‹ Quelques Satellites de WatteauChapitre 6 sur 13 · GD · texte numérisé non relu

GD

D.Ban Fe

Bonaventure DE BAR.

Prancne XXV

__ Le Joueur de vielle.

Bonavenrure DE BAR.

Dessin.

(Musée de Rennes)

Prancnes XX VI et XXVII

*(anesud-oresstuumoo ‘uropnrq TIU9F °‘W

‘CL61 91qwW909(7 61 np J0n01(J [20H I a1u9 À)

*S97189 2P otred auf ES "UV “a HUNLNTAVNOCT

"(anosud-oresstuuoo uropneqg TIU9 FH °W

‘çrét 921q1299(J ôt np J0n01(J [2I0H,I Y aJU2 À) “oxed un surp uoruna y = ‘YVA aa AUYNINTAVNOG

Cabinet des Estampes, est traité de façon tout à fait semblable.

L'autre, la Bergère, très bergère, avec sa robe à paniers et sa houlette, est entourée de feuillage. Le fond montre, vaguement esquissé, le contour d’une ville et de hauts monuments.

Enfin, à la vente Guttierez de Estrada passa une toile d'Octavien.

Le catalogue la reproduit. C’est une œuvre à vrai dire sans grande valeur, mais toujours dans ce ton doucement spirituel qui fait le grand charme de ce petit-maître oublié. Nous savons qu’elle n’atteignit pas un prix élevé.

La Sérénade, tel est son nom, montre un personnage de profil élégant, jouant de la viole devant une dame assise contre un petit arbre. Près de la dame, allongé, un scapin écoute. Cette partie du tableau ne nous semble pas exempte de retouche, autant qu’on en peut juger d’après une photographie. Nous n’avons pu retrouver la trace de cette Sérénade et ne pouvons dire quel est actuellement son possesseur.

Un tableau d’Octavien passa dans la vente Quénisson, en 1869, intitulé le Repos dans le parc; il fut vendu 590 francs et sa dimension est de 0,79 X 0,63.

Un autre tableau fut acheté 855 francs à la vente de La Béraudière, en 1885. C’était la Collation des chasseurs, de 0,70 x 0,90 (1). ;

À la vente de la collection Sheikewickz qui eut lieu à l'Hôtel Drouot, en avril 1909, M. Feral acquit un Repos dans le parc que nous n’avons pas vu. Non plus que les

(1) MirEur, Dictionnaire des Ventes d’Art. Paris, 1901 et 1911- 1912, t. V, p. 414. Le catalogue de la vente de La Béraudière, à la Bibliothèque Nationale, cote 8° V 8201 (184).

dessins d’Octavien qui passèrent à la vente Palla il y a quelque trente ans. Ils sont mentionnés sous les n°° 730 et 731, à la page 61 du Catalogue des Estampes de la vente Palla, ouvrage devenu assez rare.

En 1877, à la vente Béhague, une estampe gravée par Thévenard, peut-être d’après Octavien, sans désignation d'état, fut vendue 50 francs. On y voit une jeune femme assise à sa toilette. Debout, derrière elle, appuyé au dossier de sa chaise et penché vers elle, un jeune abbé; plus loin une servante. Cette estampe sans attribution certaine reparaît sous le titre le Boudoir, en 1896, à la vente Destailleur (D;

Le même auteur signale une autre gravure, également incertaine d’attribution, par Thévenard, et intitulée le Sommeil dangereux. Une jeune femme endormie sur un canapé, tient une lettre à la main. Un jeune garçon se penche vers elle pour prendre la lettre. Sans désignation d'état, se vend 40 francs à la vente Behague (1877).

En 1890, à la vente Destailleur, la planche réduite, avec la Toilette, s’adjuge à 15 francs.

Enfin, en 1892, à la vente Bardin, le Boudoir et le Sommeil dangereux se vendent 50 francs. Les deux estampes étant rares.

Nous pensons avoir passé en revue tout ce qui nous reste de ce peintre, que l’on croyait jusqu'ici mort jeune. Or Octavien avait cinquante-huit ans quand il disparut. Sans que l’on puisse citer d'œuvres signées de sa main avant la Foire de Bezons, on peut affirmer qu’il fut un des premiers à s’assimiler la conception de Watteau. En

(1) Gustave BoucarDp, Dessins, gouaches, estampes et tableaux du XVIII siècle. Paris, 1893, pp. 445-446. Catalogue de la vente Destailleur. Cote à la Bibliothèque Nationale 4° V 36 1237.

1710, il avait déjà vingt-huit ans, son éducation artistique terminée avait été forcément académique. On peut juger, par le peu d’académisme qui subsiste dans les toiles observées, de l’attrait impérieux exercé par Watteau. Avec Octavien s’éteignait un de ces artistes, peu solides, mais fins, grâce auxquels le génie et la douceur français conservèrent si longtemps leur charme et leurs droits.

Plus proche encore de Watteau, se trouve Bonaventure De Bar (1).

De celui-là, il nous est resté moins encore (2).

Son tableau de réception à l’Académie et un petit dessin exquis des collections du Louvre, daté de sa dernière année, quelques mines de plomb à Rennes, une toile chez M. de Barthelemy et quelques tableaux qui courent les Amériques.

Il demeure mystérieux, et garde le prestige des artistes morts jeunes.

Né à Paris, en 1700, ïi s’éteint en effet en 1729, l’année qui suit son entrée à l’Académie, âgé de trente ans à peine.

Il semble avoir été plus mondain que son condisciple Octavien.

Le Mercure de France, seule gazette donnant alors quelques indications artistiques, cite parfois De Bar, alors qu’il ne mentionne jamais Octavien,

Encore une fois, les procès-verbaux de l’Académie vont nous renseigner un peu sur ce jeune peintre qui dut jouir en son temps et parmi le monde artiste d’ure certaine vogue.

Bonaventure De Bar fut des mieux doués. Sa courte existence se déroule en grande partie à l’Académie, comme élève d’abord, comme académicien ensuite, et ce

(1) Mariette le désigne comme « imitateur de la manière de Watteau ». Abecedario, I, p. 357.

