‹ Quelques souvenirs de course en Suisse et dans le pays de BadenChapitre 7 sur 22 · COIRE · texte numérisé non relu

COIRE

Les vallées du canton de.Saint-GaU,deWardenberg à Ragatz,le long du Rhin, sont étroites et encaisséesetoffrentdéjacette facilité d'isolement quia

donné naissance aux 63 petites républiques de l ancienne ligue grise, devenue maintenant un des 22 cantons. A deux lieues de Ragatz, dans les montaenes, se trouve une des curiosités les plus extraor- Laires de la Suisse, les bains de Pfeffers, situes dans une gorge si resserrée entre deux montagnes séparées par une convulsion de la nature, que U iour ne peut y pénétrer que pendant quelques heures de la journée,sansque le soleils'y laissejamais entrevoir qu'un moment au-dessus de ces murs de montagnes et comme par un soupirail. Un torrent fougueux, la Tamina, s'est frayé une route a travers ces précipices , et il faut le franchir avec des dangers réels pous arriver aux bains. A quelques pas de là, on entre dans le canton des Grisons. Coire,qui en est le chef-lieu, est une petite ville

assez active. ,. ^

Mon premier soin en arrivant fut de m informer de la bibliothèque publique dont on m avait parlé avec éloge. Comme cette ville avait été autrefois le séjour d'un prince-évêque, j'avais toute raison de croire que les établissemens littéraires

(i8i ) avaient pu y être encouragés. Je comptais donc y donner quelques jours à Tétude faite sur les lieux des monumens historiques du pays et de la langue parlée dans presque tout le canton. Je m^étais flatté d'une vaine espérance; il n'y a pas de bibliothèque publique à Coire. J'allai du moins chez le libraire pour acheter les ouvrages écrits sur ce sujet et m'informai en particulier s'il n'existait pas quelque recueil de chants populaires, anciens ou modernes, profanes ou sacrés. Tout ce. que je pus trouver fut un dictionnaire de la langue romane, une gram-r maire allemande et romane de Conradi , et une petite brochure en patois sur les aventures d'un meurtrier nommé Murezzi Grischot exécuté le i4 avril 1 83i . Je demandai si au moins il ne me serait pas possible deme procurer unetraduction du Nou« veau-Te^tament, et on m'adressa à un couvent de capucins, situé tout à coté de l'église. J'entrai dans le couvent, ou plutôt dans le petit taudis qui porte ce nom. Il ne s'y trouve que deux capucins» L'un, gras Qt rubicond, avait un air inlelligent, et spn costumée n'était pas sans propreté. Il était facile de voir qu'il était fier de l'ascendant que. la robe de saint François lui procurait sur les bons habitaqs du pays. Il manifesta le désir de m'êlre utile , mais me sembla s'entendre beaucoup mieux au bon emploi du produit de ses quêtes qu'à la, distributioi^ de la nourriture intellectuelle que je désirais. Il cl^ercha tQUtçfpi;^ à se rappeler s'il ne connaîtrait personne

qui fut en possession des livres que je cherchais, et phargeale second capucin son confrère dem'accompagner chez un relieur qu'il lui désigna. Je n'ai rien vu qui me donnât une plus pauvre idée de l'infirmité de la nature humaine que l'apparence de ce second capucin. Sa figure était hâve et amaigrie , son œil terne , incertain et voisin de l'idiotisme , ses jambissnues d'une malpropreté sordide, sa robe appesantie par la malpropreté plus horrible encore ^ sentir qu'à voir; tous ses gestes étaient saccadés et comme tremblottans^ son teint celui d'un épi^ leptique, La raison enfermée dans cette enveloppe ne me parut pas avoir acquis un développement bien supérieur à l'instinct des besoins physiques. Il m'accompagna chez le relieur, où je trouvai en effet quelques volumes en paitois de la nature de ceux que nos missionnaires faisaient fabriquer pour les provinces françaises de leur obédience. J'achetai VHistoria del Fédère Nia^ Testament, çon cuortas Wtructians moralas per dievert délia giui^entagna ràmonscha délia Carfî, c'est-à-dire Histoire duVieux et du Nouveau-Testament, avec de courtes iostructions morales popr le divertissement de la jeunesse romaine de la ligue Caddée.(i) Jerenvoyai mon ea-

(i) Une des trois ligues de ces vallées. L'une était la ligue Caddée ou de la Maison-Dieu ; l'autre, la ligue des Dix-Droitures , et la troisième la ligue Grise. Cette dernière a donné son nom à la totalité de ces 63 communes associées y autrefois alliées de la Suisse ^ et formant aujour-

pucin et me mis à parcourir les, volumes que je ve» nais de me procurer , en regrettant beaucoup de n avoir pas du moins obtenu quelques chants nationaux; mais à l'exception du vieux poète Salis, ami de ce bon Matthison que j'ai connu autrefois à Stuttgardt , je doute que Coire renferme un seul ami du Gay Saber.

