres, une Vue de Clifden et un Portrait de Frédéric, prince de Galles, et Trois Ladies, furent adjugés 6.200 francs (1).
Les estampes sont plus nombreuses.
1877. Vente Behague. La Leçon d'amour, d’après Watteau, épreuve à grande marge, 75 francs.
La Toilette, d’après Watteau, épreuve à grande marge, 135 francs.
1877. Vente Didot. Danse champêtre, d’après Watteau, 40 francs.
1895. Vente Byard. La Toilette, d’après Watteau, épreuve sans désignation d'état, 85 francs.
(1) Une grande toile attribuée à Philippe Mercier et intitulée Le Couple galant (H. 0,92; L. 1,12) a passé en vente, au moment de la dispersion de la collection M.R. A. à l’Hôtel Drouot (MM. Hémard et Lair-Dubreuil, commissaires-priseurs) le 17 juin 1931. Elle était écrite ainsi sous le n° 91 du catalogue : « Assis au pied d’un arbre, un jeune homme tient une bouteille garnie de paille; il à son bras gauche passé autour du cou d’une jeune femme qui lui tend une coupe en argent ».
1895. Vente Galichon. La Toilette, épreuve avec marges, 215 francs (1).
Boucard (2) cite, à la vente Destailleur, 1890, avant toute lettre, la Jeune Eveillée et la Belle Dormeuse, par J.-J. Avril (que nous avons déjà vues), acquises pour 29 francs.
L'Escamoteur, gravé par Ravenet, en 1877, passe à la vente Behague déjà citée: sans désignation d’état, 29Sfranes (Ct-1p 011);
Enfin la vente Dubois du Baiïs, en 1882, montre le Matin, le Soir, la Nuit, par Houston, en manière noire : /W{ranes:
A la vente de M. L.., en 1859, dirigée par M. Vignières, la Toilette, d’après Watteau, par Mercier, était montée à 141 francs. La pièce, fort rare, assure le catalogue, avait été payée 170 francs à la vente du baron de Vize, et ce fut une des quelques pièces qui restèrent au-dessous du prix d’acquisition.
Ces prix peuvent nous sembler, aujourd’hui, bien modestes. Mais si l’on veut-bien se reporter à l’époque où les amateurs consentaient à les offrir, on se dit qu’en somme Philippe Mercier, cet industriel de l’art de Watteau, n'eut pas trop à se plaindre de la postérité.
(1) Mireur, Dictionnaire des ventes d’art. Paris, 1901 et 1911- 10120 /ep 100:
(2) Gustave Boucarp, Dessins, gouaches, estampes et tableaux du XVIII® siècle. Paris, 1893, p. 398. à
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François Octavien (1), autre satellite de grandeur moindre encore, méritait-il de rester dans cet oubli d’où nous ne prétendons pas, certes, être parvenu à le tirer, mais au fond duquel personne n’avait songé à l’aller chercher jusqu’aux environs de 1910, époque où nous avons entrepris de retrouver sa trace?
Les quelques tableaux de lui que nous avons pu voir ont quelque chose de très provincial. On dirait qu’ils sont d’un peintre d’attributs, d’un artisan décorateur qui aurait fait du Watteau commercial, d’un ouvrier d’art qui trouve parfois, dans la lourdeur même de son exécution, dans la lenteur de sa verve, quelques accents assez naïfs pour nous le faire un peu aimer. On a l'impression qu’amené sans doute par de protectrices amitiés jusqu’en cette Académie royale, où le ton d’atelier devait se mêler à la courtoisie la plus aisée en même temps que la plus raffinée, il s’y trouva dépaysé, ne sut pas goûter le charme de cette Compagnie et s’en éloigna, timide, malheureux peut-être, et comme secrètement avide de cet oubli que l’avenir ne lui ménagea point.
Les renseignements que nous possédons sur ce peintre sont d’une grande rareté. Le peu de certitude que nous ayons à son égard se réduit aux documents officiels de
l’Académie royale.
(1) Louis DIMIER, Les peintres français au XVIII siècle. Article de M. Jean Messelet, vol. II, pp. 335 à 340.
Le Dictionnaire général des Artistes de l'Ecole française dit, à l’article Octavien :
« François Octavien, peintre de sujets galants, né à Rome, de parents français, mort à Paris, en 1736. Agréé le 30 septembre 1724; reçu académicien le 24 novembre 1725, sur la Foire de Vesoul (ce qui est une erreur), tableau que possède le Musée du Louvre. On voit de lui au Musée de Nancy deux tableaux dans le genre de Watteau : la Promenade dans le Parc, la Conversation dans le Parc. » (1)
Le Dictionnaire des Peintres, de Siret, signale qu’Octavien «imita Watteau avec succès » (2). Et c’est tout le signe particulier que lui reconnaissent les nomenclatures et les répertoires (3).
La première fois que son nom se découvre, c’est au sujet de son agrément par l’Académie royale de peinture.
Sa production fut sans doute restreinte; il ne se rencontre pas dans les catalogues de ventes célèbres, et ce qui nous reste de lui, ce sont trois tableaux, que nous étudierons séparément :
un au Louvre,
deux au Musée de Nancy,
et cinq petites gravures au Cabinet des Estampes.
À la date du 30 septembre 1724, on lit sur les registres de l’Académie royale le procès-verbal de séance suivant :
« Rédigé par Monsieur de Saint-Gelais.
(1) BELLIER DE LA CHAVIGNERIE, Dictionnaire général des artistes de l’école française. Paris, 1885, t. II, p. 172.
(2) Adolphe SireT, Dictionnaire historique et raisonné des peintres de toutes les écoles, 3° édition. Paris, 1883, t. II, p. 106.
(3) « Cet artiste a travaillé absolument dans le goût de Watteau. » Ch. LE Branc, Manuel de l’amateur d’estampes. Paris, 1854-1858, AUVOT; Ut. III, p.113:
< Aujourd'hui samedi 30 septembre 1724, l’Académie s'est assemblée à l’ordinaire pour la relevée du quartier. Les délibérations prises pendant ces trois mois ont été lues.
« Agrément de Monsieur Octavien.
« Le sieur François Octavien, né à Rome, a fait apporter à l’Académie un tableau représentant l’Entrée du Roy dans la Ville de Reims, pour la supplier de juger de sa capacité et de l’admettre dans la Compagnie, laquelle après avoir pris les suffrages par les fèves selon l’usage a agréé sa présentation.