(2) Louis DImIER, Les peintres français du XVIII siècle. Article sur Bonaventure Debar, par M. Georges Huard, vol. 1, pp. 295 à 300.

dernier titre il ne devait, hélas ! le porter que quelques

mois.

D’Argenville, dans sa Vie des plus excellents Peintres, consacre un chapitre à Claude-Guy Hallé; il y dit à la fin C7:

« Ses élèves sont Noël Hallé, professeur de l’Académie, son fils; Debarre, peintre à talent, et le sieur Frontier, recu depuis peu peintre d'histoire à l’Académie. »

A vingt et un ans, De Bar fut sur le point d'obtenir le deuxième prix de l’Académie dont il était l’élève en l’atelier de Claude Hallé, professeur.

A la séance du « 30 août 1721 » a lieu la lecture de la capitation suivant la délibération précédente :

« Ensuite l’Académie a procédé au jugement des grands prix; à l’ouverture des boëtes, le tableau marqué A a été estimé mériter le premier prix. Ledit tableau a été fait par Nattoire, et le tableau marqué C fait par La Motte a remporté le deuxième prix. De Barre s'étant trouvé à voix égale, il a été tiré au sort et La Motte l’a emporté sur lui.» (2).

De Bar n’avait pas de chance. Quand ce n’est point le hasard qui l’exclut des grandeurs, c’est le choix du duc d’Antin, protecteur. En la séance du 8 mai 1723, nous apprenons que «l’Académie s’est assemblée à l’ordinaire, et, suivant l'intention de Monseigneur le Duc d’Antin, pour choisir les meilleurs sujets dans les élèves (3), ainsi qu’il l’a fait savoir, par la lettre qu’il a

(1) DÉZALLIER D’ARGENVILLE, Abrégé de la vie des plus fameux peintres. Paris, 1745, in-4°, t. II, p. 382.

(2) Procès-verbaux de l’Académie, t. IV, p. 320.

(3) Pour les envoyer à Rome.

fait l'honneur d'écrire à M. de Boullongne, directeur de l’Académie.

« Elle a procédé par les voies ordinaires à en faire la distinction :

Bouchardon, sculpteur,

De Bar, peintre,

La Motte, peintre,

Lamy, peintre.

« Les noms desquels sujets seront donnés à Monseigneur le Duc d’Antin, conformément à ses volontés.» (1)

Or, le duc d’Antin expédia pour Rome: Nattoire, Bouchardon, Delobel et Sigisbert Adam. De Bar ne quitta point Paris.

Enfin, cinq ans plus tard, De Bar prend une revanche éclatante; on lit aux procès-verbaux :

« Aujourd’hui, samedi 25 septembre 1728, l’Académie s’étant assemblée à l’ordinaire, le Secrétaire a fait, selon la coutume, la lecture des délibérations du quartier. »

Réception de M. Dumont le Romain. qui est exempté du présent pécuniaire, « Ensuite le sieur Bonaventure De Bar, de Paris,

Peintre dans le talent particulier de la figure, comme Téniers et Wouwermans (2), a présenté trois tableaux,

(1) Procès-verbaux de l’Académie, t. IV, p. 355.

(2) Commentant cette définition du procès-verbal de l’Académie, M. Antony Valabrègue écrit : « Nous devons admettre cette définition comme s’agissant de peintre de petites figures. La dénomination de peintre de sujets de genre n’était pas encore employée, et nous nous rappelons qu’au xvin® siècle, on disait couramment, au lieu de ces mots : «bambochades ». Bonaventure de Bar, deux articles dans

la Chronique des Arts, 1905, pp. 335 et 343.

dont l’Académie a été si contente, qu'après avoir pris les voix à l’ordinaire par les fèves, elle a agréé sa présentation et l’a recu en même temps en qualité d’Académicien, choisissant le plus grand des trois tableaux de réception, et la Compagnie a modéré son présent pécuniaire à 100 francs, et il a prêté serment entre les mains de M. de Boullongne, Premier Peintre du Roy et Directeur. »

Ce même jour, est reçu le sieur Jean-Siméon Chardin; l’Académie, très satisfaite de ses tableaux Animaux et Fruits, «retiendra deux de ces tableaux, auxquels il mettra des bordures, représentant, l’un un buffet, et l’autre une cuisine, pour son tableau de réception... » (1).

Ce dut être un grand jour pour le tout jeune artiste que celui de cette réception.

Sa signature, haute et large, est un peu tremblante.

Le 31 septembre 1728, l’Académie reçoit Bouteux et Pater. De Bar assiste à la séance et l’Académie ne le reverra plus. Tombe-t-il malade ? Voyage-t-il ?

Son nom ne se retrouve plus qu’au procès-verbal du 3 septembre 1729.

« Aujourd’hui samedi troisième de septembre 1729, l’Académie s’est assemblée à l’ordinaire. Le Secrétaire a lu les Vies de MM. de Saint-André, Guérin, Bonaert, Sarazin le Cadet, Loyr et Borzoni.

« Ensuite ïl à appris à la Compagnie la mort de Bonaventure De Bar, Peintre dans le talent des fêtes galantes, de Paris, âgé de 29 ans, arrivée le premier de ce mois. » (2).

(1) Procès-verbaux de l’Académie, t. V, p. 47. (2) Procès-verbaux de l’Académie, t. V, p. 63.

Il n'y a que douze Académiciens présents.

Le Mercure de France n’avait pas omis de mentionner la réception de De Bar, en mars 1729 (p. 543). « Dumont, De Bar, Chardin, Pater et le Bouteux qui ont beaucoup de talent pour la peinture ont aussi été reçus dans la même Académie. » Mais il ne dit pas un mot de sa disparition.

