LA JOIE DU MANIAQUE
Le Maniaque que l’on doit considérer ici est un être fatalement schématique. Né de la confrontation de multiples observations, ce type idéal, parce qu'il totalise la somme des constatations et pour ce fait, s'est souvent montré nécessaire sinon indispensable à l'étude. ; | I n'est pas question de reprendre l'étude de la Manie ; les observations la concernant sont trop
précises pour qu'on puisse avoir celte prétention. Nous ne voulons envisager ici que la description du maniaque joyeux, tableau dont l'intérêt se justifie pour une étude comparative avec ceux qui suivront.
Le maniaque s'impose à l'attention ; autant par l’exhubérance de ses mouvements et de ses propos, que par l'expression paradoxale de son faciès. Il rit ; véritablement il semble s'amuser. Cependant rien de
ce qui l'entoure, rien de ce qui concerne sa situation
ne paraît justifier cette joie qui étonne et désarme. Il n’est pas dans le ton.
Quand on attarde sa pensée sur la joie des aliénés, le souvenir du maniaque vient tout de suite au premier plan. Il occupe tout le champ. Ce visage animé, presque vultueux, mobile, ces yeux brillants, ce regard vif, malicieux, effronté traduisent la joie de vivre. Mais le désordre de la chevelure, le redressement exagéré de la tête, l’excessive mobilité des traits, cette hypermimie donnent déjà la note
LD
pathologique. Et même un examen plus attentif révèlerait une altération des traits, un certain degré d'amaigrissement qui y associe souvent un état orsanique. ie
Il avance en se dandinant, s'arrête brusquement, repart en balançant les bras, fait une pirouelte, esquisse une révérence, sourit à tout et à tous. Il semble musarder et prendre plaisir à se donner én spectacle. Sa mise est désordonnée, plus que négligée, non dépourvue parfois de recherche ou plutôt d’excentricité. Surtout les femmes, qui « demi-vêtues se plaisent à prendre des attitudes équivoques, des poses lubriques... » (Régis).
Dans l’ensemble, le maniaque mimant ses pensées, même les plus intimes, paraît ‘jouer un rôle ; plus exactement, le parodier. Ses gestes sont brusques, exagérés, dépourvus de mesure. Les mouvements en extension, particulièrement, dominent et « dépassent le but ». Le maniaque joue un rôle qu’il improvise au gré de sa fantaisie, et il en a conscience. Acteur et spectateur, il paraît prendre une grande Joie au spectacle qu'il se donne, manifeste sans réserve son approbation et son enthousiasme. [Il s’applaudit, rit aux éclats el se pique au jeu. Cependant la « galerie » ne lui est pas indifférente. Pour elle il va donner son maximum, s'amusant d’ailleurs à ses dépens. Ses réparties jaillissent avec vivacité. Aux plus fines, aux plus spirituelles, succèdent les remarques les plus grossières, les propos les plus orduriers. Pas de mesure, pas dé nuances, aucune réserve.’
Tous ces propos sont débités avec rapidité, sur un ton déclamatoire, d’une voix généralement rauque, au timbre fêlé par les chants, les cris, les éclats de voix incessants. Car le maniaque ne cesse de s’exprimer sur le mode majeur.
Tout cela forme un ensemble pittoresque qui ne
IAQUE