« Il recevra de Monsieur De Boullongne, Directeur de l’Académie, le sujet pour son tableau de réception.» (1)
Suivent les signatures de trente académiciens présents, celle de M. de Boullongne venant en tête.
Les postulants au titre d’Académicien ne se présentaient généralement pas sans quelque certitude, sans quelque intelligence dans la place. Pourtant rien ne nous renseigne en la circonstance.
Le samedi 4 novembre 1724, M. de Saint-Gelais, secrétaire de l’Académie, résume ainsi la séance :
« Conférence; Esquisse du tableau de Monsieur Octavien agréée.
« Aujourd’hui samedi 4 novembre 1724, Monsieur Octavien, qui a été agréé au commencement de ce mois, a présenté l’esquisse pour son tableau de réception dont le sujet lui a été donné par Monsieur de Boullongne, directeur de l’Académie, qui a été agréé il y a six mois
(1) Procès-verbaux de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture (1648-1793), publiés par A. DE MOonNTAIGLON, d’après les registres originaux conservés à la Bibliothèque des Beaux-Arts, Paris, 1875-1892 (10 vol. in-8), t. IV, p. 383.
pour la fournir à l’Académie, — son tableau représentant La Foire de Bezons.
«La vie de Monsieur de Vanoltal (sic) a été lue et a occupé la séance.
« Monsieur Hallé et Monsieur Le Lorrain ont été nommés pour aller voir travailler Monsieur Octavien. » (1)
Depuis certaine imposture dont l’Académie avait failli être victime de la part d’une jeune agréée, M" Averman, élève du maître hollandais Van Huyzum, une coutume avait été prise de déléguer deux membres auprès de chaque nouvel agréé. Ils devaient, de visu, constater sa bonne foi technique.
Il est fâcheux que Hallé dans ses Mémoires ait donné tant de place à ses spirituelles querelles de ménage au détriment de ses souvenirs d’Académicien.
Il fut en rapport avec tout ce qui portait un nom à son époque, et vécut dans l'intimité de plusieurs peintres célèbres, ses contemporains et amis.
Toujours est-il qu’il me prononce pas le nom d’Octavien et qu’en cette année Octavien n’est pas encore mentionné sur le registre d’adresses des Académiciens. Son nom n’y figurera qu’en 1724.
Peut-être n’habitait-il pas encore Paris.
En marge du procès-verbal de la séance (séance du 4 novembre 1724), on lit :
«Ce matin l’Académie a fait célébrer un service aux Grands Augustins pour les officiers décédés pendant cette année, et tous les Académiciens ont été invités par billets. »
(1) Procès-verbaux de l’Académie, t. IV, p. 384.
L’étiquette et la courtoisie étaient fort ‘observées à l’Académie.
Quand elle apprend la maladie d’un de ses membres, deux Académiciens sont envoyés auprès de lui, qui, à la séance suivante, rendent compte de leur visite et des remerciements exprimés par le visité.
Quand un décès se produit, M. de Saint-Gelais, secrétaire, en fait part à l’assemblée dès le début de la réunion. On ne manque point de lire, au nouvel an, les lettres adressées par les membres retenus au loin. Le duc d’Antin, protecteur officiel du docte corps, a beaucoup de peine à se soustraire aux harangues et délégations qui, sous tout prétexte, lui sont adressées.
Ce formalisme de bonne compagnie fait ressortir l’isolement où semble vivre et mourir Octavien.
Nulle mention quant à son décès ni quant à son absence.
Enfin, le grand jour de la réception arrive, c’est le samedi 24 novembre 1725.
Toute la première partie du procès-verbal est réservée à la réception de M. de Lyen. Puis nous lisons :
« Après, Monsieur François Octavien, de Rome, peintre dans un talent particulier, ayant présenté un tableau représentant La Foire de Bezons, qui lui avait aussi été ordonné pour sa réception, a été reçu de même.
« Son présent pécuniaire étant pareillement modéré à 100 L et ensuite a prêté serment entre les mains de M. de Boullongne. »
Comme on le voit, c’est une réception modeste qui ne soulève aucun enthousiasme semblable à celui que provoque «le morceau » de Chardin ou celui de De Bar, cet
autre oublié. Le présent pécuniaire n’est guère plus fort que cent livres dans la plupart des réceptions, du moins jusqu’en 1730. Après cette époque, des versements sont imposés de 200 et même 400 livres.
Octavien, académicien à partir de ce jour même, signe parmi ses nouveaux collègues. Sa signature tranquille et vaste est en tous points semblable à celle des deux tableaux de Nancy dont nous parlerons.
Elle se retrouve également à la suite du procès-verbal de la séance du 29 décembre 1725 où sont reçus Le Gros et Collin (1).
Avant de quitter cette année 1725, capitale dans la modeste carrière de notre peintre, il serait peut-être opportun de citer le document qui nous reste au Cabinet des Estampes (2).
Il est composé de cinq planches gravées au burin, de petit format, et qui durent être réunies en cahier.
La première sert de titre. C’est une inscription dans une sorte d’écusson d’un style très xvirr° siècle, composé d’une draperie soutenue par deux palmes et soulevée par un fronton. La mention est la suivante :
Figures Françoises Nouvellement Inventées par Octavien à Paris * Chez L. Surugue, Graveur, rue des Noyers Vis-à-vis la rue St-Yves avec privilège du Roy
(1) Procès-verbaux de l’Académie, t. IV, p. 406. 2) AA, supplément relié.
Ces planches sont très curieuses, à cause des détails de costume qu’elles nous donnent et aussi par l’habitus corporis qui, d’après elles, semble avoir été de rigueur chez les roués de Philippe d'Orléans.
Le dessin en est plus que douteux et cependant un grand charme s’en dégage.
C’est d’abord un jeune seigneur vu de trois quarts, figure poupine, silhouette démesurément allongée, très proche de ce petit groupe de personnages situés au deuxième plan dans le tableau de la Foire de Bezons dont nous reparlerons. La perruque est courte, nouée derrière, et la physionomie a cette allure un peu molle que donnent les sourcils trop allongés, le nez court et petit et les yeux trop écartés, caractéristiques de visage d’origine flamande qui se retrouvent chez tous les petitsmaîtres imitateurs de Watteau. La main se repose dans le jabot, très basse, mal placée.
