Lenglet-Dufresnoy, II, 48. (B. de Mandrot, I
3. I, 54. D'après J. Quicherat (Histoire du costume, 298), la cramignole, sorte de toque, était au moins à son apparition, portée surtout par les jeunes gens.
4. P. 455 : « A. la suitte dudit Recteur, on voit les Docteurs et Bacheliers en Théologie et Médecine, tous en Chappes ou noires ou rouges : puis les Maistres es Arts... »
mensuelle de l'Université, recteur en tête, comparée à celle du sénat vénitien accompagnant son duc aux épousailles de la mer. C'est d'ailleurs une comparaison qui a été souvent répétée.
Puis, quand le public s'impatiente, apparaît sur la table de marbre le seigneur Jupiter dont le beau costume suffit à calmer un instant la foule (p. 31). « Jupiter était vêtu d'une brigandine couverte de velours noir à clous dorés : il était coiffé d'un bicoquet garni de boutons d'argent doré. » Sans quelques détails qui conviennent à son rôle, il pourrait « supporter la comparaison, pour la sévérité de sa tenue, avec un arcber breton du corps de monsieur de Berry ». C'est dans la Chronique scandaleuse que Victor Hugo a trouvé le costume de Jupiter, et le passage nous explique tout naturellement la comparaison avec un archer breton du corps de M. de Berry 1 : « Le Jeudy 22 Aoust (1465) lesdits Bretons et Bourguignons vinrent escarmoucher, et il yssitde Paris plusieurs gens de guerre aux champs, et là y eut un Breton archer du corps de Monsieur de Berry, qui estoit habillé d'une brigandine couverte de veloux noir à doux dorez et en sa teste un bicoquet garny de boulions d'argent dorez, qui vint frapper un cheval sur quoy estoit monté un homme d'armes de l'ordonnance du Roy... » Lenglet-Dufresnoy, II, 35 (B. de Mandrot, I, 86-87).
A propos de Robert d'Estouteville, Victor Hugo parle du costume des échevins et des quarteniers (I, 297) : « Ajoutez à cela le plaisir d'étaler dans les chevauchées de la ville et de faire ressortir sur les robes mi-parties rouge et lanné des échevins et des quarteniers son bel habit de guerre que vous pouvez encore admirer aujourd'hui sculpté sur son tombeau, à l'abbaye de Valmont en Normandie, et son morion tout bosselé à Montlhéry. » Il est probable que cette phrase lui a été suggérée par Du Breul, qui décrit ainsi le costume du prévôt des marchands et des échevins (p. 749) : « Es assemblées et processions generalles et publiques, lesdits Magistrats sont revestus de robbes miparties de rouge et tanné; le Prévost des Marchands (ainsi appelle à la différence du Prévost de Paris) de la sienne de satin, et les quatre Eschevins des leurs de drap. » A la même page Du Breul mentionne le costume rouge et bleu des sergents du Parloir-aux-Bourgeois, dont Victor Hugo parle dans un autre passage (p. 300), mais les termes sont un peu différents.
Enfin, quand Coictier entre dans le retrait de Louis XI (II, 324), Guillaume Rym fait remarquer à Coppenole les signes qui annoncent sa dignité : « sa capuce fourrée, caputia forrata, son épitoge
1. On peut remarquer toutefois que M. de Berry mourut en 1472.
courte, epitogia curta, sa robe de velours noir, qui annonçait un président de la cour des Comptes ». La robe de velours uoir était, d'après Sauvai, l'habit de cérémonie des présidents de la Chambre des Comptes (II, 396). « Les Habits de cérémonie de la Chambre des Comptes sont, sçavoir : Pour les Présidons, la Robe de velours noir. Pour les Maîtres des Comptes, la Robe de satin noir... » Quant aux mots caputia forrata, epitogia curta, on les trouve dans une ordonnance en latin, du 4 juillet 1373, que cite Du Breul, (p. 165). Il n'est pas question dans cette ordonnance du costume des présidents : elle règle seulement le costume des petits clercs, ou secrétaires des maîtres des comptes.
YII
La description des fêtes occupe une grande place dans Notre- Dame. La chose est toute naturelle. Victor Hugo avait pu être frappé de l'importance que les historiens donnent aux réjouissances publiques. Non seulement la Chronique scandaleuse mais Sauvai lui-même racontent avec d'abondants détails les entrées des rois et des reines, des princes, des ambassadeurs. Sauvai consacre plus de vingt pages aux réceptions d'ambassadeurs, depuis Charles VI jusqu'à Louis XIV. On pense bien que Victor Hugo n'aurait pas voulu reconstituer, de pure imagination, une fête du temps de Louis XL Mais on voit aussi qu'il pouvait trouver facilement les matériaux qu'il lui fallait.
