EXCURSION DA.NS LA VALLÉE DE LA MOURGUE
Sir Walter ScoU a publié, sous le titre de Min-jstrelsy of scottisch Borders^ un recueil intéressant de chants populaires et de traditions historiques , qui servent quelquefois fort heureusement à expliquer des faits sur lesquels l'histoire plus grave n a laissé que des doutes. Les passions des jours passés revivent tout entières dans ces vieux monumens , et les bords de la Tweed se repeuplent à la voix de sir Walter Scott , de tous les guerriers qui s'y faisaient autrefois une guerre obstinée.
Le Rhin est la Tweed de la France. Depuis le jour où lleervesty dont nous avons romanisé le nom en celui d'Ariovistus , comme Heermann de* puis est devenu Arminius, trouva dans le génie de Jules César une barrière plus redoutable que les profondeurs du Rhin n'en avaient offert à ses hordes, jusqu'à celui où un autre César alla planter nps aigles victorieuses bien au-delà de ses rives et jusque dans les palais et les capitales des Germains humiliés, le Rhin a toujours été le champ de bataille des deux races Teutonne et Romaine, de même que la Tweed, dans de plus petites proportions, a toujours vu ses eaux ensanglantées par l'épéc de l'envahisseur sas^on ou la claymore du
(90 Pict et du Gael qu'animait le double amour de la patrie et des combats.
C'est sur les bords du Rhin que se sont conservés, plus que partout ailleurs en France, les souvenirs de ces anciennes luttes, par la possibililé toujours présente de luttes nouvelles. Je suis bien loin de prétendre , comme beaucoup de gens Font imprimé, que les autres provinces de la France, presque insensibles à leurs souffrances comme à leur gloire passée, ont mis aujourd'hui en oubli, et les traditions populaires dans lesquelles étaient consacrées les craintes, les espérances, les superstitions et les vertus de leurs pères, et ces chants, nationaux qui étaient comme l'Iliade de chaque canton. J'ai entre les mains les preuves du contraire. En parcourant nos départemens, j'ai pu réunir, presque dans tous, des chants antiques sur les circonstances les plus importantes de notre* histoire. Peut-être un jour me déciderai-je à en publier un ou deux volumes, et on trouvera, jel'espère, que quelques-uns sont dignes de figurer à côté des brillantes romances mauresques et che* valeresques de l'Espagne et des chants populaires de l'Ecosse et de l'Angleterre. Il faut dire cepen*^ dant que dans les provinces riveraines du Rhin, de l'un et de l'autre côté, ces traditions sont plus vivaces. Charlemagne semble pour ces pays n'être mort que d'hier, tant son nom est répété par tous les échos. Je viens de passer une journée
(93 ) entière au milieu des traditions de son temps^ et de temps bien rapprochés du sien.
Il faisait une journée magnifique , un véritable soleil d'été qui, arrivant après quelques jours humides, fut accueilli comme un ami que Ton croyait perdu. Baden , sans le soleil , est l'opéra que l'on aurait oublié d'éclairer. A l'instant toutes les calèches du pays sont misesen réquisition. Tous lesânes, véritables Montmorency pour l'encolure et le harnais, sont bridés et celles. La population étrangère de Baden tout entière, c'est-à-dire à peu près la moitié du pays couvre les routes. Le Parisien veut comparer la jolie et sauvage cascade de Geroldsau à la cascade de St.-Cloud ; les ruines d'Ebersteinburg à celles de Monthléry; la vallée de laMourgue à la vallée de l'Orge; et les mille montagnes boisées de la Forêt-Noire à Belleville ou au Calvaire. Ici, dans le chemin le plus montueux, un Anglais presse en jurant le pas réfléchi d'un cheval du pays; là un chapeau d'Herbault porté par une princesse russe, est arrêté par les branches noircies d'un chêne séculaire; plus loin, le grand-duc de Saxe-Weimar en blouse, ou l'électeur de Hesse qui s'endort à côté de la comtesse de Reicheubach et de son quinzième enfant, sont renversés de calèche par un élégant carbonaro italien , trop curieux de voir de près le pays et la figure de ces barbares Teutons si empressés de le visiter en armes chez lui , depuis qu'il a plu à un pape de saluer un des
lôui'sdu titre de César; et un réfugié de la cour de Charles X bâille à côté de lord Beresford , en feignant à la vue de ces châteaux en ruines, de s'extasier sur la légitimité , le maladroit ! et d'appeler sérieusement le retour d'une époque dans laquelle il aime à faire croire que son blason commençait à figurer , bien avant qu'il fût question de blason , et qu'il serait le premier à siffler comme une mauvaise pièce, si on voulait la lui reproduire aujourd'hui dans sa réalité.