Chaque planche est signée : « Dessiné et gravé par Octavien, retouché par Fobone.>»> (1)
Cette collaboration est piquante. François Octavien, de Rome (comme dit le procès-verbal de l’Académie) est presqu’un étranger et Fobone est Hollandais, L’art de Watteau s'était répandu sur toute l'Europe, et naturellement dans les Provinces Unies (2), et, par un singulier retour, des étrangers venaient le mettre en pratique chez nous.
Le fond est de ciel; à gauche et à droite, des arbres griffonnés dans le genre de Watteau.
(1) Ce Fobone est le graveur hollandais, Quirin Fonbonne, qui travailla à Paris de 1720 à 1734. Cf. Ch. Le BLanc, Manuel de l'amateur d’estampes. Paris, 1856, t. II, p. 244.
(2) J.-A. DiuxsHooRN, L’Influence française dans les mœurs et les salons des Provinces-Unies. Paris, L. Arnette, 1925, in-8.
Ne serait-ce pas comme un essai d’acclimatement que cette étude des élégances parisiennes par un peintre de science romaine ?
La deuxième figure représente une jeune femme caressant de la main un petit chien à poil frisé, assise sur un banc, contre un très volumineux vase de pierre. Le fond est de ciel surtout, agrémenté d’un bassin et de deux jets d’eau. L'arbre de rigueur est placé tout à fait à gauche. |
Le troisième personnage, très richement vêtu dans le goût « régence », s’accoude contre un ornement de jardin, en pierre, la canne attachée au poignet. Le fond de ciel et d'arbres est adroit et gracieux.
Enfin Octavien, toujours avec l’aide de Fobone, nous montre une dame vue de dos, d’une élégance singulière : la tête est minuscule, sur un corps que les paniers, recouverts d’une sorte de peignoir de soie, rendent pyramidal, la tête est de trois quarts, inclinée, selon un cliché dont ne se lasseront pas les peintres de genre de ce temps. ;
Il y a beaucoup plus de métier dans cette dernière planche. Le profil très clair est habilement ménagé sur le fond. Il y a de jolies teintes blondes et chaudes dans le miroitement du manteau. Le paysage est insignifiant. Cette quatrième et dernière petite planche de la série a d’ailleurs beaucoup plus de style que les trois autres. Certes, elle n’est pas moins invraisemblable au point de vue de lPanatomie. Il ne s’agit là que de gravures de mode, et dans aucun temps les auteurs de ces travaux ne se sont tenus pour obligés à respecter l’anatomie. Ils sont d’ailleurs logiques en la négligeant. Mais, précisément, tandis que les trois premières ne sont en somme que des modèles de vêtement, celle-là synthétise une mode, avec toute
l'audace de ses vœux : l'ampleur des soieries légères et des paniers, cette hanche extraordinairement sortie et qui, dans la perspective, fait penser à quelque monstrueuse grossesse, cette petite ruche reposant sur les clavicules, et, tout au sommet de cette pyramide énorme et sans pesanteur, faite de satinette, de linon, d’osier, enveloppant un si frêle corps, une minuscule tête à l’oreille bien ourlée, à la nuque dégagée, se dressant, calme et fière, dans sa fragilité.
Octavien n'est pas ce qu’on pourrait appeler un audacieux. Il l’est ici pourtant; il nous restitue ce qui était la vérité d'impression de son époque, avec une vigueur et une franchise qui déconcertent et qui excitent l’imagination. Il fut poète sans le savoir en griffonnant cette figurine implausible et soyeuse.
Ce petit ensemble de gravures, qui peut-être au début comportait une série plus nombreuse, est, comme on l’a vu, très nettement daté de 1725, année même où François Octavien était reçu parmi l’Académie. « Si l’on compare cette suite avec les figures de mode de Watteau », dit un ouvrage récent, «on constate que l’imitation est mani-
feste » (1).
Nous retrouvons Octavien à la séance du mardi 14 mai 1726. Il est présent également le 25 mai et le 13 juin (2).
Il est officiellement inscrit au nombre des Académiciens et demeure « Au bout du marché neuf, joignant un batteur d’or Au Lion d’Or ».
(1) Emile Dacier et Albert VUAFLART, Jean de Julienne et les graveurs de Watteau au XVIII siècle. Paris, 1929 (3 vol. in-4° et
1 vol. de pl. in-fol.), t. I, p. 167.
(2) Procès-verbaux de l’Académie, t. V, pp. 7, 8, 9.
On ne saurait tirer une conclusion quelconque au sujet de ses changements de domicile nombreux et des endroits plus ou moins imprévus auxquels se gîte Octavien.
Plusieurs des peintres de ce temps, à l’instar de leur maître Watteau, furent de grands nomades à travers Paris.
Le vendredi 28 juin 1726 a lieu la distribution des prix de l’année 1725 par Monsieur de Boullongne, et des petits prix des deux derniers quartiers de la même année. On procède à l’agrégation, « par les fèves», de Jacques Dumont.
Coypel présente une partie de ses ouvrages gravés, entre autres son Don Quichotte, et en fait présent à l'Académie.
Octavien assiste à la séance (1).
Le 31 août 1726, Nicolas Ribellier est agréé. Allais (sic) reçoit le premier prix, Trémolière le second, ainsi que Slotz. Octavien est présent encore. Il signe presque toujours dans les derniers ou bien en marge (2).
Le lundi 30 décembre 1726 (le manuscrit dit « samedi », M. de Montaiglon signale l’erreur), Monsieur de Saint-Gelais annonce la mort du sculpteur Du Mont. Le Clerc est nommé professeur de perspective à sa place. Octavien assiste à la séance (3).
Octavien assiste à la séance extraordinaire de lundi 30 juin 1727, au cours de laquelle deux prix égaux sont décernés par M. le Duc d’Antin à De Troy et Lemoyne.
32 Académiciens signent le procès-verbal (4).
(1) Procès-verbaux de l’Académie, t. V, p. 10. CDI, TV, p.14:
(GNT RL eV DM CETTE Ep 27
Le samedi 30 août 1727, le 1° Prix de Peinture est décerné à Subleyres, le second à Blanchet. Les prix de sculpture sont donnés à Roettiers et Van den Voort.
Octavien assiste à la séance qui réunit 41 Académiciens, et, exceptionnellement, signe quatrième, après de Boullongne, Van Clève et Coustou l’Aîné (1).
Le registre nous apprend qu’il demeure «11, rue de Meslé, sur le cours près de la porte Saint-Martin ».
