Les épileptiques
mannequin. Clopin explique à Gringoire en quoi elle consiste et quel sort lui est réservé selon qu'il aura ou non réussi. On suspend un mannequin couvert de grelots et de sonnettes et Clopin fait monter Gringoire sur un vieil escabeau chancelant : « Maintenant, poursuivit le roi de Thunes, tourne ton pied droit autour de ta jambe gauche et dresse-toi sur la pointe du pied gauche... de cette façon tu pourras atteindre jusqu'à la poche du mannequin : tu y fouilleras; tu en tireras une bourse qui s'y trouve; et si tu fais tout cela sans qu'on entende le bruit d'une sonnette, c'est bien; tu seras truand. Nous n'aurons plus qu'à te rouer de coups pendant huit jours. » Victor Hugo complique un peu l'épreuve, mais au fond, c'est bien à peu près ainsi que Sauvai décrit l'un des chefs-d'œuvre à accomplir pour être reçu coupeur de bourses (p. 513) : « On attache au plancher et aux solives d'une chambre une corde bien bandée, où il y a des grelots avec une bourse, et il faut que celui qui veut être passé Maitre, ayant le pied droit sur une assiette posée au bas* de la corde, et tournant à l'entour le pied gauche, et le corps en l'air, coupe la bourse sans balancer le corps, et sans faire sonneries grelots; s'il y manque en la moindre chose, on le roue de coups; s'il n'y manque pas on le reçoit Maitre. Les jours suivants on le bat autant que s'il y avoit manqué, afin de l'endurcir aux coups, et on continue de le battre jusqu'à ce qu'il soit devenu insensible. »
La cérémonie de la cruche cassée, qui termine la scène si heureusement pour Gringoire, se rattache plutôt à l'Egypte qu'au royaume d'argot. Gringoire, sur l'invitation de la Esmeralda, jette à terre une cruche d'argile qui se brise en quatre morceaux. « Frère, dit alors le duc d'Egypte en leur imposant les mains sur le front, elle est ta femme ; sœur, il est ton mari. Pour quatre ans. Allez. » Le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy, au mot Bohémiens, donne une indication qui correspond assez bien à cette scène : « Quand une bohémienne se mariait, elle se bornait, pour toute cérémonie, à briser un pot de terre devant l'homme dont elle voulait devenir la compagne; et elle vivait avec lui autant d'années qu'il y avait de fragments du vase. Au bout de ce temps, les époux étaient libres de se quitter ou de rompre ensemble un nouveau pot de terre. » Mais Victor Hugo connaissait ce détail avant que parut la seconde édition du Dictionnaire infernal. Une note de Collin de Plancy renvoie à H an d'Islande, chap. xli, où le bourreau Nychol Orugix dit à la bohémienne qu'il a épousée : « Et toi, ma vieille bohémienne, réjouis-toi aussi! tu peux t'acheter des colliers de verre bleu pour orner ton cou de cigogne étranglée.
Notre engagement expire bientôt; mais va, dans un mois, quand tu me verras le premier bourreau des deux royaumes, tu ne refuseras pas de casser une autre cruche avec moi. »
Pour donner plus de pompe et de pittoresque à la procession du pape des fous, Victor Hugo a eu lldée d'unir dans une alliance fraternelle l'Egypte, le royaume d'argot, et l'empire de Galilée. C'est pour cela que nous trouvons la Esmeralda en si mauvaise compagnie. Dans Sauvai, le chapitre sur les Bohémiens ou Égyptiens suit immédiatement celui qui est consacré à la Cour des Miracles, mais il est évident que les deux associations sont toujours restées bien distinctes, malgré d'assez nombreuses ressemblances. Victor Hugo a tiré grand parti du récit de Sauvai dans un autre passage de son roman (I, 330). Mahiette raconte comment arriva jadis près de Reims une troupe de bohémiens. Ces bohémiens ressemblent beaucoup à ceux qui étaient venus camper près de Paris en 1427.
