‹ Quelques-unsChapitre 12 sur 16 · IS · texte numérisé non relu

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C'est à Orléans, où son père était inspecteur d'académie, que naquit, en mars de l'année 1827, M. Charles-Hyacinthe Loyson. De souche plébéienne, il touche a la terre par ses ancêtres reculés qui furent de pieux, simples et honnêtes cultivateurs. « J'eus pour aïeul un laboureur », s'est-il écrié un jour avec fierté. Son arrière-grand-père était fermier à Duneau et son grand -père bourrelier à Château - Gontier. Sou père et son oncle, qui vinrent au monde dans cette petite ville de la Mayenne, s'élevèrent lentement et peu à peu à force de travail' et de persévérance. L'un mourut recteur de l'académie de Pau et l'autre, qui fut avec Mille voye l'un des poètes précurseurs de Lamaritine, jeta, le premier, quelque lustre sur la famille. Les premières années de l'enfant s'écoulèrent doucement, heureuses et calmes, sous le toit paternel. Son père, — dont on disait à Pau : « Ce n'est pas un recteur, c'est un évoque », — ne l'envoya jamais au collège et lui donna lui-même, avec une solide instruction classique, une forte éducation chrétienne. Ainsi se dêvoloppèrent chez M. Loyson ce goût de la

solitude ot de la rêverie qui, chez une âme naturellement pieuse, devait fatalement aboutir de bonne heure à une impérieuse vocation religieuse.

Une brise adoucie des vents lointains du siècle parvint cependantjusqu a lui. Le romantisme, alors à son apogée, avait renouvelé avec l'art l'apologétique chrétienne. Gomme Lamennais qui dérobait à son oncle les Essais de morale de Nicole et V Emile de Jean-Jacques, M. Loyson, retiré le soir dans sa petite chambre dévorait sous la lampe Les Méditations et Les Orientales. Son âme s'ouvrit alors à la poésie comme une Heur fragile à la rosée du matin et, vers seize ans, il composait des vers religieux et sentimentaux. On voit désormais d'où lui vinrent son style imagé et sa phrase harmonieuse et musicale. Deux ans plus tard, le cœur un peu troublé, il résolut d'entrer chez les Dominicains pour échapper aux « séductions du monde. » De sages conseils l'en dissuadèrent, et il alla frapper à la porte du séminaire de Saint- Sulpice à l'heure môme où Ernest Renan le désertait.

Cette antique maison était telle alors qu'elle

revit dans les Souvenirs cV enfance et de jeunesse K L'ahbo Loyson y eut ixmr maître un prêtre savant et saint, l'abbé Baudry, dont la théologie s'inspirait bien plus des Pères de l'Eglisequedes scolasti(|ues du moyen âge, et dont la philosophie éclose dans les traités de Platon et de saint Augustin s'épanouissait en Descartes, Malebranche et Leibnilz. 11 avait couhimé de dire qu'il fallait chercher la vraie doctrine chez les Pères des trois premiers siècles el, ne se faisant aucune illusion sur les voies suivies par la cour de Rome, prédisait à son disciple « la plus grande épreuve doctrinale que devait traverser ri^]glise ».

Cependant l'attrait d'une vie» plus mystique entraînait M. Loyson vers le cloître, et, après quelques hésitations, il entra dans l'ordre austère et contemplatif des Carmes-Déchaussés, alors en pleine décadence. Mais bientôt une voie qu'il n'avait point cherchée s'ouvrit devant lui. Ses supérieurs renvoyèrent prêcher à Bordeaux, à Périgueux, à Lyon et enfin à l'église de la Madeleine. Peu de temps après, rarchové(|ue

> Ernest Renan, 21!). 23:;. 2G8.

de Paris, M. Darboy, lui confiait les conférences de l'Avent à Notre-Dame. La succession était lourde et l'heure était difficile; la mémoire du P. Lacordaire vivait encore etle catholicisme libéral allait, avec toutes les libertés qu'il revendiquait, être condamné à Rome comme une hérésie. Déjà soupçonné de « libéralisme » par V Univers de Louis Veuillot, le P. Hyacinthe fit preuve d'un grand courage et débuta dans sa chaire par une apologie de la Révolution française « qu'il faudrait accomplir si elle n'était un fait accompli». Dès lors, les attaques des « ultramontains » ne cessèrent plus et les dénonciations se répétèrent d'année en année, plus nombreuses et plus pressantes, jusqu'au jour où, lassé et pris de dégoût devant la mauvaise foi de ses adversaires, abreuvé d'injustices, de calomnies et d'injures, le P. Hyacinthe rompit définitivement avec la religion catholique romaine et, dans une lettre restée fameuse', annonça au général des Carmes sa détermination de quitter son ordre.