Il n’écrit point à l’Assemblée pour le nouvel an.
Cependant, le samedi 31 décembre 1729, après une éclipse de plus de deux ans, nous le retrouvons à la séance où l’on prépare le compliment d’usage à Mgr le Duc d’Antin (2).
D'ailleurs il a fait de nouveau voyager ses pénates et se trouve logé cette fois chez M. l'abbé de Saumaize, à l’entrée de la rue Saint-Nicaize.
Enfin, en l’année 1730, se produit un petit événement qui, sans doute, sans qu’il nous soit possible de deviner en quel sens, bouleversa quelque peu sa vie d’académicien du Roy.
Le samedi 15 avril 1730, alors qu’Octavien se trouve habiter «au milieu du Pont-Neuf, Au Chagrin de Turquie », quartier de peintres par excellence, Monsieur de Saint-Gelais fait savoir que «la compagnie a fixé l’assemblée particulière pour l'établissement de la capitation, au jeudi 29° de ce mois, à neuf heures du matin, où se trouveront : MM. de Boullongne, Directeur; Van Clève, Chancelier; Coustou l’Aîné et De Largillière, Recteurs; De Troy et Coustou le jeune, Adjoints à Recteurs; François Le Moyne, Adjoint pour le Professeur du mois, et à tour
(1) Procès-verbaux de l’Académie, t. V, p. 31. (2) Id At EVE ED 65
de rôle; MM. Hallé, Professeur; Le Clerc, Adjoint à Professeur; Buys, Conseiller; Octavien, Académicien et MM. Meusnier, Trésorier, et de Saint-Gelais, Secrétaire. > (1)
Octavien, d’ailleurs, n’est pas là.
Or, l’assemblée en question a lieu le 29, en effet, et le procès-verbal, par erreur sans doute, est daté non pas jeudi 29, mais samedi 29. L'Académie est assemblée par convocation générale.
« Le Secrétaire a lu le rôle de la répartition de la capitation pour la présente année 1730, et a dit après que, comme quelques Académiciens sont peu exacts à payer la capitation et que même il y en a qui doivent plusieurs années, il a été résolu par la compagnie d’exécuter la délibération du 27 de May 1724 qui porte : «que ceux qui ne paieront point leur capitation dans le cours de chaque année, seront raïés de la liste de l’Académie », à quoi la compagnie a ajouté : «et dénoncés à l’Hostel de Ville comme n'étant plus du Corps», et ensuite a fait lecture de la délibération du 27 de May. » (2).
Or Octavien, qui cependant avait été personnellement désigné pour faire partie de l’assemblée particulière, en vue de l’établissement de la capitation, n’est pas davantage présent le 29 que le 15.
Qu'était-il arrivé? Plusieurs hypothèses viennent à l'esprit. Il en est une qui, malheureusement pour Octavien, semble, à première vue, la plus vraisemblable.
Pourquoi fut-il choisi parmi tant de collègues plus illustres pour participer à la tâche délicate de l’établisse-
(1) Procès-verbaux de l’Académie, t. V, p. 70. CBI SE AVES De
Prancxe XVIII
(Musée du Louvre).
-#e de Bezons.
a uRo
François OCTAVIEN.
Praxcne XIX
Fraxçors OCTAVIEN. — La Répétition dans un parc. (Musée de Nancy).
Praxcue XX
François OCTAVIEN. - Pierrot désappointé.
(Musée de Nancy).
Praxcnes XXI et XXII
SE
François OCTAVIEN. -— Réplique de la Foire de Bezons. (Collection de M. Hugo Helbing, de Munich. Ancienne collection Oulmont).
François OCTAVIEN. — La réunion champêtre.
le à PPT CS LR, VS D ER © EC en 7 2 de 20 NU ENCRES T
ment de la capitation? Peut-être était-ce de la part de l'Académie une manière de l’accueillir après une longue absence. Peut-être aussi, et quand on connaît les mœurs ultra-courtoises de la Compagnie, cette réponse se présente d’abord : Etait-ce pour, poliment, lui forcer la main et l’obliger à payer sa propre capitation?
Cette absence qui semble systématique, cet honneur inattendu, constituent un petit problème dont la solution n'apparaît guère.
Octavien peut avoir été «raïé > sans que mention, par délicatesse de l’assemblée, en ait été faite au procès-verbal. En effet, pendant l’année 1733, l’Académie note la nouvelle admission en son sein de Sylvestre, qui avait été « raïé » pour non paiement pendant un séjour à l'étranger. La radiation n’avait pas été marquée au procès-verbal.
En a-t-il été de même pour Octavien? C’est possible. Mais alors pourquoi les registres donnent-ils son adresse jusqu’en 1735?
Toujours est-il qu’à la suite de cette séance du 29 avril 1730, on ne verra plus Octavien à l’Académie.
Cependant nous savons qu’il habite en 1731, rue du Petit-Pont, au nom de Jésus; il y demeure en 1732 et 1733. En 1734 il quitte Paris et va à Versailles où il s’installe rue du Chenay.
Il y est encore l’année suivante, en 1735.
En 1736, il a cessé de figurer; ceux qui se trouvaient ses voisins de registre subsistent encore, mais on y cherche en vain le nom de François Octavien,
Un nouveau point d'interrogation se présentait. Dans un article du Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, de 1910, intitulé : « Documents biographiques inédits sur le peintre François Octavien », M. François Merlant, de Nantes, dit avoir trouvé dans les archives
municipales de Nantes, l’acte de décès d’un François Octavien, peintre, mort en 1792.
Le 23 avril 1730, le dit Octavien est désigné comme parrain dans un baptême sur le registre de la paroisse de Saint-Léonard.
Il meurt, époux de Magdeleine Dijon, et est enterré paroisse Saint-Léonard, le 30 décembre 1732.
Or, en 1732, nous l’avons vu, Octavien a son domicile rue du Petit-Pont, au nom de Jésus, et il change d’adresse en 1734.
Cette différence de date nous avait semblé suspecte et nous conduisit à chercher les traces du passage d’Octavien à Versailles. C’est ainsi que nous avons pu découvrir le véritable acte de décès, M. Merlant ayant été induit en erreur par une double similitude de nom et de profession.