De Bar, en 1728, habitait chez Monsieur le Marquis de la Faye, rue de Sèvres, devant l’Abbaye au Bois, à lemplacement du n° 16, anciennement 76, puis 294. Ce la Faye (1) est un type curieux de ces mécènes, alors heureusement assez nombreux, chez lesquels certains artistes avaient le vivre et le couvert. Bien que son marquisat soit tout au moins douteux, il l’arbore avec toute l’assurance que lui donne une grosse fortune acquise dans les spéculations du Système. L’épithète de Mississipien ne lui est pas ménagée par les auteurs des Libelles. Etayant ses prétentions littéraires sur quelques petits vers de sa composition, il se fait élire Académicien. Voltaire, à cette occasion, écrivait ces vers :

IINa réuni le mérite

Et d’Horace et de Pollion,

Tantôt protégeant Apollon

Et tantôt chantant à sa suite.

Il reçut deux présents des dieux

Les plus charmants qu’ils puissent faire, L’un était le talent de plaire,

L’autre le secret d’être heureux.

Messire Jean François Leriget de la Faye, Conseiller

(1) M. Fromageot a consacré à Leriget de la Faye une étude très détaillée dans le Bulletin historique du VI° arrondissement, numéro de juillet-décembre 1910, p. 235.

du Roy, Secrétaire du Cabinet de Sa Majesté, fut un personnage considérable. Il était fort assidu aux réunions de Madame de Verrue; les mauvaises langues faisaient courir des couplets satiriques, peut-être calomnieux, sur leur intimité (1).

Toujours est-il qu’on trouvera plusieurs tableaux de De Bar à la vente de Madame de Verrue.

Leriget de la Faye fut à l’Académie le successeur de Valincourt, lui-même successeur de Racine. Son élection fut poussée par Houdard de la Motte. Leriget de la Faye, dit le Marquis de la Faye, mourut l'an suivant, le 11 juillet 1731, deux ans après De Bar, son jeune protégé.

Peut-être, et c’est sous toute réserve que nous émettons cette hypothèse, une lointaine communauté d’origine reliait-elle Bonaventure De Bar et son protecteur de la Faye. En effet, une demoiselle Maria de la Faye, fille d'Henri de la Faye, avocat au siège de Bar, ancien maire de cette ville, épousa en 1680 Henri Gabriel de Fleury, écuyer, seigneur de Bouïiolle et de Marsan (2).

Si l’on admet que le nom de Bar, que porte Bonaventure, soit une désignation de lieu, comme il arrive souvent, on peut créer un rapprochement.

Cette supposition peut fort bien n'être pas fondée, car il existe en France plusieurs familles de la Faye qui n’eurent entre elles aucune sorte de lien.

L’immeuble qu’habitait le Marquis dépendait de la paroisse de Saint-Sulpice. Cest là que mourut De Bar. En vain, avons-nous cherché son acté de décès.

Le tableau de réception de De Bar, et la façon dont

(1) Bibliothèque de l’Arsenal, manuscrit 6468, folio 221. (2) D’Hosier. Registre 5. La Faye, p. 536.

M. de Saint-Gelais, Secrétaire de l’Académie, désigne sa peinture dans le procès-verbal de réception, est un document fort intéressant et qui prouverait, si l’on songeait à le discuter, le fond flamand des peintures de Watteau.

A la suite de d’Argenville (1) et grâce à ce mot : « Foire de campagne» dont Saint-Gelais étiquette l’œuvre de De Bar, plusieurs historiens ont confondu De Bar et Octavien. Les procès-verbaux servent de critérium en la circonstance et détruisent les confusions.

Watteau groupait des personnages mal définissables, semi-rustiques, semi-citadins, selon une fantaisie dont il avait le secret et que cherchèrent en vain ses imitateurs les mieux doués, tels que De Bar.

Ils en arrivaient, le coloris et le métier leur étant transmis des Flamands par Watteau, à reconstituer ainsi des peintures flamandes au point de s’y laisser prendre eux-mêmes, et de se faire traiter de peintres dans le goût de Wouwermans et de Téniers, alors qu’ils ne sont que des pasticheurs du maître de Valenciennes.

Le tableau de De Bar, au Louvre, voisin d’ailleurs de la toile d'Octavien, est pour ainsi dire calqué sur l’Embarquement. Au sujet de ce tableau, on lit dans Dacier et Vuañflart : «Son tableau de réception est conservé au Musée du Louvre, sous le titre: Fête champétre. De Bar, imitateur de Watteau, serait, suivant quelques connaisseurs, l’auteur du tableau attribué à Watteau et connu sous le titre : la Signature du Contrat de la Noce de Village (n° 292). En rapprochant les deux compositions, on est frappé de certaines analogies; dans le deuxième tableau, on remarque un seigneur, le poing sur la hanche, debout vers la droite, qui assiste à la fête des villageois:

(1) Cf. plus haut, p. 121.

probablement le duc d’Arenberg, déjà représenté en hussard par Gillot dans son tableau la Baraque de l’'Empirique. On le retrouve dans le tableau du Louvre, peint par De Bar, cette fois dans le costume de colonel ou de général, commandant le camp, tenant son poing sur la hanche; il a presque la même attitude autoritaire. Les femmes, dans les deux compositions, sont coiffées de la même manière : les cheveux relevés et tirés, retenus par un ruban. Une femme, assise au premier plan et vue de dos se retrouve dans les deux compositions. Les grands arbres, dans les deux tableaux ont la même inclinaison; leurs troncs et leurs feuillages, en forme de bouquets, sont identiques. »

Cette toile, qui fait partie de la collection d’Arenberg « doit être attribuée à Bonaventure De Bar et retirée à Watteau » (1).

Les dimensions du tableau de réception de De Bar sont de 0 m. 95 sur 1 m. 30.

A droite, face au spectateur, est une futaie haute; tout le tableau s’illumine progressivement de droite à gauche. De petites maisons apparaissent dans le lointain, des cavaliers portant des dames en croupe, et l’horizon se perd en une clarté diffuse.