Attiré comme les autres par la chaleur bienfait santé de cette journée, bien que fort écloppé, je me décidai à me mettre en route. Je n'avais pas encore vu le château de Neu-£berstein ^ que le grand-duc régnant a fait réparer depuis un petit nombre d'an nées > et oîi il vient passer tous les mois quelques jours dans la belle saison ; c'est de ce côté que je me dirigeai. Le chemin qui y conduit à travers Gernsbach par les montagnes, est un des plus pittoresques que l'on puisse vojr, et je défie l'imagination du plus habile paysagiste anglais de rien créer de plus neuf.
Dès la sortie de Badeà, on trouve ample matière à satisfaire la curiosité du chercheur de traditions et l'admiration de l'artiste. De ce point où tious nous arrêtons , au bord d'une petite cascade 1^ d'un pont de bois d'un effet charmant^ on aperçoit la ville de Baden , dominée par le vieux thâteau de la grande-duchesse Stéphanie et le pa-
(95) Villon historique de Dagobert qui se dessibe petit, simple et élégant sur un fond de montagnes ombragées de sapins et dont les teintes varient , depuis le vert tendre jusqu'au gros bleu. De vastes pelouses de Therbe la plus fine prépaî'ent et conduisent naturellement la vue jusqu'à ôes innombrables tolonnades de pins qui revêtent d'un coVé les flancs du précipice pour leà adoucir , et s'élèvent de l'autre côté de la route sur des monts taillés à pic, en surgissant presque vertrcalettient les uns au-dessus des autres, jusqu'à ce qu'ils paraissent se perdre dans les nuages. Ici le Mercu* riusberg^ avec ses restes d'antiquités romaines^ termine la vue à droite, tandis que les vastes ruines de l'ancien château bâti par les marquis de Baden, sur les fbndemens d'un fort romain, et incendié par l'ordre de Louvois eil 1689, terminent la vue à gauche. Suivez de l'œil ces tours renversées que tapisse le lierre , et ces murailles colossales surmontées de plusieurs étages de fenêtres, et dominées par des hêtres et des chênes que l'active végétation de ce pays a fait naître au milieu de la salle d'armes, sur le haut de la plateforme de cette tour carrée, et jusque dans les appartemens qui servaient autrefois de salon de réception pour les princes , d'oratoires pour les âmes pieuses, de boudoirs pour les cœurs tendres. Au lieu de tapis d'Orient apportés des croisades , c'est le feuillage d'un pin dont la semence a été trans-
portée par les ouragans, qui revêt aujourd'hui ses parois et élance élégamment ses branches à travers les fissures ou les larges fenêtres. Cette longue série de ruines couvre tout le sommet de cette haute montagne, et se prolonge encore en descen* dant sur le chemin qui conduit à Ebersteinburg , autre château fort qu'on prétend avoir communiqué avec le premier.
Les ruines d'Ebersteinburg , placées sur la crête d'une petite montagne voisine , ne sont pas si importantes, mais sont d'un bien plus heureux effet. Elles se détachent, seules et noires , au-dessus d'un petit bois qui n'en cache pas une pierre , et entourées de tous cotés dévastes et belles vallées. Ce château devait être imprenable quand l'artillerie n'était pas connue, et qu'il était par conséquent impossible de le battre en brèche du haut delà montagne plus élevée où est placé le vieux château. X)e la plate-forme d'Ebersteinburg, on plane à la fois et sur la vaste plaine qui s'étend j usqu'au Rhin, dont les belles eaux brillent comme le lac de Saint-Gratien aux rayons du soleil , et sur la riante vallée de la Mourgue, et sur une troisième vallée plus resserrée qui réunit toutes les beautés d'un paysage alpin.
Un livre est ouvert à Ebersteinburg pour laisser aux voyageurs la facilité de donner cours aux émotions que tant de beautés ne peuvent manquer d'éveiller en eux. J'eus la curiosité de le par-
( 07 ) tôurir eh entier. Si d'autre» livres de ce genre ûe m'eussent déjà préparé à ce que je devais y trouver, mon désapointement eût été grand. Au lieu de nobles pensées ^ ce sont pour la plupart de sots quolibets y de mauvaises plaisanteries , ou même de grossières injures en mauvais termes et dans toutes les langues , et ^ à ma grande humiliation, surtout en français ^ contre ceux dont les noms sont inscrits sur les pages précédentes. J'ai fait toutefois ici une remarque, qui ne manque pas d'intérêt pour nous autres Français : c'est que les grands^ événemens de juillet semblent avoir , au moment de leur explosion , tellement préoccupé tous les esprits^ que ce livre , pendant tout le mois d'août y n'est rempli que de réflexions, en différentes langues , sur ce qui venait de se passer en France. A la date du 1 8 juillet i83oy on remarque, sur toute la longueur de la page, une de ces anciennes caricatures des Louis XYIII , tel que nous l'avons connu; et quelques jours après, à la date du â août i83o, jour même de l'abdication de Charles X, dont la Nouvelle devait être arrivée par le télégraphe à Strasbourg, puis par estafette à Baden^ on lit déjà des inscriptions commémoratives de cet événement , en faveur de la révolution récente, contre M. de Polignac, etc. A la vérité d'autres visiteurs blâment timidement, généralement et anonymement, sur la page suivante, ces vœux de liberté; mais bientôt des grenadiers et
(98) chasseurs des différenles gardes nationales voi-^ sines inscrivent leurs noms en triomphe. C'est l'image exacte de cette époque y les' vainqueurs d'hier se montrent de bonne composition pour 1m vaincus, et les vaincus osent à peine se laisser de^^ viner en leur fM*ésenee.
