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l'avoir plus ou moins éprouvé, le malaise provoqué
par une oisivelé trop longtemps prolongée :
En fait, il n'y a pas un facteur unique susceptible
de provoquer la joie. Il faut considérer une somme d'éléments plus où moins variables, de facteurs plus ou moins prépondérants... C’est aussi une question d'heure, de moment.
Nous voulons cependant noter la fréquence avec laquelle on trouve le mono-idéisme derrière un grand nombre d'états de satisfaction. On le rencontre d’ailleurs avec une égale fréquence à la base des états d'hypocondrie et de mélancolie.
Mille exemples pourraient être cités : artiste qui
dans une chambre sordide achève le portrait de sa:
maîtresse, qu'il habille en madone ; œuvre sans valeur, peut-être, mais il crée. Le prix de sa toile suffira à peine, sans doute, à assurer quelques jours de subsistance. Mais il repéindra ensuite cette même femme avec des oripeaux de courtisane et il aura encore la même joie, immense et toujours nouvelle: | ee
Et le collectionneur, qu'il s'appelle Sylvestre Bonnard où Dupont, n'est-il pas heureux ?... Devant l'objet de ses désirs, ses yeux sont fixes, ses jambes
se dérobent, il tremble. 11 acquiert l'objet pour deux.
où trois fois sa valeur. Qu'importe ! L'objet maintcnant lui appartient ; il peut l'emporter chez lui, le choyer, le caresser... il le possède. Il pleure d’attendrissement : il a une très grande joie.
On ne peut manquer aussi d'évoquer la silhouette classique du vieux bibliophile, avec calotte-et manchettes noires. On le rencontre dans les bibliothè-
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ques à côté de la jeunesse studieuse. Il relit Stendhal, traduit Lucrèce, commente Plutarque... Peutêtre n'a-t-il jamais écrit et n'écrira-t-il jamais ? N'importe : il a la même somme de joie, la même extase profonde, qui console et qui « paye », selon le mot cher à l’école pragmatique de William James.
Dans un autre ordre d'idées, les fantaisies de l'imagination concourent pour une large part à la joie, en facilitant l'évasion du réel.et la construction d'un monde imaginaire où tout est beau et bon, où la fortune sourit, où les ennuis sont pulvérisés et le monde asservi. Joies du’ romancsque. Ce que dans les « Enfants terribles » Jean Cocteau définit « Jouer le jeu ». Jeu que bien souvent favorise le demi-sommeil du matin, ou les longues randonnées champêtres. Comme le confesse Sabine, l'héroïne que fait vivre Jacques de Lacretelle dans « Les Hauts-Ponts » : « Je n'ai jamais été malheureuse ; lorsque je me sentais triste, j'allais me promener au jardin, seule, et là je me racontais des histoires ».
Les considérations qui précèdent sembleront peut-être assez loin du sujet. Elles s'y rattachent cependant. On pourrait penser qu'il était inutile de redire ici des faits déjà acceptés. En prenant conlact avec des ouvrages qui d'un point de vue plus ‘ou moins différent ont abordé cette question, on note des interprétations diverses, mais basées sur des éléments communs et généralement admis.
vaient sembler se rapporter à notre sujet, faits à par-
Nous avons voulu condenser ici les faits qui pou-
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tir desquels pourront être lentées ensuite des déduclions pour les cas pathologiques. Sans doute à la faveur de lintrospection s'est glissé une certaine part d'interprétation.
Quoi qu'il en soit, on peut dégager ceci : de nombreux facteurs sont à envisager, un certain nombre de conditions semblent nécessaires, mais non indispensables. Rien de pathognomonique. Quelle part faut-il réserver à tel ou tel de ces facteurs ? C'est un point qui paraît défier toute loi, et rester
avant tout une question d'espèce, sinon de cas par-
ticuliers.
Quelques mots enfin, sans vouloir les affronter de
nouveau, sur les théories des intellectualistes et des physiologistes.
La thèse ingénieuse de Lange (théorie périphérique de l’émotion) et celle voisine de W. James ne paraissent pas devoir être admises dans leur sens intégral. Il est difficile d'admettre à l’émotion une seule base physique. Autrefois on disait : « Je rencontre un ours, J'ai peur, je tremble ». Depuis James, il faudrait dire +: Je rencontre un ours, je tremble et c'est après avoir tremblé el pour avoir tremblé que j'ai peur ». « Prenez, dit: un atr réjoui, donnez une expression vive à votre œil, ténezvous droit plutôt que courbé, parlez sur un méde majeur, faites des compliments enjoués, et il fau-
dra que votre cœur soit vraiment de glace s’il n'ar-.
rive à fondre peu à peu... » C’est là une formule de Joie dont on aurait sans doute tort de ne pas user plus souvent. Elle a d’ailleurs sa valeur. Il est certain que le mouvement renforce le sentiment, si même parfois il ne le suscite.
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Le côté physiologique contribue manifestement à entretenir l'émotion et à lui fournir un aliment. L'intérêt n'est pas de savoir si c’est parce que l’on est en colère que l’on faït de grands gestes ou si ce sont précisément ceux-ci qui provoquent la colère. Il est suffisant de savoir que ce sentiment est incontestablement entretenu et accru par les gestes. C’est ainsi que le rire peut entretenir la joie.
Ribot admet un plan plus vaste. Pour lui, si l'émotion renferme des éléments d'ordre physique, « celle dépend aussi et plus encore des représentalions et surtout elle jaillit des tendances, elle se rattache à la partie affective de notre être. »
Ces thèses semblent se contredire pour vouloir trop généraliser. Si un bon état digestif dispose à la gœaité, il n'en est pas moins vrai qu'un sentiment agréable ouvre l’appétit et facilite la digestion.
Dans l'émotion, on est généralement. d'accord pour admettre trois facteurs principaux : l'élément représentatif, l’ébranlement affectif, le retentissement organique.
Là où surgit la discussion, c'est pour attribuer un ordre aux facteurs. Lequel à droit de priorité ? Estcé l'élément psychologique ? Est-ce l'élément physiologique ?
L'essentiel est de savoir que l’on devra tenir compte de ces deux ordres d'éléments, et que suivant les cas, c’est aux uns ou aux autres, qu'il faudra réserver plus spécialement son attention.