Cinq à six cents ans avant Jésus^Christ^ une émi* gration d'Étrusques, sous la conduite, dit-on, d'un nommé Rhetus, vint se réfugier dans ces campa* gnes, connues depuis sous le nomdeRhétie. Quel* ques siècles plus tard, de nouveaux émigrés du Latium vinrent chercher un refuge dans les vallées voisines et dans les monts de TEngaddin. La langue des hommes de ces deux premières émigrations était la langue osque et latine , et le patois qui en dérive a conservé le nom de romanisch pour les premiers, de Latinisch pour les seconds, bien qu'il y ait en effet fort peu de différence entre eux. Cette base antique du patois des Grisons a été considérablement modifiée encore par le& émigrations celtiques, gothiques^ lombardes, germaniques qui ont successivement traversé le pays. Il y a des vallées où on ne parle plus que l'allemand et d'autres où on ne parle plus que l'italien ; mais le plus grand nombre, isolées par leurs, habitudes

d'huiundes %2 cantons y sou3 le nom de canton des Ga:l-

punicipales j non moins que par leur situatipn géographique, ont conservé le type primitif avec assez de pureté. On en pourra juger par le Pater noster. que je rapporte ici daps la langue de l'Ëngaddin : iMtinisch. — Bap nos;, quel chi est in ils cels, sanctifichio vegnia tieu nom. Tieu reginam vegnia pro nus. Tia voglia deventa in terra co in cel. No$ pan di minchia di da a nus hoz. Perduna nus nos débits ; co eir nusperdunains a nos debitatuors. £t nu nos manar in provamaints, demperse spendra nus dal mal. Perche tieu ais il reginam , et la pussanza et la gloria^in eternum. Amen.

Romanisch. ^ Bap noss, ilg quai eies enten tschiel, soing vengig faig tieu nom. Tieu raginavel vengigpiersnou. Tia volgia daventig, sco enten tschiel, aschi er su terra. Niess pann da minchia gi dai a nus oz. A nus pardunna nos puccaus, sco nus pardunein a noss culponts.A nus manar bue en pruvament , monus spindre d'ilg mal. Parchei catieu eis ilg raginavel y e la pussonza, e la gliergia a semper. Amen.

En sortant de Coire, pour prendre la route du Splugen, on remarque à deux lieues de la capitale des Grisons, le joli collège de Reichenau, dans lequel le duc d'Orléans a rempli pendant un an les fonctions de professeur^ asile heureux où il putour blier et être oublié , et se préparer à une vie plu^ capable de développer dans l'homme ce que la nar ture a pu mettre en lui. M. le duc d'Orléans en ^t

sorti avec l'excellente réputation d'un homme fort honorable et fort régulier ^ d'un professeur intelli* gent, patient et assidu. Une réputation acquise sous de tels auspices est un lot que dans toute situation il est doux de pouvoir transmettre après 3oi. Combien n'eût-il pas été plus heureux pour lui de n'avoir à mençr jamais que cette douce vie , si appropriée à la modération de ses idées et à son éloignement pour toute agitation. Il est fâcheux que le collège de Reichenau n'ait pas pu se soute* nir par ses propres ressources et soit aujourd'hui fermé; peu de secours eussent pu le soutenir, et les voyageurs auraient aimé à s'y arrêter un instant pour y puiser d'utiles réflexions. Il est impossible de croire que le roi Louis-Philippe, à qui il eût été si facile de le maintenir par un modique sacrifice d'argent, ait été informé à temps des embarras pé* cuniaires qui en nécessitaient la clôture. La conservation du collège de Reichenau en Suisse , était un monument dont il aimait avec raison à tirer gloire, puisqu'il a fait faire pour sa galerie un tableau qui le représente donpant des leçons de géographie à ses élèves.

L'esprit mis eu mouvement par tant d'associations d'idées a eu le temps à peine de revenir des hommes aux phoses , qu'une des scènes les plus grandes de la nature se présente tout à coup à l'œil étonné. On est arrivé à Tusis, et on entre dans la Fia Mala. Un sentier, plutôt qu'une route, creusé

( *86 ) sur le penchant d'énormes rochers qui surplombent; le mugissement éclatant du torrent du Rhin intérieur qui se précipite à de telles distances sous vos pieds, que les yeux ne peuvent mesurer la profondeur de son cours et discerner autre chose qu'une légère vapeur; à quelques pas devons une seconde muraille de rochers qui menacent d'entraîner tout dans leur chute et de vous clorre cet étroit chemin pratiqué en défi des abîmes; une rampe de bois mal assise pour rassurer l'œil plutôt que garantir le corps; au printemps des milliers de glaçons qui pendent élégamment au-dessus de vos têtes , semblables à des broderies dentelées 9 et qui , en se détachant parfois d'une hauteur incommensurable , couvrent des centaines de pieds de ces énormes, débris qui de bin vous paraissent si aériens , en soulevant avec de nouveaux échos une nouvelle tempête d'air qui vous menace de nouvelles avalanches; tel est le spectacle sublime qu'offre pendant plusieurs lieues la belle route delaViaMala, la plus imposante y selon moi, de toutes celles qui ouvrent sur l'Italie.

Arrivé au village ou plutôt à l'auberge du Splugen , deux routes se présentent pour franchir les montagnes voisines. L'une, la route du Splugen, sur le territoire autrichien , est d'une beauté plus terrifique. Avant la nouvelle route du Stelvio,elle passait pour la plus haute de l'Europe; mais l'Aut:riche a récemment jeté cette route du Stclvio sur

(i87) une montagne de ip^opo pieds de haut, et en a fait Je chemin le plus praticable et le plus facile pour le transport des marchandises sur son territoire italien. Le sommet du Splugen est. surtoMt renommé dans les traditions allemandes comme le rendez- vous des sorciers et le çhef^lieu du Sabbat. Le poète Baggesen^ dans son poème delaParthe- ^leide , si élégamment traduit en prose française par M, Fauriel , y a placé son admirable création du Démon du vertige.

La seconde route, celle du Saint-Bernardin, est tout-à-rfait âpre et sauvage. On croirait y voir le tableau du monde à sa première formation , avant que la Sjève de la vie eût amolli en quelque sorte le rochef et embelli la terre en la fécondant. Ce fut cette route que je pris. Elle est belle et large , et les voitures y passent aisément. Du côté de la Suisse, une des branches de ce vaste Rhin qui s'en va mourir incertain au milieu des sables de Hollande, comme il nait incertain au milieu des rochers des Alpes , descend du pied du mont Adule , non pas comme le peint Boileau :

Aux pieds du mont Adule , entre mille roseaux , Le Rhin tranquille et fier dii progrès de ses eaux ;

mais bien plutôt violent et tempétueux et entre mille

fochers, car les roseaux n'arrivent pas jusque-là.