Une seule inscription m'a paru vraiment tott-» chante. A la date du 28 août , la comtesse de C, écrit ) avec la plus jolie écriture anglaise : < Je suis venue ici, il y a cinq ans; j'étais jenne^ riche «le souvenirs et d'espérance. Un orage a grondé^ tout s'est évanoui. »
Un Espagnol s'exalte à la vue de ce qui se passe, et s'écrie, en un quatrain castillan : « Vivre dan.% les chaînes, quelle triste vie ! Mourir pour la liberté, quelle belle mort ! »
Les Anglais paraiss^fit le moins accessibles de tous à ces circonstances étrangères à leur situation présente. Ils jouissent d'une part assez grande de liberté pour pouvoir supporter quelques incon* véniens, reste des abus anciens. Je ne trouve d'eux, sur ce livre, que quelques vers champêtres et un grand nombre de diatribes sur l'hôt^se de ces ruinés, qui, au lieu du substantiel repas qu'ils comptaient probablement fstire sur cette terrasse provocatrice de l'appétit , ne leur avait servi qu'une omelette mal cmite et du vin aigrelet. Dans leur sainte et oxfofdienne indignation, ils la comparent, les uns à la Sybille de Gumes, les au-
très à la plus âgée des sorcières de Macbeth.
Un Franijais , à la date du mois de juin ^ remplit deux pages de stropbeâ en faveur d'une alliance future des Polonais et des Français j mais^ la niaiii furieuse d'un Russe vient presque aussitôt biffer brutalement les deux pages, voulant suppri*mer tout souvenir deà Polonais ^ comme son maîti*ef en voudrait supprimer jusqu'au nom.
Un bien petit nombre d'inscriptions sont eo»sacrées à la belle nature qui se déploie aux pieds' de la tour et aux souvenirs qu'elle fait naître. Une seule de ces dernières m'a paru mériter d'être citée y la Voici :
Quoique jeune , sur la terre
Je me trouve solitaire
Parmi ceux de ma saison ^
Et quand je dis en moi-même :
Oh sont ceux que mon coeur aime?
Je regarde le gazon.
Ces verS| dus au souvenir ou à Finiprovisation, sont naturels et vrais. Toute grande scène de la nature éveille , je ne sais comment , un sentiment de mélancolie. Jessica dit , dans le Merchanù ef Venke de Shakespeare :
I am never merry , when I hear sweet musick.
Cette disposition à une tristesse indéfinie qui nous ramène au souvenir des malheurs passés et des
( ^00 ) amis perdus , est le premier indice de Pémotton qu'excite en nous tout ce qui est grand et beau.
Un château ajussi bien situé qu'Ebersteinburg, devait rendre ses possesseurs assez récalcitrans aux ordres du saint empire. Aussi la chronique du temps rapporte-t-elle qu'un beau jour l'empereur Othon forma le projet de s'en rendre maître. Mais la force ne pouvant rien, il eut recours à la ruse. Il invita à un grand tournoi , à Spire , le brave comte d'Eberstein. J^une et ardent , celui-ci accourt, et il se livrait sans méfiance à tous les plaisirs de la fête , lorsqu'une nièce d'Othon, aussi bien disposée pour lui que la Belle Cousine pour Jehan de Saintré , lui dit à l'oreille en dansant une chaconne, qu'il doit partir en toute hâte s'il veut sauver son château. Sauter à cheval et se mettre en route ne fut pour lui que l'affaire d'un instant. Par des chemins à lui connus , il arrive sans encombre à son château et y met bonne garde. Une heure après, arrive Othon qui le croyait en train de danser encore , et ne fut pas peu surpris d'apprendre qu'il était à ses crénaux. Il fallut bi«i renoncer à l'attaque , et ce qu'il trouva de mieux à faire, fut de se procurer l'alliance d'un chevalier si vigilant, en lui donnant en mariage sa nièce qui l'avait si bien servi. Voilà comment tout arrivait à point aux chevaliers des anciens jours. L'essentiel était de bien planter son château et surtout de le bien garder.