C'est par une fête que s'ouvre le récit : ce qui met en émotion tout le populaire de Paris, c'est « la double solennité, réunie depuis un temps immémorial, de la fête des rois et de la fête des fous ». Mais on a reçu deux jours auparavant les ambassadeurs flamands chargés de conclure le mariage entre le dauphin et Marguerite de Flandre, et le mystère ! qu'on joue au Palais est une pièce d'actualité. Victor Hugo nous montre d'abord (p. 39) quatre personnages, Noblesse, Clergé, Marchandise, Labour. Puis (p. 65), on voit sur la scène « une jeune enfant vêtue de damas blanc et tenant à la main une marguerite (diaphane personnification de
1. Victor Hugo emploie indistinctement les mots mystère et moralité. — Pour bien montrer à quoi se réduisait, dans l'opinion du public, la part de l'écrivain dans la pièce qu'on jouait, il représente l'écrivain lui-môme se mettant sur la même ligne que le charpentier qui a fait les échafaudages (p. 38). Gringoire, après s'être déclaré l'auteur du mystère, ajoute cette restriction : « ... c'est-à-dire nous sommes deux : Jehan Marchand qui a scié les planches et dressé la charpente du théâtre et toute la bioserie, et moi qui ai fait la pièce. » Si bizarre que nous paraisse cette façon de comprendre la collaboration, Victor Hugo n'a rien imaginé. Il cite d'ailleurs, à la fin du tome II (p. 420), un document authentique : « A Jehan Marchand et Pierre Gringoire, charpentier et compositeur, qui ont fait et composé le mystère fait au
mademoiselle de Flandre) ». Peut-être Victor Hugo a-t-il pris l'idée de ce mystère dans la Chronique scandaleuse qui raconte ainsi l'entrée de la dauphine au mois de juin 1183 : « Le Lundy 2. Juin, environ cinq heures du soir, fist son entrée en la ville de- Paris Madame la Dauphine, accompagnée de Madame de Beaujeu, Madame X Admiralle, et autres Dames et gentils femmes. Et entrèrent à laditte heure audit lieu de Paris par la porte sainct Denys, où estoient préparés pour sa venue trois beaux eschaffaux, en l'un desquels tout en haut estoit un personnage représentant le Roy comme Souverain. Au second estoient deux beaux enfans, un fils et une fille, vestus de damas blanc, faisant et représentant Mgr. le Dauphin, et maditte Damoiselle de Flandres... Et si y avoit aussi quatre personnages : c'est assavoir l'un de labeur, l'autre de Clergé, l'autre marchandise, et l'autre Noblesse, qui tous dirent un couplet à icelle entrée. » — Lenglet-Dufresnoy, II, 170 (B. de Mandrot, II, 132).
Victor Hugo trouve moyen, d'ailleurs, de parler avec assez de détails de la réception. des ambassadeurs flamands. Dès les premières lignes du roman, il dit que le cardinal de Bourbon, « pour plaire au roi, avait du faire bonne mine à toute cette rustique cohue de bourgmestres flamands, et les régaler, en son hôtel de Bourbon, d'une moult belle moralité, sotie, et farce, tandis qu'une pluie battante inondait à sa porte ses magnifiques tapisseries ». La Chronique scandaleuse nous parle de celte représentation et de la tapisserie endommagée par la pluie : « Et d'icelle venue et bonne paix, en furent resjouys et joyeux très noble et très révérend père en Dieu Mgr. le Cardinal de Bourbon, qui à l'occasion d'icelle bonne paix, fist faire en son hostel de Bourbon à Paris, une moult belle moralité, sottie et farce, où moult de gens de la ville alerent pour les veoir jouer, qui moult prisèrent ce qui y fut fait. Et eussent les choses dessusdites esté plus triomphantes, se n'eust esté le temps qui moult fut pluvieux et mal advenant, pour la belle tapisserie et le grand appareil fait en la cour dudit hostel.
Châtelet de Paris, à l'entrée de monsieur le légat, ordonné des personnages, iceux revêtus et habillés ainsi que audit mystère était requis, et pareillement d'avoir fait les échafauds qui étaient à ce nécessaires, et pour ce faire, cent livres. » C'est à peu près le texte donné par les Comptes de la Prévôté en l'an 1502. Dans plusieurs autres endroits nous voyons que Jehan Marchand, charpentier de la grand coignée, et Pierre Grégoire (sic), historien et facteur, étaient des collaborateurs habituels. La part de l'écrivain, quel qu'il soit, paraît même si peu importante et si peu distincte, que nous trouvons dans les Comptes en 1531 (p. 614) : « A deux menuisiers, pour avoir, suivant la bonne et louable coustume... fait faire les eschafaux, composé les misteres, habits des personnages, loué tapisseries, salerié les Chantres, Menestriers et autres personnes, pour avoir servi aux misteres qu'il a convenu faire à l'entrée de la Reine... cent quinze livres parisis. »
Laquelle cour fut toute tendue de la tapisserie du mondit Sgr. le Cardinal, dont il en avoit grand quantité et de belle. » (L.-D., 168-69; B. de M., II, 127.)