« Il arriva un jour à Reims des espèces de cavaliers fort singuliers. C'étaient des gueux et des truands qui cheminaient dans le pays conduits par leur duc et par leurs comtes. » — Sauvai, 517 : « En 1427, il arriva à Paris et aux environs une compagnie de gueux et de coupeurs de bourses d'une autre espèce que ceux-ci... leurs Officiers prenoient le titre de Ducs et de Comtes; ils n'alloient qu'à cheval; le peuple les suivoit à pied... »
« Ils étaient basanés, avaient les cheveux tout frisés, et des anneaux d'argent aux oreilles. » — Sauvai, 518 : « Ils avoient le visage bazanné, les cheveux tout frisés, les oreilles percées, et un ou deux anneaux d'argent à chacune ».
« Les femmes étaient encore plus laides que les hommes. Elles avaient le visage plus noir et toujours découvert, un méchant roquet sur le corps, un vieux drap tissu de cordes lié sur l'épaule, et la chevelure en queue de cheval, » — Sauvai, 518 : « Le visage des femmes éloit tout découvert, et encore plus bazanné que celui des maris; leurs cheveux éloient noirs et faits comme la queue d'un cheval; elles portoient un méchant roquet ou une mauvaise chemise, avec un vieux drap tissu de cordes et lié sur l'épaule; c'étoit en un mot les plus noires et les plus laides femmes qu'on ait jamais vues en France. »
« Tout cela venait en droite ligne de la basse Egypte à Reims par la Pologne. Le pape les avait confessés, à ce qu'on disait, et leur avait donné pour pénitence d'aller sept ans de suite par le monde, sans coucher dans des lits. Aussi ils s'appelaient Penanciers et puaient. Il paraît qu'ils avaient été autrefois sarrazins, ce
qui fait qu'ils croyaient à Jupiter, et qu'ils réclamaient dix livres tournois de tous archevêques, évêques et abbés crosses et mitres. C'est une bulle du pape qui leur valait cela. Ils venaient à Reims dire la bonne aventure au nom du roi d'Alger et de l'empereur d'Allemagne. » — Sauvai, 517-18 : « Ils venoient, disoient-ils, de la basse Egypte, où ils avoient pris naissance. Autrefois ils avoient été Sarrazins et Idolâtres, à présent ils faisoient profession de la Religion Chrétienne, que les Chrétiens de leur voisinage leur avoient enseignée par force; car ces voisins ayant subjugué leur pays, tuèrent tous les Egyptiens qui ne voulurent pas se faire Catholiques, et rendirent le Royaume à ceux qui embrassèrent la Loi de Jésus-Christ. Cela dura quelque tems, après quoi les Sarrazins envahirent presque sans peine la basse Egypte, et contraignirent les vaincus de devenir Renégats. A cette nouvelle, l'Empereur, le Roi de Pologne et autres Princes Chrétiens leur font la guerre, les obligent d'abjurer leur Religion, les chassant de leur patrie; et au lieu de les y rétablir comme les Chrétiens avoient fait auparavant, ils les envoyent à Rome, les contraignent d'y traîner jusqu'à leurs enfans, et leur déclarent qu'ils ne les souffriront pas en leur pays, qu'après en avoir eu ordre du Pape. Pour leur obéir il fallut que ces Relaps allassent à Rome. Le Pape les confessa et leur donna pour pénitence d'aller sept ans de suite errans par le monde, sans coucher dans des lits. Toutefois, afin qu'ils ne mourussent pas de faim dans ce tems-là, il leur fît expédier des Bulles, par lesquelles il ordonne aux Archevêques, aux Evêques et aux Abbés crosses et mitres qu'ils rencontreroient en leur chemin, de leur donner chacun dix livres tournois... et parce qu'en 1427 on disoit Penance au lieu de Pénitence, et Penanciers au lieu de Pénitenciers, qui signifîoient alors des gens qui faisoient pénitence, ces malheureux prenoient le nom de Penanciers. »
« Vous pensez bien qu'il n'en fallut pas davantage pour qu'on leur interdît l'entrée de la ville. Alors toute la bande campa de bonne grâce près de la porte de Braine... » — Sauvai, 517 : «... on ne voulut point les y laisser entrer (dans Paris), et on les logea à La Chapelle, petit Village hors de la porte St Denys ».