( AO^ ) En face de ce château et du charmant village qui y conduit y apparaît, à droite de la route, un rocher taillé d'une manière bizarre en forme de tribune, au-dessus d'une longue pelouse. Ce rocher est consacré j dans les traditions du pays, sous le nom de Teufels Kanzel^ la Chaire du Diable. En voici l'histoire que je tiens de bonne source. Elle est aussi véridique à mes yeux que l'histoire des premiers rois de Rome. Cette époque est aussi celle de notre mythologie.
Deux missionnaires irlandais , saint Colomban et saint Fridolin ont été les premiers apôtres de ce coté du Rhin au sixième siècle. Ce pays était, comme on le voit , un peu en retard de la Provence qui a reçu le christianisme en ligne directe de Lazare, réfugié , après avoir été ressuscité par Jésus-Christ, dans les environs d'Arles , avec les trois Maries. Ceux qui en doutent, peuvent aller voir encore leur tombeau en Provence. Saint Colomban était un intrépide faiseur de miracles. Son arrivée seule n'était pas le moindre de tous. Pressé de partir du nord de l'Irlande pour son apostolat , et n'ayant pu trouver de vaisseau qui fit voile pour le Rhin , car les bateaux à vapeur ne remontaient pas encore jusqu'au pays deBaden, il prit le parti de se servir, au lieu de vaisseau , d'un énorme rocher qu'il di^rigea tout^à-fait à son aise sur les flots , comme la plus légère frégate américaine , pour se rendre par le Rhin dans le pays de Baden et en Suisse. Il en
fut si satisfait, qu aussitôt après son arrivée, trouvant <laQs le pays un assez bon nombre de rochers dispose^ à se fai(^e frégates en cas de besoin , il Qi*doqna à $00 roc complaisant d'aller reprendre sa place eu Irlande , où moi-même je l'ai vu non loin de l'île de Raghery ; c'était d'Irlande alors que venait la lumière. Or donc, saint Colomban et sou dis^ipl^ Saint-Fridolin avaient converti les payens avec une telle rapidité, qu'un vide énorme se faisait sentir en enfer. Tant qu'ils vécurent , Satan n'osa trop lutter contre eux; mais il ne fut pas plutôt informé de leur décès , que le voilà qui part à tirerd'aile et arrive sur les bords du Rhin, dé-> guisé sous le respectable habit de missionnaire. Il veut essayer à son tour ce que peut soji éloquence; ^nais à un tel prédicateur il ne allait pas un petit auditoire. U choisit, non loin de la délicieuse vallée de laMourgue, un lieu un peu élevé d'où il puisse se£iii>e entendre; c'est le large et haut rocher ap^» pelé aujourd'hui la Chaire du Diable. Il avait la voix mélodieuse et fojrte à la fi>is , et ses doctrines, aaiçtisonnées d'example& adroit^meiit choisis jusque ddns les saints livres , s'insinuiiient peu à peu dans les ciBurs^ Visiteur scrupuleux, comme je le suis y àm Veilles bibliothèques, je n'ai cependant piii trouvcjp dans aucun ma0iisoril; de l'époque, le texte o'ffieiel de ses sermons;' maia de nombreux fragmens s'en sont oonservéa, et on les retrouve près* que tous en lambeaux détachés dans les ouvrages
( *o3 ) de certains pères jésuites sur les cas de conscience. Cette morale facile à l'usage des passions , dont les bons pères ont Sait et font peut-être encore un si babile emploi près de leurs penitensdeconr, était aussi alors fort du goût de tout le monde. Jeunes et vieux, princeaet peuples, dames et chevaliers j femmes et filles^ tous accouraieot en foule ati {>ied du Mercurius-^berg, pour livrer leur oreille et leur cœur à ceis parole» si douces, à ces conseils û perv^s^ à ce philtre si enivrant. Toutes les merveilles de convemoQ opérées par saint Colombâin et sainit Fridolin couraient grand risque d'être oubliées. Du haut du ciel ils frémirent d'harreur à ce qu'ils entendaient 9 et par leur intercession, un aioge fut expédié pour lutter d'éloquence avec Satan et élever autel contre autel, chaire contre chaire. L'ange s'abattit sur une montagne voisine qui dofl&»ine l'entrée de la vallée de la Mourgue ; e% est encore connue sous le nom de Chaire del'Âi^i^. Grand d'abord fut le <;oncours de curient qui se ptésentiôent pour entendre le radieux prédicateur. La tradition n'expliqne pas en quelle langue il dnft s'exprimer pour être entendu de ce mélange de tant de penpks de diverse origme qui , depuis les iava^ns du demies siècle, étaient accourus }dsq«e de la grande niuraîlle de la Chine à la suite d' Attila. Il ne suffisait pas ici d'attribuer au prédicateur le don des langues , il fallait le donner k tous les auteurs» tJii passage de la vie de saint
Vincent Ferrer me présente un moyen de dénouer ce nœud. Son biographe valencien assure qu'il reçut le don d'être entendu de tous les peuples barbares dont il opéra la conversion ^ en ne leur parlant jamais que l'admirable patois du royaume de Valence, la seule langue que saint Vincent Ferrer pût bien parler. Je ne m'arrête pas à savoir si le valencien était déjà jaussi parfait , et je prononce hardiment, sans crainte des contradicteurs et des anachronismes , que c'était dans le patois valencien que l'ange parla aux Badois.
