Du Breul, 504 ; Sauvai, II
ou en Vallée », de « Messire Miles d'Isliers, Docteur en Décret à Paris, et es Loix à Orléans, Evesque de Chartres », et aussi « des Escholes qui se tenoient à l'image Sainct Hilaire, à l'image sainct Michel, sainct Pierre, sainct André, sainct Martin, au chef sainct Denys... » La distinction entre les trois théologies est expliquée dans le passage consacré à la Faculté de théologie *.
« La théologie dépassée, il s'était précipité dans le décret. Du Maître des Sentences, il était tombé aux Capitulaires de Chartemagne. Et successivement il avait dévoré, dans son appétit de science, décrétales sur décrétales, celles de Théodore 2, évêque d'Hispale; celles de Bouchard, évêque de Worms; celles d'Yves, évêque de Chartres; puis le décret de Gratien qui succéda aux capitulaires de Charlemagne; puis le recueil de Grégoire IX; puis l'épître Super spécula d'Honorius III. 11 se fît claire, il se fit familière cette vaste et tumultueuse période du droit civil et du droit canon en lutte et en travail dans le chaos du moyen âge, période que l'évêque Théodore ouvre en 618 et que ferme en 1227 le pape Grégoire. » Cette énumération de noms, de titres, de dates, produit bien l'effet cherché par Victor Hugo. Une page de Du Breul a suffi pour cela. Du Breul écrit, en racontant le développement de la Faculté de décret : « Du temps de ce Pape (Honorius III), on se servoit encores de la collection des Canons, et des epistres Décrétâtes, faictes jadis par Isidore Evesque de Hispale, environ l'an 618. et du Décret de Bouchard Evesque de Wormes, en l'an 1008. et de celuy de Yves Evesque de Chartres, en l'an 1102. Lesquels avec les Capitulaires de Charlemagne, durèrent jusques au temps de Gratian, qui vivoit l'an 1130. Et dressa le Décret, duquel on se sert à présent. Et en l'an 1227. le pape Grégoire 9. fit faire un diligent recueil des lettres Décrétales de tous les Papes qui l'avoient précédé. Ce sont les décrétâtes, second tome du Droict Canon » (p. 150). Nous n'avons qu'à remonter quelques lignes plus haut pour voir mentionnée
1. « La seconde Faculté qui forme le corps de l'Université de Paris est celle de la Théologie. Sur lequel subject il faut noter que quelques uns font trois espèces de Théologie. La première qu'ils appellent Theolo e Mystique, qui est celle qui a esté usitée entre les premiers Chrestiens et Docteurs de l'Eglise, laquelle a son fondement sur l'Escriture saincte, et sur les révélations. La seconde est dicte Théologie Canonique, qui suivant l'Escriture saincte s'arreste particulièrement sur les Constitutions etordonnances des Papes et Conciles Oecuméniques, et pour ce appellee communément la Faculté de droict Canon ou des saincts Décrets. La troisiesme est dicte Théologie Scholaslique, pource qu'à cause des controverses des Latins contre les Grecs, nos pères ont esté contraincts d'adjouster la Philosophie en Théologie, qui est celle qui est plus recherchée pour le présent. >» (P. 449.)
2. Victor Hugo écrit Théodore pour Isidore. 11 s'agit d'Isidore de Seville, Hispalis ayant été un des noms de Séville dans l'antiquité.
Fépître Super spécula d'Honorius III, et nous trouvons en même temps les phrases sur lesquelles s'appuie probablement Victor Hugo pour parler de la lutte du droit civil et du droit canon1. Enfin le nom de Pierre Lombard se trouve aussi dans Du Breul, et nous apprenons que les bacheliers en théologie étaient tenus de lire publiquement le Maître des Sentences (p. 449 et 450).