« Et ce fut dans Reims à qui les irait voir. Ils vous regardaient dans la main et vous disaient des prophéties merveilleuses... Il courait cependant sur eux de méchants bruits d'enfants volés et de bourses coupées... » — Sauvai, 517 : « Leurs femmes en regardant dans les mains de ceux qui les alloient voir, leur disoient ce qui leur étoit arrivé et ce qui leur arriveroit... Cependant elles coupoient la bourse de ceux qu'elles amusoient par leurs discours. »
Arrivons à l'empire de Galilée. Victor Hugo nous ]e montre à son rang", clans le cortège du pape des fous (p. 103-104). « Après le royaume des argotiers, venait l'empire de Galilée. Guillaume Rousseau, empereur de l'empire de Galilée, marchait majestueusement dans sa robe de pourpre lâchée de vin, précédé de baladins s'entre-battant et dansant des pyrrhiques, entouré de ses massiers, de ses suppôts et des clercs de la chambre des comptes. » Nous retrouvons Guillaume Rousseau à la Cour des Miracles. Clopin dit à Gringoire : « Tu es devant trois puissants souverains : moi Clopin Trouillefou, roi de Thunes, successeur du grand coësre, suzerain suprême du royaume de l'argot; Mathias Hungadi Spicali, duc d'Egypte et de Bohême, ce vieux jaune que tu vois là avec un torchon autour de la tête; Guillaume Rousseau, empereur de Galilée, ce gros qui ne nous écoute pas et qui caresse une ribaude. » On sait que l'empire de Galilée était l'association formée par les clercs des procureurs de la Chambre des Comptes, comme le royaume de la Basoche comprenait les clercs des procureurs au Parlement. Nous voyons dans les Comptes de la Prévôté en 1532 (p. 615) : « Guillaume Rousseau, Empereur de l'Empire de Gallilée, et Suppôts d'icelui, Clercs en la Chambre des Comptes, vingt-cinq livres parisis, aux frais et charges dudit Empire, mesmement aux dances morisques, mommeries et autres triomphes que le Roi veut et entend être faites par eux pour l'honneur et récréation de la Reine. » A d'autres dates figurent les noms de Louis de la Cherne, empereur de Galilée (1505), de Louis Vente, trésorier et receveur général de l'Empire (1523), etc. L'empire de Galilée avait donc un rôle à jouer dans les réjouissances publiques. Guillaume Rousseau pouvait bien se trouver à la procession du pape des fous. Il est peu probable qu'il ait été un habitué de la Cour des Miracles.
Il n'était guère possible de faire un tableau des mœurs et des croyances du xve siècle sans donner une place importante à la magie, à la sorcellerie, en général aux sciences occultes. Claude Frollo s'adonne à la magie et à l'alchimie, et il n'est pas isolé dans le roman. L'auteur cherche à nous faire comprendre quelle place occupent le surnaturel et le mystérieux dans l'esprit des contemporains de Louis XL
Claude Frollo, dans sa cellule, presque en haut d'une des tours
de Notre-Dame1, déplore l'impuissance de son esprit et l'insuccès de ses expériences (II, 52). « Je n'ai seulement pu retrouver le secret de Gassiodore, dont la lampe brûlait sans mèche et sans huile... Quoi! je tiens dans ma main le marteau magique de Zéchielé! à chaque coup que le redoutable rabbin, du fond de sa cellule, frappait sur ce clou avec ce marteau, celui de ses ennemis qu'il avait condamné, eùt-il été à deux mille lieues, s'enfonçait d'une coudée dans la terre qui le dévorait. Le roi de France luimême, pour avoir un soir heurté inconsidérément à la porte du thaumaturge, entra dans son pavé de Paris jusqu'aux genoux. — Ceci s'est passé il n'y a pas trois siècles. » La rabbin Zéchielé vivait en effet au xme siècle. Sauvai raconte le fait dont parle Claude Frollo (II, 551-52). Zéchielé avait une lampe qu'il n'allumait que la veille du sabbat et qui brûlait toute la semaine sans huile, mais avec une matière qui y ressemblait assez. « Or comme cela vint à être su, les passans pour lui faire pièce et l'interrompre prenoient plaisir à heurter à sa porte. Le Juif, pour se venger de ces importuns, ficha un cloud dans terre, et si tôt qu'ils commençoient à heurter, donnant un coup de marteau sur ce cloud la terre en même tems s'entrouvroit afin de les engloutir. Le Roi curieux de voir cette lampe que Zéchielé ne lui avoit jamais voulu faire voir, l'assurant même que cela n'étoit point, vint de nuit à son logis accompagné de quelques Seigneurs et n'eurent pas plutôt heurté, que les voilà enfoncés en terre jusqu'aux cuisses, et seroient péris si au second coup de marteau le cloud n'eut rejailli en l'air. » Le rabbin étonné court à sa porte, reconnaît le roi, le fait entrer, et lui montre sa lampe « dont sans doute il n'auroit pas fait grand cas, s'il avoit su que Gassiodore Secrétaire d'Etat de Theodoric, en avoit plusieurs qui brûloient sans s'éteindre. »
Claude Frollo essaie de retrouver le mot magique dont se servait Zéchielé. « Voyons, essayons, reprit vivement l'archidiacre. Si je réussis, je verrai l'étincelle bleue jaillir de la tète du clou. — Emen-hétan! Emen-hétan! — Ce n'est pas cela. — Sigéani! Sigéani ! » Il est probable que Victor Hugo a tiré ces mots du Dictionnaire infernal de Collin de Plancy. Au mot Sabbat nous y
1. Victor Hugo dit de cette cellule (1,246) : « Cette cellule avait été jadis pratiquée presque au sommet de la tour... par l'évêque Hugo de Besançon, qui y avait maléficié en son temps. » Il ajoute en note: Hugo 11 de liisuncio, 1326-1332. Du Breul, dans la liste des évêques de Paris (p. 54), mentionne « Hugo. 2. de Bisoncio », et ajoute en marge : Besançon. L'évêque Hugo de Besançon n'a peut-être jamais maléficié. On comprend que Victor Hugo s'amuse à voir ces deux noms assemblés et prenne un prétexte quelconque pour les introduire dans son roman.
voyons que les sorcières, avant d'enfourcher le manche à balai qui doit les conduire au sabbat, « répètent plusieurs fois ces mots : Emen-hétanl eynen-hétan! qui signifient, dit Delancre, Ici et là! ici et là! » Le mot Sigéani se trouve aussi dans le Dictionnaire infernal avec cette explication : « Esprit qui dans le royaume d'Ava préside à l'ordre des éléments et lance la foudre et les éclairs. »
Dans le chapitre suivant, nous entendons la conversation de Claude Frollo et de Jacques Charmolue. Ils parlent de Marc Cenaine, sommelier de la chambre des Comptes, accusé de sorcellerie. Charmolue a trouvé chez lui un parchemin couvert de formules mystérieuses. « Donnez, dit l'archidiacre. Et jetant les yeux sur cette pancarte : — Pure magie, maître Jacques! s'écriat-il. Eynen-hétan! c'est le cri des stryges quand elles arrivent au sabbat. Per ipsum et cum ipso et in ipso! c'est le commandement qui recadenasse le diable en enfer. Hax, pax, max! ceci est de la médecine. Une formule contre la morsure des chiens enragés. » Et Charmolue présente encore à Claude Frollo un creuset. « L'archidiacre se mit à examiner le vase. — Qu'a-t-il gravé sur son creuset? Och! och! le mot qui chasse les puces! Ce Marc Cenaine est ignorant. » Nous avons déjà rencontré Emen-hétan. Tout le reste se trouve dans Collin de Plancy, sous ce titre : Paroles magiques : « On n'est point mordu des puces si l'on dit en se couchant : Och, och... On fait rentrer le diable en enfer avec ces mots : Per ipsum et cum ipso et in ipso... On prévient les suites funestes de la morsure des chiens enragés en disant Hax, pax, max. »