Les sermons de l'ange étaient tous de la plus haute sagesse : le pardon des injures , le détachement des richesses mondaines, la renonciation aux plaisirs des sens qui souillent l'ame, l'avantage de la solitude pour mieux se livrer aux contemplations célestes, la nécessité de mortifier le corps pour exalter l'esprit; l'ange^ enfin, parlait d'or, mais, hélas! son auditoire corrompu n'était pas fait pour goûter tant de belles choses. A peine avait-il terminé son premier point que son public, qui ne connaissait pas encore l'usage irrespectueux des sifflets, avait pris le parti de s'éclipser peu à peu pour livrer une oreille avide aux sermons de son cher diable. Un seul couple était resté : c'était un beau jeune homme et une belle jeune fille coquette, qui le tenait dans ses lacs. Le jeune homme tint bon pendant quelque temps contre la rigueur deft conseils qu'il s'entendait donner, mais piqué de
voir sa belle coquetter aussi avec l'ange, et craignant de se laisser tromper plus long-itemps , il finit par déserter lui-même. La jeune fille, qui n'avait pas été fâchée de pouvoir essayer sur le beau prédicateur l'effet de ses séductions ordinaires, et qui avait fini par se laisser captiver à l'éclat de ses beaux yeux, était restée seule à l'entendre; mais, blessé dans son amour-propre de prédicateur et se mordant les lèvres en auteur mécontent , l'ange disparut sans même la regarder. Dans son chagrin d'avoir perdu son amant sans avoir conquis Fange, elle dit adieu au monde et se bâtit dans les bois une petite chapelle , qui existe encore. On raconte que son esprit hante aujourd'hui même ces lieux. De temps à autre on aperçoit sur les hautes montagnes un palais fantastique semblable à celui d'Amalienberg, dont la jeune fille était originaire, et qui disparait bientôt au milieu des nuages. Les savansdupays prétendent que, piquée d!avoir vu les hommes et les anges la fuir un jour pendant sa vie^ elle se venge après sa mort. Déguisée sous le costume tantôt d'une chasseresse anglaise^ d'une princesse russe, d'une baronne allemande ou d'une danseuse française, elle invite les jeunes gens à l'accompagner à cheval. Malheur à l'insensé qui l'écoute! car les chevaux qu'elle vous donne à monter sont des chevaux-fées , dressés à suivre le sien. Elle prendv^a course ; ses chevaux vous emportent, rapides, îhfatigables , à travers les ro«
( io6 ) clicrs, les forêts, les précipices. Tout s'ouvre, tout s'aplanit sous leurs pas. On arrive enfin à la parle du pakia cochante. Le pont-levis s'abaisse pour vous laisser passer; m^ais à peine les jeunes gens trop crëduks oot*ils franchi cette barrière magique que le pont-levis s'élève de lui^^même, et le monde leuv est pour jamais fermé. Un jeune créole de l'île de France n'est échappé^ dit-on , cette année^ que d'une manière miraculeuse^ aps^ès trois jours de mouir dans le château , et peut donner des noa<« velles de ce qui a'y passe ; quant à moi, je n'ai ap* pria ni ce qu'elle en fait, ni ce qu'ils deviennent ^usuît^
£q perdant de vue la Chaire du IHable et ta Chaire de l'Ange, et ves palais fées qn'oB rêve sut les QK}ntagnes^ on entre dans un pays plosagr^te que celui qu'on a trouvé depuis Baden. La vtueest bornée par le sommet des montagnes des Vosges ^ d'innxienses forêts de pins dont l'ombre se pro^ jette aiir d'autres forêts pour les assombrir encaore^ L'entrée delà petite ville de Gernsbaeh, de ce c^éi^ e9t tout»à4ait pittoresque. Au Uou du faubourgs c'est un Immeau qui se pi*é8ente avec toute sa grâce etson élégance rustique. De jolies maisons ^ ornées de jardins bien entretenus et bâtis en terrasse , nn-^ nonconià la fois le bon goût et Paisaiice des profirié*' laires. Hy a peu de chose» direde Cernsbacfa comme viUe^ sinon qu'elle possède un petit kôtel-de-viUie dans le goik du seizième siècle , dont les deux &•
( tû7 ) ç^des soat d'une architecture d'ass€^ bon effet. Il est b4U de celte Uîeme belle pierre rouge avec laquellQ put été construite^ les catliédrales de Strasbourg et de Fribourg en Brisgaii. Si cel holeè^de-' YÎjilç a'a figuré encore ^ que je sache , dans lea croquis d'aucun de nos payssagbtes, c'est qu'on ne fiiit que traverser cetle ville, et qu'après tout, ce petit édi6cq, malgré son élégance semi^gothique q»e déguise d'ailleurs son mauvais emptaoemeot, est bien peu de chose en comparaison^ de la grandeur de$ sauvages beautés des paysages voisina.