Extrait du registre des actes de décès de la ville de Versailles pour l’année 1740
« L’an mil sept cent quarante, le cinquième jour de novembre, François Octavien, Académiste de l’Académie royale, âgé de cinquante-huit ans, décédé le jour précédent, époux de Jeanne Giraux, «a esté inhumé dans le cimetière de cette paroisse par nous, soussigné, prêtre de la mission, faisant les fonctions curiales en présence de Etienne Quillard et de Antoine Lafitte et de Jean-Charles Pigalle qui ont signé avec nous. »
« Suivent les signatures : Lafitte, Quillard, Pigalle et Perrolet, prêtre. »
Cette pièce prouve que François Octavien eut une vie relativement longue et, de plus, nous renseigne sur la date de sa naissance, 1682.
Il ne put subir l'influence de Watteau qu’en la deuxième moitié de sa vie.
Toute sa jeunesse appartient encore au xvinr* siècle et ceci nous explique d’où vient ce parfum vieillot qui se dégage de la Foire de Bezons.
On se rappelle qu’Octavien fut agréé le 30 septembre 1724 et ce n’est pas sans surprise que nous avons vu choisir ce sujet curieux : la Foire de Bezons.
Le tableau présenté par Octavien à l’Académie avait trait à l’entrée du Roy dans la ville de Reims. Cette toile devait comporter, par sa définition même, assez de mouvement et M. de Boullongne n’oublia point ce caractère, en donnant à traiter la foire de Bezons.
L'œuvre, en tant que morceau de réception, fut toujours conservée au Louvre.
La foire de Bezons s’ouvrait le premier dimanche de septembre et faisait grand bruit chaque année. La date d'agrément d’Octavien semble prouver qu’on prit un événement d'actualité pour en faire «un sujet ».
La vogue de cette foire fut considérable pendant tout le xvrr° siècle. C'était une réunion d'automne, à la fois populaire et mondaine, qui fut maintes fois célébrée par les vaudevillistes et les dessinateurs.
La vaste plaine des Sablons, où se trouvent Courbevoie et Bezons, assistait à un perpétuel va-et-vient entre Versailles et Paris. Les revues avaient lieu à Bezons. La caserne des Suisses était à Courbevoie et c’est de là que Mandat, commandant de la Garde Nationale, les fit venir au Palais des Tuileries, le 9 août 1792. Les Parisiens de bon ton ne manquaient pas de fréquenter assidûment Bezons, comme on disait alors, pendant la durée de la foire, et Gabriel de Saint-Aubin en fit une esquisse très vivante. La verve populaire s’y exerçait aussi. Une estampe,
à l’Arsenal, à la fin du siècle, représente un homme ivre monté sur un âne, les poches retournées, et s’appelle : Retour de Bezons.
Il existe au Musée Carnavalet un dessin à la plume, lavé, provenant de la collection Destailleur, et représentant un coin, si l’on peut dire, de la foire de Bezons, un coin aristocratique et choisi. Ce dessin, traité d’une manière très libre et très agréable, se retrouve à peu près semblable dans les cartons des dessins du Louvre (Anonyme xvir1*, n° 34.729).
Mais son auteur a voulu donner une vue à la fois panoramique et fractionnée de la foire de Bezons, car, aux cartons suivants, aux n°° 34.671, 34.672, 34.673, se trouvent trois dessins qui, visiblement, font corps avec le premier que nous avons indiqué, et montrent la partie populaire de la réunion. Ils sont riches en scènes mouvementées et triviales, nous renseignent sur le caractère à la fois plébéien et délicat de cette assemblée, qui devait inspirer à Dancourt sa comédie intitulée la Foire de Bezons, et où l’on chante :
Haut le pied, belle Alizon, Pour gambader, rire et boire, Vive la foire de Bezons.
On y danse
En cadence
On s’y balance
Sur le gazon.
Une autre comédie satirique a pour sujet : Le Retour de la foire de Bezons. Il s’agit d’un acte mis au théâtre par Evariste Gherardy et qui fut représenté pour la première fois par les comédiens du Roy dans leur Hôtel de Bourgogne, le 1° octobre 1695. La scène, dit le texte, est au Roule, sur le chemin de Bezons.
Le 9 octobre de cette même année 1695, il y eut une plainte du commissaire Le François, au lieutenant de police de la Reynie au sujet de cette pièce, où «les commissaires du Chastelet étaient tournés en ridicule ».
Il y avait à Bezons, dit le Dictionnaire historique de Paris, de Hurtaut et Magny, tous les ans, le dimanche d’après la fête de Saint-Fiacre, un grand concours de Parisiens «qui y venaient en habit de bal, soit en équipages magnifiques, soit à cheval ». On y donnait des fêtes et il s’y faisait des jeux de bague et autres divertissements, en faveur des dames.
Octavien, hanté par les élégances, n’a pas cherché la vision « peuple » de la foire. Il semble avoir été bien plus séduit par la douce promiscuité des gens nés et du « populaire >» respectueux.
Il cherche à la traduire dans sa toile. A vrai dire, ce n’est point une œuvre capitale. Octavien a plus d'esprit que de talent, il conte avec adresse, et peint mal.
Il se manifeste en tout cas par son goût disciple, presque copiste, de Watteau; son idéal esthétique est l'Embarquement, et malgré l’énorme inégalité qui règne entre le maître et l’élève, cette obsession apparaît nettement.
Qu'il nous soit permis de nous y arrêter un instant.
Il y a dans la Foire de Bezons des particularités bien curieuses, et malgré la froideur du premier aspect et du coloris, une quantité de détails amusants s’en dégagent.
C’est d’ailleurs par là que se sauvent généralement les paysages anecdotiques à plusieurs personnages.
Tout à fait en avant, au premier plan, un couple très roturier, assis, vu de dos, est en train de boire. Il coudoie presque un seigneur et une dame assis près d'eux. Visiblement Octavien veut donner l'impression du laisseraller condescendant des personnages raffinés, allant en
parties fines à ces foires semi-paysannes, alors que le goût des bergeries attendrissait les têtes poudrées. Il y a parmi ces petits groupes mal reliés entre eux, placés sur des plans successifs que n’appelle aucune transition, de touchantes délicatesses. Quel paysage pouvait mieux tenter ces puérils et sincères amants de la nature que ces visions d'Ile-de-France, claires, gaies, calmes, et toujours ayant l’air un peu «faites exprès». Dans la toile d’Octavien, on trouve un parfum de Versailles, un écho du roulement des lourds carrosses sur les larges pavés du Roy, et surtout, un perpétuel rappel de la grâce flamande de Watteau.
