Comptes de la -Prévôté, p
4. P. 480. Dans le même compte figurent Husson-le-Voir, serrurier, et Jehan Moubon, marchand ferron. Dans Notre-Dame, Husson-le-Voir joue de la flûte au banquet donné à l'Hôtel de Ville en l'honneur des Flamands (I, 322), et ailleurs il est question du vieux marchand ferron Eustache Moubon (I, 117).
ces noms qui, comme dit l'archidiacre, « vont à une bonne œuvre comme une bombarde sur un maître-autel » (II, 58). Ce ne sont pourtant pas des noms inventés. Sauvai (II, 595) parle d'une ordonnance de saint Louis, d'après laquelle tous les voleurs de grands chemins et receleurs retombant dans la même faute pour la troisième fois, devaient être brûlés sans rémission. Cette ordonnance, renouvelée par Charles VIII et par Louis XII, « fut mise à exécution en 1533, 1545 et 1557, contre les assassins de Pierre Légat à latere, contre Pierre l'Assommeur, cuisinier du Capitaine de la Bande des Bonnets t>m/s, et en la personne de Batiste Croque-oison, Écolier de l'Université, surnommé le Capitaine des Boute- feux ».
Victor Hugo a emprunté bien d'autres noms aux Comptes de la Prévôté ou à d'autres textes : Andry le Rouge, Philippot Avrillot, oblat des Célestins, Barbedienne, Bellevigne de l'Estoile, mademoiselle la Boudraque, Jeanneton du Buisson, Champchevrier, François Chanteprune (Chanteprime), Robin Chiefdeville, haubergier, Diane de Christeuil (Amelotte de Christeuil), Hennequin Dandèche, Boniface Disome (Antoine Disome), Guillaume Douxsire (Jean Doubs Sire), Falourdel, Fanouel, Mahé Fedy, lieutenant de Saint-Germain-en-Laye, Thibaut Fernicle, la Gencienne, Gironin, Gilles Godin, notaire au Châtelet, Guichard Grand-Remy, capitaine des pistoliers de la ville, Ambroise Lécuyère, Guillaume Longuejoue, Gieffroy Mabonne (Jehan Mabonne), Guillemette la Maîresse (Catherine la Mairesse), Mistricolle, Michel Noiret, trompette juré du roi notre sire, Isabeau la Paynette, Jehan Pincebourde, Mahiet Pradon, maître dinandinier et chaudronnier à Paris, Isabeau la Thierrye, etc. On voit que tous ces emprunts sont certainement systématiques et se rattachent à une conception générale.
C'est quelque chose d'avoir donné aux personnages des noms de leur époque. Il fallait aussi faire d'eux des gens qui fussent bien de leur temps. Il fallait que tous les détails de leur vie fussent vraisemblables. Pour le principal d'entre eux, Claude Frollo, Victor Hugo a constitué une véritable biographie. Nous savons en quoi consistait son patrimoine, nous le suivons dans ses études à l'Université, nous le voyons devenir prêtre et s'élever à l'un des premiers rangs dans le diocèse de Paris *. Sans doute
1. Nous verrons plus loin, au sujet des croyances du xvc siècle, Claude Frollo alchimiste et magicien.
un historien trouverait beaucoup à critiquer. Contentons-nous de voir comment Victor Hugo compose son récit de fragments très adroitement ajustés.
