‹ Quelques souvenirs de course en Suisse et dans le pays de BadenChapitre 5 sur 22 · IM · texte numérisé non relu

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excursions se dirigeraient de ce coté. L'espoir de passer quelques jours de plus près d'une personne aussi accomplie était trop dousc pour moi pour que je ne m'empressasse pas de le réaliser promptement. Je sarais bien que le ministère de la police ne manquerait pas de rattacher cette visite à quelque grande conspiration; mais bien convaincu qu'on encourage trop souvent le despotisme en tremblant devant lui, et que, quand on ne se rend en effet coupable de rien de rept*éhensib!e, il ne faut jamais reculer devant l'interprétation qui peut être donnée 4'une action honnête, je me dirigeai versi la Suisse.

Arrivé à Slein, je rencontrai sur la montagne qai domine la ville un de mes amis, directeur des^ domaines dans un département voisin, qui était Tenu faire une -^urte excursion sur les bords du lac de Constance et à Schafihouse, en compagnie du préfet du mêmç département. Ce dernier avoua qu'il avait reçu ordre de m'arrêter à moa, retour et que probablement le même ordre avait été expédié aux préfets des départemens de 1^ frontière. Ce fut par la Hollande et l'Angleterre que je me décidai à retourner à Paris où , depuis mon départ, de nouvelles persécutions avaient fait perdre de vue les ancienneS| et je pus reprendre cette fois paisiblement mes travaux sans être inquiété. Les^ tracasseries politiques avaient passé des personnes, aux institutions.

La confidence qu'on venait de me faire ne m'empêcha toutefois pas alors de persévérer dans mon projet de visite à la reine.

Je pris un bateau à Stein pour aller jusqu'au pied de sa montagne , le temps était magnifique ; c'était au moment des fêtes de la Pentecôte. Tout était calme, tout était vaste autour de moi, tout contrastait avec cette agitation fébrile qui poussait en France les gouvernans contre les gouvernés, jcomme si le monde n'était pas assez large pour donner place à tous* Au milieu des réflexions philosophiques dans lesquellesj'étaisplongéyun spç^c* tacle nouveau pour moi vint appeler mon attention. J'entendis dans le lointain le son de quelques instrumens de musique mêlés avec quelques chants qui s'y fondaient harmonieusement , puis sur les deux rives des détonations d'armes à feu. Bientôt après je vis s'avancer le long des rives de l'île de Reichnau une file de trente ou quarante bateaux , c'était la procession solennelle du Saint-Sacrement qui a lieu tous les ans autour de cette île le mardi de la Pentecôte. Je- n'ai rien vu de plus simple et de plus solennel à la fois. Deux files de bateaux manœuvres par d'habiles rameurs gracieusement habillés contenaient une nombreuse population des deux sexes I revêtus de costumes pittoresque et chantant des hymnes sacrés que suivait un harmo« nieux accompagnement d'instrumens. Les derniers bateaux de chaque côté contenaient les reliques

et statues des saints du lieu , surmontés de iJannières, de. banderoUes, de dais et de gonfanons à devises et peintures religieuses. Un grand nombre de jeunes 'filles habillées en blanc et la tête couronnée d'une guirlande de fleurs, entouraient le dais de chaque saint et Tencensaient. La fil» était fermée en pointe par un bateau plus grand sur lequel était placé le curé du lieu , escorté de vicaires et d'enfans de chœur, l'encensoir en main, et élevant dans ses mains le Saint-Sacrement surmonté d'un vaste dais, le dais qui servait aux grandes solennités de l'antique abbaye. Cette file régulière était parfois interrompue par les rapides évolutions d'un léger bateau , monté de vingt rameurs expérimentés et du chef des pilotes' du lieu, debout gravement 2|u gouvernail et chargé des fonctions de maître général des cérémonies. Tantôt on le voyait rassembler tous les bateaux et les grouper autour de la barge principale pour la lecture d'un évangile; alors tout mouvement, tout chant cessait, et on n'entendait plus que la voix grave du curé portée sur les eaux à une grande distance : et tantôt le bateau des cérémonies faisait, reprendre la marche avec régularité, tandis que des deux rives les décharges de mousqueterie saluaient le passage de la procession. Ces voix de jeunes filles , celte musique grave, cette odeur d'encens mêlée à tous les parfuns du printemps, celte immobilité des eaux sillonnée avec mesure par tous ces bateaux

vais vue. L'affreux roalhetir dont avait été récentment frappé son cœur maternel n'agit pas aigri son caractère si bon et si vrai. De même que la plus haute prospérité ne l'avait jamais enorgueillie, une adversité non moins persévérante ne l'avait pas abattue. Elle était simple et noble sur un trôney «lie est restée simple et noble dans l'exil. Les arts qui ajoutaient un tel charme a ses grandeurs l'ont consolée dans les persécutions, et un jugement droit , toujours guidé p'ar le sentiment , en a fait une des personnes les plus parfaites que je connaisse. Quelques jours avant ma visite, le prince Napoléon Louis, seul fils qui lui reste, venait d'arriver d'un voyage en Angleterre. Ce jeune homme a été élevé dans les sentimens du patrio^ tisme le. plus pur et le plus désintéressé, et sé^ dispositions naturelles au bien ont toujours été dans ce genre au devant des instructions de sa mère. L'observation la plus jalouse ne pouri^ait surprendre en lui aucuù de ces préjugés de légi* timité impériale et d'aristocratie, péché originel des races royales. Fier dé pouvoir donner le nom d'oncle et de grand^père adoptif au plus haut génie des temps modernes et peut-être des temps anciens^ il ne Fest pas moins d'être né Français et libre, et il n'a jamais considéré les droits autrefois conférés» à sa famille par l'établissement d'une dynastie impériale que comme une émanation libre de la souveraineté du peuple, souveraineté

que n'acîCueiUe pas avec faveur à son tour la voix! de leurs amis. Si la chambre de 1 83ô eût été animée d'un plus haut sentiment de dignité hationalei^ après avoir chassé une famille toujours complice de l'étranger, et avoir laissé la France prononcer avec uii peu plus de maturité sur les réformes politiques qu'il lui convenait d'adopter et sur les hommes auxquels on voulait en confier la garde, soit dans l'une ou Fautred^s branches de la maison dépossédée , sôit dans l'ancienne famille impériale désignée par les élections populaires précédentes, soit dans toute autre famille ou ordre de citoyens qui lui en eût paru digne, elle se fut empressée de déchirer d'abord un arrêt de bannissement qui nous retraçait nos humiliations. Il n'y aurait eu, du coté des Bonaparte du moins, aucune prétention dé légitimité à redouter, puisque l'élection était aussi la source du nouveau pouvoir, et que les descendans de Napoléon étaient conduits , par la force même dés choses, à respecter l'origine du nouveau gouvernement, s'ils voulaient que l'on comptât pour quelque chose leur ancienne existence. Lé gouvernement une fois choisi en dehors d'eux, ou ils n'eussent pas profité de la loi de rappel, ou ils eussent repris leur rang de citoyens dans le nouvel ordre politique, et, dans les deux cas, la positioii de chacun était nette et la chambre avait fait son devoir. Mais le tremblement nerveux qui depuis i83o a saisi un bon nombre des plus fiers courages,