Les peintres qui s’enfermèrent dans cette imitation unique, gardaient, malgré tout, surtout malgré eux, certaines manières qui leur sont propres. Or, des œuvres où ses disciples le pastichent avec le plus d’acharnement, se dégage une impression en quelque sorte affectueuse et intime. Watteau, simple et calme, dut garder le souvenir de ses débuts sur le Pont Neuf, et dut se montrer accueillant pour ceux qui le connurent.
Un exemple curieux de ces hommages attendris se trouve dans la Foire de Bezons. Octavien place dans l'ombre de sa royale futaie, tout au loin, la silhouette exacte du Gilles de la salle La Caze. L’intention saute aux yeux. Une fois qu’on a découvert cette minuscule blancheur, on s’aperçoit que c’est là le point central du tableau. Tout au loin, dans ce sous-bois majestueux, perdus un peu dans cette clarté bleue qu’affectionne Octavien, évoluent des personnages dela Comédie italienne: un Arlequin dans cette pose de danseur espagnol, vu de profil, où le représente souvent Gillot, Çà et là, des « conversations », d’un art très conventionnel, mais gTacieux pourtant.
Ce Gilles n’est-il pas une dédicace charmante ? Or ce
détail est trop discret, trop lointain, pour que l’idée de plaire au public l’ait suggéré. Il suppose plus d’affection que de respect officiel, et, dut-on mériter l’accusation de présomption, on serait tenté d'y voir la preuve morale d'une influence protectrice de Watteau à l’égard d’Octavien (1).
La valeur technique du tableau n’est pas considérable. Visiblement la main et l'œil d’Octavien sont en retard de vingt ans à peu près sur son époque. Son « métier », si l’on peut s'exprimer ainsi, est bien italien, ou tout au moins provincial.
La Foire de Bezons, malgré sa mise en page et ses détails qui, eux, appartiennent bien à leur temps, est peinte encore comme on peignait les paysages vers 1670 : les deux cavaliers de droite sont lourds, les chevaux que l’on reconnaît de race allemande à leurs têtes petites, à leurs chanfreins busqués, à leurs vastes croupes, font penser à Van der Meulen et à certains carrousels belliqueux de Salvator Rosa qu'Octavien a dû voir à Rome.
L'ensemble de sa composition, qu’il a voulue frivole, tend, malgré tout, à la noblesse. Il dénote un artiste n’ayant pas, de lui-même, et par son génie spontané, suivi l’évolution qui se marque dans l’art depuis le Débarquement de Cléopâtre, par Le Lorrain, jusqu’à lEmbarquement pour Cythère, par Watteau.
Il ne résiste pas au besoin de placer de l’architecture dans les derniers plans : le mot de plan revient toujours
(1) Parmi les réminiscences de Watteau que contient la Foire de Bezons, MM. Dacier et Vuañflart signalent le galant cavalier qui aide une femme à descendre de cheval, groupe emprunté au Rendezvous de chasse, de la galerie Wallace, à Londres (n° 416, Jean de Julienne et les graveurs de Watteau, t. I, p. 167).
sous la plume en analysant l’œuvre d’Octavien; en effet, c’est à quelque succession de décors, terminée par une toile de fond, que fait penser la Foire de Bezons. On sent en Octavien l'artiste d’Ecole.
Il n’est point trop étonnant toutefois qu'Octavien se soit assimilé tout au moins les effets, les « trucs >» pourraiton dire, des tableaux de genre français. En 1703, Rosalba exerce une influence réelle en Italie. Cosme III lui commande un portrait par elle-même et le place aux « offices ». Beaucoup de peintres français s’installaient à Rome; par exemple J.-B. Van Loo se mettait au service de Victor- Amédée de Savoie, dès 1712; il avait déjà peint pour Amédée de Savoie et le prince de Carignan de nombreux tableaux mythologiques et religieux destinés à l’église Santa Maria della Scala, à Turin, et deux plafonds pour le château de Rivoli. En 1720 Vernansal se fixe à Padoue; il y accomplit de très grands travaux.
Les cartons voyageaient, les gravures surtout. Octavien n'eut pas besoin de voir les œuvres de première main pour être attiré vers la manière française. D’ailleurs, il semble ne pas avoir appris d’elle cette atmosphère bleutée, un peu froide, aux tons de pastel, qui baigne ses tableaux, évoquant un faux jour d’atelier. Cette teinte se retrouve dans beaucoup de peintures légères italiennes; elle donne à la Foire de Bezons, à cet ensemble trop visiblement fabriqué, un aspect un peu glacé.
Comme dans toutes les imitations raisonnées, produites par une analogie obligatoire, les Signes distinctifs du modèle qu’on se propose s’y retrouvent tous. Et néanmoins la manière de peindre d’Octavien ne ressemble en rien à celle du maître.
Chez Watteau — nous y reviendrons en étudiant Bonaventure De Bar — la toile est d’abord couverte d’un enduit
en bistre, et le tableau fortement ébauché, monochrome pour ainsi dire, reçoit le coloris par touches qui laissent plus ou moins transparaître la préparation et parfois même ne la recouvrent pas du tout. Un empâtement préalable et rapide donne un relief discret aux figures tout en laissant au tableau cette généralité de tons chauds qui est si spéciale à Watteau.
La méthode d’Octavien est plus simple. Il esquisse aux crayons et peint. Il peint avec peu d’épaisseur, et n’a pas un grand sens des harmonies de teintes. C’est un élève, un bon élève, et un conteur parfois heureux.
Nous savons par Dezallier d’Argenville le fils, où La Foire de Bezons avait été placée au Louvre au xvirr° siècle. La « description de l’Académie » ne fut éditée qu’en 1781, mais de son propre aveu, le manuscrit était depuis longtemps en chantier.
« Salle d'Assemblée, dit-il, en face des croisées, se voit : Un pèlerinage à Cythère, par Watteau; La Foire de Bezons, par Debar; un tableau de Watteau représentant Persée pétrifiant Phinée en lui montrant la tête de Méduse.>» (1).
La Salle d'Assemblée est devenue la salle des bijoux antiques. Dezallier d’Argenville semble donner Debar comme auteur de la toile d’Octavien. De fréquentes confusions se sont probablement produites entre ces deux peintres.
Dès 1775, l’inventaire signale au garde-meuble, 88 tableaux dont la plupart sont anonymes ou en très mauvais état; parmi eux se trouve celui d’Octavien.
