‹ Quelques sources de "Notre-Dame de Paris"Chapitre 24 sur 30 · Langlet-Dufrcsnoy, II, 159. (B. de Mandrot, II · texte numérisé non relu

Langlet-Dufrcsnoy, II, 159. (B. de Mandrot, II

faisoient plusieurs contenances, et si y avoit encores trois belles filles faisans personnages de Seraines toutes nues... et disoient de petits motets et bergerettes ».

« Et près d'eux, reprit Liénarde, joutaient plusieurs bas instruments qui rendaient de grandes mélodies. » — Chronique : « Et près d'eux joùoient plusieurs bas instrumens qui rendoient de grandes mélodies. »

<( Et pour rafraîchir les passants, continua Gisquette, la fontaine jetait par trois bouches, vin, lait, et hypocras, dont buvait qui voulait. » Chronique : « Et pour bien raffreschir les entrans en ladite Ville y avoit divers conduits en ladite fontaine jettans laict, vin et ypocras, dont chacun buvoit qui vouloit... »

« Et un peu au-dessous du Ponceau, poursuivit Liénarde, à la Trinité, il y avait une passion par personnages et sans parler. — Si je m'en souviens ! s'écria Gisquette : Dieu en la croix et les deux larrons à droite et à gauche. » — Chronique : «... et un peu audessous dudit Ponceau à l'endroit de la Trinité, y avoit une passion par personnages, et sans parler; Dieu estendu en la croix, et les deux larrons à dextre et à senestre. »

« Et plus avant, à la porte aux Peintres, il y avait d'autres personnes très richement habillées. » — Chronique : « Et plus avant à la porte aux Peintres avoit autres personnages moult richement habillez. »

« Et à la fontaine Saint-Innocent, ce chasseur qui poursuivait une biche avec grand bruit de chiens et de trompes de chasse! » — Chronique : « Et à la fontaine saint Innocent y avoit aussi personnages de chasseurs, qui accueillirent unebische illec estant, qui faisoient moult grand bruit de chiens et de trompes de chasses. »

« Et à la boucherie de Paris, ces échafauds qui figuraient la bastille de Dieppe ! » — Chronique : « Et à la boucherie de Paris y avoit eschaffaux figurez à la bastille de Dieppe. »

« Et quand le légat passa, tu sais, Gisquette, on donna l'assaut, et les Anglais eurent tous les gorges coupées. » — Chronique : « Et quand le Roy passa il se livra illec merveilleux assaut de gens du Roy à l'entour des Anglois, estans dedans ladite bastille, qui furent pris et gaignez, et eurent tous les gorges coupées. »

« Et contre la porte du Châtelet, il y avait de très beaux personnages! » — Chronique : « Et contre la porte du Ghastellet y avoit de moult beaux personnages. »

« Et sur le pont au Change, qui était tout tendu par-dessus ! — Et quand le légat passa, on laissa voler sur le pont plus de deux

cents douzaines d'oiseaux; c'était très beau, Liénarde. » — Chronique : « Et outre ledit Chastellet sur Je pont aux changes y avoit autres personnages, et estoit tout tendu par-dessus, et à l'heure que le Roy passa on laissa voler parmy ledit pont plus de deux cens douzaines d'oyseaux de diverses sortes et façons... »

Dans un autre chapitre, la provinciale Mahiette parle du sacre de Louis XI à Reims (I, 321) : « Ah! ma chère... qu'est-ce que vous diriez donc si vous aviez vu, en 61, au sacre de Reims, il y a dix-huit ans, les chevaux des princes et de la compagnie du roi! Des houssures et caparaçons de toutes sortes; les uns de drap de damas, de fin drap d'or, fourrés de martres zibelines; les autres, de velours, fourrés de pennes d'hermine; les autres, tout chargés d'orfèvrerie et de grosses campanes d'or et d'argent! Et la finance que cela avait coûté! Et les beaux enfants pages qui étaient dessus! » C'est encore l'entrée de Louis XI à Paris qui fait les frais de la description : « En icelle entrée faisant, le Roy estoit moult noblement accompagné de tous les grans Princes et nobles Seigneurs de son Royaulme... qui pour honneur lui faire en ladite entrée avoient de moult belles et riches housseures dont leurs chevaux estoient tous couverts, lesquelles housseures estoient de diverses sortes et façons, et estoient les unes d'icelles de fin drap d'or, fourrées de martres sebelines, les autres de veloux fourrées de pennes d'er mines, de drap de damas, d'orfeverie, et chargées de grosses campanes d'argent, blanches et dorées, qui avoient cousté moult grant finance, et si y avoit sur lesdits chevaux et couvertures de beaux jeunes enfans Pages, et bien richement vestus. »

Il y a dans Notre-Dame de Paris des pages entières d'histoire, comme celles qui sont consacrées au droit d'asile (II, 206-208). On trouve aussi mentionnés isolément des faits d'inégale importance : le ravage fait parmi les Bourguignons par la serpentine de la tour de Billy (I, 46); l'explosion de la poudre emmagasinée à la porte du Temple (ici.); la mort du roi d'Angleterre, probablement due à un flacon du cru royal de Chaillot (I, 52); la comète prodigieuse de 1465, dont un homme devint fou (I, 158); l'explosion de la bombarde de Jean Maugue (ici.) l, la peste de 1466 (1,222). On peut presque toujours contrôler le récit de Victor Hugo en se reportant simplement aux auteurs qu'il nomme plusieurs fois.