De même que dans l’Embarquement, il éclaire les ombres trop intenses de la toile, en y situant quelque personnage vêtu de soie miroitante. Mais où l’imitation devient vraiment curieuse, c’est en la facon dont De Bar prend à Watteau ses effets les plus inattendus. Watteau, pour modeler davantage l’ombre des grands arbres, place parmi leurs fûts, une sorte de dieu Terme féminin en

(1) Dacrer et VuArLARD, Jean de Julienne, t. 1, pp. 173 et 265, et t. III (catalogue), n° 292, p. 123. :

pierre blanche, enguirlandé de roses. De Bar, sur un point symétrique de son ensemble, fait diverger légèrement deux troncs de ses ormes et par cette ouverture dans la masse du feuillage se procure une arrivée de lumière assez mal explicable, mais qui n’est point déplaisante. Par cette sorte de fenêtre s’aperçoivent des personnages conversant. C’est d’ailleurs par eux que De Bar reprend un peu de sa personnalité. Leurs vêtements ne sont plus empruntés à la Comédie italienne, mais aux modes du temps.

Les moindres mouvements, les attitudes les plus courantes sont toujours adaptées au goût de Watteau.

Cette imitation s’obtient par une série d’artifices dont la toile de De Bar pourrait être le catalogue.

Les satellites de Watteau ont établi, une fois pour toutes, quelques principes dans la manière de poser les silhouettes, de traiter les étoffes, de raccourcir les mouvements, et avec ces quelques « ficelles », ils meuvent leur toujours même et délicat guignol. Is se les transmettent, se les empruntent, et chacun s’assimile ce qu’il peut de la grâce primitive du maître. Puis quand ïls ont bien asséché la formule, qu’elle peut se réduire à une définition, ils l’appliquent scrupuleusement.

Ce plagiat méthodique et naïf nous amuse plus qu’il ne nous indigne. Situer les personnages féminins de manière à ne montrer de la physionomie qu’un profil perdu, une joue arrondie, le dessin du menton, incliner la tête, relever les cheveux sur la nuque, voilà pour les figurines qui nous tournent le dos. Présenter la figure le plus souvent en perspective, soit en élevant le visage, soit en l’abaïssant, douer ses modèles féminins de joues rondes et un peu poupines, mettre beaucoup d’écart entre les deux yeux,

réduire le nez et rosir le tout, voilà pour les personnages vus de face (1).

L'influence de Rubens s'exerce aussi sur toute une partie du siècle par l’intermédiaire de Watteau.

Pendant toute la première partie du xvin* siècle, l'Embarquement pour Cythère fut, on doit le redire, l’œuvre-type.

Beaucoup de paysages de cette époque, même réels, sont pris de manière à ménager cette opposition des premiers plans de droite, faiblement éclairés, et des arrière-plans de gauche, baignés d’une sorte de brume laiteuse.

Toutefois, dans sa manière de peindre, De Bar adapte bien mieux qu'Octavien, les procédés de Watteau.

Sa toile est préparée, il peint sur un coloris déjà fondu où l’harmonie se crée d’elle-même.

Il compose avec soin, plaçant le groupe principal — l’éternelle dame à la robe grise chatoyante — à l’endroit dominant, équilibrant ses groupes sans lourdeur. On le sent à son aise et il travaille beaucoup plus sûrement qu'Octavien sur l’enduit roux dont sa toile est couverte.

I] a voulu fondre, comme dans l’Embarquement, les détails du lointain, mais il ne peut s’y résigner. Les petits personnages se distinguent fort nettement, si bien que, le coloris aidant, certaines parties de son tableau découpées et isolées pourraient être prises, en effet, pour l’œuvre d'un élève de Cuyp ou de Wouwermans.

Le sujet, lui-même, y prête et entre la kermesse et la foire de campagne l’espace ne semble pas infranchissable.

(1) Ces traditions se conservèrent jusqu’à la fin du siècle dans une infinité de miniatures et les travaux de second ordre. Voir de Jacques-Charles Bar, aux Estampes, l'original des « Ordres religieux ». Spécialement « La religieuse de Saint-Cassian », ouvrage édité cinquante ans après la mort de Watteau.

Praxcue XXVIII

\Ne

do À

(Collection Barington White, à Cannes).

on

a le)

oi)

S <0 ez [os <

Praxcne XXIX

Fraxçois-Jérome CHANTEREAU. -— Page de croquis.

Gravure.

Prancue XXX

-(sodwe;sg s2p jou1qe9)

-duvos un

S 2.1HIDIL)

PÉPAEARILT

AUALNVHO ANOUI(-SIOSNVE,T

Praxcue XXXI

— Fête galante.

François-Jérome CHANTEREAU.

(Cabinet des Estampes)

Il se trouve sûrement des œuvres non signées de De Bar dans les musées ou collections de province si nombreux en œuvres du xviI° siècle.

De Bar, comme Octavien, fut surtout un conteur, et le minuscule dessin que le Louvre possède de lui est étonnant de vie et de gaîté (1).

Il est au crayon, très fin, très précis; il représente encore une fête rustique, mais cette fois sur la place du village. Les granges, le clocher, les toitures se découpent comme un décor, et c’est, au centre, une petite foule joyeuse où chaque attitude est spirituelle. Ici, c’est un danseur qui fait sauter très haut sa compagne en la soulevant par les bras. Plus loin, un joueur de flûteau mène une ronde. Tous ces détails n'apparaissent qu’à la suite d’un mûr examen. C’est une petite esquisse très jeune, très heureuse, très gaie, plus probante encore en faveur du talent et de l’aisance de De Bar que sa toile de réception, qui, pourtant, est loin d’être sans valeur.

Nous serions tenté d'attribuer à De Bar un autre petit essai du Louvre, catalogué parmi les anonymes au n° 34.768. C’est également une fête villageoise, dans un cadre sensiblement semblable, mais vu sous un autre angle, où se retrouvent des détails presque concordants.

(1) Bonaventure DE Bar, Fête de village; Groupe de paysans et de paysannes dansant sur une place publique derrière des maisons. Crayon noir : H. 0,177, L. 0,229, en bas, à gauche, à la plume :

De Bar, f. 1730. — Inventaire du Cabinet des Dessins du Musée du Louvre, n° 23688.