Nous sommes renseignés tout d'abord sur le rang de la famille de Claude et l'histoire du fief de Tirechappe. « Claude Frollo n'était pas un personnage vulgaire. Il appartenait à l'une de ces familles moyennes qu'on appelait indifféremment, dans le langage impertinent du siècle dernier, haute bourgeoisie ou petite noblesse. Cette famille avait hérité des frères Paclet le fief de Tirechappe, qui relevait de l'évêque de Paris, et dont les vingt et une maisons avaient été au treizième siècle l'objet de tant de plaidoiries par devant Fofficial. » (I, 219.) Claude Frollo complète lui-même ces renseignements dans une conversation avec son frère Jehan (II, 57) : « Vous savez, monsieur Jehan, que notre fief de Tirechappe ne rapporte, en mettant en bloc le cens et les rentes des vingt et une maisons, que trente-neuf livres onze sous six deniers parisis. C'est moitié plus que du temps des frères Paclet, mais ce n'est pas beaucoup. » Tous ces détails correspondent très bien à ceux que donne Sauvai dans rénumération des neuf fiefs de l'évêché de Paris (II, 419) : « Le Fief de Tirechappe, ainsi nommé à cause de la rue où il est, en 1285 appartenoit à deux Bourgeois, tous deux frères, appelles Jean et Thibaut Paclet, et consistoit en 21 maisons qui leur raportoient vingt livres onze sols six deniers Parisis de cens et rentes. En ce tems-là ils refusoient d'en faire hommage à l'Evêque Renoul, prétendans que ni eux, ni leurs devanciers ne l'avoient jamais fait à pas un Evêque, et pour cela étoient en procès et piaidoient pardevant l'Offîcial. » Victor Hugo, tenant compte du changement qui avait pu se produire en deux siècles dans la valeur de l'argent, a cru devoir augmenter de dix-neuf livres le revenu indiqué par Sauvai. Claude Frollo ajoute : « Vous savez que l'official a décidé que nos vingt et une maisons mouvoient en plein fief de l'évêché, et que nous ne pourrions racheter cet hommage qu'en payant au révérend évêque deux marcs d'argent doré du prix de six livres parisis. Or, ces deux marcs, je n'ai pu encore les amasser, vous le savez. » En continuant la lecture de Sauvai, nous trouvons aussi ces indications : « A la fin néanmoins par amis, ils s'obligèrent eux et leurs successeurs d'en faire hommage, et reconnurent que leurs 21 maisons mouvoient en plein Fief de l'Evêché, et que l'Evêque y avoit toute sorte de Jurisdiction, de Justice, et de Domaine, à l'exception tant du fonds de terre que des lods et ventes qui leur appartenoient.
Mais en ce faisant, ils se réservèrent le pouvoir de rachetter cet hommage à leur volonté, et le tout pour deux marcs d'argent doré du prix de six livres Parisis : telle étoit la valeur du marc d'argent doré de ce tems-là, et bien que ce fut mettre un hommage à fort bas prix, toutesfois il me semble qu'on ne Ta point encore racheté. » Les légères différences entre le récit de Sauvai et le texte de Victor Hugo ne méritent pas d'être relevées.
Pour montrer comment s'est formé l'esprit de Claude Frollo, Victor Hugo raconte sa jeunesse laborieuse et austère. « C'était d'ailleurs un enfant triste, grave, sérieux, qui étudiait ardemment et apprenait vite. Il ne jetait pas grand cri dans les récréations..., ne savait ce que c'était que dare dlapas et capillos laniare, et n'avait fait aucune figure dans cette mutinerie de 1463 que les annalistes enregistrent gravement sous le titre de : « Sixième trouble de l'Université. » (I, 220.) L'annaliste auquel Victor Hugo fait allusion est sans doute Du Breul, qui raconte les principaux troubles de l'Université, au nombre de six *. Pour l'expression latine que reproduit Victor Hugo, c'est à propos du premier trouble que nous la voyons employée. Du Breul raconte qu'en 1229, le lundi et le mardi précédant les Cendres, certains écoliers se battirent avec des taverniers du bourg Saint-Marcel auxquels ils reprochaient de vendre le vin trop cher (p. 459). Il cite le récit que fait Mathieu Paris en son Histoire d'Angleterre : « An no Domini M. CC. XXIX. feria secunda et tertia ante cineres (quibus soient diebus Clerici Scholares ludis vacare) exierunt quidam Clerici ab urbe Parisiacensi versus sanctum Marcellum, propter aeris commoditatem : ut ludis impenderent ibi consuetis. Quo cum pervenissent, et in ludis componendis aliquandiu se recréassent, invenerunt ibi casu vinum optimum in taberna quadain et ad bibendum suave. Ubi inler clericos potantes et caupones de pretio vini contentione suborta, cœperunt ad invicem alapas dare et capillos laniare. » Nous retrouverons ailleurs ce récit, auquel Victor Hugo a fait d'autres emprunts.
