‹ Quelques types de joie et de béatitude dans la pathologie mentaleChapitre 11 sur 51 · DE LA JOIE NORMALE · texte numérisé non relu

DE LA JOIE NORMALE

Le plus souvent on tend à considérer la joie comme un élat d’hyperexeitation heureuse par lequel l'être physique où moral manifeste son plaisir ; la joie confondue avec ses manifestations reste mplémént l'extériorisation du bonheur.

Sans doute le mot latin « gaudere » qui a donné joie, jouir, jouissance, et même « gaudriole », donne une idée de joie bruyante et tangible. Ne serait-il pas préférable de prendre comme synonyme de joie, le terme « satisfaction », dérivé du latin « satisfacere »: « faire assez » ; en un mot, un état d'équilibre.

La joie est une émotion, plus où moins durable, plus ou moins intense ; émotion-sentiment appartenant à l'affectivité ; d’ailleurs en rapports étroits avec le physique et l'intellect.

Il est sans doute suffisant d’éprouver ce sentiment pour le connaîtré ; mais peut-être se contente-t-on plus souvent de Féprouver que de l'analyser ? L’envisager dans ses causes profondes, ne-semble pas dépourvu d'intérêt. Quant à ses manifestations, seraitil superflu de les décrire ?

Ne tenir compte que des joies qui se manifestent,

ce serait rétrécir singulièrement le champ de la queson

Il est, en effet, des joies qui ne se manifestent pas ou peu : joies sans expressions où tout se passe en dedans. À peine sur la physionomie, une empreinte

bien particulière : celle de la béatitude. Ce sont des |

joies de détente. Au bas de l'échelle, bien-être de la position horizontale, joie animale, réparation des fatigues de la journée. Au sommet : amollissement délicieux du vainqueur à l'instant qui suit son triomphe ; couronneéement de la lutte. Au total : joies qui

succèdent à l'effort ; elles se goûtent dans le calme,

se savourent dans l'isolement.

Par contraste, les joies de l’activité, de la lutte celles que l’on peut éprouver à marcher, courir, sauter ; celles de l'effort intellectuel (joies du travail). Elles se manifestent par des gestes, des actes, une physionomie bien spéciale ; c’est la joie active, positive, verticale : joie proprement dite. A l’autre forme passive, négative, horizontale, nous réserverons, le nom de béatitude.

Les premières s'objectivent par-des phénomènes de détente ; les secondes par des phénomènes de contraction. À celles-là correspond cette expression béate que l’on connaît mieux pour l'avoir observée ou éprouvée que pour l'avoir décrite. À celles-ci appartiennent deux expressions mimiques longuement étudiées par les psychologues : le rire et le sourire.

Nous ferons cependant quelques remarques à leurs propos :

Le rire : Selon la définition, c’est cette contraction des muscles faciaux, accompagné d’expirations plus

ou moins saccadées el bruyautes, et exprimant un sentiment soudain de gaîté.

A la sécheresse du dictionnaire, on est en droit de préférer ce que dit Ambroise Paré : « L’affection risifique est donc mise sous la passion de l’Ame nommée joie, laquelle, comme est dit, procède du cœur, lequel étant frapps de ce qui lui est agréable se dilate et élargit fougueusement comme pour embrasser l’objet présenté ; et en cette dilatation, il épand beaucoup de chaleur avec le sang, et encore plus d’esprits desquels en est envoyé bonne portion à la face ; lorsqu'on rit de bonne affection, au moyen.de quoi elle s’enfle et élargit, par quoi le front est rendu clair et poli et les veux resplendissants et luisants à cause qu'ils sont pleins d’esprits qui sont montés en haut, qui frétillent de sortir : les joues deviennent vermeilles, les lèvres plates et toute la bouche se retire, façonnant aux deux joues d’aucuns, deux petites fossettes ou cavités... et pour le dire en bref, joie fortifie les vertus animales et naturelles, recueille les esprits, aide à la digestion... ce qu'il faut entendre de la joie modérée... »

Mais le rire n'est pas toujours un effet de « la passion de l’AÂme nommée joie ». Bergson distingue le rire du comique : rire proprement intellectuel. Autre distinction : le rire purement réflexe, soit d’origine périphérique (chatouillement) soit d'origine centrale (gaz toxiques exhilarants, notamment le protoxyde d'azote).

Quant au sourire « cette expression si fine et si mobile qu'on ne peut en prononcer le nom, sans évoquer aussitôt les plus divers et les plus séduisants : aspects de la physionomie humaine » (Mignard), représente bien la plus gracieuse manifestation de

la joie quand elle est l'expression spontanée de l'émotion. Mais, comme le fait remarquer L'umas, le sourire n'est pas toujours le reflet d’une émotion joyeuse. Il devient souvent un acte volontaire « L'homme sourit dans la vie sociale comme ïl ôte son chapeau ». — Un sourire présidentiel.

Inutile d’insister sur ces manifestations, bien connues de tous et largement étudiées.

Remarquons seulement avec Dumas que « d'une façon générale ce qui frappe chez l'homme joyeux, c'est l'excitation motrice légère, le tonus général de la musculature qui favorise toutes les formes de mouvement et d'action ». Get homme jovcux est sociable, communicatif, bienveillant, enclin à F'indulgence.….

L'affectivité, l’intellect, l'organicité sont éiroitement liés. Une loi de réciprocité régit leurs rapports. Ce qui se passe dans un domaine retentit toujours plus ou moins sur l’autre. Le cœur n’a pas de raisons que la raison’ ignore ; il en a qu'elle veut simplement ignorer. À propos de la joie, il serait bien artificiel de vouloir la considérer isolément dans chacune de ces sphères.

Cependant se dégage une « dominante ». Et c'est ainsi que l’on peut parler de joies physiques, morales et intellectuelles. Poussant même plus loin la systématisation, on arriverait à séparer dans le domaine physique, une joie organique, purement cénesthésique, de la joie sensorielle, Et pour chacun de ces cas, autant de subdivisions suivant que la réaction sera active ou passive.

SOS ab à

Donc, on peut considérer des formes cliniques de la joie. À une cause physique répond surtout une réaction physique ; à des causes d'ordre supérieur, des réactions intellectuelles ou morales. Mais ces réactions ne sont jamais pures. Elles s'associent plus ou moins à des manifestations de voisinage. Les causes, elles, restent entières et peuvent ainsi servir de base à une distinction : formes cliniques sulivant l'étiologie.

L'individu va à la recherche d’un plaisir. Il lobtient. Cette cause provoque un ébranlement affectif, fait vibrer la note « joie » dont les échos se propagent dans le physique et l'intellect. Il devient d'humeur gaie, et cette humeur représente pour nous la courbe de l’affectivité. Son intensité, sa coloration, $a grandeur mesurent et donnent le degré du sentiment. Le sujet réagit activement ; il rit. Et c'est là que l’on peut dire avec J. Sully et après Darwin que le rire est l'expression générale de la bonne humeur. Si la réaction est passive, avec une humeur béate et des manifestations minima, la mesure du sentiment, son degré restent à l’appréciation personnelle de l'individu. Ainsi se poursuit lopposition : si le premier cas est objectif, le second demeure purement subjectif."

En suivant cette ligne, on en arrive aux propositions suivantes : considérer la joie comme un simple ébranlement affectif, qui donne le ton, et dont la gaîté, terme réservé à l'humeur, mesure l'intensité. Quant au plaisir, il reste un facteur déterminant une cause. |

Ces propositions sont sans doute trop schématiques et d’un artifice grossier. Mais il y a peut-être intérêt à préciser le sens que l’on veut donner à ces

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