L’inventaire Guiffrey-Marcel, n° 195, mentionne que : « Quoique

De Bar soit mort en 1729, l’attribution de ce dessin peut être maintenue, l’inscription n’étant pas une signature et le dessin présentant les mêmes caractères que les œuvres authentiques de l’artiste ». A l’inventaire général des dessins, il figure sans indication d’origine.

Seule, une certaine confusion dans les personnages et une moins grande finesse dans le trait de crayon causent notre hésitation.

Dans un article de la Gazette des Beaux-Arts de 1860, (tome VII p. 43), M. Darcel parle d’une exposition qui fut alors organisée à Amiens et où se trouvaient des œuvres de Fragonard, d’Eisen et autres peintres du xvur‘. Il s'exprime ainsi :

«Nous restituerons à Bonaventure De Bar le Couronnement d’une Rosière, charmante et imposante composition que son possesseur, Mme Godefroy de Roiïsel, à Amiens, attribue tout naturellement à Watteau. Les figures en sont fort spirituellement touchées, avec une certaine galanterie d’attitude que De Bar avait tout naturellement hérité de ses maîtres, mais sans avoir pu s’assimiler leur couleur vive et harmonieuse.

« La sienne se complaît aux tons gris perle et tourne au bleu tendre dans les fonds de paysage, tandis que le brun roux accentue les premiers plans. Pour n’être point de Watteau, cette fête a bien son prix. »

On ne peut s'empêcher de se demander si M. Darcel, en attribuant la toile en question à De Bar, ne continue pas à confondre Octavien et De Bar. En effet, on ne pourrait mieux définir la couleur d’Octavien qui se complaît «aux tons gris perle et tourne au bleu tendre dans les fonds de paysage ».

De Bar a bien mieux choisi la tonalité chaude et ambrée de Watteau. =

Nous avons tenté l’impossible pour retrouver ce tableau. Nous avons suivi sa piste entre les mains de quelques possesseurs successifs, mais il nous fallut, à notre grand regret, renoncer à savoir ce qu’il devint.

Le Musée de Rennes possède une série de dessins à la mine de plomb, par Bonaventure de Bar. Ce sont :

Un homme appuyé sur un bâton.

Une femme vue de dos.

Un homme vu de face.

Quatre croquis divers à la mine.

Une étude d'homme.

Ces dessins proviennent de la collection qu’un amateur, le marquis de Robien, magistrat, avait formée. Il les aurait achetés à la vente du cabinet Crozat, ainsi que plusieurs morceaux (1).

En 1778 et 1779 des ouvrages de De Bar sont signalés en des ventes publiques. Nous savons à peu près ce qu’étaient ces peintures d’après ce qu’en dit Le Brun, l'expert, dans le Catalogue des tableaux provenant de M. Gros, peintre. (Il s’agit ici du père de celui qui allait jouer un si grand rôle dans la peinture de l’époque impériale, et devenir le baron Gros.)

« De Bar : deux jolis pendants; dans l’un on voit une femme qui danse au son d’une musette. Deux femmes et un homme assis la regardent. Dans le lointain, on aperçoit deux autres figures en pan coupé; sur la droite et derrière le groupe principal est un piédestal sur lequel est un lion masqué par des masses d’arbres.

« L'autre offre une dame, vêtue d’une jupe de satin blanc et d’un mantelet rouge, les yeux attachés (sic) sur un jeune garçon qui apporte des rafraîchissements. Derrière elle est un jeune homme appuyé sur une chaïse. Sur le second plan et dans le coin à droite du tableau sont un homme et une femme. Derrière le groupe principal et

(1) Voir appendice.

sur le piédestal est une statue de Vénus, couchée, semicachée par une masse d’arbres.

« Les deux tableaux d’une touche fine et légère sont aussi estimables que deux Pater. H. 0,17 pouces ; L. 0,10 pouces. Bois. »

Cette appréciation rapprochant De Bar et Pater, deux copistes, est caractéristique.

Moreau le Jeune, qui assista à la vente, laissa, en marge du catalogue qu’il avait entre les mains et que M. Dacier reproduisit en fac-simile, les deux tableaux de De Bar. Est-ce le prestige du crayon de Moreau? Ils semblent exquis de souplesse et de grâce.

Nous pouvons également nous faire une idée d’un troisième tableau, d’après le Catalogue d’une belle collection de tableaux originaux des trois écoles.

De Bar : « L'intérieur d’un jardin pittoresque, sur le devant duquel on voit un jeune homme qui court au devant d’une demoiselle qui s’est laissé tomber. Plus loin sont un jeune homme et une femme, assis près d’une fontaine au bas de laquelle s’offrent des cygnes. Le lointain est terminé par un petit bois où l’on découvre deux cygnes. H. 0,24 pouces; L. 0,18 pouces. Toile. »

Le garde des titres de la Bibliothèque du Roy, l’abbé Gevigney, avait formé une fort belle collection qui contenait, dit l’inventaire, plusieurs tableaux de Watteau et de

Claude Güillot. La vente eut lieu en 1779. On y voit par DérBare

« Un sujet de cinq figures du caractère de la science italienne — ceci est très particulier — artistement peint dans le genre de Watteau. H. 0,6 pouces; L. 0,4. Toile. »

Depuis, à des dates très diverses dont quelques-unes

sont proches, des tableaux et dessins de De Bar furent mis au jour en des ventes publiques.

En 1867, un Repos de Moissonneurs (70-90 cm), par Bonaventure De Bar, se vit à la vente de Madame Vve Boitelle et fut acquis pour la somme de 1.170 francs (1).

Le 12 février 1892, à la vente de la Vicomtesse de Rémond (2), le Marquis de Berthelmy acquit, pour une somme assez élevée, un tableau qui, selon toute vraisemblance est de De Bar. Voici la description qu’en donne le catalogue :

« Une nombreuse société est réunie dans un parc; sur la droite plusieurs jeunes femmes assises et vêtues d’élégantes robes de soie aux couleurs brillantes, rose, gris perle, bleu, causent avec des gentilshommes en regardant des danseurs qui se donnent la main, dansant au son d’une vielle dont joue un ménétrier monté sur un tonneau. A gauche, un seigneur donne le bras à une jeune dame. Près d’eux, un groupe de quatre fillettes jouant, l’une occupée à faire un château de cartes. Dans l'angle, à droite, des escabeaux contre lesquels est appuyée une basse de viole.