Du Breul expose très longuement l'organisation des divers collèges de Paris, et c'est à lui que Victor Hugo emprunte les éléments de cette phrase : « Il lui arrivait rarement de railler les pauvres écoliers de Montaigu pour les cappettes dont ils liraient leur nom, ou les boursiers du collège de Dormans pour leur ton-
1. D'après Du Breul, le cinquième trouble aurait eu lieu en 1407 et le sixième en 1498. Mais Du Breul est bien loin de mentionner tous les troubles de l'Université. Crevier parle de troubles très irraves qui eurent lieu en 1453. (llist. de l'Université de Paris, 1761, tome IV, p. 197.)
sure rase et leur surtout triparti de drap pers, bleu et violet, azurini coloris et bruni, comme dit la charte du cardinal des Quatre- Gouronnes ! ». Tout le monde connaît les capettes de Montaigu. Il en est question dans Sauvai comme clans Du Breul 2. Mais d'après Du Breul et Sauvai ces capettes ne paraissent pas antérieures à 1480. Le règlement du collège des Dormans ne dit pas que les boursiers doivent porter un surtout triparti. Le fondateur, dit Du Breul, veut « qu'ils ayent la tonsure raze, et soient vestus de drap pers, ou selon les propres dictions de la charte, azurini coloris, bruni, qui est bleu ou violet couvert, afin qu'ils soient recongnus boursiers dudit collège » (p. 537). Il est probable que ce vêtement était d'une seule couleur qui pouvait être le bleu foncé ou le violet foncé.
Alors vient l'exposé des études universelles auxquelles se livre Claude Frollo. Victor Hugo donne à son récit un air d'authenticité en nommant les écoles auxquelles est assidu le jeune clerc, les maîtres dont il écoute les leçons, les textes qu'il étudie. Il passe en revue la théologie, le décret, la médecine. « En revanche il était assidu aux grandes et petites écoles de la rue Saint-Jeande-Beauvais. Le premier élève que l'abbé de Saint-Pierre-de-Val, au moment de commencer sa lecture de droit canon, apercevait toujours collé vis-à-vis de sa chaire à un pilier de l'école Saint- Vendregesile, c'était Claude Frollo, armé de son écritoire de corne, mâchant sa plume, griffonnant sur son genou usé, et, l'hiver, soufflant dans ses doigts. Le premier auditeur que messire Miles d'Isliers, docteur en décret, voyait arriver chaque lundi matin tout essoufflé à l'ouverture des portes de l'école du Chef- Saint-Denis, c'était Claude Frollo. Aussi à seize ans, le jeune clerc eût pu tenir tête, en théologie mystique, à un père de l'église; en théologie canonique, à un père des conciles; en théologie scolaslique, à un docteur de Sorbonne. » Victor Hugo mélange dans ce passage la théologie et le droit canon ou décret. Du Breul, après avoir parlé (p. 449) de la Faculté de Droit canon, consacre un chapitre (p. 560) aux « grandes et petites Escholes, qui ont esté basties en la rue Sainct Jean de Beauvais, pour l'exercice d'icelle Faculté ». C'est dans ce chapitre qu'il parle « des Escholes de sainct Vendregesile, de l'Abbé de S. Pierre du Val,
1. Du Breul (p. 535) raconte que, le 21 septembre 1368, le pape Urbain V « créa huict Cardinaux. Desquels ledit sieur Jehan des Dormans fut un, honoré du tiltre presbyteral des quatre couronnes ». Deux ans après « il fit à Paris la charte de fondation de son Collège, qui jusques aujour-d'huy s'appelle le Collège des Dormans, dict de Beauvais.... »