C'était au mois de juin ; les neiges étaient fon-

^fies, mais le froid et le brouillard étaient encore

insupportables. Mes souffrances ne furent toutefbisi pas longues. A peine ^vais-je atteint le revers opposé que déjà lltalie apparaît avec sa luxuriante verdure et son soleil. Le village de Saint-Bernardin j situé sur le penchant de la montagne , est visité pendant l'été par les belles de la Lombardie et du Novarais; et ces eaux minérales y sont, diton , fort efficaces pour conserver la fraîcheur du teint; mais la rigueur de la température n*en permet le séjour que pendant un bien petit nombre de mois de l'année. Au pied de cette montagne, c'est déjà lltalie. MisoccO; avec sa vieille ruinç du château des Trivulces, est une nature toute méridTonalç.La physionomie comme la langue des habitans est complètement italienne. Déjà les vallées s'élargissent , les arbres et les plantes s'élancent avec plus de vigueur et d'audace; on est dans le can^^ ton dq Tésin.

ÏÉSIN ET RÉVOUJTIONS SUISSES^

Le canton du Tésin est un des cinq canton^ trëës par Napolik>n ( Argovie , pays de Vaud, Té* sin, Thurgovieet Saint-Gall), parmi les anciennes provinces sujettes des anciens treize cantons. Jus* qu'à l'acte de médiation du 19 février i8o3, ces trente délicieuses vallées étaient gouvernées par des baillis dans de grossiers intérêts , et toutes les institutions avaient tendu à prolonger Tigiiorance et l'asservissement dli pays. L'acte de médiation en fit des citoyens. La constitution qui leur fut donnée sous la haute infiuence du médiateur, consacrait les principes les plus avancés en politique. Elle combattait l'esprit étroit de localité, en don^ nant aux Suisses de toUs les cantons la faculté d'obtenir, de droit, l'indigénat dans chacun des autres, sans autres frais que le paieiiient d'une somme fort modique à la caisse des pauvres ; elle garantissait le droit de racheter les <lîmes et les rentes féodales, moyennant juste compensation; elle établissait des juges de paix, et organisait la représentation du pays.

L'acte dé médiation de i8o3 est un des plus beaux titres de gloire de l'empereur • Depuis cinq ans, la Suisse, arrachée à la domination des petites et grandes aristocraties, n'avait pu parvenir à

( *90 ) , triompher des passions nouvelles qui fermentaient dans son sein, et le souvenir d'une longue oppression d'un petit nombre de familles ^tait venu envenimer les haines. Le désordre et la guerre civile étaient partout* Napoléon appela près de lui les représentans des opinions rivales. Il discuta avec eux et mieux qu^eux sur leurs propres intérêts. Auprès des aristocrates de Berne, dont les regards cherchaient partout l'appui de l'éti'anger, il plaida la cause des petits cantons et des sujets; auprès des démocrates, plus disposés à l'entendre de bonne foi^ il demanda quelques ménag^nens pour des intérêts encore vivaces. Toutes ses paroles s^t inspirées par la plus haute raison.

tf La nature, dit-il aux 56 députés suisses réunis à Paris, a fait votre état fédératif; vouloir la vaincre n'est pas d'un homme sage. Les circonstanc^s> l'esprit des siècles passés, avaient établi cheZ; vous des peuples souverains et des peuples sujets; de nouvelles circonstances et l'esprit du siècle, 4'âccord avec la justice et la raison, ont établi l'égaUté de droits entre toutes les portions (de votre territoire.

< Sans les dénK>craties de vos petits cantojds, vous ne présenteriez rien que ce que l'on trouve aiUeurs; vous n'auriez pas de couleur particulière. Songez bien à l'importance d'avoir des traits caradiériâtiques; ce sont eux qui en éloignant l'idée de dressemblance avec les autres États, écartent

( 191 ) celle de vous confondre avec eux, et de vous y incorporer Vous voudriez anéantir ou restreindre les JLandsgemeinde (i): mais alors il ne faut plus parler de démocraties ni de républiques. Les peuplés libres n'ont jamais souffert qu'onlespri* vât de l'exercice immédiat dé la souveraineté ; ils ne connaissent ni ne goûtent ces inventions modernes du pouvoir représentatif qui détruit les attribua tions essentielles d'une république* ....*. C'est le parti aristocratique qui a perdu la Suisse. ... Le parti républicain n'a commis ni violences contre les propriétés, ni persécutions contré les dîmes . « . Le parti aristocratique au contraire n'a pas plutôt repris un peu d'autorité qu'il a fait des arrestations et exercé des persécutions. .... Il &ut. quç les familles patriciennes renoncent sincèrement et volontairement à leurs privilèges. .. Toutes les aristocraties ont un penchant à se condentrery à se former un esprit indépendant des. gouvernés, de leurs vœux et des progrès de: ropiiiioQ, et à la longue deviennent à la fois odieuses, et insuffi* santés aux besoins des États qu'elles administrent, l. • Une forme de gouvernement qui à'est paslc ré^ sultat d'une longue série d'événeiheitô.^ de niai* heurs, d'efforts et d'entreprises d'u» .peuple, ne peut jamais prendre racine. »

Il stipula aussi en faveur dçs lâens des couvens^

( 1 ) Assemblées générales du {ueuple en Champ àû Mai.