A une question de Charmolue, Claude Frollo, répondant affirmativement, ajoute : « C'est Augustin Nypho qui l'a écrit, ce docteur italien qui avait un démon barbu lequel lui apprenait toutes choses. » Le nom de Nypho se trouve dans le Dictionnaire infernal : « Nypho (Augustin). Fameux sorcier italien, qui avait un démon familier et barbu, dit Delancre, lequel lui apprenait toutes choses1. » Puis, revenant à Marc Cenaine, Charmolue le plaint de tant souffrir. « Pauvre homme! il aura souffert comme Mummol. Quelle idée aussi, d'aller au sabbat! un sommelier de la Cour des comptes, qui devait connaître le texte de Charlemagne, stryga vel masca! » Sauvai (II, 592-93) raconte l'atroce supplice que, sous prétexte de sorcellerie, on fît subir à Mummol, sur
1. Charmolue, parlant de la chèvre de la Esmeralda, dit qu'elle sait la mathématique comme Picatrix. Le nom de Picatrix se trouve aussi dans le Dictionnaire infernal.
l'ordre de Frédégonde. Quant au texte de Charlemagne, c'est probablement un passage du Dictionnaire infernal, au mot Stryge, qui en a donné l'idée à Victor Hugo. « Le même Charlemagne, dans les Gapitulaires qu'il composa pour les Saxons, ses sujets de conquête, condamne à la peine de mort, avec plus de raison, ceux qui auront fait brûler des hommes ou des femmes accusés d'être stryges. Le texte se sert des mots stryga \e\masca, et l'on sait que ce dernier terme signifie, comme larva, un spectre, un fantôme. »
Les superstitions de ce genre s'étalent naturellement dans le procès de la Esmeralda. On va procéder à « l'interrogatoire de la chèvre ». L'expression pouvant sembler bizarre, Victor Hugo la commente (II, 117). « Rien de plus simple alors qu'un procès de sorcellerie intenté à un animal. On trouve, entre autres, dans les Comptes de la prévôté pour 1466, un curieux détail des frais du procès de Gillet-Soulart et de sa truie, exécutés pour leurs démérites, à Corbeil. Tout y est, le coût des fosses pour mettre la truie, les cinq cents bourrées de l cotrets pris sur le port de Morsant, les trois pintes de vin et le pain, dernier repas du patient fraternellement partagé par le bourreau, jusqu'aux onze jours de garde et de nourriture de la truie à huit deniers parisis chaque. Quelquefois même on allait plus loin que les bêtes. Les Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Débonnaire infligent de graves peines aux fantômes enflammés qui se permettaient de paraître dans l'air. » Il est facile de vérifier dans le troisième volume de Sauvai (p. 387) l'exactitude des détails donnés sur le procès de Gillet-Soulart, dont les frais, exécution comprise, s'élèvent à neuf livres seize sols cinq deniers parisis. Pour les Gapitulaires, Victor Hugo en parle d'après Gollin de Plancy, qui dit, au mot Stryge : « Gomme ces stryges sont punissables d'amendes, quelques-uns ont cru que ce nom devait s'appliquer exclusivement à des magiciennes. Mais en ces temps là on soumettait aux lois les spectres et les fantômes aussi bien que les êtres encore vivants : les Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Débonnaire imposent de graves peines aux fantômes enflammés qui paraissaient dans les airs. Et ces apparitions lumineuses étaient des aurores boréales. »
La Esmeralda, dès qu'elle sent son pied serré dans le brodequin, avoue tout ce qu'on veut. Le Dictionnaire infernal a pu suggérer à Victor Hugo au moins deux des questions qui lui sont posées. « Vous avouez avoir vu le bélier que Beizébuth fait paraître dans les nuées pour rassembler le sabbat, et qui n'est vu