ET INSURRECTION DABY-BERG
En sortant d'Andermatt, on est frappé par Tune des scènes les plus imposaiites que présentent les montagnes de la Suisse. On vient de traverser une vallée agréable, on passe sous une voûte creu* sée dans le rocher et on se trouire jetéau ifiilieu d'un océan irrité derocherssans borneet sans issue. Cest pourtant dans ces positions terribles, où l'œil v^me n'ose s'arrêter qu'avec effroi, que les Français et les Russes en 1 799 firent des marches et se livrèrent des combats de géant. Les noms de Lecourbe, Soult, Moncey se lient à ces grandes expéditions d'Italie que domine ël dirige le génie de Napoléon. Il suffit de nommer le pont du Diable et les chutes de l'impétueuse Reuss, pour rappeler le souvenir ^e scènes qui confondenf l'imagination.
Ainsi que tous les voyageurs consciencieux, je ne manquai pas, en passant à ^Itorf, d'aller voir la petite tour dans laquelle fut, dit-on, jeté Guillaume Tell et au pied de laquelle fut placé son fils, la pomme sur la tête, pour servir de but à la flèche si certaine de son père. Je ne me demandai même pas si tous ces faits étaient bien de l'histoire. Le doute désenchante tout, et je n'aime pas à douter en voyage. La nuit devint belle, la lune apparais-
SAÎt splendide au-dessus du lac. Je pris un bateaus pour parcourir ce vaste lac pendant la nuit. Il me semblait que ces montagnes à pic qui captivent ses eaux, que ^ette nature sauvage et imposante^, cette chapelle de Guillaume Tell sur la seule pierre de cette côte où puisse se placer un pied, humain, ce patriotique rendez* vous de Grutly où s'assemblaient dans l'ombre les héros, de ta Suisse,, devaient surtout recevoir une nouvelle beauté plutfsympathiqued'une lueur plus incertaine. J'étais seul dans mon bateau, conduit silencieusement par deux rameurs, et pouvais pendant cette longuetraveri^ m'abandonner à mes rêveries. Comme le présent fuyait rapidement! que de poésie dans ces grandes idées de lilierté et de patrie! comme les âpres montagnes détachées sur les eaux du lac par l'éclat mélancolique de la lune, ajoutaient encore à la grandeur de tels souvenirs ! Je rentrai, trop tôt dans le monde réel. A peine étais*je descendu un instant pour donner quelque repos à mes rameurs, à Gersau , que j'appris les troubles qui menaçaient la Suisse. Gersau , ancienne république alliée de la confédération suisse, et la plus petite république connue puisqu'elle n'a que quelques centaines d'habitans, s'était détachée du canton de Schwytz, dont elle ne partageait pas les idées de scission avec la diète de Zurich et avait adhéré pour sa part aux projets de réforme fédé» raie. Â Brunen, les passions s'exaltaient en faveiuï
d'une nouvelle diète d'opposition y formée par lespetits cantons à Sarnen. A Kusnâcht on courait aux armes; il ne manquait plus qu'un signal pour que les Suisses marchassent contre lès Suisses.
A Lucerne, le clergé s'agitait pour faire rejeter par le peuple le plan d'adhésion à la réforme prononcée au nom de la majorité des cantons.
Je rQ$tai peu de jours dans cetti- ville* Je voulais arriver à Zurich pour savoir à quoi m'en tenir sur ces symptômes de trouble, et continueif ou interrompre mon voyage; car un étranger est toujours mal placé au milieu des troubles ijivils. d'un autre peuple ; il n'a ni le droit d'y prendre une part active, ni les connaissances nécessaires pour les apprécier dans leur cause jeur marche et leur direction^, et ce qu'il y a de plus sag^ comme de plui honorable est de s'en éloig^ner, non par indiffiérenee, mais pour l'intérêt niéme des idées dont on désire le succès. Je connaissais déjà Lucemeetsonpont, surmonté dans les architraves d'une multitude de tableaux tirés de la danse des morts dllolbein. Je ne voulais pas revoir le lion de Luceme sculpté sur le rocher en souvenir du )o août, mauvais plan, mal exécuté; la bi* bliolhè<|ue, qu'on m'avait annoncée comme fort riche en manuscrits anciens, n'en contient pas un seul, et elle ne possède que les manuscrits modernes, fort intéressans il est vrai, mais en dehors de mes rccha'ches, qui lui ont été légués par M. Bal*