‹ Quelques types de joie et de béatitude dans la pathologie mentaleChapitre 20 sur 51 · DRE · texte numérisé non relu

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gueil, ou avec une vanité bien fragile. S'il se complimente et s'adresse les éloges les plus chaleureux, c'est sans conviction profonde. Il admet cet état de choses comme une grâce du ciel, où même le subit sans y penser. Il se contente le plus souvent d’éprouver. I ne raisonne pas ce qui lui arrive.

Et puis,‘il s'amuse. Il a le « sens du comique ». Bergson en a démonté le mécanisme et à propos des modes en donne un exemple très démonstratif (1). Le temps se charge d'en faire valoir le ridicule. Ne peut-on supposer que le maniaque anticipe et que, la qualité de ce sens lui permettant de devancer les nôtres dans le temps, il rit maintenant de ce dont nous pourrions rire plus tard (2).

Et aussi la spontanéité de sa mémoire d’évocation facilite des rapports qui viennent se joindre aux richesses de ses perceptions et de son imagination (3).

Le malade a conscience de loutes ces modifications psychiques et en jouit.

Mais c’est peut-être plus encore l'instabilité qui confère au maniaque une certaine immunité à la tristesse. Il ne se fixe pas, et ne peut se laisser absorber par les soucis. On ne trouve pas chez lui cette concentration, cette immobilité plus ou moins nécessaire à la macération des idées mélancoliques. Le moindre tracas ne peut l’inquiéter plus d’une minute.

(1) « Beaucoup de choses sont comiques en drcit, sans l'être en fait » (Bergson).

(2) « Il devine sous les harmonies superficielles de la forme, les révoltes profondes de Ja matière ». Ce mot de Bergson à propos du caricaturiste, ne pourrait-on l'appliquer au maniaque. N'esl-il pas certain qu'il découvre les fils qui font jouer la marionnette... [Il senible porter des verres grossissants.

(3) « Que resterait-il, remarque Bergson, de beaucoup de ces émolions, si nous les ramenions à cè qu’elles ont de strictement senti, si

* nous retranchions tout ce qui est simplement remémoré ».

HO DREE

L'instant qui suit le trouve déjà à d'autres sujets d'occupation qui n'ont que les plus lointains rapports avec les précédents. Le maniaque ne S'attarde pas.

Enfin, la bération des contingences sociales. parfois bien pesantes, cette sorte de retour à l'état primitif et presque sauvage, ne sont peut- “étre pas des éléments négligeables.

Et même, l’insensibilité constatée chez ce malade le rend réfractaire aux douleurs physiques. On peul le voir braver lés intempéries dans le plus pittoresque des débraillés et, couvert d’ecchymoses, dont souvent il se gratifie au cours de son agitation désordonnée, les ignorer.

Toutes les hypothèses sont permises. Le champ est vaste. En fait, la cause première reste difficilement accessible.

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