Du décret passons à la médecine. « Le décret digéré, il se jeta sur la médecine... Il étudia la science des herbes, la science des onguents. Il devint expert aux fièvres et aux contusions, aux navreures et aux apostumes. Jacques d'Espars l'eût reçu médecin physicien; Richard Hellain, médecin chirurgien. » Du Breul (p. 451) expose la distinction que l'on faisait entre les médecins physiciens qui anciennement n'allaient point visiter les malades, mais « sans bouger de leurs estudes... occupoient leur art et industrie à cognoistre la nature et qualitez des maladies du corps humain », et les médecins chirurgiens, « les premiers qui estoient appeliez par le malade pour avoir leur advis de la qualité du mal, soit qu'il fut intérieur et caché, comme fièvre, migraine ou apostume, ou bien apparent et en évidence, comme navreure, tumeur ou contusion, dislocation ou rupture de quelque membre ». Jacques d'Espars était à la fois chanoine de Notre-Dame et docteur en la Faculté de médecine. (Du Breul, p. 562.) C'est lui qui, le 26 novembre 1454, dans une assemblée de la Faculté « faite en l'Eglise de Paris, autour de l'un des grands benoistiers », proposa le premier d'édifier de nouveaux bâtiments dans la rue de la Bucherie. On acheta aux chartreux une vieille maison, moyennant une rente annuelle de dix livres tournois, et, le 24 septembre 1486, Richard Hellain, doyen de la Faculté de médecine, racheta cette rente pour le prix de cent écus d'or.
Pour compléter ce tableau des études de Claude Frollo, nous pouvons prendre une phrase du chapitre suivant (p. 243). « Il avait pris place tour à tour, comme nos lecteurs l'ont vu, aux conférences des théologiens en Sorbonne, aux assemblées des artiens à l'image Saint-Hilaire, aux disputes des décrétistes à l'image Saint-Martin, aux congrégations des médecins au bénitier de Notre-Dame, ad cupam Nostrae Dominae. » Du Breul parle,
1. « En ce siècle là il y avoit aussi plusieurs Escholes de droiet Canon : esquelles on lisoit aussi le droict civil, jusques au temps de Honorius 3. environ l'an 1216. Lequel pour rendre la profession du droict Canon plus célèbre, par son epistre Deere taie, commençant par ces mots, Super spécula, au tiltre De privilegiis, fit défense de lire le droict Civil à Paris, et aux lieux proches et circonvoisins de ladite ville». (P. 450.)
comme nous l'avons vu, des écoles qui se tenaient à l'image Saint-Hilaire et à l'image Saint-Martin. Pour les médecins, le rapprochement s'impose avec plus d'évidence (p. 451) : « Les Congrégations se faisoient tantost apud sanctam Genovefam parvam (c'est saincte Geneviefve des Ardents), quelques fois Ad cupam nostrae Dominae, c'est à dire au tour de l'un des grands benoistiers de pierre, qui sont soubs les tours de nostre Dame de Paris. »
Claude Frollo devient prêtre (p. 224), et nous pouvons voir alors avec quel souci de la précision Victor Hugo l'installe à Notre-Dame. « A vingt ans. par dispense spéciale du Saint-Siège, il était prêtre, et desservait, comme le plus jeune des chapelains de Notre-Dame, l'autel qu'on appelle, à cause de la messe tardive qui s'y dit, altare pigrorum. » L'autel des paresseux est mentionné par Du Breul, p. 23 : « Outre les susdits Autels, il y a un Autel appelle anciennement Altare pigrorum, l'autel des paresseux : pource qu'en iceluy se disoit (comme il est crédible) la Messe à la plus haute heure du matin. » A l'époque où Victor Hugo place son récit, Claude Frollo a vu grandir sa situation dans l'église. Il est devenu archidiacre de Josas, « le second acolyte de l'évêque, ayant sur les bras les deux décanats de Montlhéry et de Châteaufort, et cent soixante-quatorze curés ruraux» (I, 240). Du Breul, exposant l'organisation du diocèse de Paris, indique les fonctions de chacun des trois archidiacres, et les renseignements qu'il donne concordent exactement avec ce que dit Victor Hugo 1. C'est Du Breul aussi, probablement, qui a fourni les noms des machicots, des confrères de Saint-Augustin, des clercs matutinels de Notre- Dame 2. Peut-être même est-ce d'après lui que le romancier parle des enfants de chœur en aube et en jaquette, car un Extraict des Registres de Nostre-Dame, pour les frais et droicts deubs à la réception d'un enfant de chœur, indique entre autres vêtements « une jacquette ou saye long, de drap bleu, doublé », et « six aulbes neufves garnies de leurs amicts ». (P. 27-28.)