Je ne puis, toutefois, quitter Gernsbach sans fm^ Véloge bien mérité de l'eïcelleate chère que Ton f^it à si bon marché dans pti^îeurs de ses nombreuses auberges* La célèbre auberge deriUe, pr^s d^ l^ foutaine de Yauciuse, n'est pas au-dessus de li'^uberge de l'Étoile à Gârnsbach ; et si tes anguilles de la première sont incomparables, les trui^ tes de U. dernière ont bien aussi leur prix. Je recommande les auberges de Gernsbach aux amateurs ^9gll^i$ qu'^ si vivement indignés la mauvaise cuisine) de la châtelaine d'Ebersteinburg ; c'est un iJédQmmagement dont ils me remercieront, lors m^me que kur appétit aurait un peu perdu de sa puKitajnce dans la plaine.
Xtêi roule qui conduit de Gernsbach au diâteau de^ Neu-Sberstein , doot les légers crénaux éomioent tout le pays et ornent tous les points de vue do la vallée, suit la rive opulente de la Mourgue
(108) jusqu'à une petite chapelle adossée à la montagne y et qui tient aussi sa place dans les traditions du pays. Elle s'appelle KUngel^ la Clochette,. et voici Thistoire de la chapelle et de sa clochette.
Lorsque les druides furent chassés de leurs forêts par les progrès croissans du christianisme , et que j dans la première ferveur du nouveau culte, on abandonna les villes pour chercher les déserts, un anachorète se bâtit une cellule au milieu de la forêt dont est aujourd'hui entouré le château de Neu-Ëberstein. Les jeûnes et les prières n'avaient pu encore dompter le souvenir de ses passions mondaines / et , nouveau St. Antoine, son imagination multipliait autour de lui les tentations que ne lui offrait plus le monde réel. L'anachorète se reprochait ses mauvaises pensées comme un crime. Il était assez heureusement parvenu à en triompher, lorsqu'un jour, en cheminant à travers ces lieux agrestes pour rentrer dans sa cellule, il entend une voix plaintive non loin de lui. Il s'approche, et trouve une étrangère éplorée, assise sur un fragment de rocher. Elle n'avait échappé , disait-elle, qu'avec les plus grands dangers, aux poursuites d'un barbare qui en voulait à sa vertu. Pendant toute la journée, elle avait erré dans la forêt sans rien trouver pour apaiser sa faim , et , à l'approche de la nuit, elle se trouvait seule, et avec des vêtemensà moitié déchirés,' exposée à k fureur des bêtes féroces et peut-être aux attentats
( *09 ) des hommes y plus dangereux pour elle que des loups. Le bon hermite en eut pitié et lui offrit un asile dans sa cabane. Avant, d'entrer, elle lui fit remarquer que la croix de bois . qui surmontait sa cellule avait été ébranlée par . les vents , et l'engagea à l'enlever pour la replacer plus tard. L'hermite, sans méfiance , fut trop prompt à suivre ce perfide avis qui ouvrait une porte si large aux tentations. Dès qu'elle fut assise et eut un peu ré« paré le désordre de ses vêtemens, en préparant habilement d'autres désordres , qui révélaient chaque fois à l'hermite distrait une beauté de plus , elle commença à causer avec plus de familiarité avec lui. Sir voix était si douce , ses yeux si supplians, son désordre si modeste , ses longs cheveux flottaient avec tant de grâce , que le pauvre hermite sentait son cœur s'amollir peu à peu à tant de charmes, et que ses passions mal étouffées se soulevaient avec plus de violence que jamais. Effrayé du chemin que la beauté de l'étrangère lui avait fait faire en si peu de temps , l'hermite invoque St. Colomban à son aide dans ce moment difficile. A peine avait-il commencé à prier avec ferveur qu'il entend , à quelques pas en dehors de la cabane, le son d'une clochette qui le rappelle toutà-fait à des pensées pieuses et calme un peu le tumulte de ses sens. Il sort rapidement pour voir d'où partait ce bruit inaccoutumé, et il trouve, suspendue à un arbrisseau, la petite clochette qui
continuait à s'agiter toute seule. Il appela Tétranf- <yère poar la rendre témoin de ce miracle; mais elle avait dispârru. Il vit clairement que c'était une oréftdê de cette forêt montagneuse qvtï avait voulu le tenter, et il bâtit, en reconnaissance du secoure opportun que lui avait rendu la tloehette, au moment où il était près d© succomber , Une chapeik dans laquelle se voit encore la clochette , honorée de la dévotion de tous les environs. Il est bon que dans ces lieux si inspirateurs et avec tous les dangers d'une saison des bains, ià vertu puisse au moins compter qu'un appui lui viendra toujours à propos.