( *29 ) à fait' regarder les Bonapartes comme un de ces mille écueils contre lesquels on croyait voir à chaque instant le frêle édifice de la monarchie nouvelle se briser. On craignait d'avoir mal assis l'œuvre nouvelle , et tout contact avec des idées franchement libres et conséquentes à elles - mênies semblait un danger nouveau. La peur dénatura même la couleur et la forme des objets j et rien ne rend plus sottement égoïste, plus ridiculement injuste que la peur. A mesure que le gouvernement se raffermira, si sa destinée est en effet de se raffermir^ des principes meilleurs le forceront à marcher dans une voie plus droite. Alors on ne croira plus être conséquent, en relevant d'une main la statue du génie et en signant de l'autre la proscription de la famille impériale. Alors aussi la voix éloquente de la reine Hortense suffira seule à sa justification contre de stupides allégations, dont per^ sonne ne sait mieux la fausseté que ceux mêmes qui, dans un grossier intérêt, cherchent à leur donner cours.

Pendant le peu de jours que je passai à Arenenberg , habitation actuelle de la reine dans le canton d'Argovie, je lui demandai quelques renseignemens sur son voyage en France. Je croyais qu'en effet,, comme M. Casimir Périer l'avait dit à la tribune, avec une sorte d'expansion, elle avait, après avoir perdu un de ses fils, éprouvé des désastres de fortune peu dignes d'être mentionnés à côté d'une si

( »3o ) grande perte, mais tels cependant que M. Përier eût cru devoir mettre la bonne volonté du roi et la sienne à sa disposition. Je ne m'expliquais pas bien pourquoi elle était venue à Paris et pourquoi elle en était partie si promptement. L'adresse oratoire de M. Casimir Périer av-ait soulevé devant moi un nuage que je ne pouvais percer. La reine eut la complaisance de me lire la narration simple , élégante et pathétique qu'elle avait écrite à son retour de ce voyage; tout y était expliqué, tout y devenait clair et raisonnable : c'était pour elle seule et comme continuation de ses intéressans mémoires dont, déjà en 1821, elle avait eu la bonté de me lire quelques morceaux pleins du plus haut intérêt, qu'elle avait écrit cet épisode. £lle répugnait à introduire ninsi le public dans la confidence de ses chagrins. Si à ce moment n'avaient pas paru sous son nom de prétendus Mémoires dans lesquels y avec toute; la bienveillance possible, on l'avait mise en scène, parlant, écrivant et agissant^ comme elle n'avait certainement jamais songé à parler^ à écrire, à agir , il eût été fort difficile de triompher de ses répugnances. Il m'a toujours semblé qu'il était du devoir de toute personne publique de se rendre compte à elle-même , et de se mettre en état de rendre compte à tous, des faits importans dans lesquels on a étéacteur.Pour quelques individusce compte rendu se borne à un seul fait peut-être, à un seul jour de leur vie. Le respect de la vérité historique impose

C i32 ) ritalie et de son voyage en France. Après le reîtentissement qu'il avait eu à la tribune , il devenait impossible que les annales de cette année ne recueillissent pas ce qu'on en avait pu apprendre ) et si elle ne faisait pas connaître le vrai, les annalistes et biographes, pour ne pas rester à court, ne manqueraient pas d'accueillir le faux. Il devenait donc nécessaire, suivant moi, de raconter simplement ce qui s'était pas$é dans ces événemens tout personnels; ce qui aurait en même temps l'avantage de dégoûter les faiseurs de^émoires d'en fabriquer de nouveaux; carils avaient à surmonter une difficulté de plus, celle d'imiter un style toujours élégant^ toujours simple et toujours animé. Telle était la conviction de mon esprit que j'essayai de faire passer dans le sien , et j'y réussis. L'ouvrage déjà terminé pour entrer dans l'ensemble des Mé* moires en fut séparé et envoyé à l'impression. Lors d'une nouvelle visite que je fis à Arenenberg quelques mois après, je lus l'ouvrage imprimé, et je me félicitai d'avoir si vivement insisté. Le public a été de mon avis, et un succès toujours croissant a accueilli un volume qui, outre des faits historiques essentiels, révèle les cœurs les plus généreux et les plus dévoués.

Le jeune Napoléon, qui a succombé dans les malheureux événemens d'Italie^ méritait, à en croire ceux qui l'ont connu , tout ce qu'une mère afQigée pourrait dire de plus pompeux à son égard.

( *33 ) Tai copié sur le mémorandum de son frère , mémorandum écrit au crayon , pendant les agitations du voyage, quelques lignes que je me plais à consigner ici. L'expression m'en a paru vraie et tou-*^ chante.

« Mon frère avait commencé un» histoire de Florence (i), et aimait en même temps à s'occuper dë^ la manufacturé qu'il avait fondée à S^rm*veza. Heureux dans son intérieur , la révolution de j.qillet^ qui. réveilla en sursaut les peuples et les rois y vint le tirer de son éUtt de repos. I^a possibilité de retrouver sa patrie , le désir de voir partout des lâstitutioas ^isonnables remplacer des lois oppressives , /enivrèrent son aine de plain sir et d'espérance. /La huître qu'il écrivit dans les journaux fran<^s, en envoyant des secours aux blessés de Paris , montre toui^.ce qu'il ressentait d'admiration pour ses héroïques concitoyens. Sans examiner le mode d'élection da duc d'Orléans , nous mêlân:ies nos acclamation^ à celles que paraissait pousser la France, en pensant qu'il eimH*asserait franchement la cause nationale^ Était-ce à ii^ous, i^eveux de celui que la volonté de la France entière ^it sur le trône , à ne pas reconnaître à la

(i ) Il a publié à ud petit nombre d'exemplaires une trar duction de la Fie à^Agricola de Tacite, sujet qui li^i rappelait l'empereur , son oncle , et une traduction du Réeit du sac de Rome sous le connétable de Bourbon y par un Bonaparte

nation le droit d'élire le souverain et de choisir fo forme de gouvernement qu'elle croit lui convenir le mieux? Mais ce qui vint nous affliger^ fiit ce nouvel arrêt qu'on lança contre notre famille.a Quoi! nous écriâmes-nous tous dëux^ le drapeau tricolore qui couvrit notre berceau flotte sur la France et on nous exile encore ^ nous qui aurions voulu mêler notre sang à celui de'^ces braves Parisiens, de ces jeunes écoliers républicains qui donnèrent aux pavés de Paris plus de lustre que n'en ont à ijiqs ]feux les diamans du diad^e des rois ! » Mon b/kre partageait en cela toutes mes. opinions. Quelques idées jetées au hasard «sur son poHefeuille que je possède et qu'il n'avait jamais songé à rédiger^ expriment mieux que tout ce que je pourrais dire la force de ses sentimens. En apprenant que nous étions encore une fois bannis de France, il écrivit ces mots, dictés par la douleur.