( ^92 ) tt Ce sont , disait-il , des monumens publics, déâ salles d'opëra pour des montagnards. »

Sous l'empire de cette puissante médiation, les haines des partis furent ëteihtes ou se Cachèrent, et la Suisse jouit pendant diit ans d'autant de calme que de prospérité. Mais les désastres de la cause française ne tardèrent pas à rallumer en Suisse des passions vulgaires qui n'étaient pas comprimées. L'aristocratie suisse vit dans le triomphe des monarques alliés le signal de son prochain triomphe sur ses concitoyens. En dépit du peuplé qui voulait faire respecter la neutralité, la Suisse fut ouverte aux troupes autrichiennes, par la complicité du parti réti*ograde avec les généraux ennemisi et les hommes des anciens jours reconquirent leur suprématie. Le lien de fraternité pour une patrie commune disparut du nouveau pacte avec l'unité et la force coërcitive. La Suisse cessa d'être un état fédératif , pour devenir une sorte de fédération d'États indépendans^ comme l'était l'Allemagne. Par là, l'indépendance de l'ensemble était plus aisément sacrifiée à toutes les exigences de l'étrabger, qui se multiplièrent démesurément défpuis le pacte du 7 août idi5, qui avait rappelé tous les préjugés anciens, lesaccaparemens compris, et n'avait eu pour but que d'assurer la levée d'un contingent contre la France. Un mot d'un ambassadeur suffisait pour faire chasser les proscrits, pour' faire vendre des régimens à la France, à l'Es*

pagne, à Naples, aux. Pays-Bas, pour tétaWir- lei jésuites, pour faire adhérer à la sainte-alliance, pour anéantir la liberté de la presse, pour rendre en un mot exécutoires dans un pays républicain, les décrets absolus de Pétersbourg^ de Berlin et de Vienne.

Toutefois, malgré ces efforts rétrogrades des gouvernemens, le peuple^ en Suisse comme en France, marchait en avant. Les écoles gratuites, les sociétés de lecture, les associations pbilantro» jûques, les journaux, instrumens si actifs d'une civilisation générale, se* multipliaient partout par le zèle patriotique des citoyens. Les gouv^nans et les gouvernés avaient fait chacun après quelques années un tel chemin en s'éloignaat les uns des autres, qu'ils ne parvenaient plus à s'entendre ni à se comprendre , et qu'il ne manquait plus qu'une occasion pour leur révéler à eux-mêmes le profond abîme qui les séparait. Cette occaâon ne tarda pas à se présenter : le même système qui réservait à la France le ministère Polignac, agissait activement eh Suisse. Dès le mois de février i Sag, c'est-à-dire à l'époque même où M. de Polignac était revenu de Londres pour faire une première attaque infructueuse contre le ministère Martignac, avant la grande et nous pouvons dire heureuse attaque du mois d'août, l'Autriche, toujours inquiète, avait sollicité de la diète suisse de plus fortes mesures de répression contre la liberté de

la presse. Le a6 du même mais le directoire ïe* dëv2^1 écrivis aux divers cdntons pour appeler leur attention sur ta liberté d^ la presse, afin de donner, éisait-il, une juste satisfaction aux puissances amies au* cas où eltes auraient à se plaindre.

De tous les gouveruemens des cantons, celui qui se signala par le plus de vic^ence fUt celui' du Tësin. Une similitude de langue avec les provinces autrichiennes de la Lombardie, faisait redieroher avidement tes ouvrages et journaux ita-* liens itt^mi^ à Lugano, et les montagnes yow sines ofliraient quelques feciKtés d^ phis pour une importation s^rète. Cette saine nourriture donnée à 4es êspritii lil>res, est quelquefois fùrtifiante msqii'att vertige pour des esprits dont le seul aliment kdlikuel esl la Gazette ofîficîèUe clé Milan^ L'AïUtriche, qui ne s'aveugle nullement sur la haine qu-on a pour elle, et qui au Heu de se soumettre auK hiiniètfes^ de f c^inion, a préféré la dompter juaqu'à ce qu^'dte^méme en soit domptée, se mît donc à réumv toute son influence contre le Te'sin. Elle n'avait pas besoin de tant d^eflbrts pour vaincre;, elle avait dans \t gouvernement même des hoDuneSï dociles à son mot d'ordre. Le Landamman Quadri du canton du Tésin, profita de cette injonction du> direetoire fédéral, et fit rendre le 27 juin i8a^, par le grand conseil qu'il présidait, une ocdonaaiM» par laquelle était en effet proscrite la liberté de la presse, dans Pintérêt des puissances

( *95 ) que les StàsseSy dit la proclamation^ àoii^tU ap^ prendre à respecter. Getlemêfiieprod^mation défendait Qou-seulemeat d'iouprimer sana peuritiisaon des livres nouveaux^ «ciais même demndt^ oqqui €st imprimé ailleurs, livrer carioatures ou pur* x^xkx. Lesjour^aui^ étaient sap^rifliéi.^8 amendes ruineuses étaient frappée sur le {Irélexte le plus léger; enfin Tédifice d'asaervîasemtot était cMfiplet. I^s menaces de Quadri furent mises à exécution^ et j'ai lu une ordannance rendiM le «i awil iflSo par le grand conseil, à $a deniaiide, etqiii su{^ime le journal intitulé POssen^afarej en interdisant de le publier, vaème $ou« un autre tîlre, aous peine de confiscation de rimprinierîe. Mais taot *de violencea allaîient avoiir un ierme. L'indignation giénérale était portée à son comble^ lorsqu'il ae petite brochure, envoyée à domicile à te«8 lies cî**toyens not;ables dans tout^i les oomnunies, fit comprendre à tout le monde par une eocpositién claire et facile que le plus girand désordre renaît de l'imperfection de la conatitulion de i8i 5, imperfection ^ui seule ^surait l'impanité à tant d'attentats politiques. LiQ$ bes^iùs généraux s^y trouvaient foroiulés avec simplicité et mérité, et chacun y vit l'expression la phia nette de sa prefire idée. L'effet en fut universel ^i promfrt. Ginqoante ans plus tôt un peuple ignorant et aseertfi aurait manifesté son mécontentement pair de< aingkms excès ; mais les lumières ont fait deia fivogrès même

