‹ Quelques types de joie et de béatitude dans la pathologie mentaleChapitre 19 sur 51 · DR PR · texte numérisé non relu

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part, sinon lélément dominant qui entretient Ja joie maniaque.

Séglas remarque que « Fétat cénesthésique primitif semble être, chez les maniaques comme chez les mélancoliques, un état pénible de tristesse, de malaise moral... » Le malade perd pied et s'en rend compte. Les uns abandonnent la partie et sombrent dans la mélancolie. Les autres luttent et déploient toute leur activité. Or, il est un fait, c’est que l’humeur est en quelque sorte proportionnée à l’activité et comme le dit Delmas, « il est en pratique aussi difficile de ne pas réunir optimisme et hyperactivité que de séparer pessimisme et dépression (hypoactivitée) ». Peut-on admettre alors une joie réactionnelle ?

Pourquoi les uns réagissent-ils mélancoliquement, les autres euphoriquement ? Les premiers se concentrant dans un repliement des facultés allant parfois Jusqu'à la stupeur, les seconds se déployant en une hyperactivité désordonnée. D'ailleurs le même malade ne peut-il pas donner au cours de sa maladié le tableau de ces deux aspects ? (Psyÿchose maniaquedépressive).

À coup <ûr, un déprimé constitutionnel fera de préférence une mélancolie, alors qu'un excité, agité dans le même temps par les idées les plus diverses offre un terrain plus favorable au développement de Fa manie.'Celui-ci filtrant ses sensations à travers des lunettes roses, celui-là portant des verres fumés.

Quelle valeur doit-on réserver à la constitution cyclothymique créée pour les cas alternants ? Chacun de nous ne peut-il pas se reconnaître cycloth\mique ?... Cependant la « dominante » ramène cette constitution à un de ces deux grands cadres : oplimisme el pessimisme. |

Et les mêmes causes, les mêmes traumas psychiques pourront produire des effets inverses suivant le

terrain qu'elles abordent, plongeant les uns dans la tristesse, extériorisant chez les autres des réactions de joie. S'il se produit des résultats inverses à ceux

que l’on était en droit d'escompter, on peut supposer

que des facteurs extrinsèques ont modifié provisoirement la personnalité. Le « naturel » a subi une défaite temporaire, mais reprendra inévitablement le dessus.

Nous admettons done, à la base, une hypertrophie pure et simple de la constitution psychique innée. Les autres facteurs ne sont que surajoutés : simples facteurs d'entretien.

D'ailleurs, la manie n'est-elle pas le type de Ia psv-:

chose dite « constitutionnelle ». De même la mélancolie.

Elles restent évidemment des maladies constitutionnelles jusqu'à nouvel ordre. L'école somatique avec Jacoby tente de rapporter la somme unique de toutes les maladies aux différents viscères de l’économie. Les troubles psychiques ne seraient que des symptômes, comme d’autres, d’une affection organique dont il faut localiser le siège. Les données de la physiologie moderne plaident sans doute en cette faveur. Mais, nous le verrons, l'étude même des états lésionnels, en particulier la paralysie générale, offre une contre-partie, avec, suivant les cas, ses formes dépressives et ses formes maniaques. Les mêmes

causes, les mêmes lésions ne produient donc pas tou-

Jours les mêmes effets.

Sans tomber dans l'excès opposé avec l’école spiritualiste pour qui « l’Ame est le principe de la vie et la cause unique des phénomènes qui s’accomplissent dans le corps », on ne peut cependant nier l’appoint d'une prédisposition. Si également on ne peut suivre Heinroth, disant que « les lésions cérébrales rencontrées dans certains cas étaient l'effet et non

De po

la cause des fâcheux états d'âme », on ne peut manquer de reconnaître cependant que le trauma moral a un rôle prédisposant certain, pouvant affaiblir le terrain et favoriser le développement des lésions.

Si lon veut considérer les choses avec éclectisme, il faut faire la part de chacun de ces éléments suivant les cas. Dans celui qui nous occupe actuellement, examinons successivement le côté organique et psychique, et tentons de dégager les éléments qui peuvent contribuer à entretenir cette joie. Facteurs d’entrelien :; étant donné une fois pour toute, qu'ils ne peuvent se développer que sur un terrain prédisposé.

« La joie, dit Jensen, imprime à la circulation une activité plus grande, colore la peau et les joues, augmente le sentiment de la force et de la puissance musculaire... » : retentissement organique de l’émotion.

La proposition est en partie réversible. Ces éléments contribuent également à entretenir la joie. Ce sentiment de bien-être, d'activité physique, de plénitude, incite aux sentiments agréables. Un simple fait : le quart d'heure de culture physique suivi d'hydrothérapie, favorisant la circulation et l'élimination des déchets de l'organisme (acide lactique), n'a- L-11 pas des bienfaits éprouvés ?

Or, chez le maniaque, la débauche de mouvements aboutit au contraire à un surmenage physique dont les stigmates sont d’ailleurs évidents. D'où lui vient donc cette source inépuisable d'activité, alors qu'il bénéficie à peine du sommeil réparateur ?... (L’épuisement d’ailleurs le conduira parfois à une phase dépressive).

D'une façon générale, les fonctions organiques de ce malade s’accomplissent mal. Il ne réalise en som-

me aucune des conditions que l’on peut admettre chez l'individu normal, conditions de santé, consti-

tuant dans ce cas un terrain certainement propice au développement de la joie. |

Le rôle du sympathique ? Tantôt excité, tantôt ralenti, en tout cas le plus souvent déréglé. En fait, pas d'éléments précis et constants sur lesquels on est en droit de s'appuyer.

Quant à la cénesthésie, étant d’un domaine purement subjectif, elle reste à l'appréciation du malade. ILse sent heureux, et bien portant, il le dit.

Avec les quelques réserves formulées précédemment, on peut proposer le maniaque comme illustration aux théories de William James. Ses gestes, ses propos contribuent manifestement à entretenir l'élan de sa joie. Ainsi, dans certains cas d'ébriété, ne voit-on pas parfois l'individu se griser autant, sinon plus, de ses gestes, de ses paroles, de sa pantortner ne

Dans le domaine psychique, deux ordres de faits : l'hyperfonctionnement, l'instabilité.

Il semble logique d'admettre que cet hyperfonctionnement puisse être un élément'de joie et de satisfaction. Le pourquoi de cette activité nous échappe, mais elle existe. Le maniaque a des yeux et il voit, des oreilles et il entend. Il éprouve de ce fait un sentiment de nouveauté qui l’étonne et qui l’enchante. IT part à la découverte. Tant de choses l’attirent qu'il ne peut fixer son attention constamment sollicitée par les éléments nouveaux que lui apportent ses sens aiguisés. Il jouit de mille détails qui autrefois lui échappaient. Ce renouvellement de tous les instants le fait pénétrer dans les domaines les plus variés, Jui ouvre les horizons les plus vastes. I n’est pas loin d’éprouver un sentiment de certitude, de supériorité qui, il le sent, l'élève au-dessus du commun des mortels. I} voit de haut. Mais sans or-

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