« Voua ne voulez plus de nous, soit ! Vous nous exilez deux fois, soit ! Mais sachez que, simple soldat, je puis toujours combattre pour la liberté; que je puis embrasser un drapeau tricolore , et qu'il n'est plus au pouvoir d'un 6oui4)on de me rendre malheureux. Je trouverai tlne patrie partout où il y aura une tyrannie à combattre. » — cr II s'était levé en effet pour combattre , il a succombé dans la lutte avant le temps» v ^

ce Cependant nou^ nous serions peut-être consolés de vivre éloignés de notre patrie, si nous l'eussions

Toe grande et heureuse. Ua moment nous l'espéra* mes avec toute la France; nous étions jeunes tous

deux

a Mon frère me dit un jour en causant: Voici un de mes rêves pour l'Italie , et il écrivit rapidement ce qui suit :

a L'Italie, divisée et opprimée '^depuis si longtemps sous un joug pesant, n'est malheureuseipent pas encore au niveau de la France et de l'Angle* terre. Excepté dans l'esprit de quelques hommes éclairés I il règne une certaine jalousie entre les habitans de différens États d'Italie. Les villes de Turin, de Milan, deNaples, etc., habituées au Êtste des cours, qui dépensent dans le luxe et dans les fêtes une partie des deniers qu'elles retirent des imr pots , dédaigneraient 4e se voir abaissées au rang de villes de province et perdraient momentané* ment à ne plus être les résidences des princes. Le peuple italien n'est pas encore capable de supporter le meilleur des gouvernemens, celui des Ét9iU- Unis d'Amérique. Ces considérations me portent à croire que le gouvernement qui , dans les circonstances présentes, convient le mieux à l'Italie est une monarchie constitutionnelle. P'après mes idées, l'Italie serait réunie en une seule mUon et ne ferait qu'une seule famille. Elle aurait Rome pour capitale. Il n'y aurait plus d^ns toute l'Itahequ'une seule unité de poids , de mesures et de monnaîes. Il n'y aurait d'autres douanes que celles des fron-

tières pour quelques produits étrangers. Les chambres s'assembleraient à Rome, où le pape continuerait à habiter le Vatican ; mais ce chef de l'Église, d'après l'esprit de l'Évangile^ n'aurait plqs que le pouvoir spirituel. La chambre des pairs ne serait pas héréditaire. La dignité de pair serait une récompense nationale. Les membres qui devraient en être revêtus seraient élus par les députés. Ce mode d'élection pour les députés devrait s'étendre sur le plus grand nombre possible! Les villes qui aujourd'hui sont des résidences de souverains au» raient un gouverneur nommé p^v le roi, cjui serait payé sur la liste civile pour tenir son rang, et pour encourager l'industrie et le commerce. 11 n'aurait cependant aucun pouvoir administratif, chacune de ces villes ayant, comme toutes celles dn royaume, un conseil municipal élu par les habitans et un maire ou un préfet , lorsquelle serait cheflieu d'un département. Ces gouverneurs auraient aussi soin des routes publiques , des théâtres, etc.; encourageraient les arts et |^s sciences; distribueraient les prix aux académies et aux cotl^èges et proposeraient les embellissemens utiles ou nécessaireSé La charge de gouverneur n'étant qu'une récompense de longs services rendus à l'État, si le roi la confiait à un vieux général, celui-ci ne pourrait accepter qu'en renonçant à son commandement n»Utaire. Chaque ville conserverait ses objets d'arts et de sciences. On rétablirait le port de la

( »37 ) Spezzia où il y aurait une école pour rinstruction de la marine |SO(fô la direction du grand amiral d'Italie qui y ferait sa résidence. Il y aurait une école polytechnique à Milan ^ une école ^e beanxarts à Rome et des écoles militaires à Turin et à < Naples; et par là les jeunes Napolitains qui voudraient entrer dans l'école polytechnique , seraient qbligés d'aller à Milan; les Milanais se rendraient à Rome pour les beaux-arts ^ et ainsi des autres. Les Italiens ont besoin de changer de résidence pour mieux s'amalgamer entte eux. Par ce motif , les troupes napolitaines tiendraient garnison en Lombardie, et lesPiémontaisà Naples.On tâcherait même de conibndre dans les régiil^ens les Italiens des différens États. L'enseignement «lutuel serait propagé partout 9 même dans les villages les plus petits. La loterie serait abolie ^ et dans toutes les villes i) y aurait des caisses d'épargne. £n un mot^ il faudrait prendre toutes les mesures possibles pour donner aux Italiens les institutions dont ils sont dignes. Ceux, qui connaissent l'Italie , et l'esprit du peuple dans cette belle partie du globe, s#ront, j'espère, de mon avis. Le roi , puisqu'il faut encore ^u'il y en ait un^ aurait une liste ci- ^ vile discutée par la chambre des députés. Il ne pourrait épouser une princesse étrangère sans le consentement des chaûibres. 11 serait heureux qu'il choisit pour femme la fille de quelque brave militaire élevé dans l'institut national , et en lui

(.38) faisapt partager son trône y il i^ëcompenserait I^r vertu. La reine aurait sous sa dir^Sction toutes les maisons d'éducation pour les femmes^ et elle met- U*aît tous' &e& soins à rendre les Italiennes de dignes épouses et de bonnes mjères de femille* Le prince héréditaire serait élevé dans les collèges nationaMx , et quand il sortirait de l'école polytechnique de Milan y il eittreriiit dans un corps comme sous-lieutenant^ etc.» etc«, etc. »

En lisant cet extrait de Mémorandum on peut juger Tame des deui^ frères , et on comprend que ce n'est ni avec de tels principes ni avec de tels caractères que l'intrigue pouvait se flatter de trouver en eux un appui pour de mesquines perturbations politiques, Elevés par leur mère, fc^ifiés par l'histoire de toute leur vie dans le respect delà volonté du pays , ce ne s^*a jamais ni i^te mère ni ce seul fils qi» lui reste qu'on verra soulever les passions dans des vues personnelles. Ceux qui les ont accusés l'un ou l'autre de répandue l'pr ei| France pour fomenter des troubles dans une patrie que leur plus cher vcçu est de voir heureuse et bien gouvernée , n'importe par qui, /savfuept bien mejitir. M#iv^e mensonge pouvait égarer des ^sprit^ légers,^ éloigner le rappel d'une loi i^ipps^e par l'étrsMiger» favoriser des déclamations de tribune capables d'entraîner des votes, et le qiensonge a été déclaré bonne ruse de guerre.