dans ce canton plus arriéré que les autres en bon« ites habitudes politiques. De tous côtés on demanda des reformeSy et les mêmes réformes. Quadri refusa. Le peuple irrité s'attna de toutes parts, se présenta au grand conseil et demanda la punition de Quadri« On fut obligé de le faire sauver en toute hâte en bateau sur le lac, et il se réfugia dans sa maison de campagne oh personne ne songea à te poursuivre. On avait obtenu ce qu'on voulait. Le 6 mai 1 83o le grand conseil annonça qu'une constitution nouvelle allait êtt*e rédigée. Le conseil-d'état en fut chargé. Le rapport en fut fait par le conseild'état au grand conseil le 12 juin. Il paraît que tous les ordres des citoyens avaient secondé cet élan. Je lis dans ce rapport que le clergé régulier et séculier lui*méme avait parlé avec vigueur en ■faveur des réformes;

ce U clero stesso^ dit-il, aliène per istituto e pér abitudine dall' occuparsi d'affari politici, si cre- -dette in dovere di far sentire la sua voce, e dall' altare e nelle assemblée eomunali, a favore d'una informa ianto necessaria alla félicita del cantone. >Che più ! severi cenobiti bauditori del Vangelo, uomini segregatî da ogni interesse personale, furono sentit! esortare da' sacri pergami il popolo divoto a non cessare d'invocare dal cielo la riforma deUe statuto, ed esortare i padri délia patria a non rifiutarsi ail' opéra santa. »

La constitution Ait donc acceptée par le grand

( *97 ) conseille |5 j.uip^ et sœiiaifiepar lui aux (diverses municipalijtés .pour êlre simplement adoptée ou répétée. Toutes prduoiicèreat.oui, «I ellebeçut siussi-^ tôt force <iQ loi le a^ juia , et lesniiigistmts^ furent» élus coufofuiéa^i^ti^'laoaiistkutiQn Ddnvei^ Bfès pi*incipes ineillciur^. y étaiei^t consacrés. Un artieterétablit la , Ut>?r^- de la preasq elilo^ tenues : • . a .£ garautîlalaliJ^ftàdalIdâtaiopa, agiiisapercl che non 4^j^^ i bUoi^ coM^umi^ne laireln^îie del camtOD/ç, ^e le r^la^ooîddbbicmifèderaèzioBe edll0 potenze amicitoB. ia legge Uerept^kjeràgU abusif >i IJil 2^utre^ftÂclç; stipula c^ qui>nef>eut)êtreisai]i^ i;v^e absurdité >#a^fmf€i ^ omis idtnl uiie ^e^litutijpci^ qu'^UeppHt^faitra jrevts0q,<iai^ seuleio^it^l lèpres unçpx|^tÂf0^^Q.douzei0iis fit! toiHjià^ttsfav^

If^ ratificat^fm^Uipât^^'*'^^^ â :> :i i i >!'•-'' . Le grand;(^p84i|riMt pi^té:a 'CentnqfusiloiiMiiieiik-

Les4ej^ ^t^af^B^iç^^i^^QttsiqpqfiriiiKés/ et c^ çuu desjy^bi;^? 4^1 ;cwsff»Jndîé||t fié*^ ^lç\^^j^],e pir^Weff pfi^atfTO ttioisV ettidur

La 4»|9n|iQ5itiop. dj5^, :ji|gfi$, de^^pfdx Tut a»sn- es^fti- Ifiçrée^v pf*^yii^H,.l^B ri.'«ppart»mët au <^^ d'é|stj|C9{nijfç J'ay^, Tr^f I4i la «)asti^:utèOnu>ligttlL .ft^is ^ I^i^i/BHJdç fiW'fi}tile§iéfowDes"^^ libéral) tpifJQurs,f;<Hi(iant, ^^t gériésèuic, eblaissà intpodmf e. juae. (fui ^pyjii^ttpfîçniipti^îïiefifcfcôuniec cop-

ire Im^ Daos la constitotioii de i i^i 5, ràrticle 6, ea d^Want qtifi ks etoléiî»8tiqueê né pourraient fair^ parliedupouvoir^xëoutif tiî dti pcmvoir judi-^ oi«4i!e> lei*r:aivi|itieii;efifet ouvert Taceès du pouvoir lëgislalif. Maâs.à ^tettd^^poqoe^ Rotne fièa liirbittrée eÉWire à ttianler le lëvMr de c^tte aetidn indirecte sur les alGûreft publique etrvoulaiit eon^emnér tot^tea^.^es. foices $ar lc«> questions rriîgieuses pour lotiPidomh^r.pliis d'tlan^ déifimdit aux eeclësiasti* qtie^diitTéaÎDid'hoireptler aMUâe fouetiôn Kgis(a« ûwt.JLor^uQfiH» iard le elergé fot devenu etk Ffanoe un; wtfstjem: de gouvèrnemefit, ies ecèlésimliqMdB^^u; Tësiii ootnptwentv «omme ceux ^ Splfjk|06^ cpi'tts piauvaieiit sertir* ^ticore FÉ^e^ ^t^ .lil^iaaM dbmf ufi sttttjs^ ^ôptttÀire;, et au làMment où éclata la réactio^^liNràlé de iftig,' fl!» Si'jl ^îrtàrmitjpriir's'en t^ettidt^ ptoë àisëinettt Daaitres. Il dk|ÛBl) fiù^ik ^âooi<e dé eonvtiiiië^ le p^pt qablèêaàmi'n^ihûè^péiéYéiit iStre ttiaittfèmfuf iam fiàamnttÊ^fùikr to (dMëè 'dé l'Ég&e^ et éd effet tin pn&tm da Tërâi dëptttâ à Rome cbt^t âtt pàpë l'autorisation pour le clergé d'accepter touteè ïés JbMUKMM piilitîq469 (fu'41 pouri^it se'feirè ^ri- >taiirwJUs)libiBnti£^;WttiâM prouvei^ a^ bïergë dh knttoantotiflèav neééittiaikâaéee poUf 'le langage réformateur qu'il avait tenu se hatèretltdéleùt^iéÔtë dfi lever èoute^ les bërrièi^s qtri rèstaiètlt éhbôre. .. L'article 3 îik la nouvelle ràù^ituiioii Séhhi^ qtt'utt eodésiattique poudrer etit^e^daifô le coi^^U-