C'est après avoir passé cette chapelle, que l'on commence à trouver une véritable route de montagnes ; non pas àe ces routes comme sont tant des noires dans les plaines, remplies d'ornières, de boue et de cahots , et dont les dangers naturels sont encore augmentés par des dangers dus à la néghgence des hommes j mais au contraire solidement construite, bien entretenue, excellente en un mot comme toutes celles du pays de Baden. Jamais un seul moment de terreur ne peut y détourner de l'admiration produite par cette riche végétation qui protège contre des précipices. Une gorge profonde s'ouvre à vos pieds. L*œil est bordé des deux côtés de la gorge par des montagnes à pic ornées de pins, et formant comme les deux murs d'un diorama pour mieux vous présenter la
vne du re&te du paysage. A rextrémité de ces deux ligoes de verdure, qui se perdent par te baut dans les nuages et par le bas dans les eaux de la Mour* gue, sorte de diorama naturel qui ferait envie à Daguerre, se développe, tout-à-fait à l'entrée de la gorge, un coin de la vallée si riche et si animée de la Mourgue et une partie de la rivière qui, * coupée par les allées de pins, paraît comme un joli hic, placé là exprès pour le plaisir de Ymh Un petit hameau situé au milieu des prairies de l'autre rive, anime encore cette scène que clôt, de la manière la plus heureuse , la chaîne de montages qui s'étend jusqu'aux Vosges.
Le point d'où, se découvre une perspective aussi neuve dans ses effets , s'appelle te Saut du Comte* C'est de là, dit-on, qu'un comte d'Eberstein prescrivait à ceux qui briguaient da main de sa fille de prouver à la fois leur amour et leur audace en s'élançant à cheval au bas du rocher. tJn jeune chevalier de la cour de Charlemagne, plus amoureux et plus intrépide que les autres, osa seul le tenter. Aidé saôs doute des bons secours de l'en*chanteur Merlin, i! s'élance avec son cheval et parvient sans blessure à Tautre bord du précipice, oîion peut encore voir l'empreinte des deux pieds du cheval sur le rocher. Le comte d'Eberstein fut un peu surpris de le voir revenir d'un saut auési rude. Sa fille fut reconnaissante de ce qu'on avait fait pour elle, et le jeune chevalier triomphant
emmena sur-le-champ sa belle à la cour d'Aix-la- Çhapelle, sur la croupe de ce beau coursier qui l'avait si bien servi. Les princesses n'avaient pas alors d'autre manière de voyager. G'estainsi qu'elles quittaient leur Compiègne pour passer dans la principauté de leur amant.
Le possesseur actuel du château de Neu-Eberstein qui couronne cette montagne , est le grand- * duc régnant, autrefois comte de Hochberg, né d'un mariage morganatique du grand-duc Charles avec la baronne de Geyer. Son élévation à l'intégralité du trône;grand-ducal, a été un événement siinattendu pour lui-même, qu'il en paraît étonné encore, et semble ne s'habituer que difficilement à siéger parmi les souverains indépendans. Les réparations récentes qu'il a fait faire au château, en ont rendu l'habitation commode. Tout y est simple, sans être dénué d'une cerUine élégance. Ces antiques murailles, aussi belles de couleur que le porphyre, servent de base à quelques constructions modernes. On a gardé ce qu'on a pu de l'ancien château, et la salle dite «des Chevaliers est là pour attester les prouesses des antiques comtes d'Eberstein et leur noble parentage avec la maison d'Alsace, de laquelle sont sorties tant d'illustres maisons souveraines de l'Allemagne.
Je ne m'arrêterai pas à décrire les points de vue du château. J'en ai dit assez pour que l'imagination puisse aider à créer le reste. Il me suffira de dire
(ii3) qu6 l'Écôsse, dont sir Walter Scott a rendu les beaux sites si familiers au monde lisant, n'offre rien dé plus fantastique que la scène qui se déroule, soit du haut de Tesplanade, soit même du banlc circulaire du grand chêne, d'où on plane sur toutes les vallées jusqu'à Forbach.