1. Victor Hugo s'est servi de ces deux faits pour la biographie de Gringoire.

Souvent même on peut indiquer avec précision le texte qu'il a consulté l.

Il en est de même pour les institutions, pour l'organisation de Paris. Quelquefois Victor Hugo a mal interprété les textes. Dans la rapidité du travail, il a pu faire quelques confusions. Mais ce qu'il importe de constater, c'est que voulant peindre, comme il le dit à son éditeur, « l'état des mœurs, des croyances, des lois, des arts, de la civilisation » au xve siècle, il n'a négligé aucune partie de son programme, et, sur tous les points, a cherché à se procurer les renseignements nécessaires.

Mais, naturellement, ce ne serait pas une parfaite exactitude des faits, une exposition scrupuleuse des institutions qui pourraieut donner à son roman la vie et la réalité. Aussi Victor Hugo a-t-il apporté beaucoup plus de soin aux menus détails qu'aux grands traits 2. Il tient, par exemple, quand il parle des monnaies, à ne pas en nommer une qui ne soit en usage du temps de Louis XI. Jehan Frollo vide sur une borne la bourse que lui a jetée son frère (II, 75). « Vrai Dieu! grommela Phœbus, des targes, des grands blancs, des petits blancs, des mailles d'un tournois les deux, des deniers parisis, de vrais liards à l'aigle ! c'est éblouissant ! » Et le capitaine compte la monnaie. « Savez-vous, Jehan, qu'il y a vingt-trois sous parisis! » C'est la somme que contenait une bourse qui fut trouvée en 1471 sur les degrés de l'église du Sépulcre, et les pièces énumérées sont aussi les mêmes. (Sauvai, III, 399) : « Une bourse de cuir noir trouvée sur les degrés de l'Eglise du Sepulchre en la rue St Denys, en laquelle avoit 23 sols parisis en monnoye, tant en grands blancs, targes, petits blancs et doubles tournois, que lyars à Leigle et autres, avec mailles d'un tournois les deux et deniers parisis. » On peut se demander pourquoi, dans un autre passage, Jehan Frollo étale une si exacte connaissance de la valeur des monnaies (II, 43). « Je vous le demande, messer Gicero et messer Seneca, dont je vois les exemplaires tout racornis épars sur le carreau, que me sert de savoir, mieux qu'un général des monnaies ou qu'un juif du pont aux

1. Droit d'asile, Sauvai, I, 499 et suivantes; — Serpentine, Chronique, 45 (B. de M., I, 119); — Poudre, Chronique, 39 (B. de M , I, 100); —Roi d'Angleterre, Chronique, 169 (B. de M., II, 130-131); — Comète, Chronique, 52 (B. de M., I, 141); — Bombarde, Chronique. 153-54 (B. de M., II, 81); — Peste, Chronique, 60 (B. de M., I, 165).

2. C'est ainsi que, tout en ignorant beaucoup de choses au sujet de l'organisation de Paris, nous savons très exactement l'étendue de la juridiction du bailli du Palais. Louis XI interroge Coictier sur ce point quand il croit le bailli du Palais menacé et espère profiter de l'événement (II, 326-27). La réponse de Coictier ne fait que reproduire les renseignements donnés par Du Breul (151-152).

changeurs, qu'un écu d'or à la couronne vaut trente-cinq unzains de vingt-cinq sous huit deniers parisis chaque, et qu'un écu au croissant vaut trente-six unzaines de vingt-six sous et six deniers tournois pièce, si je n'ai pas un misérable liard noir à risquer sur le double-six! » Victor Hugo utilise un renseignement donné dans la Chronique scandaleuse1.

Ce soin minutieux est sensible dans le chapitre où Florian Barbedienne, auditeur au Chàtelet, distribue des condamnations2 (I, 301). Nous ne connaissons les jugements qu'indirectement, par l'intermédiaire de Jehan Frollo. « Tiens, disait-il tout bas à son compagnon Robin Poussepain qui ricanait à côté de lui, tandis qu'il commentait les scènes qui se déroulaient sous leurs yeux, voilà Jehanneton du Buisson. La belle fille du caanard au MarchéiNeuf8! — Sur mon âme, il la condamne, le vieux! il n'a donc pas plus d'yeux que d'oreilles. Quinze sols quatre deniers parisis, pour avoir porté deux patenôtres! C'est un peu cher! » Celait bien le tarif. Dans les Comptes de la Prévôté, en 1463, nous voyons « Jehanneton du Buisson condamnée en quinze sols quatre deniers parisis, pour le port de deux Pastenotes » (p. 370).