Après ni'avoir entendu fevenir ain^i^ à l'occasion

qu'ils leur ont été reconnus par les traités même de i8i4 et de iSiS, et qu'aucune stipulation lé* gale ne les en a dépossédés depuis^ N'est-il pas parfaitement ridicule de voir des hommes faits princes , ducs , comtes , barons ou chevaliers, par l'empereur y des hommes qui jettent les hauts crts quand un ambassadeur étranger leur refuse gauchement, dans son salon , non un titre , mais une désinence appropriée à un territoire passé feo^ dalement dans d'autres mains , contester parfois un titre de la même date que le leur, par l'unique raison qu'il est supérieur à celui qu'ils portent. Je conçois à merveille ceux qui les refusent à tout le monde, c'est un système qui peut être défendu sous certaines formes politiques; mais j'avoue qu'il me paraît misérable à un Français qui ne refuse de reconnaître , ni les titres conférés pa? l'empire, ni ceux achetés sous la monarchie de* puis Louis XI, m ceux que chacun pouvait s'a* muser à se donner à l'imitation du comte de Rivarol, du marquis de Pezay et de tai|t d'autres^ multipliés à l'infini depuis i&i49 et que le bon sens public abandonne à leur iuofTensive vanité^ de contester à la reine Hortense un titre queper* Bonne plus qu'elle n'a jamais su honorer.

Au reste, elle «st toujoui*s. la première à- mettre à son aise la vanité d'autrui en prescrivant à ceux qui Ve^tourent de uq tien imposer à personne parleur propre exemple.

Lorsqu'en i8i 5, la république de Genève ^ qui s'est toujours montrée inhospitalière envers toutes les infortunes politiques, et qui surtout , en ce moment, intriguait si ridiculement contre la France humiliée, lui signifia de quitter le château de Prégny, possession de l'impératrice Joséphine, elle vint chercher un asile sur les bords plus hospitaliers du lac de Constance, dans le canton de Thurgovie. Les nouveaux cantons ont toujours montré , en ^isse, plus d'attachement aux principes d'une large liberté et un sentiment plus élevé de leur indépendance. Les deux Landamman du canton de Thurgovie signifièrent au ministre de France, Auguste de Talleyrand , qu'ils sauraient maintenir leur droit et ne repousseraient pas l'exilée qui ve» nait s'asseoir à leur foyer. Depuis cette époque la reine a passé tous les étés dans la maison de cam» pagne qu'elle a achetée dans le canton de Thur« go vie. Avant les derniers mouvemens d'Italie, auxquels ses fils prirent une part si funeste à l'un d'eux , elle allait passer les hivers en Italie ; mais maintenant que l'Italie est fermée à son second fils H que la France ne lui est pas encore ouverte, elle passe toute la belle saison dans cette charmante terre d'Arenenberg, et quelques mois d'hiver à Gepève. La beauté du pays , l'accueil tout amical qui lui fut fait, et la proximité de la Bavière, du pays de Bade et de la principauté d'HohenzoUern, où se trouvent encore ses parens et ses amis , avait

déterminé son premier choix , et Taffection uni« verselle est venue donner un nouveau prix à une détermination suggérée par la raison. Elle vit à Ârenenberg , avec une simplicité élégante , de ma* nière à <^rir à ses voisins l'exemple de quelques utiles établissemens ^ sans jamais exciter leur envie. Sa maison , toujours ouverte à ceux de ses anciens amis de France qui ne craignent pas de se com^^ promettre par la constance de leur affection , est fréquemment visitée par la société la plus cultivée des villes et châteaux voisins. Tout le monde s'y trouve à son aise parce qu'on s'y trouve au milieu du bon et du vrai. En même temps que la grande* duchesse de Bade, douée de tant de tact^ de trop de finesse peut-être , de tant d'esprit et de bonne grâce 9 le prince régnant dliechingen , homme éclairé et spirituel, la princesse douairière de Hohen*îollern-Sigmaringen , type parfait de l'ancienne bonne compagnie française, et le prince de Furstemberg, par exemple, honfime de bonnes manières, et tant d'autres d'un esprit non moins orné, quoique d'un blason moins historique, y rencontrent un facile échange d'idées et des habitudes sociales qu'on citerait en première ligne à Paris; les bonnes gens ne s'y sentent gênés ni par une affectation de dignité, ni par le clinquant du bel esprit. Les Hollandais des premiers rangs, qui passent dans les environs pendant la belle saison, croiraient manquer au bon goût en ne venant pas présenter leurs

être secouru. D'autres auraient feint de craindre y pour ^cuser leur égoîsnie, qu'on ne dénaturât cette bienfaisance pour transformer les obligés , auK yeux de gouvernemens ombrageux , en autant de prosélytes qu'on avait voulu gagner. Les cœurs secs aiment à se mettre la conscience à l'aise à l'abri de pareils prétextes. La reine a compris que puisque les hommes avaient fait de la bonté une vertu , c'est parce qu'elle devait imposer des sacrifices « et elle a su se soumettre d'avance aux in-* convéniens qui pourraient parfois résulter de Fexercice d'une bonne action.

Les environs d'Ârenenberg ont été les premiers à profiter de l'avantage que leur offrait son séjour. Les ouvriers ont appris à mieux faire ^ et la langue française^ qui leur offre une ressource de plus dans tout le cours de leur vie, est parlée avec facilité par tous les enfans des villages voisins. Il y a, il faut bien l'avouer , presque partout au-delà du Rhin y dans les classes les plus pauvres, une grande supériorité de culture intellectuelle sur les mêmes classes en France.

Malgré ma préférence pour l'étude des hommes et des livres, je ne pouvais séjourner dans cette délicieuse habitation sans en apprécier tous les charmes pittoresques, Arenenberg est situé sur une éminence qui domine la partie inférieure du lac de Constance , sur le côté suisse. Des fenêtres de ma chambre j'apercevais une suite de petites

baies qui pénètrent jusqu'au pied des montâgtiëSf et me rappelaient les charmautes baies du golfe de Gênes et du golfe de Barcelonne. Çà et là sur Icfs montagnes, à gauche, apparaissent le vieux cha<> teau de Salenslein , appartenant à la duchesse de -Frioul , amie de la reine Hortense dans la maù^vaise comme dans la bonne fortune; celui d'Euw genesberg, bâti par le prince Eugène; celui deSaiidegg, appartenant à la duchesse deDino, et qui n*est plus qu'une ruine; un peu plus bas le prieui*ë de Mannbach^ autrefois propriété de la grande-duchesse de Bade, et aujourd'hui de la spirituelle marquise de Crenay; puis descendant en pointe sur le lac , les villages de Mannbach , de Berlingen et de Steckborn, L'horizon est terminé par la foi*teresse de Hohentyriel et les montagties de là Souabe, illustrées par nos guerres de la révolu^ tion j tandis qu'au pied du château s'étend la petite île de Reichman , avec ses hameaux et son abbaye. Du coté opposé Ja vue n'est pas moins agréable. Une nouvelle baie charmante s^avance en pointe sur le lac, ornée par le village d'Ermatingen et son église. Le lac s'étend au-delà , fermé par l'ab» baye de Petershausen et par la ville de Constance^ qui se répète dans les eaux. Le long des montagnes suisses se détachent le vaste et beau château de Wolfsberg, le château de Castel, et un peu plus bas le château du Hard, habité aujourd'hui par une faitiille qui perpétue les traditions d'élégance

lo

et d'6S|)rrit des femmes du nom d'Houdetot, tandis» que. Ifs sommets toujours neigeux des montagnes ,du Vorarlberg et du Tyrol encadrent cepanorania si yjsL^ie et si varié.