^État, c'est-à-dire dans le poUvoit «xécuttf^ aossi bien que dans le gi^and conseil ou pouvoir légkla*^ tif. A peioe les élections iilr^it^elles ouvertes que l^iuflueace du clergé se fil steâtir^ Lefi membres «colé^ siastiques douiiiièrent le eonseil^'Étert^ et le etirps législatif fut composé de plus d'un quart d'«oolé^ 3Îastiques. U résulta de là que plus târd^ tot^qu'it s'agit d'une réforme du pacttt fédéral qui déplaiaait aui^ puiasiMA^es étrM)gél*e8^ l'iâfloieniie uourdte prise par le ckrgé au note de la UM*té parvint à filtre rejeter le |^n de réforme et à déjouer louteA lea espérances du parti libéi^l.

Ces réformes constitutionnelles préoédèfMt^ 'comme on voit, de plusieurs mois notre révolution de juillet. Le même sentiment de dignité nationale se manifesta dans plusieurs autres cantons, et on vit le pays de Yaud tenter une timide réforme dans sa constitution ; Lucerne, séparer le pouvoir judiciaire du pouvoir exécutif ; Zuricb, accorder au pouvoir législatif une part plus grande dans le gouverne* ment. Notre révolution de juillet généralisa, il est vrai, le mouvement, et découragea les résistances serviles, mais l'impulsion avait été donnée à la Suisse elle-même ; et ce fut là surtout ce qui en assura le succès sans effort. Aujourd'hui que l'essor a été comprimé, il faudra plus de peine pour attein* di*e le but, mais on y arrivera parce qu'on veut y arriver et que les lumières publiques, accrues de toutes parts, ont mieux appris à ne pas perdre ce but de vue.

Le Tésin, il faut l'avouer, est fort en arrière des cantons allemands dans ces saines connaissances qui fortifient la morale des nations. Il est depuis trop peu de temps échappé à l'asservissement, pour être encore au niveau d'états habitués depuis plusieurs siècles à l'usage de la liberté ; mais les progrès se font sentir. Ce sera alors un des plus délicieux sé-* purs à habiter. Le sol y est fécond, les- hommes forts et actifs, les. femmes belles, le soleil puissant, les eauiL abondantes et salubres; et deux lacs, le lac Lugano. et le lac Majeur, y réunissent toutes les beautés qui attirent les oisifs et fixent même les. riches ennuyés.

Destutt Tracy. Aussi M. Ruggta est-il Tobjet par-^ ticulier des plaintes du gouvernement autrichien*. Pour me rendre de Luganoâu lacMajeur ^ je traversai dé nouveau le beau mont Cenere^ autrefoisw si Ëimeux par les attaquer des bandits qui s'y réfugiaient de la Lombardie , du Piémont et des autres. pwtie$ du Tésîa à Mivers se» vallées étires et boûké^a Aujourd'hui unpoM«niilitait«estétâbKclàttt i'eadroit redouté et rien nediâinàk plus de rndttlra* tioa à doâner à k beauté du pays. XJû viHagé pties^ ^u^ tout nouveau s'agrandit tous ks jours k Maga<dito^de «e coté du \ac Majeur^ en (koe de Loearno. Uae bosae auberge y est élâbtiei et tous les jours. HH ti^ès beau bateau à vapeur ftiit la traversée du Jaeet ravisât le soîr à Magadino. Aucune e&cursiou n'offre plus de charmes. Je m'embarquai par uue belle matiiiée sur les six heures. II y avait peu de passs0srd an moment du départ, mais à chaque station lenombre s'en grossissait de madière à otttlt làeoÊip d'œil le plus bizarre et le plus amusant. C'étaiettides Anglais de la cité qui allaientfaire leur tmv des îles Borromées, des paysannes au costume lepios Aintastique qui allaient au marché dlutrà, étà capucins et cordéliers qui se rendaieot à là quête, tous les costumes comme tous lés âges et toiles les humeurs.

La rive pîémontaîse du lac est la plus belle et là plosanimée^DepuisLocamo jusqu'à Arotià, pendant la distance d'une douzaine de lieues , ce ne sont de

( ao3 ) ce calé que gracieux villageâ^ couvens pittoresques, vallées profondes , yiltes commerçantes et châteaux âégant* Aa BÛtieu de ces délicieuses hâbftfttions, \ yeux sWfétèreDt surtout su^ celle du malheur mistre Prifià^ déchiré d'une manière si horrible par ke patmiAei milanais égarés en ) 8t4- I^ ¥ilWPrt|Bà réveille pour un Français/ pour un ami à^ la Hbené^ p6ur un homme habitué à réfléchiiV ^ l^en tristes idées.