« Qu'est celui-là? Robin Chief-de-ville, haubergier. — Pour avoir été passé et reçu maître audit métier? — C'est son denier d'entrée. » En 1466 (p. 388) nous lisons au chapitre Amendes civiles : « De Robin Chief-de-ville, Haubergier, pour son entrée d'avoir été passé et reçeu Maistre audit métier. »

« Hé! deux gentilshommes parmi ces marauds! Aiglet de Soins, Hutin de Mailly. Deux écuyers, corpus Christi! Ah ! ils ont joué aux dés. Quand verrai-je ici notre recteur? Cent livres parisis d'amende envers le roi! Le Barbedienne frappe comme un sourd,

1. 11 est question d'une décision prise en 1475 au sujet de la valeur des monnaies (L.-D., 428; B. de M., II, 1).

2. Victor Hugo dit de la condamnation de Quasimodo (p. 309) : « La teneur en était simple et brève. La coutume de la prévôté et vicomte de Paris n'avait pas encore été travaillée parle président Thibaut Baillet et par Roger Barmne, l'avocat du roi. Elle n'était pas obstruée alors par cette haute futaie de chicanes et de procédures que les deux jurisconsultes y plantèrent au commencement du xvie siècle. » Ce passage est probablement inspiré par un passage des Comptes de la Prévôté (p. 514). Nous y voyons des fournitures faites en 1511 par un tapissier « pour tendre et parer la grande salle de l'Evesque de Paris pour l'espace de six jours entiers; dedans laquelle salle assistèrent Me Thibaut Baillet Président en la Cour de Parlement, Me Roger Barmne, Avocat du Roi en ladite Cour, Commissaires délégués par le Roi notre Sire pour arrester les coutumes générales et locales de la Prevosté et Vicomte de Paris... »

3. Sauvai,!, 174: « On condamna en mèmctems une autre ruelle, qui reste encore en partie entre les premières maisons du petit-pont et quelques logis du Marchéneuf et qu'on appelloit le Caignard, à cause qu'elle servoit de paseage aux hommes et aux femmes de mauvaise vie, qui y passoient, en se retirant la nuit sous les logis du petit pont, où ils menoient une étrange vie. »

— qu'il est. » Nous voyons bien dans les Comptes, en 1465, au chapitre des Amendes criminelles (p. 374) : « Aiglet de Soins, Escuyer, et Hutin de Mailly, Escuyer, condamnés chacun en cent livres parisis d'amende envers le Roi. » Nous voyons aussi, formant un autre alinéa : « Condamnez pour le jeu de Dez. » Mais il est probable que cette mention ne concerne pas les deux écuyers. Elle s'applique à plusieurs personnes qui ne sont pas désignées individuellement. C'est ainsi qu'à la page où figure Jehannclon du Buisson, nous lisons en tête du chapitre : « Condamnés pour port de dagues. Pour juremens. Femmes pour port de ceintures... Condamnés pour le jeu de Dez. »

« Sainte Vierge, que de filles! l'une après l'autre, mes brebis! Ambroise Lécuyère! Isabeau la Paynette! Bérarde Gironin! Je les connais toutes, par Dieu! A l'amende! à l'amende! Voilà qui vous apprendra à porter des ceintures dorées! dix sols parisis! coquettes! » A chaque instant nous trouvons dans les Comptes cette mention collective : « Femmes condamnées pour port de ceinture. » On voit que Victor Hugo a voulu ne pas mentionner une seule condamnation qui ne pût paraître vraisemblable1.

Ce que Victor Hugo dit de l'exposition des enfants trouvés est conforme à ce que dit Du Breul2. Le règlement des bonnes-femmes de la chapelle Etienne-Haudry, les noms des divers personnages qui l'ont établi, se trouvent dans Sauvai, et il est inutile de s'arrêter aux très légères inexactitudes qui ont pu se glisser dans le texte de Victor Hugo3. Les bréviaires publics sont aussi mentionnés dans Sauvai4. D'après lui, on en voyait dans plusieurs églises, où ils étaient à la disposition des prêtres trop pauvres pour acheter des livres. Ce n'est pas tout à fait la même chose que le bréviaire de la Tour Roland, placé à la disposition des passants, mais il est pourtant visible que le passage de Sauvai a pu suggérer ce détail.

Ce qui séduit surtout Victor Hugo dans les mœurs du xve siècle ce sont les singularités. On trouve une foule de détails qu'il n'a choisis qu'à ce titre. A ses yeux sans doute ils servaient mieux que d'autres à dater une scène, à bien placer à son époque tel ou

1. Gringoire dit à la Esmeralda (I, 150) : « Vous n'ignorez pas pourtant que Noël Lescripvain a été condamné il y a huit jours en dix sous parisis pour avoir porté un braquemard. » On voit dans les Comptes de la Prévôté (p. 510) qu'en 1494 Noël Lescripvain fut condamné en dix sols parisis pour avoir porté un braquemard et en dix sols parisis pour blasphème.

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