La vie intérieure d'Arenenberg est celle qu'on .mènerait dans un de nos châteaux de France, et il n'en est, certes, aucun qui renferme des cœurs -plus français. On se réunit pour déjeûner à midij on Ut ensuite une dixaine de journaux de France et d'AUemagne, déposés sur la table du salon; on 4:ause quelques instans et chacun va de son coté> £oit pour, se promener à cheval y en voiture ou en Jiateau , soit pour se livrer à ses travaux, i. Quelquefois la reine occupe ses loisirs à ajouter une page à S6$ mémoires, sorte de monologue, jdan$ lesquels Tame se répand sans redouter un œil étranger. De temps en temps ^ pendant là solitude de la mauvaise saison, la reine compose .quelques-unes de ces jolies romances dont les airs mélodieux nous reviennent à l'esprit ^vec les plus •doux souvenirs de notre jeunesse. Alors qu'elle était sui! un ti*one on attribuait tous ces chants à des .cctfqposîteurs .prêts à céder complaîsâmnient ^cur renommée; maintenant que les plus délK icifiux. do ces chants oiit élé composés dans Texil, il iKuijbfteDibenoxicérà œttobanale a<x;ûsatioh por^ <CQQ|tifeitpii8;l69 t^eas^ deé ^femmes.

,„;^i6«t^tJiieiires 00 se réunit au saloir, une denipjnfiurfd^^ntledîri^^ etbn passe le t^este^ la soirée

( 1.47 ) 3oit à d'agréablescauseries, soit à dçssiner,;à&ijhed€( lamusique, à lire.Dèslespremi^Psjoar^deTaDapîre. la reine avait établi che? elle l'usage de lagrande table ronde à l'anglaise, qui laisse à chacun plus de liberté de conversation. Toute étiquette était alors bannie de chez elle dans ces soirées d'ami. Elle n'aeurien à changer à ses habitudes quand sa eottro^oci et sa fortune put disparu. La fortuae la plus mén diocre suffit à de tels délasiTemeas.: J'ai> passé à' Arenenberg un hiver entier,, et. jamais hiv«r no m'a semblé plus cqurL Gomme iiQti^ cercfe éteîtf asse2 souvent resti^int , dans les mauvais temps^ aux personnes de la maison, mous consacrions ,uô9 soirées à lire en commun, quelques quvrageis hisH toriques sur la révolution, Tempiîçe.^^lft.i^eftauy ration y et la reine confirmait par son ténïcHgàft^e impartial la vérité de certains fait$ persôubeb às^ famille, ou les relevait sans amertMme, comme s'il se fût agi d'une question qui lui fut étrangèro^jJKe me suis plu surtout à recueillir de sa bouche lei^ détails de la grande crise des cent jours , à laquelle on lui a attribué tant de .part. J'étais alors en Aii4 gleterre, et mieux placé pour jugeir les. résuUata et les ma&ses.. Je l'étais moins bien pour juger de& circonstances. De. là on pouvait prévoir avec plus ^e sûr^é ^u'en France qu^ les foJies croisskatea 4es Boqr|)oo^et de leurs alliés, les émigrés et les^ prêtres , ne > pouvaieilt talrder à les' pféripiter une s«cpnd<î fois, du..ti:4«ip) Ont.vftyaiti les haiuïîs. popun

(148) hiires s^amasser, grossir, marcher. On s'attendait chaqae jour à voir tomber sur eux le bras popu-* laire. Nous assistions à ce divorce toujours afp-' procbant d'un peuple humilié d'une part, d*une femiUe tombée en enfance de l'autre, comme on assiste à la représentation d'un drame dont le dénouement est prévu, sans que l'on tonnstissè les moyens par lesquels l'auteur l'anlènera. Dans un tel état de choses , Napoléon même était mis de côté comme instrument de 1 expulsion des Bourbons. L'imagination la plus hardie n'osait s'aven-' tarer à se prédire à elle-même des faits si inouis'. Qu'était» il besoin alors de conspirer tout bas quand tout le pays était du même avis. Renverser ce vieux fantôme du passé, qui s'était si aveuglément obstiné à vouloir réglementer le présent d'après des traditions eflacées , tel était le vœu de tous; Plus tard on eût vu ce qu'on pouvait y substituer. Un roi était fecile à trouver, et on avait plu» d'un prétendant sur les listes de candidature. Si, dvec on toi concoui's de circonstances, toutes se bâtant vers le même but, des intrigues par lettres ou courriers eussent été menées avec l'île d-£lbe , elles cus$ent probablement retardé la crise au lieu de l'amener, car elles n'eussent pas manqué d'être découvertes, surtout si, comme on le prétendait y elles fussent parties do salon de la reme Hortensey point central de toutes \és jalousies et de toutes les craintes des Bourbons. C'est ainsi qu'en A^ït^

( i49 ) gleterre , du moins , nous avions vu les choses. Le témoignage de la reine Hortensç m'a prouvé depuis que nous ne nous étions pas trompés , et son témoignage en cela est d'autant plus digne de foi aujourd'hui que sa participation à un tel événement serait une preuve de plus de la justesse habituelle de ses aperçus. Au reste , cette partie de ses Méinoires est du plus haut intérêt historique.

3ous les feqêtres même du château d'Arenen-^ t>ci^V €t gracieusement placée comme pour le p^isir de Tœilr, lajpetîte île de Reichenau occupe tout le milieu du lac inférieur. Dans les jours de CQAquléte du christianisme, les disciples de ^int S^poît y avaient fondé une célèbre abbaye, sorte de réserve destinée à porter chaque jour de nouvelles forces de civilisation contre les barbares du voisinage. Ix^rsque ces conquêtes religieuses furent assm^éçs çt que les moines de ^eic^en^u n'euren^ plqs qu'à ^ouir paisiblement de l'opulence quç. leur ay^it feite. la ferveur de nombreux convertis, ils substituèrent aux travaux de l'agriculture et de l'apostolat les travaux littéraires destinés à féconder les germes d'instruction qu'ils avaient semés. C'est l'époque brillante, car c'est la seule époque utile des couveqs. Jusqu'à la fin du doqa^ième siècle Reichenau fut pUcé au premier rao^..

3on. antique bibliothèque paraît avoir été fort çppsidérable. Le baron de Lassberg possède parmi

. (, i5o ) ses pnécîénx liiiuniaerit^ un Liber Sacrwfientomm du.qeùvièmesièble^ à la fin duqud se trouve un 0at]ak>^e»dp8 livres: de Tabbaje de Reiclienau, à qetl&!némeiëpo€(ue (i)«

' £Ue^ possédait y au di^ciàmeet au onzième siècle^ beaucoup d'autres manuscrits intéressans.