lia Prance^v^fiiMt^étre envahie par les armées alliées y et toutes iés combinaisons du génie de NapotéoQ venaient d'échouer au moment oti lé plus ifliiiiense sucées letlr était comme assuré , devant ktt iirttî^esd'un courtisan et la trahison d^un soldat. MiBomiïons venaient d'entrer à ï^aris. À la liéuVetle de Pécrbnlement de la puissance de !N'a- ]MiléiMi^ les habitàns du royaume d'Italie se demandaient quel aflatt être knr àort. Le prince Eugène tvenaift de teiidre les troupes fi^ançaises aux noui^caiijlidèvëir^'^ùî leur étaient Imposés. Environné dé toutes parts par le.^ troupes autrichiennes et anl^iWÈ 't^i SoUlevaîeUtfttaliè au cri d'indépendance et- ^ libèiié, ètpar les troupes napoUtaines. de Mtiraty enrôlées aussi contre la cause française, il comprit que les armes ne pouvaient plus riea^ et i^e VQulut pas sfu^*i6er «es troupes à ses intérêts pcirsonnela^ D étaii «vident que l'exemple domié par le sénat français ne pouvait tnanquer d'être suivi par le sénat du royaume d'Italie. Tout ce qu il

( 204 ) restait à faire au vice^roi était donc d'atteadre Texpression de cette volonté libre et de celle du pays» La caujse de Tuidépendaiice italienne fat plaidée avec éliocpieoee dans le séoât de Mi^ lan ^ pu trois opinions Ihrent aUx prises. Vumd vou* lait rentrer purement et simplement sous la domr« nation autrichienne; une seconde^ composée de6 Italiens les pluç éclairéç^ mais neutralisée fàr cet esprit étroit de localité qui a fait si long*teinps le malheur de Htaliei voulait transformer en rôyanté la vice-royauté du prince Eugène^ 6n assunmt ainsi l'indépendance de cett^. partie dçHtalie; uÉ troisième parti, tontMilanais^etenûem des;Fmm çais I mais épris des noblesidées 4e, lil^rM ^d'uif dépendance I et les ci*oyaqt faciles^ s^aU$er«))arde qu!il le voulait, et que les puis^ayu^es; aljlié4$ le lui promettaient, demandait un souverain de rfK^eau^ trichienne. Ce dernier parti, il faiut le dire, était le plus nombreux , le plus jjsune, lepJvs.ac^f.'On y remarquait les Gonfalonieri et toute celte thriW lante noblesse lombarde qui depuis put réfléchir dans les cachots du Spielbei^ (i), $ur la valeur- fies promesses faijtes au moment du dao^çr.^Amsitpt qu'il fut connu que le sén^t italien , guidé pa^.^ss

(i) Madame Gonfalonieri possédait dans ses papiers la ODirespondance du prince de Gari^an , roi actuel de 3a^*daigne , avec son mari , brs des é«énemens de i B20 4t i8ai. Qu'est-elle devenju^ a|>rè$ la p^ofrtde.cette feimoe accomplie ?

( 205 ) lumières et non joué par d'habiles intrisfues comme

( âo6 ) montaise et non sur la rive lon^barde du lac Majeur. Le uialheuteiix Prinà fut massacré, et 8on cadavre mis en lambeaux et Uramé dans les rues, resta plusieurs jours en butte aux insultes delà multitude. Le prince Eugène poMvait voir dans twe semblable ma* nifestation las n<yaveUes idées qui entraînaient ee pajrs abuse* Le gëiteral Pino avait déjà quitté Tarmée« Le priace abandoona l'Italie à sa. propre dîreé^ tion^LiCS collèges électoraux se i*éunirent et élurent une régenéCi et la régence se hâta d'adresser aux alUés ses vues pour l'indépendance et la liberté de l'Italie^ 30MS la souveraineté d'un prinoc autrichien. Prinà avait été massacré le ao avril ; les Autri<chiens entrèrent en triomphe à Mikm le a8. Le prince autrichien fut accordé^ mais l'iiidépendattce et la liberté rqstèireat ensevelies dans les premières proclamations.

Grossi, danssoo poème si répandu de la Prinéide^ écrit en patois n^lanais, a très bien peint cette im» pression pc^ulaire çn £iveur des Autriefaie» et de l'empereur François, même enla raillant loi^méme :

El queUto Franzescbin Tè on Italian »

S'el vœur in fin dî cunt Pè on gaiantomm , E soa mîee 1*% nassuda in Milan Air evibra de la ouppola del Domm , Figuras. . . cbe delizia. . . che benon . ^ ! Robba de fass in brœud de maccaron«

Le patriotisme se prononçait avoc vigueur alors

( ao7 ) ^e» conafiuant Oriani, Paradisi , et en effet tous les Cîrcampaidaiû^ qui ne trouvaient nulle ^garantie pour riodépeadancedanft un prince autrichieiiy néoes^air^nenl imbu de» maximes en pouvoir absolu et toujours placé 85Qs la tutellei de Vienne, et en applaudiaaaBt leurs adversaires les Gastigitoni, les Lteta» les Sabelloni^qui étaient réellement d^ar^ 4eosamis de la liberté, mais qui ne trouvaient ja« ma» assez de réprobation contre ta France, assea de confiante pour TAutriche.

«La noblesse milanaise sans exception (i)e9t « opposée à£ugène,etprétendà ^indépendance : ces «c sentin36nssonteeoxdupeuplelui*mémequi s'agite «cMtour de ce palais^ et qui pousse des cris me» « uaçsAS au seul bruit de la confirmation d'Eu* % gèoe^et par koraioto devoir se prolonger, sinon • (adomioationdelaFrance^aumoins le régime infc ti^dini par les Français. Les alliés ftmt une gtierre «cnugnaBimejleups motifs sont aussi nobles que « leuffs déstns* • . Demandez-leur une liberté gé- <c néreuse, votre yoiik sera entendue . . . Les élèves n de Napoléon acmt prompts k jurer, prompts à atraliir,etne gardent leur promesse qu'autant que « leur intérêt l'exige . . . Sous Eugène vous dépen- < driez plus de rAutriche que sous un prince autri- « chien .... car si l'Autriche est lente à accorder, a du moins elle exécute fidèlement ce qu'elle a

(t) Voyec Botta y dernier chapitre.