Dans un autre chapitre (I, 321) une discussion s'engage entre Oudarde Musnier et sa voisine Gervaise. Il s'agit de savoir où les Flamands ont dîné la veille. C'est à l'Hôtel de Ville, dit Oudarde, au Petit-Bourbon, dit Gervaise. « C'est si bien à l'Hôtel de Ville, reprit Oudarde avec aigreur, que le docteur Scourable leur a fait une harangue en latin, dont ils sont demeurés fort satisfaits. » Il est question d'une harangue en latin dans Sauvai et dans la Chronique, mais Victor Hugo paraît s'être servi plutôt du texte de Sauvai (II, 88). « Comme les Ambassadeurs venoient pour jurer la paix, entre le Roi et l'Archiduc, et par même moyen signer le contrat de mariage de Charles, Dauphin, avec Marguerite d'Autriche; Alaudet, Evêque de Marseille et Gouverneur de Paris, fut envoyé au devant, accompagné du Prévôt des Marchands et quantité de Bourgeois, et d'un Docteur de l'Université nommé Scourable, qui les harangua en Latin, dont ils demeurèrent fort satisfaits. »
« C'est si bien au Petit-Bourbon, répondit Gervaise non moins vivement, que voici ce que leur a présenté le procureur de M. le cardinal : douze doubles quarts d'hypocras blanc, clairet et vermeil; vingt-quatre layettes de massepain double de Lyon doré; autant de torches de deux livres pièce, et six demi-queues de vin de Beaune, blanc et clairet, le meilleur qu'on ait pu trouver. J'espère que cela est positif. Je le tiens de mon mari qui est ciuquantenier au Parloir-aux-Bourgeois, et qui faisait ce matin la comparaison des ambassadeurs flamands avec ceux du Prêtre-Jean et de l'empereur de Trébisonde, qui sont venus de Mésopotamie à Paris sous le dernier roi, et qui avaient des anneaux aux oreilles. » Les présents énumérés par Gervaise sont exactement ceux qui furent offerts en 1530 au cardinal Du Prat, légat à latere et chancelier de France, faisant son entrée à Paris. D'après Sauvai (II, 90) le prévôt des marchands et les échevins « lui firent présenter par le Procureur et les Sergens de la Ville, vêtus de leurs robes mi-parties, douze doubles quarts d'hypocras blanc, clairet et vermeil, vingt-quatre layettes de massepain double de Lyon et doré, autant de torches de deux livres pièce, et six demi-queues de vin de Beaune blanc et clairet, le meilleur qu'on put trouver '. » C'est
1. Les présents qu'on faisait en pareille occasion étaient quelquefois assez originaux. Victor Hugo (1, 297) nous dit que Robert d'Estouteville « avait offert à la reine un très merveilleux cerf en confitures le jour de son entrée à Paris en 14... » C'est par les bourgeois de Paris qu'un cerf en confitures fut offert à la reine en 1467. Voir Chronique scandaleuse, L.-D , II, 64 (13. de M., I, 178).
aussi à Sauvai (II, 86) que Victor Hugo emprunte les détails relatifs aux autres ambassades que le mari de Gervaise compare à l'ambassade flamande : « Jamais pour une seule fois on ne vit tant d'Ambassadeurs que sous Charles VII, en 1461, lorsque ceux de Perse, du Pretre-Jean, de l'Empereur de Trebisonde, du Roi d'Arménie et du Roi de Mésopotamie, ne faisant qu'un corps arrivèrent... La façon de leurs habits à tous surprenoit, tant elle estoit estrange : un entre autres avoit des anneaux aux oreilles. »
« Il est si vrai qu'ils ont soupe à l'Hôtel de Ville, répliqua Oudarde peu émue de cet étalage, qu'on n'a jamais vu un tel triomphe de viandes et de dragées l. — Je vous dis, moi, qu'ils ont été servi par Le Sec, sergent de la ville, à l'hôtel du Petit- Bourbon, et que c'est là ce qui vous trompe. — A l'Hôtel de Ville, vous dis-je! — Au Petit-Bourbon, ma chère! si bien qu'on avait illuminé en verres magiques le mot Espérance qui est écrit sur le grand portail. — A l'Hôtel de Ville; à l'Hôtel de Ville! Même que Husson-le-Voir jouait de la flûte! » Sauvai (II, 88) parle d'une ambassade de l'Empereur qui vint à Paris en 1500. C'est au service de celle-là que fut mis Le Sec, sergent de la ville : « Tant que ces Ambassadeurs demeurèrent à Paris, ils furent défrayés aux dépens de la Ville, et servis par Le Sec, Sergent de la Ville, choisi exprès avec Bloinville, dit d'Arcy. » C'est encore Sauvai (II, 210) qui nous apprend qu'on lisait sur le portail du Petit-Bourbon le mot Espérance : « A l'égard du portail de ce Palais, il y a grande apparence qu'il étoit fort riche... on y lit encore en lettres capitales et dorées le mot Espérance. » Enfin le nom d'Husson-le-Voir est celui d'un serrurier mentionné, pour certaines fournitures, dans les Comptes de la Prévôté, en 1487.