« Charmante et spirituelle composition d’une remarquable fraîcheur de coloris. Toile de 53 cm sur 80 cm. »

Un dessin à la sanguine, de De Bar (27 cm sur 16 cm), fut adjugé à la dispersion de la Collection de Baiïlliencourt, à Saint-Omer, les 16 et 17 décembre 1893, au prix de 40 francs. Il représentait « une jeune femme assise tenant un cahier sur ses genoux » (3).

{) Meur, Dictionnaire des Ventes d'Art. Paris, 1901, t. I, p. 106.

(2) Voir l’article déjà cité de M. Antony Valabrègue, Chronique des Arts, 23 décembre 1905.

(3) MireuRr, Dictionnaire des Ventes d'Art. Paris, 1901, t. I, p. 106.

A New-York, en 1906, à la vente Ehrlich, une Fête champêtre, de De Bar, se vendit 700 francs.

Le samedi 18 mai 1907 s’acheva la vente Ch. Sedelmeyer, à Paris, conduite par M. Paul Chevallier, le commissaire-priseur aujourd’hui défunt. Au n° 170 du catalogue figurait une Noce champêtre, de Bonaventure De Bar. Elle fut achetée et expédiée en Amérique par M. Fishoff. La dimension de cette toile était de H. 0,73 sur L. 0,91.

Sous un dais formé d’une draperie soutenue par des arbres vont les époux; à gauche et à droite, maisonnette, bois, charrette. Par les détails et l’ensemble de la composition cette œuvre rappelait de très près la Signature du Contrat de Watteau, gravée par Cardon.

Une autre vente, du 2 juin 1909, voit passer Une Fête champêtre, de De Bar, adjugée 1.700 francs.

Le mardi 23 mai 1911, passait en vente à l'Hôtel Drouot une collection de tableaux anciens (M. Henri Baudoin, commissaire-priseur; MM. Mannheim et Féral, experts). Elle comportait, au n° 15, une Fête champêtre, par De Bar, dont le catalogue donne la description suivante:

« Une foule de personnages sont réunis sur la place d’un village. Au pied d’un arbre, des musiciens, un joueur de cornemuse, monté sur un tonneau, font danser les villageois. A gauche, devant une auberge, on boit et on chante. Vers le fond, des constructions rustiques limitent l'horizon, laissant voir les sommets de hautes collines. Toile, H. 80 cm: L. 1 m02em. =

L'œuvre fut acquise par Mme de Batbedat.

Le vendredi 19 décembre 1913, passait en vente à l'Hôtel Drouot une collection de tableaux anciens (M. Henri Baudoin, commissaire-priseur, MM. Mannheim et Féral,

experts) qui comportait, au n° 3, une Réunion dans un parc par Bonaventure de Bar, dont le catalogue donne cette description :

« Une élégante compagnie est réunie à gauche, autour d’une table, à la fin d’un repas servi dans un parc. Des gentilshommes en costume de la Comédie italienne sont occupés à de galants entretiens, tandis qu’à droite un couple danse. Toile. H. 52 cm; L. 46 cm.»

Et au n° 4, une Partie de cartes, par Bonaventure de Bar : « Dans un salon orné de boiseries et de pilastres de stuc, les joueurs sont assis autour d’une table couverte d’un tapis d'Orient, devant une haute fenêtre. Une jeune femme, en robe blanche ouverte sur un jupon bleu, amuse un chat en laissant traîner sur le parquet une balle au bout d’un ruban rose. Toile. H. 52 cm; L. 46 cm. »

De Bar, nous l’avons dit, semble avoir obtenu une certaine notoriété. Le prix assez élevé qu’atteignent ses œuvres dans les ventes prouve qu’on faisait cas de sa peinture. À cet égard, et parmi les plus anciennes ventes où nous le voyons figurer, celle de Mme de Verrue, qui commence le 27 mars 1737, et est reprise le 9 avril, est assez probante (1).

« Sixième vacation « Desbarres

n° 39 « un tableau de moyenne grandeur peint dans la « manière de Pater ou Lancret, 201 livres.

(1) Ch. Le BLaxc, Le trésor de la Curiosité, 2 vol. Paris, 1851- 1858, in-8, t. I, pp. 4 et 15.

€ nApDLC € € HA O7/REC € €

Huitième vacation

Desbarres

Deux petits tableaux dans le goût de Watteau, 200 livres 5 s.

Desbarres

Un tableau représentant une fille de village. 166 livres 5.

La savante Mme de Verrue, la délicate Dame de

Volupté,

comme elle s’est surnommée elle-même en sa

propre épitaphe, avait su composer une fort belle collec-

tion et n’y eût point donné asile à un peintre non consacré par la mode.

Dix ans après la mort de De Bar, on grave encore d’après ses toiles et l’on trouve dans le Mercure du mois d'octobre 1740, la mention suivante :

« Estampe nouvelle allégorique en large, gravée par Monsieur Laurent, d’après Monsieur De Bar.

« Elle se vend chez Monsieur Blanzy, rue Sainte- Marguerite Faux Bourg Saint-Germain, à l’hostel des

romains.

On lit ces vers en bas :

LA VERTU Avec raison je vous estime, Artisans et vous laboureurs Dont le gain n’est que légitime, Malgré votre rang peu sublime L'Etat fleurit par vos labeurs.

LA RICHESSE Dans le monde que d’artifice !

Sous le masque de la justice Celui-ci paraît en public; Mais en secret son avarice Lui fait faire un lâche trafic.

Ces vers de mirliton ne nous renseignent aucunement sur ce que représentaient les toiles, sauf en ce qui concerne la première strophe.

