‹ Quelques-unsChapitre 13 sur 16 · PAUL STAPFER · texte numérisé non relu

PAUL STAPFER

auréolé d'une couronne soyeuse de cheveux blancs et à la bouche aux lèvres minces où voltige un sourire doucement ironique.

Je vois encore M. Stapfer, assis dans un large fauteuil et suivant nonchalamment de son œil malicieux et clair la fumée de sa cigarette s'envolant en un mince filet bleu. Il a pour dire les choses un ton spirituel et quelque peu paradoxal et une grâce infinie qui rendent exquise sa conversation. Il a en lui ce charme physique qui faisait défaut à Montaigne, et, comme dit Grébillon fils, en quelque endroit', « ces dispositions heureuses qui préviennent favorablement et qui font qu'on n'a besoin ni d'amis pour être introduit ni de recommandations pour être agréablement reçu partout».

M. Paul Stapfer travaille dans* ce riant et riche Bordeaux, oii les ancêtres de Michel Eyquem de Montaigne vendaient jadis du poisson salé, rue de la Rousselle. Montaigne fut maire de cette ville, M. Stapfer y est doyen de la Faculté des Lettres; et tous deux ont éprouvé les inconvénients qu'il y a d'être fonctionnaire.

1 Le Sopha.

Cela ne rempeche point toutefois de vivre en sage et de s'élever « en mépris des choses fortuites». Retiré en sa «librairie», il goûte dans la société de Montaigne et de Rabelais de douces et silencieuses jouissances. Aussi, sVn est-il «assimilé la toute substantifique moelle». Il a consacré à chacun d'eux un livre de piété filiale, délicat comme une enluminure. En tête du premier, il eût pu écrire cette phrase qu'on lit au bas du portrait de Montaigne, dans la vieille édition des Essais donnée par M"" de Gournay :

Voici du grand Montaigne une entière figure.

C'est un ouvrage définitif, en effet, et charmant.

Dans le second, Rabelais^ sa personne^ son gniie, son œuvre, M. Paul Slapfer promène doucement le lecteur dans les mille circuits de celte œuvre toufl'ueoù l'on risquerait de s'égarer à chaque pas sans un guide aussi sûr et aussi informé. On goûte, à visiter en sa compagnie «cette cathédrale placée sous le vocable des humanités, de la pensée libre et de la tolérance», les mômes nobles joies que l'on éprou-

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