Dans l’ « Etat des tableaux et morceaux de sculpture
{) DÉZALLIER D’ARGENVILLE (Antoine-Nicolas). Description sommaire des ouvrages de peinture, sculpture et gravure exposés dans les salles de l’Académie Royale. A Paris, 1781, p. 59.
de la ci-devant Académie de Peinture, transportés au dépôt de la maison de Nesle, conformément à la lettre du Ministre de l'Intérieur en date du 3 thermidor an IV » (21 juillet 1796), il est mentionné : en très mauvais état : « 1 tableau, Fêtes champêtres, par Octavien — bordure. »
L’inventaire de l’an IL, confirme que le tableau d’Octavien se trouvait au garde-meuble. Sous le n° général 796 et n° 71 dans la catégorie des tableaux de genre, on a : la Foire de Bezons — M. François Octavien. Ce tableau entra à l’Académie le 24 novembre 1725. Il arrive au dépôt de Nesle en l’an IV. Duvivier le signale au Musée du Louvre, dès 1892 (n° 664 du catalogue sommaire).
C’est donc sans doute bien le tableau de De Bar que d’Argenville a vu à l’Académie. Il l’a faussement intitulé Foire de Bezons, En effet, l'inventaire de l’an II signale dans la Salle d'Assemblée (n° 510 — et n° 32 parmi les tableaux de genre) Une Foire de campagne, par Bonaventure De Bar. Ce tableau entra à l’Académie le 25 septembre 1728. On perd sa trace après 1793. Duvivier, en 1852, le signale au Musée: du Louvre, où il est encore aujourd’hui (n° 203, du catalogue sommaire) (1).
Bellier de la Chavignerie, Lafenestre et Richtenberger désignent l’œuvre d’Octavien sous le nom de Foire de Vesoul. La réunion suburbaine que présente Octavien est bien la foire de Bezons. Les procès-verbaux de l’Académie royale font foi.
La «leçon» Foire de Vesoul était favorisée par la présence, au Musée de Nancy, de deux toiles de notre peintre, qui furent données au Musée par l’émigré de Chamisso.
(1) André FonNTaINE, Les collections de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Paris, Laurens, 1910, pp. 96, 99, 194, 207.
FRANÇOIS OCTAVIEN 123 On trouve à Nancy, dans les premières années du XVII siècle, les traces d’un peintre du nom d’Octavien. Il se prénommait Bernard, et fit, en 1700, des peintures dans les appartements de la Duchesse de Lorraine, à Nancy, d’après les dessins de Pierre Bourdier, architecte. En 1701, il travailla pour des ornements de plafond du cabinet du Duc, au château de la Cour, à Nancy (1). Or, François Octavien, d’après Champeaux, aurait débuté au château de la Malgrange, près de Nancy, en 1700, en décorant les appartements de la Princesse de Lorraine (2). Nous avons consulté le président de la Société d’archéologie lorraine pour savoir si Bernard Octavien et notre François Octavien ne seraient pas le même personnage. M. Pierre Boyé eut la grande amabilité de se reporter aux documents eux-mêmes et de nous les faire connaître. Il existe à Nancy des quittances signées <« Octavien ». Dans l’une des pièces, «Octavien, peintre à Nancy » reconnaît avoir reçu la somme de 94 + 10 sols pour prix des ouvrages de peinture qu’il a faits au château de Malgrange, en 1700. Dans la seconde il est appelé Bernard Octavien : mais en comparant la signature de ces acquits avec celle des deux tableaux du Musée de Nancy, on s’aperçoit qu’elles sont identiques. Bernard Octavien et François Octavien seraient donc le même individu. Les archives du Musée de Nancy sont pauvres de détails
(1) Réunion des Sociétés des Beaux-Arts et des départements, ÉCRIT 899 D 477:
(2) CHAMPEAUX, Histoire de la peinture décorative. Paris, 1890, p. 242.
La Malgrange de 1700 a été démolie quelques années après, pour faire place à un nouveau palais, lui-même renversé en très grande partie dès 1766.
sur François Octavien. L’émigré de Chamisso donna-t-il au Musée ses « Octavien », avant ou pendant l’émigration proprement dite? Faut-il se rappeler à leur sujet les saisies révolutionnaires ? De toutes façons, il n’existe rien dans les archives du Musée de Nancy qui.concerne Octavien, en dehors des notes d’inventaire ci-dessous :
Premier, 4 déc. 1793; deuxième, 20 déc. 1793; troisième, 30 mai 1794.
Premier inventaire ou état.
« À conserver de l’émigré Chamisso (1):
«N°° 10, 11, 12, 13, quatre jolis tableaux peints par Octavien dans le goût de Watteau; ils représentent des jeux d’enfants bien coloriés. Bordures dorées 15 pouces 1 pied, estimés 60 L. »
Deuxième inventaire ou état :
« N°° 40, 41, 42, 43, quatre jolis tableaux dans le goût de Watteau, dont deux peints par Octavien, les deux autres par Lancret. Is représentent des jeux d’enfants. »
Troisième inventaire ou état.
« Chamisso :
« N°° 11, 12, 13, 14, quatre tableaux dans le genre de Watteau représentent des Espagnols dans des jardins, 1 pi. 3 po. 11 po.»
Ces trois notes ne sont pas des modèles d’exactitude, mais leur concordance est suffisante.
Deux des tableaux sont signés Octavien et représentent,
(1) Il s’agit selon toute vraisemblance de Louis-Marie, comte de Chamisso de Boncourt, dont la cousine, Madeleine de Chamisso était lectrice de la reine de Prusse, en 1793 (renseignements fournis par la famille de Chamisso).
comme le catalogue le dit avec détails, des personnages de la Comédie italienne, des fonds de parc, de grands arbres bleuâtres.
Ces inventaires (1), de dates fort rapprochées, ne nous apprennent pas grand’chose, sinon sur l’étrange éducation artistique de ceux qui les dressaient. Le « bien colorié » et les < deux autres par Lancret » sont un signe des temps.
Parmi les quatre tableaux cités, deux seulement sont d’Octavien. Ils sont signés, le paraphe est bien le même que celui des procès-verbaux de l’Académie.
Les deux autres, qui ne peuvent être aucunement attribués à Lancret, ont plutôt les caractéristiques des compositions d’Eisen le père.
Il nous semble que les deux toiles d’Octavien sont postérieures, sensiblement, à la Foire de Bezons.