' On trouvera cette belle et éloquente lettre, trop longue pour être reproduite ici, dans le livre de M. Léon Séché : les Derniers Jansénistes, p. 79.

Quelques anuées plus lard, M. Ilyacinlhe Loyson épousa la femme admirable et dévouée (jui est demeurée, dans sa vieillesse, le charme et rornementdo son foyer.

N'ayant point la sagacité docle et éclairée de iM. Emile Gebhart qui démêle jusqu'à l'état d'àme des moines de l'an 1000, je n'ai rapporté delà vie de M. Hyacinthe Loyson que ce que l'on en sait communément; et ce que chacun en sait est fait, je crois, pour inspirer le respect. On m'a également cité de lui des traits de bonne grâce et de charité que je ne redirai point ici, de peur d'offenser sa modestie, et aussi parce que je me reconnais tout à fait impropre à décerner de telles louanges.

M. Hyacinthe Loyson a conservé dans un âge avancé la fougue et la belle ardeur de sa jeunesse, parce que dans son cœur il a su garder intacte sa foi en la beauté et en la bonté.

Il m'a été donné dernièrement de Tentendre

on public et de m'entretenir longuement avec lui. 11 est non seulement un conférencier éloquent, mais un causeur abondant et délicieux.

De taille moyenne, la poitrine large, le front découvert et les tempes auréolées de longs cheveux blancs, le visage plein, éclairé par un œil doux et vif à la fois, le menton proéminent^ le nez arqué et les lèvres minces, M. Loyson est orateur avant môme que d'avoir parlé. Il donne l'impression du calme et de la séréTiité dans la force. Dès les premiers mots, il est maître de lui comme de son auditoire. Tantôt sa voix éclate avec la sonorité d'une volée de cloches dans l'air limpide d'un matin de Pâques, tantôt <dle se fait caressante et douce comme le soufile du vent parmi les roseaux agités.

On rapporte que Tibérius et Caïus Gracchus, lorsqu'ils parlaient au peuple sur la loi agraire, se faisaient accompagner par un joueur de ilnte. Quand M. Hyacinthe Loyson parle, une flûte harmonieuse l'accompagne et chante invisiblement sur ses lèvres.

Il a ressuscité la langue des discours de Lamartine. Chez lui, l'éloquence coule sponta-

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néiîiont comme l'eau de sa source, el ses plus beaux efTets oratoires viennent de rimprovisation. Il n'esl même pas jusqu'aux défauts do rhétorique de M. Loyson qui n'ajoutent à la puissance de son talent et contribuent fi le faire écouter avec plaisir. Et s'il ne sait pas toujours se défendre d'une certaine emphase, il sait du moins garder de l'ampleur et du goût. On dirait alors d'un fleuve agité, roulant des épaves el des rameaux qu'un vent violent a jetés dans ses eaux.

M. Hyacinthe Loyson est un grand cirur el une grande voix; ilestrapôtre désigné di» toute idée généreuse et libre.

PAUL STAPPER

PAUL STAPPER

Voici que l'im de ces soirs j'ai quitté Paris, ses maisons amies, ses rues bruyantes, ses boulevards pleins de vie et ses quais tranquilles où s'étalent les boîtes poudreuses des bouquinistes. Il pleuvait, et j'en avais le cœur gros, car la séparation d'avec ceux que nous aimons ne nous semble-t-elle pas plus dure encore lorsque nous les quittons dans la tristesse? J'aime chèrement Paris, en effet, et, comme Montaigne, «jusque dans ses verrues». On y apprend, en ilànant, des choses qui ne sont point dans les classiques, et la vie m'y apparaît plus belle, plus douce et plus désirable mille fois que l'immortalité à l'ombre des myrtes dans ces Champs- Elysées décrits avec amour par le poète de Mantoue.

Mais ils ont leur charme aussi, ces bords de la Garonne où j'arrivai le lendemain matin. Le

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pâle soU'il d'hiver y égaie éternellement les campagnes, où s'allonge le rideau léger des peupliers et des saules et où Ton voit, comme au temps du vieil Evandre, de grands bœufs traîner lentement des chars aux roues pleines. Or, parmi les livres que j'ai emportés, car ils sont bien, comme dit le philosophe des Essais, «notre meilleure munition en cet humain voyage », je trouve précisément ceux de son docte et souriant biographe, M. Paul Stapfer. Donc, ce malin, comme Tair était tiède et parfumé, j'en ai relu quelques pages, assis sous un vieux chône plein de murmures d'oiseaux.

La première fois que j'eus l'honneur de rencontrer M. Paul Stapfer, c'était dans «la cité des livres » du plus délicieux de nos amis communs. Depuis je ne l'ai pas revu souvejit, mais sa physionomie est demeurée dans ma mémoire et j'aime à me la rappeler. Il me souvient de ce visage franc, intelligcMtt ol (In. nii linge front

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