; On repriarquait partïifi eux le poème de Wàlt-ha(rids Maliufortis^^ traduit du saxon, en \ets latins , au milieu du dixième siècle , par Ëkkehard^ d'après un de ces chants rbapsodi<(ùes qu'on a réunis- plus tard^ pour fermer le poème dés Nibe*- IttBgeni <!e; nianiiscrit existe aujburd'hai datis la. bibliothèque de Càrisrohe. Il en existe deux ânt^s,' aussi éa dixième siècle , dans là > bibliothèque' royale, de Paris et dans ta bibliothèque des ducs^ de ^ujfgog^. J'en ai fait une copié , que j'ai col^

(i) Vpyez no 1., dans TAppendice, à la fin de ce volume, Vexlrail faît par moi de ce catalogue qne M. de Las^ V^éif^ a'iiieh voulu ine communique^ . A la suite du càtalofliie de >f abbaye de Mnri, ob lit daiis les actes de ec; iQ^nasièr^, ui^ie maixime qufil eût ëté urtilt de voit! observer par tous les grands couveD9k • . , . jSif Dt ^dl^uc , ditlerjéflactei^rdu catalogue ^ hic multa. alia ppuscula libellorum satis utilia quas oportet servare et meliorare et non destruere , quare nos nop potuimus, nec voluimus ea hic sigil^atftli describeié. Lîbros autem opértet semper dèâëi'Ibere ^ augé^e et-Ameliorai'è j et ornarè et anncftarccum ist^, qaidivitwomnitLm spirkiialium fy^nUfium' sine libris nihH est, . ,

(• i5i ) lattonmée sur ces divers tnanusorïts/ Ce pèènie aété plusieurs fois imprimé.

Les trois siècles qui suivirent le neavi^é durent ajouter beaucoup encore a Topulence de ia bibliotl:^que de Reichenau, car plusieurs de ses moines et abbés jouissent par toute l'Europe d'une grande répotatiôâ d'érudition; Le plus connu aujour<^huî est le èbroniqneur Hermamn^ dit CoflMzeiuSy à cause ^durëtréctssemeni de tous séS membres par une paralysie dVjiEance.Hermann, qui appartenait â une noble iamille allemande^ les cokhtes de Wehriogen^ est mort dans Taiiuée 1 054» et a kîssé unedinoniquëUitine ilrpuis la nfaissance de J.-C. jusqu'à Tan .io54, chronique contint)ée, après sa UMMTt., parBerthold^ son disciple, jusqu'en toi56, et par Beraoldyprkre de Constance, jusqu'en i rbô. Elle a 'été imprimée plusieurs fois d'une manière impanfadte. La seule bonne édition que je' connaisse de> ladironique d'Hèrmann et des deux continuations de Berthold et Bernold, a pàrii dans les ttmieis let a du GerMarm» sacrœ Prodràhius ^ seu Collecth Monumentoruni res Alemannieas éUusirômtium , par Ussérmann , moine de Saint- Biaise, «n a vol. in-4*, imprimés en 1790 et 179a, dand l'abbaye même de Sisiirit-Blaise. Le manuscrit qui a servi a cette édition était du onzième siècle et faisait partie de la collection de Beichenau , mais il a disparu au moment de la réunion de cette île au pays de Bade, et se trouve

(iSa) maiotenant à Oxford. Déjà, dès Tannée i384r Reichenau avait perdu toute sa splendeur, et sa bibliothèque avait été fort négligée. Pendant le concile de Constance, de i4i49 les nombreux ec^ çlQsia^tiques qui.afQuèrent dans cette ville de tous les .p^nt^ de rjEurope, ajoutèrent encore au désond^r^ de la bibliothèque en empruntant les livres ^n^ le#- rendre; et depuis Tannée 1767, oiiTévêque de Copstance en chassa le dernier moine pour disposer à sa fantaisie des bâtimens, le désordre ne Qt qu'augmenter encore. Toutefois , lorsque Gerbert, abbé^prince de Saint -Biaise, la ykita en 1760, il y trouva encore (i) 4^4 manuscrits, dpnt 973 ^ur parchemin et 161 sur papier.

Aussitôt que les margravçs de Bade, deven^s supcessiyement électeurs et grands ducs par Famitié de la France, eureqt obtenu, à la paix de Près? bourg de i8o5 , un agrainlissement considér cable par l'adjonction du Brisgau et de Ckmstance k leur territoire, acpru déjà d'une partie du Palatfnat , ils s'empressèreat de faire transporter à Carlsruhe les biblioth^uesdescouvens supprimés, liés ipoines de Saint-rBlaise enlevèrent secrètement la leHr et transportèrent en Autriche ce qu'ils avaient de plus précieux (a). Le gouvernement

(1) Voyez son Iter aUmannicum , italtcum, et gullimm^ Saint-Biaise ^ in-8^ y 1766 et 1773.

(2) Le gouvernement autrichien leur donna, pour a'é^-

(i53) ba^ois ne trouva à prendre que la couverture de' I9 charmante église du couvent , tout entière en cuivre pour mieux Tabriter contre la neige , et il la fit vendre, jecroiS) pour une cinquantaine de mille florins; La bibliotl^que de Reichenau n'avait plus àe gardien et était devenue complètement inutile là où elle était. Elle fut distribuée entre les bifoliô-* thèques de Fribourg, d^Heidelberg et de Carlsruhe. Cette dernière en eut la plus large part, et cela iûst fort regrettable , car elle appartient ea . propre au g^nd-duc et non au public, et, bien qu'on l'ouvre avec plaisir aux visiteurs , rien ne fiirce cependant le bibliothécaire à tirer de l'obs» curité dans laquelle ils gissent, sans être classés ni catalogués, les 3oo manuscrits de Reichenau qui sont yeiius 3^y abriter dans la ni|it. Je croyais, avanjt de yenir en Allemagne, que nos bibliothè* ques de France étaiept le|$ seules dans lesquelles les mani^scri^ étaiept trpp sQuyent en désordre et inconnus. Les Allemands ont peu de cho$e à nouç reprocher à cet égard.

Il ne reste plus à Reichenau, de toute son opur lence passée , qu'un sieul manuscrit , qui est pu Eyangiledu neuvième siècle, déposé dans la sa?» cristie, avec les autres curiosités, à côté de l'îns^t

blir, le raonaslcre de Clagepfurt, sous la condition de se charger de riostniotion publique. Ils y ont de préci^n^ ffrjagmehs de leur bibliothèque.

( 154 ) cription du tombemi,^e Charles^le-Gros. La plut rare, s^ms. dqute^ est une urne aotique cTune assez belle Ibnue, qu'on as$ui*e être une de eeile» qui ont servi aux nçces de Cana pour le miracle de la transformation d'eau en vin* Cette vme a été dpnnée au couvent de Reichenau par Simëoili Bardo^ général de l'empereur de Constaotinople Ijéon , mprt dans le cloiti'e en 910: .