Les œuvres de De Bar passèrent sans doute dans d’autres ventes, signalées peut-être aux livrets. Nous ne prétendons pas qu'aucun ne nous ait échappé. Ou bien simplement énumérées, comme le fait Mariette en son Catalogue de la vente Crozat quand il note : «à peu près 500 dessins de divers maîtres dont on ignore le nom. »

Il est un point où Bonaventure de Bar fit plus qu’imiter Watteau; il le copia.

On a vu que Mme de Verrue s’était composé une assez jolie collection.

On sait que Leriget de la Faye entretenait d’assez intimes relations avec la belle dame de Volupté, et qu’il avait possédé, en 1729, un fort joli Watteau, intitulé la Mariée de Village; que cette Mariée de Village se retrouva, en 1735, chez Mme de Verrue qui dut en disposer de son vivant, car la Mariée de Village ne figure plus dans la vente après décès de Mme de Verrue.

Par ailleurs, les registres de l’Académie nous ont appris que Bonaventure de Bar logeait chez M. Leriget de la Faye, protecteur de Mme de Verrue.

Un des Watteau que le Comte de Rothenburg acquerra en France, en 1744, pour Frédéric II, sera précisément la Mariée de Village, par Watteau, ce tableau qui avait fait partie du cabinet de Mme de Verrue et dont il existe une gravure par Nicolas Cochin. Cette Mariée de Village acquise donc par de Rothenbourg pour Frédéric IT est celle de Sans-Souci.

Or.un marchand de tableaux parisien — qui se double d’un amateur avisé — découvrit, il y a quelques années,

dans le sud-ouest, chez des descendants de Leriget de la Faye, un tableau ressemblant à la Mariée de Village de Sans-Souci, avec cependant quelques menues variantes.

Et il se trouve qu’en examinant de près la gravure de Nicolas Cochin, on s’aperçoit que celle-ci fut exécutée non pas d’après le tableau de Sans-Souci, mais d'après le tableau demeuré en France.

La tentation était grande pour celui qui découvrait cette seconde Mariée de Village, de tenir celle-ci pour l’authentique, au détriment de la Mariée de Sans-Souci reléguée au rang de copie exécutée, dans l’entourage de Mme de Verrue et de Leriget de La Faye, par Bonaventure De Bar qu’on avait constamment sous la main, puisqu'il était leur protégé, leur commensal (1).

Or nous n’avons vu en original ni la Mariée de Sans- Souci, ni celle de Paris, mais à considérer seulement les excellentes photographies qui nous ont été fort obligeamment communiquées par le détenteur de la Mariée de Paris, il nous est impossible d’admettre que, des deux, la Mariée de Watteau soit celle de Paris. Faudrait-il alors accepter l’hypothèse que la gravure de Cochin eût été faite sur une copie et non pas sur un original? Nous nous résoudrions au besoin à envisager cette solution. On était dans un temps où le thème et ses détails importaient presque autant que la facture, et une copie, en débrouillant les traits un peu trop fondus dans l'original, pouvait fort bien être un support plus utile au graveur que l'original lui-même, du moment qu’elle en respectait l’ensemble et

(1) ALviN-BEAUMONT, « Le Pedigree », Erreurs et vérités en Art. Watteau. La Mariée de village. Etude montrant que le tableau de Sans-Souci, à Berlin, n’est pas du maître, Chez l’auteur, 197, boulevard Saint-Germain.

la disposition des personnages. Et puis, enfin, malgré tous les arguments dont l’heureux détenteur de la Mariée de Paris fait un faisceau si plein d’art et si bien lié, des considérations, contre lesquelles en dernière analyse rien ne prévaut à nos yeux, emportent notre jugement : ce sont la facture, la distinction, en un mot la poésie de la Mariée de Sans-Souci qui prend le pas, sans effort, sur cette assemblée de marionnettes élégantes, certes, mais sèches et grêles qui composent la Mariée de Paris; ce sont ces mystérieuses zones lumineuses qui font, dans le tableau de Sans-Souci, que de certains groupes de jeunes filles semble émaner une lueur qui allume les plis des soies, dans l’ombre voisine où se meuvent, si calmes, si nobles, si souples, ces figures à peine devinées mais d’une distinction suprême, d’une grâce infinie. Il est, au centre de la composition de Sans- Souci, deux jeunes-filles-enfants, toute blanches, assises sur un tertre. Le maître de Valenciennes les baigne d’une lumière quasi surnaturelle, comme si elles eussent été deux apparitions, deux idoles. Quelle science et quelle poésie, en comparaison de cette lumière blafarde où les gentils personnages de la Mariée de Paris vivent sans secret. Tout, dans les feuillages, les fabriques, les lointains, prend une allure, dans la Mariée de Sans-Souci, une allure dont la Mariée de Paris reste bien éloignée à notre sens.

La Mariée de Paris demeure à nos yeux un document bien intéressant; car ce qu’elle a de linéaire et d’anecdotique nous permet, bien que ne la connaissant que par photographie, de retrouver en elle l'attitude et le ton que Bonaventure De Bar donne à ses figurines dans son morceau de réception du Louvre.

Que Leriget de La Faye, possesseur de la Mariée, par Watteau, ait fait faire, soit chez lui, soit chez Mme de Verrue, une copie de ce beau tableau par son protégé

Bonaventure De Bar, voilà qui nous semble très plausible. Qu’environ deux cents ans après on trouve, chez un descendant de Leriget de La Faye, cette copie, voilà qui ne nous apparaît pas comme inadmissible. Et d’ailleurs, cette copie, si loin, selon nous, du sentiment profond de Watteau, serait encore un ouvrage de peinture assez honorable en soi pour que nous le revendiquions afin de le mettre à l’actif de notre modeste héros.

M. Dru possède un tableau très intéressant de De Bar, un des plus jolis qu’il nous fût donné d’admirer au cours de notre enquête rétrospective sur le protégé du marquis de La Faye. Malgré ce qu’on pourrait appeler la superstition des noms, cette toile nous apparaît comme un très bon De Bar, supérieur à quelque médiocre Pater.