La fête des rois et la fête des fous sont elles-mêmes très lonsruement décrites. Mais, pour tous les détails qui s'y rapporlent, il n'est pas très facile de distinguer les emprunts de la description purement imaginative. Victor Hugo a beaucoup embelli le fond que lui fournissaient différents textes. Je me bornerai à relever deux détails, pour montrer que l'imagination ne joue pas dans ce récit un rôle exclusif. Gringoire prend la résolution de s'enfoncer au cœur même de la fête, et d'aller à la place de Grève (I, 88). « Au moins, pensa-t-il, j'y aurai peut-être un tison du feu de joie pour m'y réchauffer, et j'y pourrai souper avec quelque miette
1. Il est possible que Victor Hugo ait dans l'esprit ce mot cité par Sauvai à propos de la réception d'une ambassade d'Angleterre sous François Ier (II, 90) : « ... brièvement on ne sauroit exposer le triomphe fait tant en viandes qu'en paremens. »
des trois grandes armoiries de sucre royal qu'on a dû dresser sur le buffet public de la ville. » Mais Gringoire trouve table rase (p. 100). « Il ne lui restait même pas un misérable camichon à cinq sous la livre. » Ces deux détails sont tirés des Comptes de la Prévôté (p. 633). Nous y voyons les dépenses faites en 1572 à l'occasion du feu de la Saint-Jean « pour donner la collation au Roi, Messieurs ses frères, et leurs compagnies. » On paya pour cela à Jean de la Bruyère, Marchand, Bourgeois cle Paris, trois cent quinze livres, cinq sols, six deniers, et parmi les articles énumérés figurent « quatre livres de camichons, à cinq sols » et « trois grandes armoiries de sucre Royal dorées à vingt-cinq sols ».
Revenons à la seconde scène du roman. Gisquette la Gencienne et Liénarde interrogent Gringoire sur la moralité qui va être jouée. « C'est une moralité toute neuve, et qui n'a pas encore servi. — Ce n'est donc pas la même, dit Gisquette, que celle qu'on a donnée il y a deux ans, le jour de l'entrée de monsieur le légat, et où il y avait trois belles filles faisant personnages... — De sirènes, dit Liénarde. — Et toutes nues, ajouta le jeune homme, » Et les deux jeunes filles, d'abord alternativement, puis parlant toutes deux à la fois, énumèrent tous les détails de cette mémorable journée. Tous ces détails sont exacts, mais ce n'est pas pour un légat qu'eurent lieu des fêtes si brillantes. C'est pour une bien plus grande occasion, pour l'entrée du roi Louis XI à Paris après son avènement. Victor Hugo a trouvé que le récit de ces réjouissances lui offrait une excellente occasion de mettre clans son œuvre de la couleur locale. Mais il ne pouvait pas les laisser à leur date. Il fallait que les jeunes filles y eussent assisté, et que le souvenir en fut bien vivant dans leur esprit. D'ailleurs, si Victor Hugo a transporté les faits à une autre époque, il a gardé cependant une demiexactitude. Très réellement, un peu plus de deux ans auparavant, au mois de septembre 1480, un légat du pape, le cardinal de Saint- Pierre ad Vincula, fit son entrée dans Paris, et la Chronique scandaleuse raconte les honneurs qui lui furent rendus1. C'est elle aussi qui a fourni à Victor Hugo le récit de l'entrée de Louis XI (L.-D., II, 9; B. de M., I, 27-29).
« Ce jour là il v avait à la fontaine du Ponceau des hommes et des femmes sauvages qui se combattaient et faisaient plusieurs contenances en chantant de petits motets et des bergerettes... » — Chronique : « Un peu avant dans ladite Ville estoient à la fontaine du Ponceau hommes et femmes sauvages, qui se combattoienl et