.Ce fut aus£|i à Reichenau que fut enterré Fetn<t pei*e|ur Charles-^le^Grps (.1). On voyait autrefeisMo tombeau à droite du chœur. Le corps s'y trouve; encore^ mais Ije monument a disparu^ Onhe voi|: plus' à la. pl^ce qu'un tableau moderoe, au* bas (jluquel a ^té transcrite 1 amâenne inacnf>tioa qu^ ypici;

' ' Cétroluè CrassuSj repc Suœvimy prônepos ÙaroU niagniy llâliùtn potenter înlrai^it^ campa devicit\ hnperivtm que romanum , ûhi Ccesar coronatury obtinuiiï Hic , mortuo fratre suo Ludovico , uhw

(1) Une chronique manuscrite de l'abbaye c^Sftti¥on,t décrite par Gerbert , abbé de Saint-Biaise,, coi^tientlea passages suivans :

' Anne I)CCCLXXXVIlt Karolus (Cràssus) împerio jàtt privatbs^DeodfevdtètsérvienSy in vilîâ AlamaD]8e1%ding& iofifiôatur» et^ui quidam perkibent^ à suis strangulatus.

Id januar. , vitâ mortali decessit , et , quibusdam videntibus^ cœlo aperto et lumine.super adparente, Augia»^ (Reichenau ) delatus et sepultus est.

Janvier 888 répond ici à janvier 889 , l'année ne com-' piençant alors qu'à Pâques.

( *5$ ) versant Gerrnaniam ^ GalUam , jure hïerédàarèa acquhu^ù. Démumj animOj mente et corparedè-i fiaient i ab imperio sanè magno^ cum fortunée lù^ dibrio dyet^Sy à suis omnibus postpositus ^ humtti in hocloco sepulttiSfjacens obià anno Domini 888.'

/éùfiiim Januaris.

i\ Pannones , Cymbros dwerso martç subegit ,

Caroîus , è crasso corpore nomen.habens, Sed benè quas juyenîs regni tractarat habenas

Hîs etiam senior dlspoUatus obif. '

On roonire^Qcore à Rercbenau une <knt 4fi CharJicî&-l&-,Grps î comme une rel,ique in^HMîtantf.j avec le ^orps de s%uit Marc^, ex^ plusieurs. Sk\^^v^\ tét^s, bras et corps de saints^; mais les relûiMc;% ^out un peu tombées en discrédit depms que ;1% science Jeur a donné de ai fréquens démpnMs.^ Que c^tte. dçpt soit upç dp ClM|rles-le-Gros, ou , comme l'assurent les aujatomistesy Ja dent d'iin dft ses chiens de cbasse^ toujours est-il vrai qi^ cett^ tombe d'un, arrière«petit-fils de Charlemagne, d'util souverain couronné roi d'Italie à Milan , empereurt d'Occident, roi de France^ d'un homme ;dont 1^^ génie étipit ne ^ut porter ni la prpspj^ité ni l'ad-^. vensil;éy et fut tpujours au-dessous df^saiiituatipil»» déposée dans c^te\p,etite île isolée, ^sd^^ p4ir> l^s mêmes. eau?;, quiyie^nent battre les jardin^ de la fille du Krand ba^i de Sainte-Hélène y de.cQ )iaut génie si supérieur à la jmmu^b copame à H

mauvaise fortune , de cet homme qui, mattre de l-Europe, s*y trouvait trop resserré, réveille les plus hauts souveoirs historiques. £.n me prome-* nant seul sous les arceaux ruinés de ce vieux cloître 9 dans cette ylcille église bâtie par Charles Martel 9 que de pensées venaient s'amasser à la fois dans mon imagination.

Reichenau , qui a cinq quarts de lieues de long sur une demi-lieue de large , possède encore une population de i^oo habitaas, fiers çon^me tous les insulaires, dédaignant la terre ferme voisine et se manant presque toujours entre eux. Tous les enfiains j sans exception , garçons et filles de 6 sins à 14 9n^9 au nombre de 200, reçoivent, dans une école établie dans Fîle, des leçons de lecture', d*ecrituré, d'histoire sainte, d'histoire naturelle et de calcul. Les habitans sont d'une pauvreté extrême^ car, entourés de tous côtés des douanes de Suisse , d*Autrithe et de Wurtemberg , ils ne peuvent trouver aucun débouché pour leurs vhis, qui sont d'une assez bonne qualité, le plant de vignes ayant toujours été tiré par les moines des meilleurs; plants de France. La cure de Reichenau est fort splendidement rétribuée, si on considère la facilité de vivre à bon marché dans le pays et si on en fait comparaison avec les cures de nois villages. Il a mille Oorins (â,i5o fr.) de fixe, et de plus une maison et des vignes, du bois, dies fruits et des légumes en suffisance, le tout sans y comprendre

le fàsuel. Deux ou trois maisoiis de plaisance ap-* partenant à des habitans de Constance offrent un point de vue charmant sur toute la chaîne des vallées et montagnes environnantes. D'un côté le vaste château d'Heiligeobérg , oîi réside fréquem* ment, l'été, le prince de Furstemberg, et les restes de Tabbaye de Pet.er$hauseu> de l'autre les châteaux de Sandegg, Eugenesberg, Arenenberg etWolfsherg, avec les villages intermédiaires, viennent animer le paysage et donnent au lac un peu de la vie qui anime les- beaux lacs italiens de Corne et Maggiore.

Le château de Wol&berg, placé sur. la rive suisse, domine à la fois les deux parties dulac» Le possesseur de ce château, M. le colonel Parquin, y a fondé un vaste établissement pour recevoir j dans la belle saison , les étrangers qui veulent jouir du double agilement des montagnes et du lac. Une source minérale, découverte depuis peu, est un avantage <le plus en cas de maladie; mais le Wotfst bcrg n^'a semblé surtout visité par les gens qui se portent bien et qui sont fort aises dc^ pouvoir joindre aux charmes d'une belle nature les rapt prochemens de société qu'on ne trouve babituellie^. ment que dans les villes. Sous ce dernier point de vue aussi, le Wolfsberg est une habitation cfaiir^ mante , car il ne se passe guère d^a^nées qu'on n'y rencontre quelque célébritjfé française ou étrangère. L^s noms de MM*, de Châte^iubriandf AleundrejDumas, Casimir Deldvigne^ de me»r

daines Recamier, ^^y^ Delphine Girarclih, Dou*

mère 9 ont pris tour à tour leur place daas les

annales du Wotfsberg. On y voit apparaître aussi

par nK>inens quelques*uns de ces vrais types ^

mâles ou femelles, d'élégance^ qui savent trop ce

qu'ils doivent à la mode et à eux-mêmes pour rester

bourgeoisement à Paris avec le soleil d'été, et ne

pas faire en Suisse une dé ces rapides excui'sions qui

permettent au moins de parler^ dans les brillantes

soirées d'hiver de Paris, à la lueur des bougies

étincelantes, au milieu du cliquetis des conversa-^

tioDs, entre une \false et un galop, des délices du

chalet., des imposantes horreurs de l'Oberland et

jdea dangers de la mer de glace. On passe rapide<r

ment devant le pont du Diable et les chutes de

l^Âar, mais on cherche pour y passer quelques

jours une nature un peu moins heurtée. Le Wolfs-

berg est assurément un des lieux les plus agréables

à habiter pendant long temps ^ précisément parce

que le paysage n'|i pas ce grandiose qui saisit sur-*

le'Chan[ip l'imagination , mais fktigue à la longue

l'admiration par son éternelle similitude. L'a van«*

tagede vues moins terribles et moins éblouissantes^

mais plps variées et plus douces , est d'ajttaeher

chaque jour davantage, eft paraissant chaque jour

nott^feHes. Au reste , ceux qui aiment le grandiose

n^ont que quelques pas à faire v«ei!S le sottimet de Itt

montagne : la tour de Hohenrheiù et son pl^teâU'

