‹ Quelques types de joie et de béatitude dans la pathologie mentaleChapitre 13 sur 51 · RASE · texte numérisé non relu

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Il y a le point de vue d'Epicure : « Avec un pain de seigle et de l'eau, le sage peut rivaliser de bonheur avec Jupiter. » Préconisant l'indifférence émotionnelle, il veut rendre l'esprit inaccessible à toute passion. Ne pas s’émouvoir, ne pas se chagriner, ne pas désirer, ne jamais s'irriter.… Conception fort éloignée du sens attribué depuis au mot épicurien, qui désigne plutôt la philosophie de Gargantua et de Grand-Gousier et qui s'oppose à celle de Diogène, type parfait de l'Epicurien. L'Epicurisme est ainsi assez proche du stoïcisme qui trouve la joie dans la lutte et dont le but est de refouler les passions « Abstiens-loi, et supporte ». ÿ |

Un point de vue différent : celui de Nietzche « La sagessei comme Ie bonheur est de suivre sa nature... comme la sagesse et le bonheur de l’eau sont de couler vers la mer ». Joie de l'abandon.

Tout cela n'est-il pas encore question d’individualité ?... Réfréner, suivre, assouvir ses passions peut donner aussi bien la joie : plaisir physique ou corporel n'affectant que la partie inférieure et grossière de l'individu, sa faculté sensitive, ou plaisir spirituel s'adressant principalement à la partie supérieure de son être. Les mêmes objets ne peuvent pas produire les mêmes effets sur tous les cerveaux.

Nous n'insisterons pas davantage sur le côté religieux : définir le bonheur du croyant ou caractériser l'idéal bouddhique, cet état nirvanique dont l’indif-

férence émotionnelle s'appareñte si étroitement à l'Epicurisme.

En fait, c'est létude de la personnalité qui donnera la clé, en montrant les divers éléments dont toutes ces théories ne sont que les aboutissants.

S'il fallait prendre parti, ne pourrait-on cependant avoir une certaine préférence pour la théorie de l'expansion ? Par opposition à la tristesse consi- : dérée comme un état congestif des tendances refoulées, la joie serait due à la suppression d’une contrainté, à un soulagement, tout autant qu’à l'apport d'une cause inattendue et agréable. Dans ce premier cas, ce serait une libération de l’état congestif, une véritable saignée : joie de l’écolier à la sortie d’une classe ennuyeuse, joies du confessionnal. Dans le second cas, c'est un apport soudain qui colorera agréablement un fond neutre. -

Pour conclure, on ne peut mieux faire que ‘de se retrancher derrière cette remarque de Jacques Chardonne : « Les hommes seraient plus heureux, dit-f, si on leur parlait moins de bonheur. D’instinct ils sont facilement contents et n'aiment pas à quitter la vie : mais on les tourmente avéc des formules et on a vite persuadé chacun qu'il est malheureux, vide et inexistant, que son plaisir est abject ou 1llusoire. L'essentiel pour un être est de s'exprimer ».

S'exprimer, se décongestionner. Et quel meilleur dérivatif que les arts, la poésie... Joies d'expression, joies intellectuelles, mais aussi bien la joie de l’individu qui s’attable ; joie de satisfaire sa gourmandise, expression de sa tendance.

Gette formule est séduisante. Elle unit aussi bien les plaisirs de la table et de la plume, elle répond également aux vues de l'être le plus fruste, de l’ascète le plus sévère et du romantique le plus échevel.

Joie active pendant l'expression ; contentement, béatitude, satisfaction pour en avoir fait assez, « sa-

SN ro or tisfacere ». Et pour trouver le chemin qui mènera à la réalisation de cet équilibre heureux, il semble que puisse suffire ces trois propositions : connaître ses possibilités, les adapter à ses goûts, de telle sorte qu'elles puissent réaliser les besoins.

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