A la fin de ce chapitre, Victor Hugo montre jusqu'où va l'aus-
1. « Il (le diocèse de Paris) est composé de trois principales parties, sçavoir du Parisis et Isle de France, du pays nommé Josas, qui est vers le Midy, et d'une
. partie du pays de Brie, qui est à l'Orient. Il y a aussi trois Archediacres en l'Eglise de Paris, qui en portent le nom et tiltre : sçavoir celuy de Paris, que l'on nomme autrement le grand Archediacre, celuy de Josas, et celuy de Brie... L'Archediacre de Josas pour son soulagement a deux Doyens Ruraux soubs luy : sçavoir le Curé de Montlehery, et le Curé de Chasteau-fort. Le Doyen Curé de Montlehery a en sa charge 74. Curez Ruraux : et le Doyen Curé de Chasteau fort 100. » (P. 808.)
2. Du Breul parle des machicots à la page 67, des clercs matutinels et des confrères de Saint-Augustin à la page 28.
térité de Claude Frollo. « Il était sur ce point tellement jaloux d'austérité et de réserve que lorsque la dame de Beaujeu, fille du roi, vint, au mois de décembre 1481, visiter le cloître de Notre- Dame, il s'opposa gravement à son entrée, rappelant à l'évêque le statut du Livre Noir, daté de la vigile Saint Barthélémy 1334, qui interdit l'accès du cloître à toute femme « quelconque, vieille ou jeune, maîtresse ou chambrière ». Sur quoi l'évêque avait été contraint de lui citer l'ordonnance du légat Odo, qui excepte certaines grandes dames, aliquae magnâtes mulieres, quae sine scandalo evitari non possunt. Et encore l'archidiacre protesta-t-il, objectant que l'ordonnance du légat, laquelle remontait à 1207, était antérieure de cent vingt-sept ans au Livre Noir, et par conséquent abrogée de fait par lui. Et il avait refusé de paraître devant la princesse. » Il y a dans tout cela un fond de vérité. Les règlements dont parle Victor Hugo interdisaient en effet aux femmes non pas de pénétrer dans le cloître, mais d'y séjourner. Encore les exceptions étaient-elles assez nombreuses. Pour mieux caractériser Claude Frollo, Victor Hugo a modifié un peu les textes, et exagéré la sévérité de la règle, en même temps qu'il diminuait le nombre des exceptions *.
Aucun des personnages du roman n'a autant d'importance que Claude Frollo. Il n'en est pas non plus dont Victor Hugo expose avec autant de soin les antécédents. Je signalerai plus loin, en passant, certains faits dont il a tiré parti pour la biographie fantaisiste de Gringoire. On peut trouver aussi quelques mots à citer sur la vie d'écolier de Jehan Frollo, le scandale du collège de Torchi. « Tantôt il avait donné le branle à une bande d'écoliers, lesquels s'étaient classiquement 2 jetés sur un cabaret, quasi classico excitati, puis avaient battu le tavernier « avec bâtons offensifs », et joyeusement pillé la taverne jusqu'à effondrer les muids de vin dans la cave. Et puis, c'était un beau rapport en latin que le sous-
1. Du Breul, p. 42 : « Il se trouve au livre noir que l'an 1334. la vigile sainct Barthélémy au chapitre gênerai de Messieurs de nostre Dame de Paris, fut statué et ordonné, que nul demeurant au Gloistre eut à retirer avec soy femme quelconque, vieille ou jeune, maistresse ou chambrière, ny parente, pour y séjourner .. Mais l'ordonnance du Légat Odo (qui est plus ancienne de cent vingt-sept ans, c'est à sçavoir de l'an 1207. et qui se trouve au livre 20. du grand Pastoral, Carthe 3.), contient plusieurs exceptions, et est telle. Districtius inhibemus ne quis Canonicus mulierem aliquam, monialem seu aliam in domo sua in clans tro sustineat pernoctare : nisi sil mater, vel soror, vel propinqua, saltem in tertio gradu : vel nisi sint aliquae Magnâtes mulieres, quae sine scandalo evitari non possunt. Vel nisi urgente necessitate matronas aliquas vocari contigerit ad custodiam infirmorum. Que si aucuns ont des chambrières, pour préparer les viandes, et disposer le mesnage, ce n'est sans permission du Chapitre, lequel maturement considère la qualité, preud'honimie et aage des personnes. »