Dans une sorte de cour de ferme, qu’enclôt un mur en ruine où s'ouvre une porte en arcade et qui rappelle beaucoup l’architecture du dessin du Louvre, une compagnie paysanne boit et se divertit. C’est très proche de Watteau, et plus encore peut-être des maîtres de Watteau : les maîtres flamands. La grâce des silhouettes est charmante. Il y a beaucoup de variété dans les personnages de buveurs, de joueurs et d’amants. La teinte en est fort agréable, le bleu gris des fonds s’harmonise avec le vieux rose des vêtements d’une manière très savante. On pourrait voir dans quelques-unes de ces silhouettes des portraits, comme c’est incontestablement le cas pour le personnage assis au premier plan à gauche, la main sur la canne haute, dans la Fête champêtre, du Louvre.

Un autre De Bar, rappelant encore plus le dessin du Louvre, passa en vente publique en mai 1911. Ce tableau très vivant, très grouillant, si l’on peut dire, contient un fond de maisonnettes à toits pointus qui s’étagent, se superposent et font beaucoup penser à cette sorte de pierre

de touche qu'est, en fait d’attribution à De Bar, son dessin du Louvre.

C’est encore en nous référant à ce dessin, que nous serions très tenté d'attribuer à Bonaventure De Bar un tableau, proche du précédent, qui passa sous le n° 27, à l'Hôtel Drouot, dans une « vente de tableaux anciens et modernes, appartenant à divers amateurs », dispersés le 19 décembre 1930. Nous avons cherché, mais en vain, à savoir quel en est actuellement le détenteur. Le tableau est à peu près construit sur le même plan que celui de M. Dru. Dans le couple assis par terre, au premier plan, à gauche, on trouve des silhouettes analogues à celles qu’on voit dans la Fête champétre, son tableau de réception. Pourtant la facture est assez maigre, les mains sont petites, en comparaison des larges mains à la flamande de la Fête champêtre. Nous admettrions volontiers qu’on soit là en présence d’un De Bar plus commercial et moins soigné, mais encore très alerte et fort habilement composé.

La Collection Gonzallez-Moreno contient, provenant de la vente Guttierez de Estrada (vente où nous avons déjà cité le passage d’un Octavien) un petit tableau attribué à De Bar, d'ensemble un peu sombre. C’est une Danse champêtre et le personnage principal particulièrement jeune, en robe à paniers blanche, striée de bleu, est tellement dans la manière de De Bar, qu’il serait vraiment difficile de ne pas y voir une œuvre de sa main.

Enfin, M. Surmont acquit, il y a quelques années, une petite toile charmante qui était restée pendant de longs lustres oubliée. dans une cheminée!

Heureusement cette cheminée avait perdu l'habitude du feu. Le De Bar de M. Surmont est dans un état parfait de conservation; seule une très légère tache provenant d’un choc ou d’une tentative maladroite de nettoyage, en

pourrait altérer un détail sans détruire le charme de l'ensemble. C’est encore une réunion champêtre. Les promeneurs s'arrêtent. Quelques-uns viennent de descendre de cheval et là nous trouvons une surprise fort rare dans la peinture de ce genre et de cette époque.

En général, dans ces œuvres où la préoccupation décorative domine, les animaux, particuhHèrement les chevaux, sont traités sans grand souci de l’exactitude réaliste, qui justifie peut-être l’évocation de Wouwermans. Or, là, parmi les montures encore sellées, nous voyons un poney placé de profil que, visiblement, le peintre étudia, voulut rendre dans son attitude et dans sa physionomie si l’on peut dire — et nous croyons que l’on peut dire.

Ce soin de traduire ce poney, au lieu de s’en servir uniquement comme d’un accessoire inerte et utile à l’équilibre de la composition, est assez curieux et valait d’être signalé.

D’après ces quelques éléments, nous pouvons nous faire une idée suffisante de ce que fut l’art de De Bar, plus spontané et bien plus adroït aussi que celui d’Octavien, en un mot, plus parisien (1).

Nous devons déplorer cette mort si prématurée qui ne permit pas à cet agréable artiste de donner toute sa mesure et qui, moins hâtive à détruire, nous eût laissé un peintre dont les premières œuvres promettaient un talent dont il nous semble qu’on aurait pu attendre tout au moins autant que de Lancret.

(1) Bonaventure de Bar n’a pas gravé: c’est probablement par une confusion bien explicable que dans leur précieux ouvrage sur Jean de Julienne et les graveurs de Watteau, MM. Dacier et Vuaflart le signalent comme l’auteur d’un Epithalame pour le mariage de Louis XV,

planche in-8 en largeur, qui est en réalité l’œuvre du graveur Jacques- Gharles Bar.

’ LL ; Va ? ? TE "” " r. € | 7" x 4 .. D” - - ns L2” % LA Es LA n dt ‘ > be 0 ù Le .

: T4 % fl :

A v … rl “ k t LV'UONE …, oral & y de 0 si , an EN Ex té e L on. A4 ‘ Fe Æ dijr END # # EL LL LE na … sé “ h h … CAVE VERS Ar Ü CHERS N (OR 0 1 107 ntm Lo TS n ! at L 4 È , AIMENT , EI ‘ pa … AO \ ) Ô Le x Here an ù '.

* Ares >.

[ G LL: 5 Fa, L nl , È LE L En 0 LUE Gu f (as TOM ni:

n Ai Cat tr RE - ” 1" rs OÙ QE 0 Si # + = D x | l | k * ) x (a \ \ à le Al . & :

PAR LENS ns.

. ce % le v ni . ». LE > ESS ES w … = * se :

EE à NT ASIE = ee D TS à RSA n.

PLaxcue

François-JÉROME CHANTEREAU. — Le Retour de la chasse.

Dessin rehauséé.

(Cabinet des dessins du Louvre).

oc

Praxcoue XXXIII

*(P1An0T np suissop s2p Jour1qe2)) "20/0421 UWPA(T

“onbrysni 9099 — ‘QAVHUALNVHO ANOUA(-SIOÔNVE

re

Page 1