Le retour de Nfeu-Eberslein à Baden , par la . vallée de la Mourgue est d'un tout autre aspect. A peine a-t-on fait quelques pas sur le pont de Gernsbach que s'ouvre devant les yeux la plus riante des vallées. A chaque pas un village nouveau vient égayer l'œil et attester la prospérité de cette partie du grand-duché. De nombreuses scieries dispersées çà et là sur le cours du fleuve, une manufacture de verre , quelques ponts dé bois jetésf sur celte rivière, tantôt pierreuse comme uù torrent, tantôt encaissée comme un lac entre de grasses prairies; quelques jolies maisons de campagne, telles que le château d'Amalienberg, sur le haut de la montagne de ce nom, ou le petit château du grand-duc, à l'extrémité de la vallée; partout, dans le fond , de hautes montagnes verdoyantes et onduleuses, tel est , en peu de mots, le paysage qui charme les yeux.
Une fois qu'on a dépassé la maison de plaisance du grand-duc, située sur l'autre rive, on entre dans un paysage bien moins varié , jusqu'à ce qu'on arrive à une autre maison de plaisance grandducale, beaucoup plus vaste que les deux que j'ai
inenttoiiiMîes. Celle-ci s'appelle la Favorite. Manr affaire n'est pas de décrire ici les innombrables^ résidences ducales et de faire admirer, à la suite de tout bon cicéi*one, la. grandeur obligée detôua ks princes et le bon goût de toutes les princesses. Je n'aime à être le courtisan que des princes qui ont vécu au moins du temps dé la dernière croisade. Tout ce qui est venu depuis ce temps ne va pas à mon goût pour les héros de chronique.
J'aimé les chevaliers qui se servaient eux-mêmes du tràûchant de leur épée de Bordeaux pour en* lever la tête d'un géant y et de la même main et du même poignard pouvaient élégamment découper un paon dans les fêtes royales et frapper un ennemi discourtois au dé& ut de son impénétrable armure» Si^au lieu de dater du dix*huitième siècle la Favorite eût été construite sous l'inspection du bon roi Dagobert'y qui se plaisait beaucoup dans ces lieuxy sans doute à cause de la belle chasse qu'y trouvaient ses chiens, si célèbres dans la chanson, je ne ferais fas grâce d'une corniche :
Il n'est pas de festons , il n'est pas d'astragales
que je ne me plusse à énumérer avec tout le pédantisme dé la profession d'érudit ; mais que dire d'un château bâti , orné et peint' avec le pitoyable goût du siècle de Louis XV?
Au moment où je visitais les jardins de la Favorite, on célébrait l'anniversaire de la grande-du-
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ctiésse douairière Stéphanie, fille adoptivé de Napoléon , qui a déployé sur ce petit théâtre de la principauté de Baden des qualités qui eussent soutenu l'éclat d'une plus riche couronne. Eloignée aujourd'hui des affaires, la grande-duchesse Stéphanie a su conserver le respect de tous les Badois, en même temps que les Français l'aflectionnent comme une compatriote de Tesprit de laquelle iU aiment à faire parade, ainsi que d'un biéti qui léu^ appartient.
En revedant de la Favorite à Baden j'aperçois ici dans le lointain, sur ma droite, un vieux château de Wandeck , puis une montagne surmontée du lac sans fond de la magique Mummelsee , ce* l^re par tant de traditions miraculeuses , dans le genre de celles qui illustrent la mare de Roland , dans la forêt du Vésinet, près de Chatou, à deux pas de Paris; {)uis la haute montagne que couvrent les ruines du château dlburg , auquel lés paladins et les princesses ne pouvaient arriver qu'avec un méthodique attelage de bœufs , et du haut duquel on découvre tout le cours du Rhin jusqu'à Spire, avec la cathédrale, qui paraît s'être avancée au pied de la vallée voisine. Je pourrais sur tout cela raconter une infinité d'histoires intéressantes dont s'est enrichie mon érudition voyageuse, mais voilà mon docteur qui arrive, la loi vivante de Baden , l'excellent et aimable docteur Kramer, qu'on affectionne et qu'on vénère à Baden, savant sans
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charlatanisme y grave sans pédanterie , gai mais avec dignité, passionné^ sans arrière pensée , pour les intérêts de la science et de l'humanité. Il m'ordonne de ne pas m'aventurer trop tard dans la vallée à cause de l'humidité du soir; il me défend surtout y comme le bon goût, les trop longues histoires. Ses conseils sont ici des ordres , car l'habitude en a montré la justesse. Je n'entraînerai donc pas de force avec moi dans ces beaux lieux; je rentre, en homme prudent, et je suspends mon récit avant que la lassitude de ceux qui le liront ne le fasse abandonner plutôt qu'il ne les abandonne. Aussi bien je crains que ma coursé de montagnes et mon récit ne se soient démesurément prolongés. On est aisément porté à croire que les autres hommes s'intéressent aux rêveries qui nous ont intéressés nous-mêmes. Je me hâte donc de ' tourner court pour ne pas être entraîné encore, et dirai pour dernière ressource, au lecteur, à propos de cette excursion :
Faites-la courte , en ne la lisant point.