tfÀ cowomieqt là '^oûtttgne sor te penduitit dé

laquelle est assis le Wolfsberg^ offrent tout ce qu'on peut désirer de plus vaste en ce .genre. Je ne connais pas de lieu, après le sommet duRighi^ d'où on ait une vue plus étendue. Aux pieds de la tour d'Hohenrhein, dont remplacement a été choisi par Je prince Napoléon, et qui a été bâtie à ses frais et aux frais communs des cliâteaux voisins^ s'étend l0 lac de Constance, depuis l'Autrichienne Bregentz et la Bavaroise Lindau jusqu'à là Wur-r fembergeoise Uberlingen, connue, par ses eaux ferrugineuses^ etd^uis la ville badoise de Cons^ tance jusqu'à la petite ville suisse de Stein. Tout autour de ce lac, jjur lequel s'élèvent gracieusen^ent les deux charmantes îles de Bjeichehau , ' avec son antique abbaye, de la Meinau, avec son joli château , règne une chaîne non interrompue de mpntagnes , dqpuis les r^uines de la fort^esse à pic d'Hohentwiel , livrée , avec tant cj|e simplifCtté^^ à Yapdtimme par le gouverneur, jusqu'aux som* mets neigeux du Yorarlberg et du Tyrol, oîi tom* mence une st^ie de montagnes, plus, imposantes., qui paraissent cotouie la limite d'un lotonde; c'est la chaîne des glaciers qui s'étendent à un rayon de 3o à 4o lieue^ autour d!Eohenrhein. On y distingue la célèbr/sJungfrau et tous leâ;glaciers^u pays de 3crne» Paruti beau soleil^ lorsque tou^ ces monts de glaoe et déneige se détachent, çhacuq aveeses ^çrm^ et ^e$ nuan^es^ Gqpanpranpaf d$ plti^ 'de :^po.U^^ peutrâtce de circohfét*efieey^tr ûa^'âEés

( i6o ) plus inagoilit|iies s{^ctacles dont on puisse jôuii'^ et à deux pas de là ou retrouve tous les charmes du lac et des vallées , et dans le salon du Wolfsberg les partitions de Rossiui et de Bellini sur le piano , et la conversation qui civilise. Qu'un nouveau Jean-Jacques vienne animer les environs du lac de Constance des scènes de passion d'un autre Saint-Preux ) et nos jeunes hommes blasés et nos jeunes femmes à l'imagination si subite, auront bientôt prononcé qu'on ne peut être cité à Paris qu'après avoir soupiré son él^ie sur les bords du lac de Constance.

En même temps que je me laissais aller au platsir d'admirer cette nature si variée, ma persévéï'ancc bibliophile eut, dans le voisinage du lac de Cons-« lance, ample matière à se satisfaire. Tétais sur ta route de Saint-Gall et me préparais ainâ aux plaisirs ;que me promettait ce précieux dépôt. A quelques lieues au-delà de la montagne , dans la vallée sur la route du canton de Saint-Call , au milieu d'un magnifique bois de frênes, s'élève à mi-eôte,sur le bord d'un petit torrent^ un joli ch&teau aussi connu dans les annales bibliographiques que le fut autrefois l'élégant Strav(rberry-Hill d'Horace Wàlpole. La rubrique du château d'Ëppishausen ^u bas d'un livre indique toujours un ouvrage des plus intéresaans pour l'ancienne littérature nationale de L'AUema^e , quelque pages nouvelles à ajouter au NibekiQgen ou à ^^eldenbuoh , quelques cfaatits

( *6i ) plus harmonieux à joindre aux cbiats des trouba-^ dours d'outre-Rhin^ et ce volume est toujours un modèle de pureté pour la correction du texte ^ un modèle d'ëlégance pour la beauté de l'impression et du papier. Mais il n'est pas donné à tous^ de pou* voir le posséder. Le savant éditeur d'Ëppishausen, le baron de Lassberg^ choisit ses conviés aussi bieÉl' que ses mets. Il ne veut admettre à cette sorte dV gape poétique que ceux dont le goût lui semble assez délicat; mais dans ce Cas il ouVre les mains et fait avec empr^setôent largesse de tous ses^ tr^rs.

Après une vie marquée par d'assez éclatans succès de société , M. de Lassberg » est r^iré loki des importuns ^ au tiiiUeu dé ses bois antiques , de se& manuscrits et de ses vignes non moins bien soi* gnées que ses vieux amis lesMinnesingerf de temps en temps il publie, à un petit nombre d'exiemplairesy et seulement pour en faire des dons particuliersy ceux de ses manuscrits qu'il juge devoir oiTrir le plus d'utilité littéraire. En J 820 parut le premier volume de sa collection, intiinlée Liefhr'Saal^ en grand in-S"*. Le deuxième volume parut en iBasi.;^ le troisième en i8a5. Tous trois contiennent dëi? fabliaux et chants des Minnesinger inédits }usqui'iet.i £n les lisant, j'en ai trouvé un boli nombre. d!orir.' gine française. Quelques-uns des fablianx/Obl. nnei allure vive et dégagée qui indiquerait suffîsamof nf leur filiation y lors même que parfojisr GertaiiMsnom^^

( *6* ) propres et certains vieux mots irançais ne viei> diraient pas déterminer les <:onvi€tions.Tels sont par Q^mple Mànnerliebedy un Frauentreu^. Fraueri' li^f\mme semblent (f origine toute méridionale, die Manche von Kotmar^ qui se retrouve presque littéralement dans un fabliau français de la eoltec-* tÂon de Barbazan, où les moines sont si rudement traités^ der Sperber^ autre conte un peu leste coiit tre les religieuses, et tapt d'autres.

En 1821 fM. de Lassberg publia dans le même format le meilleur texte dès Nibelungen, diaprés un manuscrit de sa propre bibliothèque , le plus riehe connu , malgré une lacune des derniers feuillets , et le plus ancien en même temps de cette iliade germanique, puisqu'il est du douzième siècle. Un manuscrit de Saint-Gall lui a fourni les moyens <le combler cette lacune.

En i8a6 il publia un conte du tr^zième siècle de Hugues de Langcnstein ; eni 83o un petit poème sur le roi Didier de Vérone (Dietrich von Bern); «nBa en i83a VEggen Liet de Henry de Linowe. Il a en ce moment s«us presse un cinquième volume inédit de son Lieder-Saal, tiré du Codex WmngarteBsis qui est de 70 ans plus ancien que le recueil de Maness publié en 1 758 à Zurich, d'après le manuscrit de la bibliothèque nationale de Paris. lie Codex Weingartensis ne contient toutefois que 3f poètes dont les portraits et les armes, tirés de ce même manuserit, seront gravés en fac simile

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