‹ Quelques Types de Joie et de Béatitude dans la Pathologie Mentale: Les Fous satisfaitsChapitre 35 sur 48 · LA BÉATITUDE DU TOXICOMANE · texte numérisé non relu

LA BÉATITUDE DU TOXICOMANE

Nous l'avions déjà envisagée, précédemment, comme pouvant être primitive ou secondaire à une phase d’excitation euphorique, suivant la drogue utilisée.

L'opiumisme réalise le Lype même de ces états de béatitude primitive. La rêverie du fumeur d’opium est, en effet, « paisible jusqu'au bout sans phase d’'excitation ». Nous avions encore noté que l'effet du toxique reste fonction de la dose, du degré de l’intoxication, et aussi de l'individu.

Pour nous en tenir à un type de description, nous ne parlerons que de l'opium : type de béalitude primitive et consciente. Le sujet « savoure » cette béatitude et la recherche. C’est assez peu comparable aux états de satisfaction inconsciemment subis par les malades précédents : idiots, paralytiques généraux, déments séniles.

Quelques points communs, cependant : insensibilité relative aux douleurs physiques ; au point de vue moral, « suppression de l'activité vigile avec ses préoccupations et ses inquiétudes » (Guiraud), abolition de Faffectivité, suppression enfin de tout effort, de tout mouvement, de toute activité volontaire. Une aboulie paralysant le sujet dans une béale indifférence. C’est même plus. Au point que cerfains grands intoxiqués en arrivent à perdre totalement le sentiment du réel, à éprouver une telle dé-

personnalisation, que les instincts les plus rudimenlaires deviennent inexistants. |

Ainsi, ils ne s'embarrassent pas des questions sexuelles : frigidité absolue. [sne se sentent pas émus par l'instinet de reproduction, et se soucient fort peu de donner la vie. La vie d'ailleurs ne semble leur paraître qu'un bien relativement appréciable. Témoin cette anecdote classique : « Un commandant de poste fumait dans sa case quand on lui signale que l'ennemi approche, le cerne ; indifférent, insensible, il ne veut ni bouger, ni se défendre ; les visages jaunes surviennent, entrent et lui tranchent la tête sur sa pipe... » L'un quelconque de nos P. G. incontinents aurait sans doute subi le même sort avec une égale force d'âme. Le plus élémentaire des idiots aurait fui.

Si l’opiomane se retranche volontiers du monte extérieur, c’est qu'il a pensé trouver mieux ailleurs. Les « paradis », quel que soit lartifice qui en entr'ouvre les portes, gardent un attrait plein de mystères. Et, la notion du risque n’est peut-être pas le moindre de ces attraits.

Chez les idiots et les déments, on n'enregistrait que pertes et déficits. Ici la balance s’équilibre un moment. Il y a.pertes et gains ; ceci compense cela. La faillite cependant est inévilable, tôt ou tard. C'est dire que le malade n’est pas irrémédiablement perdu. Quelques mois de séjour dans-:une maison de retraite lui permettront de récupérer. Et il pourra bientôt se lancer dans de nouvelles spéculations opiacées. Avec les mêmes risques, le /mème acharnement, mais aussi le même désintéressement, restant toujours sa propre victime. |

Ces gains lui semblent sans doute appréciables. De fait, « les facultés de compréhension, d’imaginaion, d'association sont stimulées, avivées, affinées... » surtout l’imagination. Comme écrit Gui-

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