LA BÉATITUDE DU TOXICOMANE
Nous l'avions déjà envisagée, précédemment, comme pouvant être primitive ou secondaire à une phase d'excitation euphorique, Suivant la drogue utilisée.
L'opiumisme réalise le type même de ces états de
“béatitude primitive. La rêverie du fumeur d’opium
est, en effel, « paisible jusqu'au bout sans phase d'excitation ». Nous avions encore noté que l'effet du toxique reste fonction de la dose, du degré de lintoxication, et aussi de l'individu.
Pour nous en tenir à un type de description, nous ne parlerons que de l’opium : type de béatitude primitive et consciente. Le sujet « savoure » cette béatitude et la recherche. C’est assez peu comparable aux états de satisfaction inconsciemment subis par les malades précédents : idiots, paralytiques généraux, déments séniles.'
Quelques points communs, cependant : insensibilité relative aux douleurs physiques ; au point de vue moral, « suppression de lactivité vigile avec ses préoccupations et ses inquiétudes » (Guiraud), abolition de l’affectivité, suppression enfin de tout effort, de tout mouvement, de toute activité volontaire. Une aboulie paralysant le sujet dans une béate indifférence. C’est même plus. Au point que certains grands intoxiqués en arrivent à perdre totalement le sentiment du réel, à éprouver une telle dé-
personnalisation, que les instincts les plus rudimen-
taires deviennent inexistants. sa Ainsi, ils ne s'embarrassent pas des questions
sexuelles : frigidité absolue. Ils ne se sentent pas
-émus par rastinet de reproduction, et se soucient
fort peu de donner la vie. La vie d'ailleurs ne semble leur paraître qu'un bien relativement appréciable. Témoin cette anecdote classique : « Un commandant de poste fumait dans sa case nd on lui signale que l'ennemi approche, le cerne ; indifférent, insensible, il ne veut ni bouger, ni se défendre ; les visages jaunes surviennent, entrent et lui tranchent la tête sur sa pipe... » L'un quelconque de nos P.'G. incontinents aurait sans doute subi le mêmeé sort avec une égale force d’âme. Le plus élémentaire des idiots aurait fui. Tes
Si l’opiomane se retranche volontiers du monde extérieur, c'est qu'il a pensé trouver m'eux ailleurs. Les « paradis », quel que soit l'arlifice qui en erttr'ouvre les portes, gardent un attrait plein de mystères. Et, la notion du risque n’est peut-être pas le moindre de ces attraits.
Chez les idiots et les déments, on n'enregistrait que pertes et déficits. Tei la balance s’équilibre un moment. Il y a pertes et gains ; ceci compense cela. Ea faillite cependant est inévitable, (ôt ou tard. C’est dire que le malade n’est pas irrémédiablement perdu. Quelques mois de séjour dans une maison de retraite lui permettront de récupérer. Et il pourra bientôt se lancer dans de nouvelles spéculations opiacées. Avec les mêmes risques, le même acharnement, mais
aussi le même désintéressement, restant toujours sa propre victime.
Ces gains lui semblent sans doute appréciables. De fait, « les facultés de compréhension, d'imagination, d'association sont stimulées, avivées, affinées... » surtout l'imagination. Comme écrit Gui-
OMANE
TOXI(