‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 155 sur 334 · A Moultou, 3 août · texte numérisé non relu

A Moultou, 3 août

Les lettres anonymes ne manquent pas non plus et c'est toujours Voltaire le coupable : « Il me pleut journellement des lettres anonymes, écrit Rousseau, dans lesquelles je reconnais presque partout les fades plaisanteries et le goût corrompu du poète. On a soin de les faire beaucoup voyager, afin de me mieux dépayser et de m'en rendre les ports plus onéreux*. »

Ainsi la prétendue persécution de Voltaire et de Tronchin est devenue un article de foi, une véritable monomanie.

Depuis que le procureur général Tronchin a requis contre lui, Rousseau englobe toute la famille dans une haine implacable; pour les rendre odieux à leurs concitoyens, il n'hésite pas à leur prêter les pires desseins contre la république elle-même.

« Je sais, écrit-il à De Luc, qu'une famille intrigante et rusée, s*étayant d*un grand crédit au dehors, sape à grands coups les fondements de la République, et que ses membres, jongleurs adroits et gens à deux envei's, mènent le peuple par l'hypocrisie et les grands par Tirréligion. Mais vous et vos concitoyens devez considérer que c'est vous-même qui Tavez établie, qu'il est trop tard pour tenter de l'abattre, et qu'en supposant même un succès qui n'est pas à présumer, vous pourriez vous nuire encore plus qu'à elle, et vous détruire en l'abaissant. Croyez-moi, mes amis, laissezla faire, elle touche à son terme, et je prédis que sa propre ambition la perdra sans que [la bourgeoisie s'en môle*. »

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