« accordé j let dans un souverain autrichieû vous a aurez un prince qui saura apprécier la noblesse a de ce royaume, la générosité de ceux qui Thaa bitent, la hauteur des destinées qui l'attendent, a lui et les sujets qu'il devra gouverner. . .»

La mode était tellement pour tous les esprits imprévoyans de crier alors (i) contre les Français, qu'il n'était pas jusqu'à Murât qui ne dît dans ses proclamations roclialiens, il n'y a que deuxbannières en Europe; sur l'une ou lit ces mots: Religion, morale, justice, modération, lois, paix et bonheur; sur l'autre : Persécutions, artifices, violences, tyrannie, guerre et deuil des familles ; choisissez. »

Depuis, le lang«^e s'est beaucoup modifié, mais il est triste de voir ainsi des hommes éclairés se précipiter au devant de l'erreur et des chaînes. Le vieux Ducis tne disait : ^ fc Mon ami, les hommes courent souvent avec plus d'avidité au devant de l'esclavage que les tyrans ne sont empre^s eux* mêmes à venir leur imposer des fers. » Détour* nons la pensée de ce triste sujet.

La vue des îles Borrcunées avec leur couronne

(i) a Italiens y disait le général autrichien Nugent dans ses proclamations aux Lombardâ , vous avez trop longtemps gémi sous un joug insupportable. Plus de conscription ! plus de droit8-réuni84 plus d'impôts onéreux ! Un meilleur sort vous attend enfin. Prenez les armes, délivrez votre patrie , méritez riudépendance que nous vous apportons. »

de fitturs, de jardins et de palais enchantés ra^- .mène à des idées plus douces et plus pures.

Ge.que TArioste et le'Tasse ont trouvé d'images délicieuses pour représenter les féeries d'Alciae et les jardins d'Armide, voilà les traits qu^il faut choisir pour peindre l'Isola Bella avec son noble palais, l'Isola Madré avec ses jantins embaumés. Après avoir employé toute une journée à errer de l'une à l'autre et à j^ûir de ce beau soleil, de ces doux parfums, a dînera l'ombre des citronniers, au milieu de toutes ces merveilles d'un art si gracieux, d'une nature si imposante, j'all^ à la rencontre d'un bateau à vapeur et je rentraâ sur la rivesuisse , le cœur plmn d'émotions. A bord de ce bateau se tix)uvait une belle Novaraise qui, accompagnée d'up jieune cousin, allait passer quelques semaines aux eauxduSaint^Bernardin. La vigueur de beauté de l'Italie apparaissait en elle dans toute sa majesté; ce n'était plus cette physionomie incertaine et souvent immobile des climats septentrio* naux f ces formes vagues, cette grâce arrangée qui kittent souvent contre le vrai, mais unebelleet noble ;5tatue détachée de son piédestal pour marcher sans étude et sans effort , mais non sans ame. Son costume un peu dégagé, à la façon des dames lombardes pendant la belle saison, faisait encore mieux ressortir cette vigueur si pure dans toutes les formes que le soleil donne à ceux qu^il djiigne plus souvent visiter.

( aip )

Je redescendis dans mon auberge de MagadUio où je restai plusieurs jours eAcare à courir sans but dans les vaUées^ à me promener en révani en bateau. Je ne pouvais me détacher de ce bpau pajs où j'aurais voulu passer ma vie; mais les idées prosaïques se firent jour enfin, et je remontai en voiture pour retourner autdelà des Alpes. Je tra^ Tersai de nouveau Bellinzona^ piais cette feît je voulus passer par le Saint-^Gothard.

Autrefcus le passage du Saint-Gothard ë(ait un passage périlleux; il fallait des guides à travers les sentiers, çt on démontait les voitures pour le^ tran^ortcr en pièces à dos de mulet; aujourd'hui c'est une grande route où on passe sans danger en voiture* Quand les brouillards ne bornent pas trop la vue, on peut y voyagera toute heure ^ de jour comme de nuit. Je préférai partir le matin ^ à cause des neiges qui étaient tombées au milieu de juillet et qui disparaissaient avec le soleil. Je couchai dans la fort bonne auberge du village d^Aîrolo, placé déjà à une assez grande élévation, et qui semble n^étre habité que par trois ou quatre cents chèvres, et après quelques heures d^in voyage facile bien qu'un peu froid, j'airivai dans l*aubcrge d'Andermatt , de Pautre coté du Saînt-Gothard.

Lorsqu'on me vit un peu réchauffé, on m'apporta, suivant Tusage des auberges suisses, le livre dès étrangers pour y écrire mon nom. En te feuille -^

tant pour voir si quelque nom ami s'y trouvait rapproché du mien, uo grsiiid et beau nom m'apparut, câloi de M. de Chat^ubriand qui y avak passé quelques mois avant; à côté de son nom un visiteur reconnaissant a dessiné une lyre, comme le sceau le mieux approprié à ce grand écrivain.. Pious ne sommes plus dans le siècle où on éparpille le bel esprit et les beaux vers sur un livre malpropre d'auberge de montagne , on aime npeux eniu faire provision pour le présenter au public sQus un bêtement conforme à son goût. Les armes données à M. de Chateatibriand sont donc le «eul trait d'esprit qu'offre le livre du village d'Andermatt.

Je me contentai de jgoûter quelques heures de f*epos pour pouvoir, dans la même journée, me rendre à Altorf , au pied du lac de Lucerne.

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