Les groupements sont moins lointains, les personnages tiennent la place principale, enfin ce goût de l’anecdote que révélait déjà le morceau de réception, s’affirme tout à fait (2).
C’est du pastiche adroit, mais très inférieur à celui de Philippe Mercier.
Le premier tableau représente des personnages dont il est difficile de définir le costume : Mezzetin, grand seigneur en habit de berger, Arlequin. Une jeune femme à figure de petite fille est assise; la robe est ample, d’étoife claire et miroitante, semblable à celle qui drape le panier
(1) Nous remercions vivement à cet égard M. Larcher, conservateur du Musée de Nancy, qui les fit copier à notre intention.
(2) Ces deux tableaux ont figuré, par les soins de M. Jean Robiquet, conservateur du Musée Carnavalet, à l’Exposition du Théâtre à Paris, xvi® et xvint siècles, qui se tint au Musée Carnavalet, du 19 mars au 4 mai 1929 (n° 53 et 54).
de la dame en gris clair de l’Embarquement. Elle tient un feuillet, et de sa main libre semble battre la mesure.
A côté, le seigneur en berger d’opérette, houlette au bras, semble suivre sur sa partition, appuyé contre un grand vase de pierre, le même que nous vimes déjà dans les Figures françaises. Derrière se devine l'ombre grotesque et un peu inquiétante d’Arlequin.
Le tout est sur un fond assez sombre de grands taillis. A droite, dans une éclaircie, un couple s’éloigne.
Quelle que soit la tendresse qu’on éprouve instinctivement pour l’homme dont on entreprend d’exhumer les travaux, il est impossible de ne pas avouer que c’est là un très mauvais petit tableau. Son maniérisme outré, la malice sans fraîcheur de son exécution, la grâce sans imprévu de ces petites figures que le peintre voulut espiègles ou tendres et qui ne sont que sottes ou grimaçantes, ne sont pas rachetés par la technique qui n’est qu’une technique de peintre d’attribut, et encore. Seule la silhouette du berger tout de soie vêtu qui suit sur sa partie, debout, dans la partie gauche du groupe, est assez poussée dans le sens de la suavité bocagère pour dépasser le plan du ridicule et nous surprendre, nous émouvoir, je dirais presque nous apeurer un peu, comme ferait une antique marionnette ou un masque ancien. L’ensemble de la composition est baigné dans ce même air bleuté et vert-de-gris qui n’est pas le moindre charme de la Foire de Bezons.
Le second tableau de Nancy, c’est un petit drame de Comédie italienne qui se déroule soùüs nos yeux. Disons sans tarder que s’il ne vaut pas mieux que le précédent du point de vue de la technique, il est beaucoup moins irritant et comporte même, çà et là, quelques notes assez délicates.
La jeune femme à la jupe soyeuse est toujours là,
mais Arlequin a chassé d’auprès d’elle Gilles qui se tient à quelques pas, confus, surpris, se frottant le bras. Arlequin a pris sa place auprès de la belle et c’est peut-être là qu’Octavien est le mieux inspiré.
La pose d’Arlequin, barbu, peu délicat, est tout un poème. Il appuie lourdement sa main sur l’épaule de sa voisine, qui considère encore le pauvre Gilles d’un œil pitoyable et étonné. Arlequin, assis sur les reins, nonchalant et cynique, semble expliquer le peu de cas que mérite Gilles. Derrière eux, un personnage qui fait penser à l’Indifférent se penche en jouant de la guitare vers une soubrette qui paraît encore émue de la violence d’Arlequin. Le fond est d’arbres des deux côtés, de ciel au centre, avec un ornement d’architecture où se retrouve encore la base du vase gigantesque. À cent pas de là, un couple allongé dans l’herbe suspend sa conversation pour observer la scène.
Ce pourrait être une œuvre charmante, On ne saurait conter mieux et avec plus de tact, tous les détails s’enchaînent si naturellement, qu’on subit l'agrément de l’ensemble. Mais que tout cela est mal peint ! Si ces deux tableaux à parfum de bergamote sont amusants de naïveté décente, il faut bien avouer qu’ils sont d’une extrême pauvreté technique. Octavien s’inspire de Watteau, pour tout, feuillage, brins d’herbe au premier plan, costumes, poses, coloris des étoffes, groupements et derniers plans, mais qu'il est loin de cette pâte brillante et fine, de cette maîtrise souple, souriante, qui est celle de Watteau !
Le père de M. Charles Oulmont eut en sa possession trois tableaux d’Octavien. Deux étaient signés très nettement, et le troisième, qui fut un instant entre les mains du compositeur Debussy était, paraît-il, très visiblement de la même main.
Nous avons perdu la trace de ce tableau. Par contre, les deux premiers, en très parfait état, se trouvaient, en 1910, chez M. Hugo Helbing, de Munich, qui nous en a fait alors tenir une image.
L'une de ces toiles est fort curieuse par ce fait qu ’elle est une réplique fidèle de la grande Foire de Bezons, du Louvre. Elle est signée Octavien, 1727. A peine, par ci, par là, trouve-t-on une variante dans l’arrangement d’un groupe, dans un geste, dans un pli d’étoffe. Notamment, le groupe des élégants cavaliers, signalé page 119, ne s’y retrouve pas. Ce tableau dut être commandé à Octavien après le succès de son morceau de réception, et exécuté d’après les cartons des études.
L'autre est une fort jolie toile, très aérée. Dans une clairière, au milieu de vastes et lumineuses futaies, toute une galante compagnie se trouve réunie. Le sous-bois fourmille de petites silhouettes bleutées; à gauche, on aperçoit l’angle d’une haute bâtisse rustique où s'appuie une échelle. Au premier plan, trois dames et un seigneur sont assis sur l'herbe, des enfants sont auprès d’eux; au milieu, en avant, un élégant jeune homme se promène; des bateleurs, de l’autre côté, amusent une dame en robe claire assise au pied d’un gros arbre; au centre de la perspective, un couple traverse la clairière. II y a là beaucoup d’art, une poésie prenante et, il ne semble pas exister de mot mieux approprié, une grande douceur de vivre.
M. Del Campo détient deux dessins à la sanguine acquis à la vente Lions et dont l’attribution à Octavien est très soutenable.
L’une est une Musicienne, petite figurine en falbalas, gracieuse, maniérée, qui joue de la vielle; le feuillage, situé à gauche et à droite, comme dans les gravures du