DEUX TYPE
tre, dans le cas particulier, une dissociation, une discordance entre les phénomènes intellectuels et les phénomènes affectifs ; quoiqu'il soit bien problématique de savoir ce qui se passe derrière ee
: mur.
‘Ge qui nous semble difficile d'admettre, c'est, comme l'ont écrit certains auteurs, que ces manifestations sont parfois l'expression excessive d’un état affectif.
C'est là un type de dément précoce qui ‘pouvait faire penser à la joie.
IL en est un autre, à propos duquel Mile Pascal a pu écrire : « Au premier abord, l’état de torpeur, la lenteur des phénomènes psychiques et somatiques, le sourire stéréotypé des déments précoces font penser à « la béatitude passive » décrite par Mignard chez les idiots, les imbéciles, les P.G., les déments séniles... »
Mais, une observation plus approfondie révèle que ni la mimique, ni le rythme et l’intonation de la parole, ni les actes ne traduisent un état agréa-
ble ».
Il s’agit d’un malade qu'on aurait pu prendre pour un béat, et qui reste avant tout un indifférent.
La joie du second malade représente, disions-nous, une véritable réaction de défense, vis-à-vis de l’entourage,. ou vis-à-vis de lui-même. Il ne s’agit pas alors du même type de psychose. Dans le premier cas, le sujet masque son jeu ; dans le second, il lutte et cherche un dérivatif. Nous prêtons à ceux-là des idées de-persécution qu'ils s’attachent à dissirauler
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à ceux-ci des pensées mélancoliques qu'ils s'efforcrnide vaincre.
Nous gardons le souvenir d’une malade qui avait précisément retenu notre attention par sa gaîité excessive et son ironie mordante. La première mage qui s'attache à ce souvenir nous semble seule digne d’être rapportée.
Cette femme était depuis plusieurs mois à l'asile, quand nous entrâmes dans le service où elle se trouvait. Peu de jours après, notre attention fut attirée sur cette malade, à l’occasion d’une véritable « entrée » qu’elle fit dans le bureau du méäecm-chef.
À peine le temps de frapper et, sans attendre la réponse, elle avançait déjà dans la pièce d’une allure vive, le buste rejeté en arrière, le regard droit, les dents découvertes : le sourire et l'allure d’une princesse de tragédie entrant en scène. El s'adressant au médecin-chef, elle minaude : « Excusez, Doc: teur, c’est encore la folle qui vous dérange. » Grâce et désinvolture. Elle poursuit d'un air détaché : « Je venais, à tout hasard, m'inquiéter de ma sortie. Si vous ne Jugez pas, toutefois, que je sois trop dargereuse pour être remise en liberté... » Elle ironise « Avec une folle comme moi, ce ne serait peut-être pas très prudent. Je serais capable d’aller tuer mon mari, aussitôt sortie... » Clignant de l'œil malicieusement et sur un ton de confidence : « À vous, mon confesseur, je puis bien le dire : j'ai aussi des intentions sur le Président... » Elle éclate de rire et ajoute : « Moi, à votre place, je ne relâcherais pas une aliénée de ma sorte. Pensez !... Quelle responsabilité !... Et puis, vous faire complice de tous ces attentats, ah non !... D'ailleurs je ne m'inquiète pas. Je vous sais trop prudent et trop sage. »
Et de continuer sur ce ton, proclamant des vérités avec des airs de mensonge, changeant parfois le jeu et insinuant des mensonges avec des airs de vé-
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rité. Ce n'est pas mal joué, mais trop évident. Aussitôt partie, nos soupçons se trouvent confirmés. La lecture du certificat d’internement nous apprend tentative d’homicide sur la personne du mari. Et, à la base : ébauche d’une psychose systématisée progressive. de
Cette femme, dénommée par une surveillante « le pinson du quartier », eut, par la suite, maintes occasions de se trahir au cours de paroxysmes de colère ou d’impatience... Dans l'intervalle, cependant, elle reprenait son rôle. Dans quel but ? Sans aucun doute pour faire illusion, pour affirmer la parfaite conscience de son état, pour refouler le sujet de ses préoccupations, plus exactement pour ne point les laisser paraître, dans l’espoir d’une sortie prochaine qui serait le premier pas vers la réalisation de projets qu’elle croit soigneusement celer : réaction de défense contre l'entourage et par rapport au milieu. Joie utilitaire, qui survient comme une obligation et sans correspondance avec l’état affectif. Le climat de l'asile semble favorable à sa floraison.
L'autre malade est un mélancolique pour: qui le monde n’a plus de couleurs gaies. 11 se lance à corps perdu dans les plaisirs. Espére-t-il y trouver la gaîté qui le fuit. Ou bien se fuit-il ainsi, pour éviter la tristesse qui l’accable... N’a-t-il d'autre but que de chercher à s’étourdir... Quoi qu'il en soit, c’est bien une lutte.
Voivenéel écrit : « Ils essaient de s’étourdir et leurs réactions sont outrées et maladives. Ces timides deviennent momentanément des cyniques. Ce sont souvent des ironistes, des boute-en-train paradoxaux qui, à la stupéfaction de ceux qui les ont vu la veille, se suicident le lendemain d’une soirée qu'ils illuminèrent de leur joie fébrile et de leur esprit ».